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05/09/2018

Le Secret du mari de Liane Moriarty

Le Secret du mari

de

Liane Moriarty

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"Pauvre, pauvre Pandore.  Zeus lui confie une mystérieuse jarre et l'envoie ici-bas pour épouser Epiméthée, un type passablement intelligent qu'elle n'a jamais vu de sa vie. Personne ne lui a dit de ne pas ouvrir la jarre. Bien évidemment, elle l'ouvre. De toute façon, elle n'a rien d'autre à faire. Comment pouvait-elle savoir que les maux les plus vils s'en échapperaient pour tourmenter l'humanité à jamais, et que seul l'espoir y resterait enfermé? Une étiquette de mise en garde, c'était trop demander?"

Banlieue de Sydney, de nos jours: c'est un lundi pas comme les autres pour Cecilia. Alors qu'elle vaquait à ses occupations, selon une mécanique bien huilée, elle a trouvé dans le grenier une lettre de son mari John-Paul. Sur l'enveloppe, figure la mention: "A n'ouvrir qu'après ma mort". Forcément, telle une Pandore moderne, Cecilia n'a qu'une envie: décacheter la missive et savoir ce qu'elle contient. 

Pour Rachel, ce lundi n'est pas comme les autres non plus: elle vient d'apprendre que son fils allait partir s'installer avec son épouse et leur enfant à New York pour une durée de deux ans. Cette nouvelle agit comme une sorte de cataclysme. Et réactive encore plus le sentiment de deuil de cette femme qui a perdu dans des circonstances tragiques sa fille. Personne n'a jamais compris qui l'avait étranglé et Rachel n'arrive pas à surmonter cette épreuve. Face au départ de son petit fils, son obsession concernant l'identité du meurtrier s'accroît et pourrait même avoir de désastreuses conséquences.

Pour Tess, ce lundi n'est pas du tout comme les autres non plus. Depuis l'enfance, elle est proche de sa cousine Felicity. Elles ont tout partagé jusqu'à créer leur propre boîte avec Will, le mari de Tess. Cependant, tout vient de voler en éclats: Felicity et Will sont amoureux et veulent vivre leur passion au grand jour. Ne reste pour Tess qu'une solution: fuir avec son fils et partir s'installer chez sa mère, à Sydney.

Trois femmes à un tournant de vie. Trois femmes qui vont vivre une semaine qui va tout changer et faire basculer leur destin.

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Cela faisait longtemps que je voulais lire un roman de Liane Moriarty. Je me suis donc tournée pendant les vacances vers son premier. 

J'ai immédiatement aimé cette atmosphère à la Desperate Housewives. Nos trois héroïnes évoluent dans une banlieue aisée de Sydney. Dans cet univers aseptisé, tout semble aller. Les mères emmènent leurs enfants à l'école, créent leurs costumes, se retrouvent entre elles pour boire des cafés, des verres de vin et participer à des réunions tupperware. Les drames ne sont pas légions dans cet endroit. Et les secrets restent dissimulés derrière les façades bien lisses. L'autrice démontre un vrai talent pour créer une ambiance et c'est là l'une des qualités principales de son livre.

Malgré le titre de cet ouvrage, ce n'est pas la découverte du secret qui importe, c'est le poids de ce secret et ses conséquences. Dès le premier chapitre, on sait que Cecilia a une lettre porteuse d'un secret de son mari. Elle qui croyait que son union était des plus heureuses, la perspective de ce secret caché lui montre les béances de sa vie conjugale. Elle tente de comprendre la teneur de ce mystère mais ses hypothèses lui font du mal. Jusqu'à la révélation de ce secret et l'impact qu'il a.

La psychologie des personnages se révèle fouillée, notamment en ce qui concerne Cecilia, Rachel et leur entourage. Un peu, comme les pièces d'un puzzle, chaque morceau de leur caractère, de leurs interactions s'assemble et une sorte de portrait de groupe s'esquisse. Un portrait sans cesse mouvant et dont l'équilibre peut se révéler fragile. 

En revanche, je dois avouer que j'ai moins accroché au segment narratif concernant Tess. Autant les autres voix de cette chorale féminine m'ont plu, autant j'ai trouvé celle de Tess moins aboutie, moins intéressante. Je comprends l'intérêt de cette protagoniste quant à l'illustration d'une autre vision de la vie conjugale. Mais je regrette son traitement.

Le Secret du mari appartient à ces œuvres qui nous font réfléchir sur la fragilité de nos existences et sur la façon dont nos destins peuvent basculer à tout moment.

"Les mille autres chemins que nos vies auraient pu, et peut-être dû prendre, nous restent à jamais inconnus. C'est probablement pour le meilleur. Certains secrets sont faits pour demeurer secrets. Ce n'est pas Pandore qui vous dirait le contraire."

Les références mythologiques et catholiques émaillent le récit. La plus évidente reste évidemment celle à Pandore. Tout de suite, avec ce préambule sur cette malheureuse humaine, nous dressons une comparaison entre elle et Cecilia. Néanmoins, une fois plusieurs chapitres clos, on se rend bien compte que nos trois héroïnes sont chacune à leur façon des Pandore en puissance. Est-ce que l'espoir leur reviendra devient d'ailleurs une question sous jacente dans l'esprit du lecteur.

Quant à la dimension catholique, elle apparaît dans le choix de l'établissement fréquenté par les enfants de Cecilia, de Tess et par Rachel comme secrétaire. Mais elle est aussi visible dans le choix de la semaine pour situer l'action. Il s'agit de celle de Pâques. Comme si les secrets devaient éclater pour mieux renaître. Comme si, à l'instar du Christ, il fallait expier ses péchés pour en quelque sorte "ressusciter".

Bref, comme vous l'avez sans doute perçu à la lecture de ce billet, j'ai apprécié ce premier roman pour son ambiance, son histoire, le choix de certaines péripéties et la psychologie des personnages. Mais j'ai regretté certains effets de style comme ses flash-forward pas toujours idéalement placés et je n'ai pas vu beaucoup d'intérêt dans l'arcane narrative concernant Tess.

Le Livre de Poche, 2015, 499 pages

Billet dans le cadre du challenge de Bianca Un pavé par mois

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17/05/2016

L'enfant du lac de Kate Morton

L'enfant du lac

de

Kate Morton

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"Cornouailles, août 1933

A présent, la pluie tombait à verse; le bas de sa robe était maculé de boue. Il faudrait la cacher en rentrant: personne ne devait savoir qu'elle était sortie.

La lune était masquée par les nuages-bonne fortune qu'elle ne méritait pas; elle poursuivit sa route dans les ténèbres épaisses aussi promptement qu'elle  le pouvait. Elle était venue creuser le trou plus tôt dans la journée: mais ce n'était que maintenant, sous le couvert de la nuit, qu'elle pourrait finir le travail."

Par une nuit d'août 1933, le petit Theo Edevane, âgé de onze mois, disparaît. Toutes les forces de police sont mobilisées afin de le retrouver mais elles échouent. Et le mystère reste entier.

Soixante-dix ans après, lors de vacances forcées chez son grand-père dans les Cornouailles, l'inspecteur Sadie Sparrow entend parler de ce probable kidnapping. Bien décidée à découvrir le fin mot de cette histoire, elle reprend les investigations.

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Si vous suivez souvent ce blog, vous êtes probablement au courant de mon engouement pour les ouvrages de Kate Morton. Je les ai tous lus et je guette à chaque fois les nouvelles sorties.

Dans cet opus, elle reprend les ingrédients qui ont fait son succès. A commencer par l'entremêlement du passé et du présent. Un mystère est survenu dans les années 1933 et il continue à influer sur le cours de l'existence de diverses personnes. Chaque époque a son propre ton, sa propre atmosphère mais néanmoins, ces deux temporalités se rejoignent et s'éclairent réciproquement.

De même, elle réutilise la construction du roman à tiroirs. Chaque chapitre apporte sa pierre à l'édifice et permet au lecteur de comprendre au fur et à mesure comment Theo a pu disparaître et comment son enlèvement a façonné la vie de ses proches.

Mais, cette fois-ci, Kate Morton, sans doute consciente de la plus grande difficulté à semer le doute dans l'esprit de ses fans, a tenté de nous égarer en reprenant des trames de ces anciens livres. En effet, on retrouve des pistes ou des bribes d'intrigues déjà présents dans Le Jardin des secrets, Les Brumes de Riverton, Les heures lointaines ou La scène des souvenirs. Par exemple, cette idée du jardin secret, du conte qui s'inspire de la réalité...Ainsi, le lecteur fomente des théories, croit s'approcher de la vérité...Pour mieux se rendre compte de son erreur.

Cette intertextualité m'a paru un procédé très habile. Mais, malheureusement, malgré les faux indices, j'ai compris le fin mot de l'histoire plus de cent pages avant le dernier chapitre.

Forcément, cela m'a un peu déçue car j'aime être égarée dans les méandres des récits de Kate Morton. Comme si son labyrinthe narratif n'avait pas d'issue...

Un de ses autres atouts réside dans sa capacité à nous immerger dans une ambiance. Et, là encore, particulièrement pour la partie plus ancienne, j'ai eu l'impression d'être plongée dans la vie de cette famille impactée par la Première guerre mondiale.

Ce thème du conflit et de ses ravages personnels m'a particulièrement intéressée. Forcément, ceux qui y ont participé, que ce soit au front ou à l'arrière, ne sont plus les mêmes.

J'ai apprécié aussi tous les personnages des années 1930, à commencer par la mère et la plus jeune sœur, ce casse-cou que rêve de voler. Par différents moyens (dialogues, extraits de lettres...), leurs voix retentissent et font entrevoir leurs fêlures. Tout comme elles permettent de recomposer le puzzle ayant entraîné le drame.

En revanche, je dois avouer que les protagonistes de l'an 2000 m'ont moins enthousiasmée. Même si certaines de leurs problématiques, comme la question du sort de l'enfant, font écho avec celles de leurs prédécesseurs, ils ont moins retenu mon attention et je n'ai pas ressenti d'empathie avec eux. A l'exception notable d'une des jonctions évidentes entre ces deux périodes, Alice Edevane, devenue écrivain et qui nourrit une culpabilité par rapport au passé.

Je tiens d'ailleurs à souligner ce lien, une fois encore, entre création et culpabilité. Comme l'héroïne de la Scène des souvenirs, celle de l'Enfant du lac ne se pardonne pas un acte et se nourrit de cette absence d'excuses pour exacerber sa force créatrice.

J'ai aimé cette idée de leitmotiv, comme les secrets de famille. Un peu comme si chacun de ses titres apportait une pierre à l'édifice "mortonien".

Bref, vous l'aurez compris: même si ce roman ne fera pas partie de mes préférés de son œuvre en raison de son dénouement un peu trop évident et du déséquilibre entre les figures de 1933 et celles de 2003, j'ai été ravie de retrouver la plume de Kate Morton et son art de conter.

Billet dans le cadre d'une lecture commune avec Bianca et dans le cadre du challenge Un pavé par mois.

Presses de la Cité, 2016, 640 pages

 

 

 

 

 

 

 

03/01/2016

Ma brillante carrière

Ma brillante carrière

de

Miles Franklin

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 "Aïe, aïe, aïe, je vais mourir. Aïe, j'ai mal, j'ai mal! Aïe, Aïe!

-Allons, allons, viens. Le petit compère de son papa ne va pas faire la mauviette, non? Je vais mettre dessus un peu de graisse qui nous reste du déjeuner et l'attacher avec un mouchoir. [...]

Tel est mon tout premier souvenir. J'avais à peine trois ans. Je me souviens encore des majestueux eucalyptus qui nous entouraient, du soleil qui miroitait sur leurs troncs droits et blancs, puis tombait sur des ruisseaux aux rives tapissées de fougères qui, murmurant, disparaissaient à notre gauche sur une colline escarpée et broussailleuse."

Ainsi débute ma Brillante carrière, le récit autobiographique de Miles Franklin,  situé dans l'Australie de la fin du dix-neuvième siècle.

"Ce n'est pas une histoire d'amour [...] mais simplement, une histoire vraie. Qu'elle est donc vraie, si réellement vraie- à moins que la vie elle-même ne soit qu'une cruelle petite chimère! Aussi vraie dans sa lassitude et l'amertume de son cœur en peine que le sont dans leur force imposante les grands eucalyptus sous lesquels j'ai vu pour la première fois le jour. "

De ses trois ans à ses dix-neuf ans, on suit le destin de cette jeune femme pas comme les autres, dotée d'une très forte volonté, d'un amour forcené pour la culture et de l'envie tenace de devenir écrivain ou musicienne.

Pourtant, rien ne la prédispose à cette brillante carrière. Alors que son père était à la tête d'une fortune convenable, il décide de tout revendre pour se lancer dans le commerce de bétail. Mais il perd très vite tout ce qu'il possédait, suite à de mauvais placements. Et, après avoir sombré dans l'alcoolisme, il devient une charge pour toute sa famille.

Forcée à trimer, cette dernière tente de survivre avec une laiterie.

Années de labeur....Années de quasi esclavage...Années où Sybilla (Miles) s'oppose de plus en plus à sa mère, aigrie par son sort.

Aussi, elle accepte avec plaisir l'invitation de sa grand-mère maternelle. Et si, justement ce voyage changeait à jamais le cours de son existence?

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Je ne me souviens plus de comment j'ai découvert ce titre mais cela faisait déjà quelque temps qu'il attendait sur mes étagères. Et j'ai eu envie d'en faire ma première lecture de cette nouvelle année.

J'ai toujours apprécié les récits d'apprentissage qui mettent en scène des héroïnes déterminées à s'affirmer dans un monde traditionnellement dominé par les hommes et à réaliser leurs ambitions artistiques.

A l'instar d'une Jo March, Sybilla/Miles possède ces qualités là. On ne peut qu'admirer cette certitude qui la guide dans tous ses choix.

Comme, dans toute initiation, des obstacles se dressent au cours de ces seize années: sa mère qui ne la comprend pas, la misère qui s'abat sur les siens et annihile toute pulsion culturelle, un poste de gouvernante dans une famille aux antipodes de sa nature, la place réservée aux femmes dans la société australienne, l'incompréhension des plus proches...Autant d'étapes que Sybilla affronte...

Et que dire de l'amour? Comme toute jeune fille de dix-sept ans, malgré la "laideur"dont elle ne cesse de se plaindre, notre protagoniste fait la rencontre du voisin de sa grand-mère, le beau Harold Beecham. Une rencontre placée immédiatement sous le signe de l'humour. On rit de leurs échanges, de leurs maladresses aussi. On se prend à guetter leurs passages. Mais amour et création sont-ils conciliables en ce tournant du siècle pour une femme?

Voilà une des nombreuses questions que soulève ce récit. Cependant, on ne pourrait réduire cette autobiographie à une histoire d'apprentissage profondément féministe. Elle se double également d'un portait de la vie des gens dans le bush, de leur pauvreté parfois, du spectre de la sécheresse, de la carrière d'éleveur.

De même, on est bluffés par le talent évident de Miles Franklin à décrire les paysages qui l'entourent. On a l'impression d'être immergés dans ce pays et de suffoquer de la moiteur en hiver.

Néanmoins, je ne peux pas affirmer que ce livre constitue un coup de cœur. Même si j'ai été plus que charmée par l'idylle et intéressée par la description sociétale, j'ai trouvé que Ma brillante carrière souffrait de quelques longueurs. Et je me suis donc ennuyée à certains chapitres. De plus, sans trop en dévoiler, j'ai regretté cette fin...J'aurais aimé qu'elle soit plus définitive.

Bref, vous l'aurez compris: malgré ces quelques réserves, cette première découverte de l'année 2016 m'a bien plu. Et je pense que j'essaierai de me procurer la suite.

Editions de l'Aube, 2012, 457 pages

Un billet dans le cadre du challenge Un pavé par mois de Bianca.

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