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10/04/2013

Le Major parlait trop

Le Major parlait trop

de

Agatha Christie

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"-Prenez le Kenya, pérorait le major Palgrave. Et tous ces types qui déblatèrent sans y avoir jamais mis les pieds! Moi qui vous parle, j'y ai passé quatorze années-dont certaines comptent parmi les meilleures de ma vie...

La vieille Miss Marple dodelina de la tête.

Simple manifestation d'élémentaire courtoisie de sa part. Tandis que le major égrénait ses souvenirs somme toute fort dépourvus d'intérêt, elle-même suivait le cours paisible de ses propres pensées"

Après avoir souffet d'une pneumonie en hiver, Miss Marple s'est vue généreusement offrir par son neveu, l'écrivain Raymond West un séjour aux Antilles.

Elle loge dans une pension récemment reprise par un jeune couple, Tim et Molly Kendal. Parmi leurs hôtes, on retrouve un pasteur et sa soeur, un excentrique milliardaire, quatre amis mariés...Et le major Palgrave qui assome tous les autres avec ses histoires passées. L'une de ses préférées est celle d'un époux assassiin, adoptant toujours le même mode opératoire.

Il en parle à Miss Marple et souhaite lui montrer la photo de ce meurtrier.

"-Ca vous dirait de voir la photo d'un assassin?

Il allait la lui tendre lorsqu'il suspendit soudain son geste. [...]

-Bon Dieu...mais c'est...."

C'est ainsi que le major change brusquement de sujet de conversation.

Le lendemain, il est retrouvé mort, ayant succombé d'après les premières conclusions officielles à une crise d'hypertension.

Mais est-ce vraiment si simple? Le major n'aurait-il pas plutôt payé pour ses trop nombreux bavardages?

 

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Voici le troisième roman d'Agatha Christie que je parcours depuis le début de l'année 2013. Après le passionnant Le Train de 16h50, j'avais envie de retrouver Miss Marple.

 

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Cette fois-ci, on la rejoint dans un univers bien éloigné de son petit village de St Mary Mead. Elle semble un peu perdue, loin de ses repères habituels. Néanmoins, très vite, son esprit vif reprend le dessus et elle commence à établir des liens entre les pensionnaires des Kendall et les gens qu'elle côtoie en Angleterre.

"Ce soir-là, pour la première fois, elle commença à se sentir un peu chez elle, dans son nouvel environnement...Jusqu'à présent, elle n'avait pu établir aucun de ces points de ressemblance qui lui sautaient habituellement aux yeux entre les gens qu'elle rencontrait et certaines de ses connaissances personnelles. Peut-être la gaieté des toilettes et leurs couleurs exotiques l'avaient-elles désorientée, mais elle sentait que bientôt, elle serait à même de faire d'intéressantes comparaisons."

Elle nous livre également, dès les premières pages, une leçon de savoir-vivre pleine d'ironie sur la manière de se comporter en présence de raseurs. J'ai vraiment beaucoup aimé cette scène introductive où on assiste aux interventions toujours bien senties de notre héroïne face aux discours du major Palgrave. Elle n'est jamais réellement attentive mais parvient à véhiculer une impression toute différente.

Malheureusement, c'est ce manque de concentration qui lui fait rater l'identité de la personne qui trouble tant l'officier à la retraite et l'empêche de montrer le cliché du meutrier dont il parlait.

Le lendemain, le major est retrouvé mort. Très vite, on conclue à une crise d'hypertension. Miss Marple ne partage pas cet avis et va commencer à instiller le doute dans l'esprit des autres résidents de la pension.

Elle décide d'ailleurs de mener sa propre enquête. Elle se fait donc passer pour une vieille femme insignifiante et tente de comprendre ce qu'il a pu advenir.

Sans elle, rien n'aurait été soupçonné ni découvert. Une nouvelle fois, Agatha Christie renforce sa légende de Némésis.

Néanmoins, je dois avouer que je n'ai pas été outre mesure convaincue par l'intrigue policière. J'ai assez vite compris qui était derrière les meurtres de la pension. De plus, certaines péripéties m'ont paru trop alambiquées. De même, j'ai pensé que l'auteur alourdissait parfois l'énigme d'intrigues secondaires moins intéressantes.

En revanche, comme d'habitude, j'ai beaucoup apprécié la galerie de personnages secondaires. Certes, on en remarque plus que d'autres. Mais ils sont tous bien campés. Et on ne peut s'empêcher de retrouver certains caractères similaires à ceux d'autres protagonistes de l'oeuvre d'Agatha Christie.

Un peu comme si cette dernière voulait souligner la justesse du raisonnement de son héroïne toujours à la recherche de ressemblances entre ceux qu'elle connaît et ceux qu'elles découvrent...

Bref, vous l'aurez compris: j'ai été moins enthousiaste à la lecture de cette aventure de Miss Marple. Sans doute en raison de la qualité de l'intrigue policière. Cependant, l'héroïne et les personnes qui gravitent autour d'elle m'ont fait passer un agréable moment. Je pense que je ne tarderai pas à me replonger dans de nouvelles enquêtes, peut-être en compagnie du cher détective belge...

Le Livre de Poche, 2009, 220 pages, 5,20 €

Lu dans le cadre des challenges Agatha Christie, God save the livre 2013 et La plume au féminin 2013

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08/04/2013

Darcy dans l'âme d'Elizabeth Aston

Darcy dans l'âme

de

Elizabeth Aston

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"Par une chaude matinée de mai 1819, deux individus étaient en route vers la même destination: l'Inner Temple. Presque étrangers l'un à l'autre malgré leur lien de sang, ils se trouvaient dans des situations extrêmement différentes"

Cassandra Darcy vient de s'enfuir de Bath avec le jeune Mr Eyre. Désavouée par sa famille, elle doit rencontrer un lointain cousin, Horatio Darcy, devenu avocat et chargé de régler l'affaire. Mais elle refuse toutes ses propositions. Elle ne souhaite pas épouser son séducteur car elle ne le pense intéressé que par son argent et préfère essayer de subvenir à ses besoins.

Cependant, sans références dans une ville comme Londres, elle ne possède guère de chances de réussir. Heureusement, sa passion pour la peinture la pousse à entrer dans la boutique d'un coloriste où elle fait la rencontre de l'aimable Mrs Nettleton. Cette dernière lui propose une chambre dans les beaux quartiers pour une somme modique. Cassandra accepte avec plaisir.

Très vite, elle se rend compte pourtant que cette offre n'est pas sans présenter quelques dangers....

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J'avais déjà lu les deux précédents opus publiés chez Milady de cette auteure passionnée par l'oeuvre de Jane Austen. Autant j'avais détesté Les Filles de Mr Darcy que je n'avais pas su chroniquer, autant j'avais passé un très bon moment grâce aux Aventures de Miss Alethea Darcy.

J'ai retrouvé dans ce roman certains des traits qui m'avaient plu dans les Aventures. En effet, une fois encore, Elizabeth Aston s'intéresse à la condition féminine à l'époque Régence. Les jeunes filles de bonne famille doivent se résoudre au mariage, et souvent à un mariage arrangé par les familles.

Cassandra Darcy n'accepte pas ce destin. Loin de s'intéresser au prétendant sélectionné par une amie de ses parents à Bath, elle s'amourache de Mr Eyre et s'enfuit avec lui. Même si elle comprend très vite qu'il ne veut l'épouser que par intérêt, elle cède à ses avances. Et au grand étonnement de tous, refuse de se marier avec lui, une fois les accords trouvés. Il s'agit d'un geste très moderne. Un geste que j'ai trouvé même un peu trop anachronique. J'ai eu, en effet, beaucoup de mal à imaginer une jeune fille refuser une telle union à cette époque et préférer suivre un chemin périlleux. Son attitude pourrait conduire notre héroïne à vivre d'expédients et à accepter le pire, comme le rappelle son cousin lors de leur première entrevue houleuse.

"Je ne vois pas quelle activité vous pourriez exercer pour compléter votre revenu qui soit comparable à ma profession. De plus, avec une réputation entachée et sans aucune référence, il vous sera très diffcile de trouver un quelconque emploi. Pardonnez ma brutalité, mais je me dois d'être franc avec vous: l'activité à laquelle vous me semblez destinée, selon toute vraisemblance, est celle de courtisane"

Cassandra espère pouvoir vivre de sa passion et de son talent pour la peinture. Comme dans les Aventures de Miss Alethea Darcy, Elizabeth Aston explore la problématique de la femme artiste dans l'Angleterre du début du 19ème siècle. On retrouve ainsi les femmes qui veulent vivre de leur plume, pinceau...en butte aux préjugés masculins et féminins. Il leur faut beaucoup de courage pour oser s'affirmer et tenter de se faire connaître.

Comme dans les Filles et les Aventures, l'auteure reprend des lieux connus de l'oeuvre de la célèbre romancière anglaise. On voyage notamment avec plaisir à Bath, Pemberley...

Ces deux élements que l'on retrouve au fil des pages m'ont intéressée. En revanche, j'ai eu du mal à accrocher à l'intrigue. J'ai trouvé qu'elle était trop cousue de fil blanc. J'ai eu du mal à comprendre, par exemple, comment l'héroïne pouvait se révéler aussi naïve devant la gentillesse de sa logeuse...Pourtant, elle ne manque pas d'occasions pour découvrir la vérité!

De même, certaines histoires parallèles m'ont semblé par trop téléscopées.

J'ai eu également l'impression que le récit traînait en longueur et que tout s'accélérait brusquement (le rapprochement amoureux, la résolution des intrigues parallèles...). C'est dommage.

On assiste ainsi à un dénouement très théâtral, ce qui est est d'ailleurs souligné non sans humour par un des héros des Filles de Mr Darcy.

"Oh, c'est bien mieux que du théâtre, s'exclama Wytton en applaudissant"

Bref, vous l'aurez compris: ce roman m'a moins plu que les Aventures de Miss Alethea Darcy. J'ai apprécié le portrait des femmes artistes qu' Elizabeth Aston tente de dresser. Mais aussi les hommages aux romans de Jane Austen. En revanche, je me suis désintéressée des histoires que j'ai trouvées par trop cousues de fil blanc.

Milady, collection "Pemberley", 2013, 8,70 €

Ce billet marque ma participation aux challenges God save the livre 2013 et La plume au féminin édition 2013.

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31/03/2013

L'Etrangleur de Cater Street

L'Etrangleur de Cater Street

de

Anne Perry

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"Charlotte Ellison se tenait au milieu du salon désert, le journal à la main. Son père avait commis l'imprudence de le laisser traîner sur la desserte. Il désapprouvait ce genre de lecture, préférant lui fournir des informations qui lui semblaient mieux convenir à l'éducation d'une jeune fille. Cela excluait les scandales, d'ordre politique ou personnel, les controverses de toute nature et bien entendu, les crimes: tout ce qui, en fait, présentait un intérêt!"

Londres, 1881, des femmes sont retrouvées etranglées dans le quartier de Cater Street. A chaque fois, on leur a arraché leurs vêtements et tailladé la poitrine. Charlotte Ellison, une jeune femme au caractère indomptable, entend parler de loin de ces crimes. Mais, un jour, le meurtrier s'attaque à une des jeunes servantes de la maison.

Une enquête débute. Une enquête menée par Thomas Pitt, un jeune inspecteur de Scotland Yard qui n'est pas insensible aux charmes de la belle Charlotte...

 

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Comme vous le savez, grâce à Syl, je me suis plongée récemment dans les aventures du ténébreux William Monk (j'en suis déjà au sixième tome). Mais une lecture commune avec Bianca et Céline m'a convaincue de m'intéresser à une autre série d'Anne Perry: celle des Charlotte et Thomas Pitt, entamée en 1979.

Voici donc le premier tome de leurs exploits. J'ai retrouvé avec plaisir le talent de l'auteure pour ressusciter une époque. L'action se situe trois décennies après les histoires de Monk, Latterly, Rathbone...Mais le carcan de la société victorienne se fait toujours autant sentir.

La description de la maisonnée Ellison et de la micro-société qui gravite autour nous permet de prendre conscience de la rigidité des codes sous le règne de Victoria. Cette rigidité s'applique plus particulièrement aux femmes qui ne peuvent être aussi instruites que les hommes ou bénéficier des même libertés.

Cette inégalité se révèle pleinement dans les révélations d'adultères et dans les justifications apportées par l'un des coupables. Charlotte rétorque même "Vous avez des règles de conduite pour vous-mêmes et d'autres pour nous"

J'ai justement adoré le caractère de l'héroïne. Une femme forte, franche, qui ne sait pas calculer et ne peut céder à aucune compromission. Bref, une femme qui ne correspond pas du tout à ce qui est attendu d'elle. Son comportement fait d'ailleurs peur à ses proches qui craignent de ne jamais la voir trouver le bonheur conjugal si elle ne parvient pas à mieux juguler ses émotions.

Dans ce premier tome, on assiste à son évolution sentimentale. Dès les premières pages, on apprend qu'elle est éprise de son beau-frère.

"Puis Dominic entra. Charlotte sentit sa gorge se serrer. Vraiment, elle aurait dû surmonter cela depuis longtemps! C'était absurde. "

Cette inclination ne passe pas inaperçue pour certaines femmes de sa famille. En effet, la demeure des Ellison comprend, outre Charlotte, quatre autres membres féminins. La grand-mère, acariâtre, qui reproche en permanence à sa bru le comportement de ses petites filles...La mère, Caroline, une femme au caractère bien trempé qu'elle a réussi à dissimuler depuis des années..La soeur aînée, Sarah, mariée à Dominic....Et enfin, la benjamine Emilie, très calculatrice et qui tente d'épouser Lord Ashworth...Toutes ces protagonistes sont autant de reflets de la condition féminine à l'époque victorienne. Une condition de moins en moins bien acceptée au fil des générations.

Face à elles, les hommes font pâle figure. A l'exception bien entendu de Thomas Pitt. J'ai pris beaucoup de plaisir aux scènes où le jeune inspecteur apparaissait. Je n'ai pas eu de coup de foudre comme pour William Monk mais j'apprécie son esprit vif, son sens de la répartie, son empathie. J'aurais grand plaisir à le retrouver dans de prochaines aventures.

J'ai également suivi avec intérêt l'enquête policière. Plusieurs fausses pistes se sont présentées à moi et comme certains personnages principaux, j'ai douté. Je ne m'attendais pas du tout à cette résolution.

Bref, vous l'aurez compris: je suis de nouveau conquise par une série imaginée par Anne Perry. Je pense d'ailleurs que je ne tarderai pas à ouvrir le second tome des Pitt.

Editions 10/18, 1997, collection "Grands détectives", 7,50 €

Un billet dans le cadre d'une lecture commune avec Bianca, Céline et Virgule et dans le cadre des challenges: Anne Perry, God save the livre 2013, Victorien, La plume au féminin 2013 et polar historique.           

                              

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