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03/03/2013

Cinq petits cochons d'Agatha Christie

Cinq petits cochons

de

Agatha Christie

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"Hercule Poiroit jaugea d'un oeil intéressé la jeune femme qu'on laissait entrer dans son bureau. Elle lui fit une impression favorable.

La lettre qu'elle lui avait envoyée était fort peu explicite: c'était une simple demande de rendez-vous, brève et fonctionnelle, sans aucune allusion à son objet. Seule la fermeté de l'écriture indiquait que Carla Lemarchant était une jeune personne"

Cette dernière souhaite que le détective enquête sur une affaire vieille de seize ans. Son père, le célèbre peintre Amyas Crane, avait été retrouvé empoisonné. Très vite, les soupçons s'étaient portés sur sa mère et elle avait été condamnée. Mais, persuadée de son innocence, Carla "veut la vérité".

Hercule Poirot accepte cette mission. Il commence par retrouver les avocats et avoués qui ont servi l'accusation et la défense lors du procès de Caroline Crane.

En les écoutant donner leurs avis sur les cinq autres personnes présentes sur les lieux du crime, une comptine lui revient en mémoire:

"Premier petit cochon s'en est allé au marché

Deuxième petit cochon n'est pas sorti de chez lui

Troisième petit cochon a mangé tout le pâté

Quatrième petit cochon n'a rien eu pour lui

Cinquième petit cochon a pleuré, groui, groui, groui"

Il s'agit maintenant pour lui de retrouver ces "cinq petits cochons"...et de déterminer si Caroline Crane a réellement assassiné son époux.

 

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Agatha Christie a publié cette vingt-deuxième aventure d'Hercule Poirot en 1942. Elle constitue avec Une mémoire d'éléphant une des rares oeuvres où une enquête est menée sur un crime commis plus de dix ans auparavant. Un moyen pour le détective belge de prouver une nouvelle fois qu'on ne trouve pas le coupable à partir d'indices recueillis mais grâce aux "cellules grises"

"J'ai entendu parler de vous [...] De vos succès. De la façon dont vous les avez obtenus. C'est l'élément psychologique qui vous intéresse, n'est-ce pas? Eh bien, lui ne change pas avec le temps. Ce sont les éléments tangibles qui disparaissent: un mégot, des traces de pas, des brins d'herbe couchés. Eux sont définitivement perdus. Mais rien ne vous empêche de reprendre l'affaire de zéro, de vous entretenir éventuellement avec des gens qui étaient là à l'époque-ils sont encore tous vivants. Ensuite, comme vous avez dit tout à l'heure, vous vous installerez tout à l'heure dans votre fauteuil pour réfléchir. Et vous découvrirez ce qui s'est passé."

Ce roman policier s'articule en quatre parties distinctes: une introduction suivie de trois livres.

Lors de l'introduction, nous sommes mis en présence de la jeune Carla Lemarchant qui réclame justice. Tout laisse à penser que sa mère a bien assassiné son père mais elle est convaincue de son innocence. En voyant le détective accepter de reprendre l'affaire, le lecteur est amené à penser qu'elle a sans doute raison.

Mais, dès le début du livre I, cette idée est remise en cause. Dans cette partie, s'enchaînent les témoignages. Hercule Poirot rencontre, tour à tour, l'avocat de la défense; l'accusation; les deux avoués; le superintendant de police et les "cinq petits cochons". Tous sont certains que la bonne coupable a été jugée.

Cependant, ils ont tous un avis différent sur cette femme. Elle les a tous fascinés mais pas de la même façon.

Il en va de même pour son mari, le célèbre peintre, Amyas Crane. Un artiste égoïste, passionné, Don Juan...Un homme sans doute insupportable au quotidien mais qui ne pouvait laisser indifférent.

Ces deux personnalités dominent toute l'oeuvre mais contrairement aux autres ouvrages de la "Duchesse de la mort", nous ne les voyons jamais directement agir, parler... Ils sont tous deux morts depuis seize ans et nous ne conserverons d'eux que les images véhiculées par leurs amis, avocats, amants...

A l'exception des deux lettres de Caroline Crane, deux des ressorts de l'intrigue: la première pousse sa fille à relancer une affaire vieille de 16 ans et la seconde permet de mieux comprendre son geste.

Ce premier livre est également l'occasion de rencontrer les "cinq petits cochons": Philip et Meredith Blake, les deux amis d'enfance d'Amyas Crane; Elsa Greer, la jeune maîtresse du peintre; la gouvernante Miss Williams et la soeur de Caroline, Angela Warren. On sent qu'ils ont tous été brisés par ce drame. Pour eux, c'était inexorable... Amyas allait quitter sa femme et elle ne l'a pas supporté.

On retrouve ces cinq témoins clés dans le second livre sous la forme de leurs témoignages écrits. Leurs confessions se succèdent et éclairent encore plus les journées précédant le meurtre ainsi que la matinée de ce dernier. Des fragments de conversation sont reconstitués, des liens avoués....

Dans le troisième livre, Hercule Poirot revient vers eux pour cinq dernières questions. Puis, arrive la conclusion...de ce drame en trois actes.

Une fois encore, Agatha Christie montre sa faculté à nous mener de fausse piste en fausse piste. La résolution de l'énigme très psychologique m'a également beaucoup plue.

Bref, vous l'aurez compris: un très bon cru des aventures du célèbre détective belge qui m'a donné envie de continuer mes découvertes ou redécouvertes de l'auteur.

Le Livre de Poche Jeunesse, 2003, 349 pages, 5,50 €

Lu dans le cadre du challenge God save the livre 2013

 

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27/02/2013

Le Train de 16h50

Le Train de 16h50

de

Agatha Christie

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"Le souffle court, Mrs McGillicuddy trottinait le long du quai à la poursuite de son porteur. Mrs McGillicuddy était courtaude et replète, le porteur était grand et avançait à longues enjambées. S'il s'était chargé de la valise, Mrs McGillicuddy, qui venait de faire ses achats de Noël, croulait sous le poids d'une multitude de paquets. La lutte était donc inégale et Mrs McGillicudddy amorçait tout juste la ligne droite que déjà l'homme disparaissait, avalé par une courbe à l'autre extrémité du quai"

Le train démarre. Après un léger assoupissement, Mrs McGillicuddy se met à observer le paysage. Puis, elle remarque un train qui semble faire la course avec le sien. En observant de plus près, elle aperçoit, dans un compartiment, une femme étranglée par un homme brun. Elle avertit immédiatement le contrôleur, ainsi qu'à la station suivante le chef de gare.

Le voyage se poursuit. Mrs McGillicuddy est attendue dans le village de St Mary Mead où réside sa vieille amie Miss Marple.

"Oh, Jane! Je viens d'assister à un meutre"

Le lendemain matin, les deux vieilles demoiselles s'attendent à voir l'assassinat à la une des journaux. Mais rien...Elles alertent la police qui ne trouve pas de corps et pense que Mrs McGillicuddy a "exagéré la gravité [...] de la scène qu'elle a décrite"

Toutefois, Miss Marple ne se laisse pas décourager....Et elle débute, avec l'aide de Lucy Eyelesbarrow, une de ses jeunes connaissances, sa propre enquête.

 

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En voyant Bianca parler de la Dernière énigme, j'ai eu très envie de me plonger à mon tour dans un Agatha Christie. Adolescente, j'adorais cet auteur et j'avais dévoré plusieurs volumes des aventures du célèbre détective belge. Mais, autant j'avais une vraie prédilection pour Hercule Poirot, autant je n'étais pas du tout attirée par les intrigues mettant en scène Miss Marple. Je la trouvais trop envahissante, trop fouineuse...

Et ce roman m'a prouvé que j'avais tort. Je resterai toujours fidèle à Hercule mais je me permettrai quelques incursions dans l'univers de Jane.

J'ai trouvé le point de départ de l'intrigue très fort: un témoin assiste à un meutre commis dans un train, aucun corps n'est retrouvé et tout reste à trouver prouver.

Les premières démarches n'aboutissent à rien. L'amie de Miss Marple aurait-elle rêvé? Notre enquêtrice est certaine du contraire

"Posément, comme un général projetant une campagne [...], Miss Marple passa en revue les éléments, qui plaidaient en faveur d'une initiative de sa part , et ceux qui s'y opposaient. Dans la colonne des "pour", on relevait:

1. Ma longue expérience de la vie et de l'âme humaine

2.Sir Henry Clithering et son filleul (aujourd'hui à Scotland Yard si je ne m'abuse)

3. Le deuxième fils de mon neveu Raymond, David, qui travaille, j'en suis pratiquement certaine, dans les chemins de fer britanniques

4. Leonard, le fils de Griselda, qui est si calé en cartes géographiques"

Une fois son plan de bataille établi et ses premiers pions avancés, Miss Marple va rechercher l'aide d'un alliée. Elle la trouve en la personne de Lucy Eyelesbarrow, son ancienne garde-malade. Cette jeune femme se fait engager au manoir de Rutherford Hall comme gouvernante/cuisinière.

Ce domaine pourrait, en effet, abriter le corps mystérieusement volatilisé. Lucy se met donc en quête d'indices, observe attentivement ses employeurs...

Comme vous vous en doutez, cette persévérance va se révéler payante...Bien vite, Lucy découvre un cadavre. Et l'enquête officielle peut enfin démarrer. Reste à déterminer l'identité de la victime étranglée et bien entendu, du coupable.

Les investigations se poursuivent, les meurtres se multiplient, les fausses pistes s'enchaînent...Et la reine du crime se montre de nouveau à la hauteur de sa réputation. Jusqu'aux dernières pages, je n'ai pas soupçonné l'identité du meutrier.

J'ai beaucoup aimé l'idée de Miss Marple ayant besoin de quelqu'un pour la seconder. Le choix d'une jeune aide apporte un peu de piment, dans le sens où elle va faire tourner bien des têtes à Rutherford Hall. C'est d'ailleurs un des éléments que j'apprécie chez Agatha Christie: outre sa faculté à construire des intrigues incroyables, elle imagine de jolies histoires de coeur.

De plus, les personnages secondaires m'ont beaucoup intéressée. Certains de leurs défauts (la radinerie du père que l'on retrouve chez deux des rejetons) m'ont bien amusée.

Même si elle est sans doute moins présente que dans d'autres tomes, Miss Marple interagit avec eux, notamment lors d'une scène de thé où l'écrivain montre tout son talent pour décrire l'hypocrisie de la bonne société. Mais notre héroïne n'est pas dupe. Elle observe, comprend et analyse avec un grand discernement les relations entre chacun. Pour émettre ses jugements, elle a souvent recours aux comparaisons avec les habitants de son village (un tic qui m'agaçait au plus haut point quand j'étais adolescente mais qui m'a fait sourire à plusieurs reprises lors de cette lecture)

"Savez-vous à qui vous me faites penser? Au jeune Thomas Eade, le fils de mon directeur de banque. Il adore choquer son monde"

Bref, vous l'aurez compris: j'ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman policier habilement construit et plein d'humour so british. Ce ne sera définitivement pas la dernière aventure de Miss Marple dans laquelle je me lancerai!

Le Livre de Poche, 2009, 254 pages, 5,20 €

Lu dans le cadre du challenge Au service de... et du challenge God save the livre 2013 d'Antoni.

 

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24/02/2013

La crique du Français

La Crique du Français

de

Daphné du Maurier

 

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"Quand le vent d'est souffle sur l'Helford, ses eaux étincelantes se troublent, s'agitent et viennent, en petites vagues, battre rageusement ses vitres sablonneuses. De courtes lames se brisent sur la barre du jusant, et les échassiers, effleurant la surface, s'appelant l'un l'autre dans leur vol, se dirigent à tire-d'aile vers les bancs de boue à l'intérieur des terres. Seules les mouettes, leur plumage gris pailleté d'embruns, tounoyent et crient encore au-dessus de l'écume, où, de temps à autre, elles plongent à la recherche de leur pâture."

Au temps de la Restauration anglaise, Lady Dona Saint Columb jouit d'une réputation scandaleuse, accompagnant son mari Sir Harry et ses amis dans des lieux de "mauvaise vie"

Lassée de la "futilité de sa vie, de ces incessants soupers, dîners, parties de cartes, de ces frasques idiotes, dignes tout au plus d'une écolière en vacances, de ce flirt stupide avec Rockingham", elle a décidé de quitter Londres pour partir s'installer seule avec ses deux enfants dans le domaine de Navron, au bord de la Manche.

Arrivée dans la propriété, elle est très surprise de la trouver à l'abandon et de la voir entretenue par un seul domestique, un dénommé William.

Mais très vite, ce dernier la rassure, remet la maison en ordre, engage d'autres serviteurs... Débute alors une nouvelle existence pour Lady Dona, rythmée par ses envies, les jeux avec ses enfants.

Malheureusement, cette tranquillité est perturbée par la visite d'un voisin, Lord Godolphin qui la met en garde contre des pirates français qui séviraient sur la côte.

Lady Dona ne veut pas prêter attention à ces rumeurs. Mais la nuit venue, ne trouvant pas le sommeil, elle assiste à un étrange manège entre William et un inconnu. Et si...?

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Daphné du Maurier est une auteure anglaise, née en 1907. Elle est issue d'une famille d'artistes et s'est lancée très jeune dans l'écriture. Son premier roman Chaînes d'amour a été publié en 1931. Il a été suivi par de nombreux succès: L'Auberge de la Jamaïque (1936), Rebecca (1938), La Crique du Français (1941), Le Général du Roi (1946)...

Quand j'étais adolescente, j'avais une prédilection particulière pour cet écrivain dont je piochais les oeuvres dans la bibliothèque de ma grand-mère. Dernièrement , en parcourant la blogosphère et en voyant tant de billets élogieux sur Rebecca, j'ai eu envie de me replonger dans ses livres. J'ai emprunté hier La Crique du français à la bibliothèque et je l'ai achevé en une matinée, confortablement installée sur mon canapé avec une bonne tasse de thé.

Pourtant, je dois avouer que j'ai failli renoncer à l'aventure au bout du premier chapitre. En effet, je n'ai pas compris son intérêt. Daphne du Maurier s'est lancée dans une description contemporaine du très beau paysage de l'Helford en y juxtaposant des moments clés de l'histoire qu'elle allait nous conter. Certes, son dessein de nous montrer comment les paysages gardaient l'empreinte de ceux qui y étaient passés était sans doute louable mais j'ai eu l'impression d'être "spoilée" sur ce que j'allais lire.

Heureusement, j'ai quand même poursuivi ma découverte de ce roman d'aventure romanesque.

L'héroïne, Lady Dona Saint Columb, est une jeune femme lassée par la vie de la cour, le luxe, la dépravation qui y règne. Dans la voiture qui l'emmène à Navron, elle nous laisse entrevoir un tableau peu engageant de la capitale londonienne au temps de la Restauration.

"elle se rappelait le théâtre bondé, la puanteur du parfum sur les corps échauffés, les rires niais, le bruit, la loge royale, le Roi, son entourage..."

Elle ne veut plus tenir le rôle "indigne" qu'elle jouait dans cette société. "N'avait-elle pas, cédant aux exigences de son entourage, consenti à être cette créature superficielle, ravissante, qui, rieuse, acceptait avec un haussement d'épaules, adulations et louanges, comme un tribut naturel à sa beauté, insouciante, indolente, volontaire, indifférente, tandis qu'une autre Dona, étrange, semblable à un fantôme, l'épiait du fond d'un sombre miroir et avait honte?"

Tout au long du récit, on assiste donc à la transformation de cette femme. Une transformation dûe à un mode de vie plus simple, plus en accord avec ses envies mais surtout, comme vous vous en doutez, à une belle rencontre...

Dès qu'on entend William, le nouveau valet, parler de son ancien maître, on pressent que Lady Dona ne va pas tarder à faire sa connaissance.

Comme dant tout roman d'aventures romanesques, cette première entrevue prend un tour surprenant.

Jean-Benoît Aubéry a choisi l'état de pirate par goût de l'aventure. Et il va faire un très beau cadeau à Lady Donna: lui permettre de vivre elle-aussi l'aventure, de sentir la brume maritime sur elle, de connaître le danger, d'échapper à sa condition de femme...le temps d'une parenthèse.

Cette escapade va se révéler très dangereuse pour nos deux héros. S'ensuivent d'ailleurs des scènes à la tension très maîtrisée (je pense notamment à celle du dîner avec les notables ou celle de la poursuite dans l'escalier)

C'est justement là que se révèle le talent de Daphne du Maurier: donner vie à certaines scènes, nous faire ressentir tantôt l'enthousiasme, tantôt la peur et la nervosité...

Elle fait preuve également d'une grande ironie dans sa description des nobles et des notables du coin. La scène du dîner constitue à cet égard un vrai morceau de bravoure. Tout comme le décalage entre la découverte du mode de vie des pirates français et les racontars qui circulent sur eux.

De plus, elle livre de très belles pages sur la mer, un des thèmes récurrents de son oeuvre.

J'évoquerai juste un petit bémol: certains éléments de l'intrigue sont par trop prévisibles, surtout si vous avez lu le premier chapitre.

Bref, vous l'avez compris: si vous cherchez un roman d'aventures, romanesque, plein de rebondissements et c'est vrai un brin désuet pour passer un agréable moment, ce livre est parfait. Il a confirmé mon envie de prolonger ma redécouverte de l'oeuvre de cette auteure.

Le Livre de Poche, 2000 (anciennement paru sous le titre L'Aventure vient de la mer), 282 pages, 4,60 €

Lu dans le cadre du challenge God save the livre 2013.

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