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20/12/2012

La Disparue de Noël d'Anne Perry

La Disparue de Noël

de

Anne Perry

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"Hésitante, Lady Vespasia Cumming-Gould resta un instant au sommet des marches. Applecross, dans le Berkshire, était une de ces splendides résidences de campagne où l'on empruntait un majestueux escalier de marbre pour gagner le vaste salon, dans lequel les convives patientaient avant qu'on annonce le dîner"

Omegus Jones a invité, juste avant les fêtes de Noël, dans son domaine, un certain nombre d'amis. Parmi ces derniers, deux convives retiennent surtout l'attention: Gwendolyn Kilmuir, une jeune veuve et Bertie Rosyth, un célibataire prisé. Leur complicité naissante n'est un mystère pour personne et tout le monde s'attend à un heureux dénouement. Mais Lady Isobel, malade de jalousie, ne peut retenir une réflexion blessante "Dieu du ciel! On dirait un laquais! [...] Elle ne risque pas d'accorder ses faveurs à un domestique. En tout cas, pas dans l'idée de le garder!"

Tout le monde se fige. Et, fort à propos, Lady Isobel est entraînée par son amie Lady Vespasia hors du petit salon.

Mais le drame rôde...Le lendemain, le corps de Gwendolyn est repêché dans le lac. La jeune femme s'est suicidée et tout laisse à penser que cet acte est consécutif aux paroles de Lady Isobel. La bonne société présente blâme cette dernière et la menace de bannissement.

Afin de calmer les esprits, Omegus, l'hôte, propose une punition pour la "coupable" reconnue par ses pairs "A l'époque médiévale, tous les crimes n'étaient pas punis par l'exécution ou la prison [...] On autorisait parfois les coupables à effectuer un pélerinage expiatoire. S'ils en revenaient, ce qui en ces temps dangereux n'arrivait pas souvent, on considérait leur péché comme lavé. On était tenu de leur pardonner à leur retour comme si rien ne s'était passé"

Sous la pression de Vespasia, Isabel accepte. Et les voilà parties en direction de l'Ecosse...Elles doivent y retrouver, après des conditions de voyage éprouvantes, la mère de l'infortunée et lui confier la dernière missive de sa fille.

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Comme vous l'avez récemment remarqué, je me suis plongée avec délices dans la série des Monk. En janvier, j'entame d'ailleurs le quatrième tome de ses aventures.

Mais comme j'apprécie beaucoup la plume d'Anne Perry, je n'ai pu résister longtemps à la tentation de me lancer dans un de ses contes de Noël.

J'ai retrouvé avec plaisir son sens de la reconstitution. En effet, elle parvient de nouveau à resusciter l'époque victorienne. On découvre ainsi notamment les usages qui président aux repas.

"Le repas commença par un consommé des plus légers. Neuf plats étaient prévus, mais personne n'était censé goûter à tous. Les dames en particulier, soucieuses de conserver la taille fine et la silhouette délicate qu'imposaient la mode, choisiraient avec soin. Quand la survie physique s'avérait relativement aisée, on créait des règles pour compliquer la survie sociale. Ne pas être accepté, c'était devenir un paria"

La pression de la bonne société apparaît également dans toute sa cruauté. "Le pouvoir de la bonne société est quasi sans limites. S'en voir exclu équivaut presque à la mort" C'est sans doute en raison des bruits qui courent sur ses rapports avec les domestiques et des éventuelles incidences sur ses possibilités de mariage que Gwendolyn se tue. Les mots d'Isobel agissent comme une sorte de déclencheur. Mais Isobel n'est que le porte-parole de ce que tous pensent ou croient savoir. Sa jalousie ne fait que révéler le carcan dans lequel les femmes, et particulièrement les jeunes filles et les veuves, vivent.

En effet, il est admis pour une femme mariée, ayant déjà eu des enfants de son conjoint d'avoir discrètement des relations extra-conjugales. Mais personne ne doit l'apprendre, sous peine d'exclusion. Cette liberté n'est bien entendu pas accordée aux célibataires.

Le portrait que dresse Anne Perry de la gent féminine dans ce roman fait donc froid dans le dos. Elles sont toutes résignées et leur seul moyen de vraiment exister passe par le mariage, généralement consenti sans amour.

Comme vous pouvez le voir, j'ai  donc beaucoup aimé la description de l'époque. En revanche, j'ai moins adhéré à l'histoire en elle-même. L'intrigue du voyage expiatoire m'a semblé tirée par les cheveux. Tout comme l'explication des raisons qui ont poussé Gwendolyn.

De même, j'ai regretté le format court de cet ouvrage (125 pages). Il a assurément empêché l'écrivaine de développer la personnalité de ses héros et leur destin. On assiste à une parenthèse douloureuse dans leur existence, sans savoir ce qu'il advient d'eux après. J'aurais aimé mesurer l'impact de ce voyage expiatoire tant sur les caractères d'Isobel et de Vespasia que sur leurs rapports aux autres membres de la bonne société. On en a malheureusement qu'un court aperçu au moment des fêtes de Noël à Applecross.

Certains éléments clefs nous sont livrés dès le début, comme la passion de Vespasia pour un rebelle italien. Mais leur évocation trop succinte ne permet pas de comprendre tous les tenants et aboutissants.

Bref, vous l'aurez compris: ce roman souligne une nouvelle fois le talent d'Anne Perry à plonger ses lecteurs dans l'Angleterre victorienne. Mais la trame autour de l'expiation n'est pas assez exploitée. Il aurait fallu plus de pages pour mener vraiment à bien ce périple!

Editions 10/18, 125 pages, 2005, 2,50 €

Lu dans le cadre du challenge Anne Perry  et du challenge Victorien.

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13/12/2012

La troisième enquête de Monk

Défense et trahison

de

Anne Perry

 

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"Hester Latterly descendit du cab. Voiture légère à deux places, d'invention récente, c'était un moyen de locomotion bien moins cher qu'une grosse berline qu'on louait à la journée. Elle fouilla dans son réticule à la recherche de la somme exacte et, après avoir réglé la course, se dirigea d'un pas vif vers Regent's Park où les jonquilles s'épanouissaient dans leur éclat doré sur la terre sombre"

Londres, milieu du 19ème siècle: Hester Latterly a rendez-vous avec une de ses meilleures amies à Regent's Park. Or, celle-ci arrive très en retard. Il vient d'arriver un malheur dans sa famille: son frère, le général Carlyon est mort dans ce qui semble un accident domestique stupide. Il se serait empalé sur une arme, après une chute d'escalier.

Mais, très vite, la femme du général confesse son meurtre. La famille Carlyon décide de payer Oliver Rathbone, le célèbre avocat pour assurer sa défense.

Ce dernier, afin de sauver sa cliente, fait appel à William Monk, désormais détective privé.

Et l'enquête pour comprendre les raisons qui entourent cet assassinat débute...

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Comme vous avez déjà eu l'occasion de vous en apercevoir, je suis devenue récemment très fan de William Monk. Je l'ai découvert grâce au challenge Anne Perry organisé par Syl.

Aussi, j'ai été ravie quand Syl a accepté de faire une lecture commune du troisème volume des aventures de cet enquêteur.

Cet opus m'a tout d'abord semblé très différent des deux précédents en raison de sa construction. En effet, dès le début, on sait qui est coupable. L'enquête, au lieu de mener au procès, va cette fois-ci l'accompagner.

L'aspect juridique revêt donc une importance primordiale. On assiste à tous les témoignages, aux retournements de situation... Cette manière d'appréhenher le crime et ses motifs n'est pas sans rappeler les films américains tels que Autopsie d'un meutre d'Otto Preminger où la majeure partie de l'action se déroule dans une salle d'audience. La tension monte, monte jusqu'au...verdict final.

Il en va de même pour ce roman. J'ai d'ailleurs vu quelque part qu'Anne Perry avait centré les aventures de Monk autour des tribunaux afin de plaire au lectorat américain. Cela annonce donc d'autres oeuvres construites sur ce modèle.

Et par conséquent, une plus grande importance accordée à Oliver Rathbone. J'apprécie de plus en plus ce personnage. Je le trouvais un peu trop sûr de lui dans le précédent tome. Au contraire dans celui-ci, il gagne en profondeur. Il montre ses failles devant sa cliente et devant Hester Latterly.

En effet, son "humanisation" s'accompagne d'un développement de ses sentiments pour l'infirmière. Ainsi, un trio que je ne qualifierai pas encore d'"amoureux" (Monk n'a pas pris conscience de son attachement) se met progressivement en place...

C'est là  justement une des forces d'Anne Perry: nous rendre attachants ses protagonistes. De livre en livre, on a envie de les voir évoluer, se rapprocher...Et tout semble crédible.

Bien entendu, l'autre force de la plume de cette écrivaine tient à son talent de reconstitution. Comme dans Un étranger dans le miroir et Un deuil dangereux , elle parvient à nous plonger dans le Londres victorien. Sont évoqués la condition des femmes, la vie dans les intérieurs nobles, la guerre de Crimée et ses conséquences, l'importance des apparences...

J'aimerais enfin aborder la question de l'enquête. Je me suis assez vite doutée de la nature des motivations de la criminelle. Même si je ne mesurais pas l'ampleur du drame...Je n'en dirai pas plus de peur de trop en dévoiler...

Bref, vous l'aurez compris: j'ai bien aimé cette aventure de William Monk . Mais elle m'a moins plu que les précédentes. Certes, le souci de reconstitution et d'approfondissement des interactions des personnages m'a fait passer un très bon moment. Mais la construction autour du procès et le nombre important de scènes d'audience m'ont moins convaincue. J'attends de voir si Anne Perry réutilisera ce procédé...

Voici le billet de Syl.

Editions 10/18, 2001, 8,80 €, 416 pages

Lu dans le cadre d'une lecture commune avec Syl, du challenge Anne Perry, du challenge du Polar historique et du challenge Victorien.

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25/11/2012

Un deuil dangereux d'Anne Perry

Un deuil dangereux

de

Anne Perry

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"-Bonjour, Monk!

La satisfaction se lisait sur le visage étroit de Runcorn. Son col cassé, placé un tantinet de travers, devait lui pincer le cou chaque fois qu'il tournait la tête.

-Faîtes un saut à Queen Anne Street. Chez Sir Basil Moidore"

Octavia Haslett, la fille de Sir Basil Moidore, vient d'être retrouvée poignardée dans sa chambre. Elle aurait été assassinée par un voleur de bijoux.

William Monk, responsable de l'enquête, toujours accompagné de son fidèle collègue Evans, se rend vite compte que le meurtrier appartient à la maisonnée.Tout laisse à penser qu'un domestique serait  le coupable...

Mais la vérité est-elle si simple?

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 Pour ce deuxième volet de la série de cet enquêteur amnésique, j'ai eu le plaisir de retrouver les protagonistes que j'avais tant aimés dans Un étranger dans le miroir.

A commencer bien entendu par William Monk. Dans ce tome, il poursuit la reconquête de sa mémoire. Certaines bribes de son passé commencent à ressurgir telles l'image d'un ancien protecteur ou celle d'une femme en larmes..Cependant, le mystère reste entier.

J'apprécie toujours autant Heather Latterly. Au début de l'intrigue, on la voit tenter de travailler pour un médecin rétrograde et incompétent. Mais, très vite, son refus du compromis refait surface et elle se voit congédiée. Heureusement, Lady Callandra convainc Monk de la prendre comme assistante et de la faire engager comme infirmière de la mère de la victime.

S'ensuivent de nombreuses entrevues entre Monk et Heather Latterly, placées tantôt sous le signe du mépris et de la colère tantôt sous sous celui de l'entente et de la complicité. J'espère qu'on continuera à assister à un rapprochement dans leurs prochaines aventures...

Le nouveau venu, l'avocat Oliver Rathbone m'a également beaucoup intéressé. C'est un personnage très intelligent, de bon conseil et visiblement sous le charme d'Heather.

J'ai été encore conquise par l'art de la reconstitution déployé par Anne Perry. En effet, j'ai eu l'impression d'être plongée dans le Londres des années 1850.

L'atmosphère d'une maison victorienne est parfaitement décrite. On apprend ainsi le quotidien des domestiques, leur interaction avec leurs maîtres...

"Heather prit connaissance de la hiérarchie qui régissait le monde des domestiques. Elle comprit quel était le domaine de chacun et qui devait des comptes à qui, ce qui revêtait une extrême importance. Car personne ne venait empiéter sur les tâches d'autrui et chacun remplissait son rôle avec une jalouse exactitude. Il eût été inconcevable, par exemple, de demander à une femme de chambre d'accomplir le travail d'une bonne ou, pis encore, de voir un valet de pied prendre la liberté de vaquer à quelque occupation dans la cuisine"

De même, la condition des femmes sous le règne de Victoria est très bien évoquée. Par exemple, une bonne qui se retrouve enceinte a forcément fauté, nonobstant les circonstances, et se retrouve jetée à la rue sans références.

La gent féminine doit aussi adopter une certaine manière d'être, comme le rappelle la belle-soeur de la victime à Heather.

"Je me souviens encore de ce que me disait Maman quand j'étais petite: il est totalement malvenu pour une femme d'être agitée pour quoi que ce soit. Les hommes détestent l'agitation, tout comme ils désapprouvent ce qui détruit l'image de la femme en tant que personne sereine, fiable, exempte de mesquinerie et de vulgarité, jamais critique, si ce n'est face au manque de soin et à la lascivité, et, surtout, ne cherchant jamais à contredire un homme, même si l'on a des raisons de croire qu'il se trompe. Apprenez à tenir un foyer, à manger avec élégance, à vous habiller et à vous déplacer avec charme et dignité, à engager la conversation avec toutes sortes de gens en société, à peindre ou à dessiner un peu [...] et par -dessus tout, à vous montrer obéissante et à maîtriser vos mouvements d'humeur."

Enfin, l'intrigue policière, pleine de rebondissements et de cruauté, est bien ficelée. Je ne me doutais pas du coupable avant les dernières pages.

Bref, vous l'aurez compris: je suis toujours aussi fan des enquêtes de William Monk et de l'univers recréé par Anne Perry. Vivement le troisième tome!

Editions 10/18, 2001, collection "Grands détectives", 8,80 €, 475 pages

Lu dans le cadre du challenge Anne Perry de Syl, du challenge victorien d'Arieste et du challenge du polar historique de Samlor.