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19/01/2014

L'Incendiaire de Highgate

L'Incendiaire de Highgate

de

Anne Perry

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"L'inspecteur Thomas Pitt observait les ruines fumantes de la maison, indifférent à la pluie glaciale qui plaquait ses cheveux sur son front et s'insinuait entre son col relevé et son écharpe de laine. La chaleur émanant des monceaux de brique noircies par le feu rayonnait encore. L'eau dégouttait des linteaux brisés, et, en tombant sur des braises crépitantes, faisait monter de fines volutes de vapeur"

Septembre 1888: Thomas Pitt est envoyé à Highgate pour assister le commissariat local. En effet, un incendie criminel a ravagé une maison de quartier et on a retrouvé le corps de Clementine Shaw carbonisé. Son mari, un éminent docteur, a échappé à ce meurtre car il était en train d'accoucher une patiente.

Pitt interroge le voisinage. Mais personne n'a rien vu, à l'exception d'une domestique qui prétend avoir aperçu un fantôme. L'enquête piétine....Quand un autre incendie se déclare et tue le meilleur ami du docteur.

 

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Pour cette onzième enquête du couple Pitt, Anne Perry nous emmène à Highgate. Un quartier apparemment très paisible, bien loin de Whitechapel où Jack l'Eventreur sévit. Mais il ne faut pas se fier aux apparences...

En effet, la maison des Shaw se retrouve détruite par un incendie. Thomas Pitt pense que le docteur était la cible et qu'il a pu en réchapper grâce à l'appel d'une parturiente en pleine nuit. Un autre incendie semble accréditer sa thèse.

De son côté, Charlotte est persuadée que Clementine Shaw était la victime visée depuis le début. Depuis quelque temps, elle menait une croisade contre l'exploitation des pauvres. Elle voulait dénoncer les abus des riches propriétaires quant aux loyers et aux conditions d'habitations. Une bataille qui ne semblait pas du goût de tout le monde...

Cependant, pour trouver le coupable, elle doit suivre les traces de Clementine et part à la découverte des quartiers sordides de la capitale. Dans des bâtiments insalubres, sans eau courante, sans système d'évacuation et sans chauffage, s'entassent de nombreuses personnes.

"Bessie était accroupie dans un recoin d'une pièce d'environ trois mètres sur quatre, occupée par trois famille, seize personnes en tout, dont deux bébés au sein qui pleuraient constamment. Contre un mur se dressait un poêle ventru, qui chauffait à peine, faute de combustible. Là encore, aucun système d'évacuation des déjections et des détritus était prévu [...] Nulle eau courante pour boire, laver le linge et faire la cuisine. [...] La pièce ne possédait aucun meuble, à l'exception d'une chaise cassée. [...] Les couinements des rats qui couraient au plafond couvraient presque les pleurs des bébés."

Bien loin de cette misère humaine, Thomas tente de percer les mystères qui se dissimulent derrière les façades de Highgate. Peu à peu, les langues se délient et il apprend tout des idylles supposées, des jalousies, des fortunes de chacun...

Et si, finalement, les deux époux avaient raison chacun à leur façon...?

Je dois avouer que l'intrigue policière ne m'a pas semblé très intéressante ce mois-ci. Je n'ai pas cherché véritablement l'identité du pyromane.

Au contraire, je me suis passionnée pour le contexte. Une fois encore, Anne Perry révèle tout son talent pour ressusciter l'époque victorienne. Elle nous promène des bas-fonds aux demeures cossues. Aux conditions de vie effroyables des plus pauvres répond l'hypocrisie de la classe dirigeante qui se prétend généreuse mais ne cesse de dénigrer autrui et d'enfoncer ceux en dessous d'elle. J'ai été particulièrement sensible à la scène de la rencontre entre Emily et une Lady, propriétaire de quelques taudis.

Quant aux personnages récurrents, j'ai trouvé que ce tome servait de transition. Pitt et Charlotte restent toujours aussi amoureux mais je me demande si Charlotte ne va pas plus s'engager dans les combats sociaux. Surtout si son nouveau beau-frère poursuit son dessein de se présenter à la députation.

Bref, vous l'aurez compris: cet opus ne m'a pas impressionné par son intrigue policière. Néanmoins, j'ai aimé l'évocation historique. J'espère que le prochain ouvrage me convaincra plus.

Editions 10/18, 380 pages

Billet dans le cadre d'une lecture commune avec Bianca, Fanny, Céline, Soie et Sybille et dans le cadre des challenges Anne Perry, God save the livre 2013 et 19ème siècle

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12/01/2014

Le Général du Roi de Daphné du Maurier

Le Général du Roi

de

Daphné du Maurier

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"Septembre 1653-Fin d'été-Les premiers vents frileux d'automne. Le soleil n'entre plus par la fenêtre de l'est, à mon réveil. Paresseux, il ne passe pas avant huit heures au-dessus de la colline. Un brouillard blanc cache souvent la baie jusqu'à midi, laissant derrière lui une haleine froide. La prairie ne sèche plus et bien après midi brille encore sous le soleil. De grosses gouttes d'eau pendent, immobiles, au bout des brins d'herbe. Je remarque les marées plus qu'auparavant. Elles s'allient au jour. Quand la mer se retire des marais, qu'apparaît peu à peu le sable dur et ridé; il me semble dans ma fantaisie, suivre le reflux; mes vieux rêves apparaissent au grand jour comme les coquillages et les pierres de la grève."

Honor Harris revient sur son passé et sur l'influence qu'a exercée la famille Grenville sur son destin.

C'est ainsi qu'on la retrouve en 1629, à 18 ans. Elle est alors une jeune fille issue de l'aristocratie anglaise, indépendante, entière, fière et farouche. Lors de son entrée dans le monde, elle rencontre Sir Richard Grenville, un soldat qui jouit d'une très mauvaise réputation et qui va immédiatement la fasciner. S'ensuit une cour dans l'arbre d'un jardin des Cornouailles....Honor et Richard en viennent même à se fiancer.

Mais un terrible événement les sépare pendant quinze ans....Et c'est la guerre civile qui les réunit.

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La semaine dernière, je vous parlais du Général du Roi, un téléfilm de Nina Companeez qui m'a fait passer un agréable moment et m'a surtout donné envie de me replonger dans le roman de Daphné du Maurier. Un roman que j'avais dévoré à l'adolescence et que j'ai de nouveau beaucoup aimé.

L'auteur a repris un schéma narratif assez classique: à la fin de sa vie, Honor Harris revient sur les évènements qui l'ont marquée et sur les rapports qu'elle a entretenus avec la famille Grenville.

En même temps, ce schéma se révèle très original quand on aborde les chapitres autour de la première et de la seconde guerre civile. Après quinze ans de séparation, notre héroïne revoit Richard, devenu le "général du Roi". Leur relation reprend et Honor se voit contrainte de guetter ses missives ou ses arrivées surprise. Par conséquent, on ne se retrouve jamais au cœur des batailles. Mais on éprouve les sentiments d'une femme qui attend des nouvelles du front et ne cesse d'avoir peur pour celui qu'elle aime. De plus, certaines scènes, à l'instar de celle de la visite des troupes ou des horreurs subies par les civils, se révèlent d'autant plus frappantes car elles sont évoquées par une néophyte.

Je me suis immédiatement attachée aux personnages. Alors que les premières pages avec Gartred me donnaient l'impression qu'ils pourraient parfois être trop manichéens, j'ai eu l'agréable surprise en avançant dans l'intrigue de voir que chacun d'entre eux présentait tant des qualités que des failles.

Néanmois, trois d'entre eux se détachent:

-Gartred Grenville: une femme forte qui essaie de profiter de son capital beauté pour s'élever dans la société et s'assurer un avenir stable. Même si ces choix matrimoniaux se révèlent toujours intéressés et peuvent susciter du dégoût, je n'ai pu m'empêcher de penser qu'elle symbolisait-certes la femme fatale, celle par qui le malheur arrive-mais aussi la femme noble du 17ème siècle contrainte de se marier par raison et sans cesse vendue au plus offrant par son père ou ses frères.

-Richard Grenville: le "Général du Roi", un homme brave, colérique, impatient, exigeant, infidèle, égoïste, vantard, doué d'un grand sens de la répartie...En somme, un personnage hors normes qui ne peut laisser indifférent...Un héros de roman comme il en existe peu.

-Honor Harris: une femme profondément libre qui, malgré sa situation, parvient à vivre son histoire d'amour. Dans une époque où ses comparses ne comptent pas, elle réussit également à donner des avis aux hommes de son entourage et à se faire entendre.

De même, j'ai trouvé l'intrigue très prenante. Au fil des pages, on est confrontés à de nombreux rebondissements. Jusqu'au dénouement final...Seul bémol: certaines scènes de guerre m'ont un peu lassée dans les derniers chapitres.

A bien des égards, le Général du Roi se révèle donc un roman surprenant: il met en scène une histoire d'amour atypique et il évoque la guerre et l'histoire par les yeux d'une femme doublement contrainte à l'inaction (par son statut et son état) mais qui, paradoxalement, influence certains épisodes charnières.

Bref, vous l'aurez compris. J'ai vraiment beaucoup aimé cet ouvrage que je vous recommande. Et je crois que 2014 sera placé sous le signe( entre autres) de Daphné du Maurier.

Si certains sont d'ailleurs intéressés par des lectures communes autour de ses œuvres, n'hésitez pas...

Albin Michel, 1947, 404 pages

Billet dans le cadre d'une lecture commune avec Shellbylee et du challenge God save the livre 2013.

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12/12/2013

Ne t'inquiète pas pour moi

Ne t'inquiète pas pour moi

de

Alice Kuipers

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"Coucou ma Claire,

lait

pommes

bananes [...]

Si ce n'est pas trop lourd, prends un poulet et deux boîtes de haricots. Si tu ne peux pas, ça ne fait rien, j'essaierai de passer les acheter demain.

Bises,

Maman"

Claire et sa maman peuvent passer des semaines à seulement se croiser. Par conséquent, elles communiquent souvent par post-it.

Un jour, la nouvelle tombe: la mère de Claire est malade. Et leur correspondance va prendre un tour tout à fait différent.

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Cela faisait déjà longtemps que j'avais remarqué ce roman, notamment sur le blog de Bianca. J'en avais jusqu'à présent repoussé la lecture en raison de son sujet. Puis, finalement, je me suis lancée et je l'ai dévoré en une soirée.

Il s'agit du premier ouvrage de l'auteure anglaise Alice Kuipers. Elle a opté pour un schéma narratif très original. En effet, toute l'intrigue du livre est contée par le biais d'un échange de post-it. Une manière très efficace de moderniser le genre du roman épistolaire.

On assiste à deux destins féminins parallèles: d'un côté, celui d'une adolescente de 15 ans, amoureuse pour la première fois et très proche de sa meilleure amie; de l'autre, celui d'une femme de 40 ans, accaparée par son travail de sage-femme et qui se retrouve confrontée à la maladie.

Alors que les post-il réglaient les détails de la vie quotidienne au début de l'histoire et leur donnaient la possibilité d'entretenir des relations distantes, ils vont leur permettre de se dire l'essentiel vers la fin. Toutes ces déclarations que par pudeur, on retient trop souvent...

Les petits papiers accrochés sur le frigo se révèlent donc tour à tour triviaux (de simples listes de courses ou des réclamations d'argent de poche), drôles ("ton esclave à domicile"), tendres, graves, nostalgiques....Ils invoquent toute une gamme d'émotions qui laissent le lecteur pantelant, une fois les pages refermées.

En effet, ce roman ne peut laisser personne indifférent. Il nous fait profondément réfléchir sur nos vies modernes où bien souvent on ne fait que se croiser et sur la nécessité de ne jamais oublier ses rêves.

De plus, il parle très simplement de tendresse, d'amour maternel, de maladie...Sans jamais sombrer dans le pathos.

Bref, vous l'aurez compris: j'ai adoré Ne t'inquiète pas pour moi d'Alice Kuipers. Et j'espère vraiment que vous partagerez ce coup de cœur.

Albin Michel Jeunesse, 2008, 242 pages, 10 €

Lu dans le cadre du challenge God save the livre 2013.

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