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06/04/2016

Audrey retrouvée

Audrey retrouvée

de

Sophie Kinsella

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"OMG. Maman est devenue dingue.

Pas dingue tout court. Frappadingue.

Sur son mode dingue normal, elle dit, genre :"J'ai lu un article dans le Daily Mail, il faut arrêter tout de suite le gluten." Et vlan, elle achète trois pains sans gluten. Immangeables. On les boycotte, et de son côté elle va enterrer en catimini son sandwich dans un pot de fleurs. La semaine suivante, la vague du sans-gluten est passée.

Ça, c'est son degré habituel de dinguerie. Mais ce coup-ci, elle a dépassé les bornes."

Dans la famille d'Audrey, je demande le père. Un fan d'Alfa Romeo, un peu perdu dans son monde et qui répond toujours à côté de la plaque. Il éprouve une certaine nostalgie de sa jeunesse, quand il avait son groupe de rock et de temps en temps, il casse les oreilles de ses proches avec ses anciens tubes.

Dans la famille d'Audrey, je voudrais la mère. Au foyer depuis bientôt un an. Tous les matins, elle se plonge assidûment dans le Daily Mail. Une référence pour elle...Un journal qui impacte souvent tant son quotidien que celui des autres.

Dans la famille d'Audrey, je souhaiterais le frère: Frank. Un fou de jeux vidéos qui passe ses journées devant son écran d'ordinateur et rêve de participer à des compétitions mondiales de LOC, son addiction du moment.

Et puis, au milieu de tout ces membres doucement frappadingues et très attachants, on retrouve Audrey. Une adolescente de 14 ans qui vit cachée derrière ses lunettes noires dans la maison de ses parents et tente de se reconstruire après un drame.

Et si le défi lancé par sa psychothérapeute portait enfin ses fruits? Et si l'irruption du nouvel ami de son frère, Linus, l'aidait à affronter ce monde qui lui fait si peur?

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Ce roman, j'en avais entendu parler en termes très positifs par ma copinaute Emjy. Aussi, j'attendais avec impatience sa parution en français.

Dès les premières pages, j'ai été frappée par le style de Sophie Kinsella. Toujours aussi fluide, il se fait plus grave, plus tendre, plus profond.

J'ai aimé qu'on ne sache pas vraiment ce qui avait précipité Audrey dans cet état. Quelques phrases disséminées par ci, par là, nous font entrevoir le harcèlement dont elle a été certainement la victime. Mais ce choix narratif se révèle payant car, au lieu de mettre l'accent sur le traumatisme, l'intrigue se focalise sur le processus de reconstruction.

Chapitre après chapitre, on assiste ainsi aux retrouvailles de l'héroïne avec elle-même, à sa lente guérison, à sa réouverture aux autres et à l'univers qui l'entoure.

Sans jamais sombrer dans le pathos. Sans jamais non plus paraître invraisemblable.

Tout sonne juste: les entretiens avec sa psy, ses rapports avec sa famille, ceux naissants avec Linus.

A la narration à la première personne qui épouse au mieux les pensées d'Audrey se juxtaposent également des dialogues, tirés des scènes filmées par elle pour sa psy. Une manière de mieux cerner les autres qui l'accompagnent au quotidien. Une manière de comprendre leurs relations (comme l'antagonisme croissant entre la mère et le frère autour des jeux vidéos). Une manière aussi de s'attacher à eux, à leur "courbe tordue".

"Mais Audrey, c'est la vie. On a tous une courbe tordue. Moi aussi. Il y a des hauts et des bas. C'est comme ça."

On rit, on est émus, on retrouve notre âme d'adolescent lors des si jolies scènes entre Linus et Audrey....On se sent intégré à cette famille et on les quitte avec tellement de regret.

Bref, vous l'aurez compris: j'ai vraiment beaucoup apprécié ce roman. Sophie Kinsella signe ici une très belle incursion en littérature young adult avec cette ode à la vie et j'espère sincèrement que ce ne sera pas la dernière.

Pocket Jeunesse, 2016, 298 pages

Billet dans le cadre du challenge de Titine  A year in England.

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06/03/2016

Agatha Raisin and the quiche of death

Agatha Raisin and the quiche of death

de

MC Beaton

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"Mrs Agatha Raisin sat behind her newly cleared desk in her office in South Molton Street in Mayfair. From the outer office came the hum of voices and the clink of glasses as the staff prepared to say farewell to her"

Agatha Raisin a décidé de prendre une retraite anticipée et de vendre son agence londonienne de relations publiques. Elle entend ainsi réaliser son rêve d'enfant et s'installer dans un petit cottage d'un village des Costwold.

Cependant, elle est loin de s'imaginer qu'elle va avoir autant de mal à s'adapter à sa nouvelle existence. Pour fuir sa solitude, elle tente de se faire de nouvelles connaissances et participe même à un concours de quiches local.

Comme elle ne sait pas cuisiner, elle a acheté une quiche déjà préparée chez un traiteur londonien.

Mais, au lendemain de la compétition, le juge est retrouvé mort empoisonné, une part de la création culinaire d'Agatha, à côté de lui.

Notre héroïne se lance alors dans une enquête afin de trouver l'identité du meurtrier et de faire oublier sa réputation de tricheuse.

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Cela faisait quelque temps que j'avais entendu parler de la série des Agatha Raisin, notamment sur le forum Whoopsy Daisy. Aussi, quand deux de mes copinautes, Emjy et Titine, m'ont proposé d'en faire une lecture commune, j'ai aussitôt accepté leur proposition.

Dès les premières pages, je suis tombée sous le charme de ce personnage pas banal. Agatha Raisin est une spécialiste de la communication londonienne, entièrement focalisée sur son travail. Elle n'accepte aucune résistance et se bat pour remporter les meilleurs contrats pour ses clients. Elle a donc négligé tout un pan de sa vie personnelle et ne compte aucun ami. Prendre sa retraite anticipée lui semble, par conséquent, l'occasion rêvée pour démarrer une nouvelle vie.

Une nouvelle vie où elle apprendrait enfin à faire la cuisine, où elle verrait des gens, où elle lirait, où elle se promènerait dans la nature.

Une nouvelle vie, en somme, assez idyllique mais qui va très vite se confronter à la réalité de l'existence dans un petit village des Costwolds.

On s'amuse des multiples maladresses d'Agatha, de sa décoration intérieure, de ses réflexions sur les comportements des autochtones, sur ses querelles avec sa voisine à propos d'une femme de ménage, sur son dîner avec un couple renommé du village, sur sa tricherie au concours de quiche...

On se plaît dans cet univers "so british", avec ces personnages tellement attachants.

Et puis, le mystère fait irruption avec le décès de Mr Cumming-Browne, empoisonné par la tarte d'Agatha.

Humour, satire et intrigue policière constituent donc les ingrédients de ce roman qu'on ne quitte qu'à regret.

On tourne les pages rapidement, on cherche des pistes, on arpente le village et ses environs, on assiste en riant à des scènes d'anthologie telles que la vente aux enchères, la sortie dans un club de striptease avec les dames patronnesses, la virée à Bath avec un couple âgé...

On assiste aussi à l'évolution progressive d'Agatha, à son ouverture aux autres...

Bref, vous l'aurez compris: j'ai été conquise par ce "cosy mystery" qui n'a pas été sans me rappeler l'atmosphère, en version plus modernisée, des Miss Marple et Miss Silver.  Dommage que cet ouvrage, à déguster sans modération avec un bon thé, n'ait pas encore été traduit en français (mais pour ceux qui parlent un peu anglais, je vous garantis que le style et le vocabulaire sont tout à fait accessibles)!

Constable Robinson, 310 pages

Billet dans le cadre du challenge A year in England de Titine.

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03/03/2016

Une femme d'imagination et autres contes de Thomas Hardy

Une femme d'imagination et autres contes

de

Thomas Hardy

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"Longtemps, j'ai rêvé d'un tel être inaccessible, comme tu le sais; elle a d'ailleurs cette introuvable, cette insaisissable été l'inspiratrice de mon dernier recueil: la femme imaginaire, elle seule, car, en dépit des propos répandus dans tel ou tel cercle, il n'existe pas de femme réelle derrière le titre. Jusqu'au bout, elle est demeurée indévoilée, inconnue, inconquise."

Ce recueil, je l'ai choisi en raison de sa magnifique couverture. Et parce que le titre m'intriguait. Puis, je me suis laissée happer par ces quatre destins de femmes.

Une jeune fille rencontre un hussard de la Légion germanique.

Une autre subit la loi de son fils.

Une troisième tombe sous l'emprise d'un violoniste.

Une dernière se languit d'un homme jamais rencontré, un poète comme elle, qui a habité dans sa location de vacances.

Autant de variations pour montrer qu'il n y a pas d'amour heureux.

Chacune de ses héroïnes, à sa manière, en fait la douloureuse expérience.

En très peu de pages, on suit leurs aspirations, leurs rêves, leurs désirs, leurs déceptions.

La plume de Thomas Hardy se montre tour à tour sensible et pudique pour nous retranscrire toute la gamme des sentiments par lesquels Phyllis, Sophy, Caroline et Ella passent.

Elle sait insuffler de la vie aussi, comme si les scènes survenaient devant nos yeux.

On entend des cœurs battre et se briser.

On assiste à une scène dans une auberge où la musique prend possession des âmes.

On compte les heures avant une visite, comme si celle-ci allait changer le cours de notre vie.

On est sur un quai de gare à guetter l'arrivée de l'aimée, parmi les passagers...

Je pourrais continuer la liste de tous ces moments décisifs où les destins basculent. Tous ces moments où le monde se révèle dans sa brutalité et broie tout espoir.

L'art de la nouvelle est un exercice difficile, je trouve, et je sors parfois déçue de mes lectures de recueils car j'ai une sensation de trop peu, de chutes inabouties.

Ici, il n'en est rien. Chaque récit (même si j'ai eu une préférence pour le dernier éponyme) m'a semblé très fouillé, m'a plu et m'a émue.

Bref, vous l'aurez compris: j'ai quitté à regret cet ouvrage et je pense que je ne tarderai pas à me replonger dans l'univers de Thomas Hardy.

Le Livre de Poche, 153 pages

Billet dans le cadre du challenge A year in England organisé par Titine

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