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18/02/2013

La Maison du marais de Florence Warden

 

La Maison du Marais

de

Florence Warden

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" "Cherche institutrice: personnes d'âge mûr s'abstenir"

Je m'empressai de découper l'annonce ainsi formulée que j'avais trouvée dans le Times. J'étais âgée de dix-huit ans: jusque-là, ma jeunesse m'avait empêchée de trouver une situation. Il se trouvait donc un sympathique employeur pour la considérer comme un avantage! J'écrivis à l'adresse indiquée et je joignis à ma réponse une photographie et la liste de mes titres et qualités. La semaine suivante, j'étais en route pour Geldham (Norfolk) pour y assurer, moyennant la somme de trente-cinq livres sterling par an, l'éducation d'"une fillette de six ans""

C'est ainsi que Violet Christie, une jeune institutrice de dix-huit ans, se retrouve à attendre à la station de Beaconsburgh son nouvel employeur, Mr Rayner. Comme la voiture de ce dernier a perdu une de ses roues, il a demandé à son voisin, le jeune Laurence Reade de l'accompagner.

Le voyage en dog-cart se déroule sans encombre et bien vite, les voilà arrivés aux Sureaux. Immédiatement, Miss Christie est sous le charme de cette "maison de brique à moitié couverte de lierre, entourée d'arbres, et qui s'[élève] sur le bord du chemin, près du marais". Mais son enthousiasme n'est pas partagé par Mr Reade qui compare tour à tour la demeure à un "cloaque"et"un "lazaret".

Avant de la quitter, il lui glisse également à l'oreille un étrange conseil "N'acceptez surtout pas une chambre qui soit proche de celle de Mrs Rayner".

Le soir même, Miss Christie est présentée au reste de la maisonnée. Elle se rend très vite compte qu'elle suscite l'hostilité de Mrs Rayner et de Sarah, la bonne.

Elle est également surprise par la présence de certains visiteurs étranges. Le danger rôde aux Sureaux...

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J'ai repéré ce livre sur le blog de Bianca. Et à la lecture de son billet, j'ai eu envie de m'y plonger. Aussi, j'ai été ravie de le trouver dans la bibliothèque parisienne que je fréquente.

Florence Warden (1857-1929) est une auteure britannique. Après avoir suivi des études en Angleterre et en France, elle a a entamé une carrière au théâtre. La Maison du marais constitue sa première oeuvre.

Violet Christie, l'héroïne de ce roman, est une jeune femme qui désespère de trouver un emploi. Elle est donc ravie de se voir confier ce poste de gouvernante auprès d'Haidé, une petite fille de six ans.

Dès son arrivée, elle est confrontée à une maisonnée étrange. Autant Mr Rayner se révèle affable, brillant et cherche à nouer des liens avec son employée; autant sa femme est revêche, proche du mutisme et peu disposée à entretenir des rapports avec Violet. Cet antagonisme des caracatères se retrouve d'ailleurs dans tous les "couples". Les deux filles Rayner sont également l'opposé: Haidé, l'aînée peut être vue comme une petite fille gentille, souriante, polie. Mona, sa petite soeur, est perçue au contraire comme une sauvageonne qu'on laisse s'ébattre sans surveillance dans le parc. Enfin, les deux servantes: Jane/Sarah ne se ressemblent en rien. C'est comme si chaque élément positif ou apparamment positif devait toujours être contrebalancé.

Bien vite, l'institutrice réalise que le côté étrange des habitants des Sureaux n'est pas le seul élément inexplicable. Des questions lui viennent: où se trouve la chambre de Mr Rayner? Qui sont ces visiteurs étranges? Pourquoi Sarah la déteste tant? Pourquoi Mrs Rayner semble si émotive et déprimée?

Ainsi, on suit tous les évènements de cette intrigue à suspense par ses yeux. Ce choix narratif aurait pu se révéler parfait, si je n'avais pas été trop surprise par la naïveté de la protagoniste principale. En effet, le lecteur comprend assez vite les mystères que dissimulent la maison du marais et ses habitants. Aussi, tout le long du récit, je me demandais quand elle allait enfin découvrir la vérité.

Cet aspect m'a donc dérangé. Mais je reconnais un certain talent à Florence Warden pour reprendre les ingrédients classiques d'un roman gothique (héroïne innocente, mystères,atmosphère de plus en plus pesante, demeure inquiétante...).

Je crois d'ailleurs que les Sureaux, la fameuse maison du marais, est justement l'élément que j'ai préféré dans cet ouvrage. L'humidité qu'elle dégage accable ses habitants et les tue peu à peu. De plus, elle regorge de couloirs, de tours, de trappes où on s'attend toujours à croiser des "vilains" ou un "voile noir"

On sent en effet l'influence d'Ann Radcliffe dans cette oeuvre. Tout comme celle de Wilkie Collins.

Bref, vous l'aurez compris: une lecture en demi-teinte pour moi. J'ai trouvé que Florence Warden rendait un bel hommage au roman gothique. Mais j'ai eu beaucoup de mal à accrocher avec l'héroïne et les ficelles de l'intrigue m'ont paru par trop évidentes dès les premiers chapitres.

Editions Joëlle Losfeld, 2011, traduit de l'anglais par Alexandre du Terrail, 279 pages, 18,90 €

Lu dans le cadre du Challenge Au service de..., God save the livre édition 2013 et du challenge Victorien.

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20/01/2013

Le Treizième conte de Diane Setterfield

Le Treizième conte

de

Diane Setterfield

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"On était en novembre. Il n'était pas encore très tard, et pourtant le ciel était déjà sombre quand j'empruntais Laundress Passage. Père avait fini sa journée: il avait éteint les lumières du magasin et fermé les volets; mais, de manière à ce que je ne rentre pas dans l'obscurité la plus totale, il avait laissé allumée l'ampoule éclairant l'escalier qui menait à mon appartement. A travers la porte vitrée, celle-ci dessinait un grand rectangle pâle sur le trottoir humide, et c'est au moment où je me tenais là, m'apprêtant à tourner la clé dans la serrure, que je vis la lettre pour la première fois."

Margaret Lea travaille avec son père à la Librairie Lea, un magasin spécialisé dans la vente et l'achat de livres anciens. Elle consacre également une partie de son temps à des essais biographiques sur "certains personnages mineurs de l'histoire littéraire" (les Frères Goncourt...)

Un soir, elle reçoit une lettre de Vida Winter, un écrivain renommé et excentrique qui mène une vie retirée. Elle souhaite avant de mourir livrer la vérité sur son existence

"Quelque chose grandit en moi, qui se divise et se multiplie. C'est là, dans mon estomac, une boule dure et ronde, à peu près de la taille d'un pamplemousse, qui aspire l'air de mes poumons et ronge la moelle de mes os. Ce long sommeil l'a transformée. D'humble et docile, elle s'est faite brutale. Refuse toute négociation, bloque toute discussion, revendique ses droits. Ne veut pas entendre parler de refus. La vérité, crie-t-elle en écho"

Margaret accepte de la recontrer. Et le face-à-face entre les deux femmes débute...

 

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J'avais entendu parler de ce roman sur la blogosphère et quand je l'ai trouvé dans ma bibliothèque, je n'ai pas hésité longtemps à me lancer.

Il s'agit de la première oeuvre de la romancière britannique Diane Setterfield.

Deux récits s'enchâssent: celui de Margaret et celui de Vida Winter.

Ce dernier revient sur la famille Angelfield. Charles et Isabelle sont élevés par leur père dans un manoir isolé, au milieu des landes. Très vite, Charles nourrit une véritable passion pour sa soeur. Et perd la raison quand Isabelle épouse Roland March. Devenue veuve, elle revient à Angelfield avec deux jumelles: Adeline et Emmeline. Très vite, les jumelles sont laissées à l'abandon et terrorisent le voisinage. Jusqu'à l'arrivée d'une gouvernante qui va révolutionner leur monde.

En parcourant ce récit, je n'ai pu m'empêcher de penser qu'il rendait hommage aux Hauts de Hurlevent d'Emily Brontë. D'autres influences littéraires sont aussi très prégnantes dans le déroulé de l'histoire: celle de Jane Eyre de Charlotte Brontë ( la folie d'un des personnages, la réclusion d'un autre, un incendie...) ou celle de Rebecca de Daphné du Maurier (le nom de Vida par exemple). L'idée du treizième conte, un conte jamais publié par Vida Winter et qui permet de tout comprendre, m'a aussi rappelé un ouvrage que j'ai lu récemment et qui m'avait beaucoup plu: Le Jardin des secrets de Kate Morton.

De même, j'ai beaucoup apprécié les personnages du Treizième conte. Ils sont tous complexes, tous hantés par leurs propres fantômes (d'où l'unes des premières question de Vida Winter à Margaret Lea: "Miss Lea, croyez-vous aux fantômes?").

J'ai été tenue en haleine tout au long du roman. Certains indices sont disséminés au fil des rencontres entre les deux héroïnes. Mais bien vite, les pistes se brouillent et la fin m'a littéralement scotchée.

De plus, cette oeuvre célèbre le pouvoir de la lecture.

" A huit heures moins trois, j'étais en chemise de nuit et en pantoufles à attendre que mon eau veuille bien bouillir. Vite, vite. Huit heures moins une. Ma bouillotte était prête, et je remplis un verre d'eau au robinet. Il était important de faire vite. Car à huit heures précises, le monde s'arrêtait de tourner. C'était l'heure de lire.
L'intervalle entre huit heures du soir et une ou deux heures du matin a toujours été pour moi un moment magique. Contre le dessus-de-lit en chenille bleu, les pages blanches de mon livre ouvert, éclairées par un cercle de lumière, sont des portes donnant accès à un autre monde."

En témoigne aussi la prescription que fait un docteur à Margaret Lea

" Je consultai l'ordonnance. D'une écriture vigoureuse, il avait inscrit : Sir Arthur Conan Doyle, Les aventures de Sherock Holmes. Prendre dix pages, deux fois par jour, jusqu'à épuisement du stock. "

Bref, vous l'aurez compris: j'ai été conquise par ce roman et je vous conseille vivement sa lecture, si vous appréciez comme moi les intrigues complexes et les personnages fascinants. Il m'a laissé avec la furieuse envie de me replonger dans Rebecca et Jane Eyre.

Plon, 2006, collection "Feux croisés", 394 pages, 21 €

Ce billet marque une nouvelle participation au challenge Au service de...

 

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01/11/2012

Le Manoir de Tyneford

Le Manoir de Tyneford

de

Natasha Solomons

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"Quand je ferme les yeux, je vois Tyneford House. Allongée sur mon lit dans le noir, je vois sa façade de pierre calcaire baignant dans la lumière dorée d'une fin d'après-midi."

Vienne, printemps 1938: Elise Landau, jeune femme issue de la bourgeoisie artistique (son père Julian est un écrivain célèbre, sa mère Anna une chanteuse d'opéra reconnue) se voit contrainte de trouver un emploi en Angleterre afin d'échapper aux persécutions contre les Juifs. Elle passe une annonce et très vite, reçoit une réponse positive de la gouvernante du manoir de Tyneford.

S'ensuivent les préparatifs, les dernières fêtes, les promesses de se retrouver, une fois les visas obtenus, aux Etats-Unis et le départ pour le Dorset avec l'alto familial contenant un manuscrit paternel inédit.

Les premiers temps à Tyneford se révèlent difficiles. Elise fait le dur apprentissage du métier de domestique, se sent rejetée par ses pairs et espère obtenir enfin de bonnes nouvelles de ses parents.

Mais l'arrivée du fils de la maison, Kit Rivers, va bouleverser ce quotidien....

 

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Il s'agit du second roman de Natasha Solomons, une auteure anglaise née en 1980 et qui avait été très remarquée pour son premier ouvrage Jack Rosenblum rêve en anglais. Elle s'est inspirée du destin de sa grand-tante Gabi qui avait réussi à fuir en devenant aide maternelle.

J'avais aperçu cet ouvrage en librairie, au moment de sa sortie et j'avais tout de suite été attirrée par sa couverture et par le titre. Aussi, je n'ai pas hésité quand je l'ai vu en présentation dans ma bibliothèque. Et je l'ai littéralement dévoré.

J'ai beaucoup aimé le style et la construction du roman. Elise Landau, devenue vieille, nous raconte son histoire et nous transporte au printemps viennois de 1938, un moment décisif de sa vie.

"Les souvenirs n'obéissent pas à une chronologie. Dans mon esprit, tout se bouscule [Mais] dans les pages qui suivent, je dois m'astreindre à, un certain ordre"

Même si les feuillets consacrés à Vienne ne sont finalement que peu nombreux par rapport au reste du livre, je trouve qu'ils se révèlent très marquants. Ils permettent de comprendre la vie des bourgeois bohêmes menacés par la montée du nazisme. Mais aussi de mieux cerner la personnalité de l'héroïne, "le bébé de la famille" Landau et l'impact de Tyneford sur elle.

Tout le reste du roman est consacré à la vie à Tyneford. Je suis totalement d'accord avec le choix du traducteur d'avoir changé le titre original "le Roman dans l'alto" en "Le Manoir de Tyneford" (Les Américains ont d'ailleurs pris la même décision. Le roman s'appelle là-bas The House of Tyneford). En effet, je pense qu'il correspond plus au contenu. Certes, le roman dans l'alto, métaphore de la mémoire familiale et surtout paternelle, constitue un élément essentiel de l'intrigue. Mais le manoir et la ville de Tyneford, lieux de toutes les beautés, de toutes les évolutiions et de tous les bouleversements, m'ont encore plus fascinée.

" Enfin, nous sortîmes de l'allée et Tyneford s'offrit à ma vue. Je n'oublierai jamais cette première vision. C'était un manoir simple et élégant. D'une couleur différente de celle des cottages, ses pierres d'un jaune chaud luisaient au soleil. Un porche gothique s'élevait sur le côté. Le blason familial était sculpté dans sa façade en grès et deux roses en pierre ornaient chacun de ses coins. Une vieille glycine chargée de grappes de fleurs encadraient les fenêtres à l'ouest. [...] rares sont les endroits où la nature a été plus prodigue. Des bois de hêtre bordaient le jardin, et la demeure, construite sur un terrain en pente, avait la rangée de collines en arrière-plan. Une élégante terrasse courait le long de la maison d'où quelques marches menaient à une pelouse soyeuse qui descendait vers la mer. Toutes les fenêtres de la façade donnaient sur cette étendue d'eau étincelante, calme, enchanteresse. "

J'ai beaucoup aimé également les personnages. J'en parlerai peu de peur de trop en révéler mais je trouve que l'écrivaine a su leur donner un aspect attachant et montrer leur évolution. Chacun, même les protagonistes les plus secondaires, est impacté par la Seconde Guerre Mondiale.

Une des autres qualités de cet ouvrage tient à la peinture des moeurs anglaises à cette période. La scène où Elise se travestit en garçon pour l'anniversaire de Kit; l'ignorance d'Elise et de son amie Polly sur le déroulement des relations sexuelles...donnent un aperçu de la vie des "privilégiés" à la fin des années 30.

De même, l'apprentissage du métier de bonne par Elise offre la possibilité de découvrir les règles qui régissent le monde des domestiques.

"La première chose qu'on m'avait apprise, c'était l'importance de la rapidité! Une bonne n'est jamais oisive, or traîner, ce n'est rien faire"

"Rappelez-vous qu'on ne doit jamais vous voir de l'extérieur. Quand vous lavez les vitres, baissez-vous et partez si jamais vous apercevez une dame ou un monsieur dehors, sur la pelouse ou la terrasse. [...] Vous devez vous rendre invisible"

Bref, vous l'aurez compris: ce roman, tant pour son intrigue bouleversante que pour son style et sa construction, constitue un coup de coeur. Et j'espère vous avoir donné envie de vous plonger dedans.

Je mets en lien la vidéo de présentation par les éditeurs anglais (le manoir est tout bonnement magnifique).


Editions Calmann-Levy, avril 2012, 20,90 €, 450 pages, traduit de l'anglais par Lisa Rosenbaum

Ce billet marque ma quatrième participation au challenge Au service de...

 

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