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10/08/2018

L'Appât de Daniel Cole

L'Appât

de

Daniel Cole

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"Mercredi 6 janvier 2016

9h52

-Dieu n'existe pas.

L'inspecteur principal Emily Baxter observait son reflet dans le miroir sans tain de la salle d'interrogatoire. Elle attendit que ceux qui l'espionnaient derrière et qui, à n'en point douter, ne perdaient pas une miette de la conversation interviennent via les haut-parleurs pour la reprendre.

Mais rien. "

L'inspecteur principal Emily Baxter est soumise à un interrogatoire par ses pairs. En effet, ces derniers attendent un éclaircissement sur la conclusion tragique de sa dernière enquête.

Cinq semaines plus tôt, entre les piliers du pont de Brooklyn, un réseau de filins d'acier retient prisonnier le corps brisé de William Fawkes. Un mot est gravé sur son torse mutilé: "Appât". Ce cadavre est le premier d'une longue série de meurtres entre les États-Unis et le Royaume-Uni. Chaque meurtre étant le miroir de celui arrivé dans l'autre pays. Et, à chaque fois, les cadavres portent la mention "appât" ou "marionnette" sur leur corps mutilé.

Devant l'envergure de cette affaire, des mesures spéciales de collaboration sont prises. L'inspecteur principal Baxter se trouve ainsi dépêchée aux États-Unis pour joindre ses forces à celles de deux agents spéciaux américains.

Mais qui tire vraiment les ficelles? C'est ce que nos trois investigateurs de choc vont tenter de deviner. Et si, dans cette gigantesque toile, ils se perdaient aussi et devenaient eux-mêmes des appâts ou des marionnettes?

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En début de semaine, je vous parlais du premier tome de cette série et je vous disais à quel point j'avais été happée par ce volet et cette course contre la montre haletante. Si bien que j'ai immédiatement entamé L'Appât, une fois Ragdoll refermé . Afin de ne pas me séparer des personnages et parce que j'avais besoin de savoir ce qui les attendait.

La scène d'ouverture se déroule, cette fois-ci, dans le présent. On retrouve Emily Baxter dans une salle d'interrogatoire. Elle doit répondre de la fin de sa dernière enquête. Même si le lecteur n'apprend pas grand chose de ce qui s'est passé, il comprend bien vite que les événements ont été d'une telle ampleur qu'ils nécessitent un déploiement des forces policières hors normes pour tout classer.

Avec ce procédé, dès le début, déjà, Daniel Cole fait monter la tension d'un cran. Et la scène inaugurale du flash-back cinq semaines en arrière aux prémisses de ladite affaire ne calme en rien nos nerfs. Avec une précision quasi chirurgicale, il dépeint la toile d'araignée dans laquelle est venu s'enferrer William Fawkes.

William Fawkes? Un des inspecteurs de Ragdoll? Assassiné ainsi? Et mutilé? Est-ce possible? Avec notre auteur, tout peut arriver. Et c'est bien là le problème. Ou l'attrait justement de ses romans. Reprendre des schémas parfois classiques de trios/duos d'inspecteurs et leur injecter du sang neuf, les remettre sans cesse en question, tuer certaines possibilités dans l’œuf...

De bout en bout, il malmène son lecteur, il le mène de chausse-trappe en chausse-trappe, il le perd dans les méandres de cette toile, il le plonge dans certaines scènes d'horreur... Telles des marionnettes, nous sommes  complètement manipulés par lui.

Comme dans Ragdoll, au climax, nous sommes dans une situation d'attente et de stress insoutenables. Comme, dans Ragdoll aussi, la conclusion m'a paru arriver trop vite et m'a semblé aussi un peu en-dessous du reste de l'intrigue. Sauf, bien entendu, cette fameuse dernière page....Ou l'ultime jeu du chat et de la souris avec le lecteur. Un protagoniste réapparaît seulement là...Et il nous faut compter les jours jusqu'au troisième volet.

Une fois encore, si on excepte le bémol sur la fin, j'ai été frappée par la maîtrise de Daniel Cole, par son sens de l'histoire, par sa manière de nous surprendre (cette incroyable scène de l'église!!!) et par son écriture très cinématographique.

De même, il se révèle toujours aussi talentueux dans le portrait de ses personnages. Nous en retrouvons certains que nous voyons évoluer; nous en découvrons d'autres...Mais, toujours, ils nous paraissent complexes, bien loin des prototypes manichéens de certains ouvrages policiers...Parfois, leurs zones d'ombre les dévorent et les rapprochent dangereusement de certaines frontières...

Un des autres attraits de ce tome réside dans la description de l'opposition entre les forces policières ou spéciales des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Opposition d'organisation, de style...Et pourtant, sont-elles si différentes que cela quand on creuse un peu?

Bref, vous l'aurez compris: j'ai été aussi conquise par l'Appât que par Ragdoll. Vivement la sortie du tome 3!

Merci aux éditions Robert Laffont pour ce titre!

La Bête noire, 2018, 478 pages

Billet dans le cadre d'une lecture commune avec mon amie Bianca et dans le cadre de son challenge Un pavé par mois.

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25/04/2018

La Chorale des dames de Chilbury de Jennifer Ryan

La Chorale des dames de Chilbury

de

Jennifer Ryan

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"Mardi 26 mars 1940,

Premier enterrement de la guerre, et la chorale de notre village n'a même pas été capable de chanter juste. Les mots "Saint, saint, saint"se sont envolés comme si ils étaient pépiés par une volée de moineaux poussifs. La faute n'en était pas à la guerre, ni à ce jeune chenapan d'Edmund Winthrop, coulé par une torpille dans son sous-marin, ni même à la direction désastreuse du pasteur. Non: nous donnions là l'ultime prestation de la chorale de Chilbury: notre chant du cygne."

Au mois de mars 1940, suite au départ massif des hommes pour la guerre, la chorale décide de cesser ses activités. Mais, face à la détermination de Mrs Primrose Trent, une professeure de chant, elle rouvre ses portes. Ses membres sont désormais exclusivement féminins et d'horizons très divers. En effet, parmi les altos et les sopranos, on retrouve: Mrs Tilling, une veuve timide, qui ne cesse de se dévouer aux autres et qui œuvre comme infirmière; la jeune Kitty Winthrop qui rêve de devenir chanteuse plus tard; sa sœur Venetia, qui ravage tous les cœurs ou Mrs B, la propriétaire du plus riche manoir qui entend imposer sa volonté et ses points de vue. Autant de destins aux antipodes et que la musique va réunir.

D'autant plus que, désormais, elles ont pour objectif de gagner le concours de chorale organisé dans tout le royaume. Au fil des répétitions, des liens se nouent ou se dénouent, des alliances se créent, des indépendances se gagnent...Mais, à chaque fois, ces femmes, toutes unies par le chant, trouvent un réconfort incroyable dans ces moments volés à la guerre.

Dehors, le conflit fait rage. Même si des amours surgissent ou des amitiés se renforcent, le drame n'est jamais loin. Et, il pourrait frapper Chilbury à tout instant.

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La première fois que j'ai entendu parler de ce titre, c'était sur le blog de Syl. Son billet m'a donné envie de m'y plonger très rapidement et je tiens à remercier Albin Michel pour leur envoi.

Un des atouts de cet ouvrage réside dans sa structure narrative, en parfaite adéquation avec le thème principal. Pour nous livrer l'histoire de cette chorale, Jennifer Ryan a choisi de multiplier les points de vue. Lettres et extraits de journaux de quelques membres s'entremêlent ainsi. L'occasion pour le lecteur de mieux cerner les protagonistes et de mieux les connaître.

Dans un roman polyphonique, il est souvent difficile de réussir à donner une identité propre à chacun des narrateurs. Et l'autrice a réussi son pari: chacune de nos "conteuses" a sa tonalité particulière. Nous la découvrons à la fois par sa voix mais aussi par le regard des autres. Ce qui enrichit fortement notre perception.

J'ai également beaucoup apprécié la galerie de personnages que nous croisons au fil des pages. Toutes les couches sociales, tous les âges, toutes les situations personnelles...nous sont dépeints. Passion, jalousie, chagrins...sillonnent les six mois de ces femmes et de ces jeunes filles. Forcément, nous nous attachons plus particulièrement à certaines: Mrs Tilling, Kitty, Silvie ou Venetia. D'autres nous semblent haïssables. Mais, toutes nous touchent par leur façon de vivre la guerre et leur transformation en ces temps si durs.

Les hommes ne sont pas non plus absents de ce tableau. Certains sont partis au combat mais leur nom revient si souvent dans la bouche de celles qui les attendent. D'autres agissent tout près comme le colonel Mallard.

Chapitre après chapitre, on a l'impression de vivre aux côtés des habitants de Chilbury et de suivre leurs idylles, leurs joies, leurs peines et leurs peurs. Tout sonne juste: dialogues, missives, télégrammes... Cette véracité s'explique sans doute par les sources d'inspiration qui ont présidé à la naissance de ce livre: les souvenirs de la grand-mère de l'autrice, les récits collectés par la Mass Observation ou des articles de journaux de l'époque.

A ce don pour restituer les ambiances, Jennifer Ryan allie également un sens des "rebondissements". Parfois, le drame frappe quand on ne s'y attend pas. Un peu comme cela devait être le cas forcément dans ces années-là. Parfois, l'humour, au contraire, nous cueille au détour d'une phrase (ah! l'inénarrable Mrs B.!)

Néanmoins, je dois confesser que j'ai moins accroché à une partie de l'intrigue: celle des bébés (je n'en dirai pas plus pour ne pas gâcher la surprise). J'ai trouvé qu'elle desservait un peu l'ensemble et je le regrette.

Bref, vous l'avez compris: je vous recommande la lecture de ce roman choral qui, sans révolutionner le genre, nous permet de passer un bon moment et nous livre de jolis portraits de femme.

Albin Michel, 2018, 462 pages

Lecture commune avec Bianca.

Billet dans le cadre de son challenge Un pavé par mois.

 

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19/04/2018

La Disparition de Stephanie Mailer de Joël Dicker

La Disparition de Stephanie Mailer

de

Joël Dicker

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"A propos des événements du 30 juillet 1994.

Seuls les gens familiers avec la région des Hamptons, dans l'Etat de New York, ont eu vent de ce qui se passa le 30 juillet 1994 à Orphea, petite ville balnéaire huppée du bord de l'océan.

Ce soir-là, Orphea inaugurait son tout premier festival de théâtre, et la manifestation, de portée nationale, avait drainé un public important."

Ce soir-là, aux alentours de 20h, un homme cherchait désespérément sa femme partie courir et pas encore revenue. Elle allait être découverte morte devant la maison du maire. Victime sans doute d'avoir été le témoin de l'assassinat dudit maire et de sa famille.

Un coupable allait être trouvé. Mais 20 ans plus tard, lors du pot de départ d'un des inspecteurs chargés de l'enquête, une certaine Stephanie Mailer allait semer le doute. En affirmant que le meurtrier courrait toujours.

Alors, mystification d'une journaliste carriériste? Ou réelle révélation?

Les pistes allaient encore plus se brouiller suite à sa disparition...

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J'avais vraiment beaucoup aimé l'Affaire Harry Quebert. A la fois pour son intrigue alambiquée. Cette sorte d'immense labyrinthe où les impasses se multipliaient. Mais également pour la réflexion sur l'écriture et sur son pouvoir. Je me souviens encore du plaisir de me plonger dans cet ouvrage tous les soirs, pendant mon voyage à Amsterdam. Et de cette envie de n'arrêter qu'une fois l'énigme policière résolue. Aussi, j'ai été ravie de pouvoir emprunter ce nouvel opus dans ma médiathèque.

Comme pour le titre précédemment mentionné, Joël Dicker reprend le principe de deux schémas narratifs enchâssés: l'un qui se déroule dans le présent et l'autre dans le passé. On suit ainsi l'enquête autour de la disparition de Stephanie Mailer et, comme un écho, celle menée 20 ans plus tôt autour des tragiques quatre meurtres. Cette construction se révèle diablement efficace. En effet, elle maintient le lecteur en haleine et en même temps, elle nous éclaire sur la personnalité des différents protagonistes.

Les crimes ont été commis en 1994 lors du premier festival de théâtre d'Orphea. 20 ans plus tard, une menace de nouvelle "Nuit noire" plane sur les représentations de ce même festival. Je n'en dirai pas plus car je veux pas révéler les ressorts de l'histoire. Mais cet élément théâtral, au cœur de l'intrigue, se retrouve dans la structure du livre. Effectivement, le roman s'articule en trois parties: Dans les abysses, Vers la surface et Élévation. Trois parties qui nous font penser aux trois actes d'une pièce.

Dans ce drame en trois actes, le lecteur est confronté à une troupe conséquente. Les rôles sont nombreux, les tirades se succèdent et certains acteurs du passé deviennent véritablement des acteurs. Comme si la mise en abyme était poussée à son extrême.

Cette construction m'a beaucoup intéressée. Cependant, ce choix d'une distribution trop importante présente quelques bémols. En effet, je n'ai pas trouvé la psychologie toujours assez fouillée pour tous. Et certains des personnages m'ont semblé superflus. Comme si à trop multiplier les points de vue et les possibilités, l'auteur se perdait et nous perdait.

Pour nous conter la disparition de Stephanie Mailer, Joël Dicker recourt à une écriture cinématographique. Les plans s'enchaînent, les dialogues et les monologues aussi. Et voilà le lecteur totalement happé. C'est addictif: les pages se tournent toutes seules et on veut SAVOIR! COMPRENDRE! Jusqu'au rebondissement final...

Je dois avouer que je n'ai pas été complètement convaincue par les derniers chapitres. Certes, tout se tient et la résolution est bien ficelée. Néanmoins, certaines scènes m'ont paru de trop. Le ou les coupables s'étaient déjà dessinés et ces ultimes péripéties ne pouvaient plus perdre le lecteur. De même, l'épilogue final ne m'a pas emballée. J'apprécie l'idée de ne pas tout savoir du futur de ceux qui restent. Et de laisser libre cours à mon imagination.

Bref, vous l'aurez compris: malgré quelques réserves, ce roman a constitué un joli moment de lecture. Parfois, cela fait du bien de tout simplement se faire capter par une intrigue et de vouloir savoir à tout prix comment elle se finit.

Éditions de Fallois, 2018, 640 pages

Billet dans le cadre du challenge de Bianca Un pavé par mois

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