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17/05/2016

L'enfant du lac de Kate Morton

L'enfant du lac

de

Kate Morton

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"Cornouailles, août 1933

A présent, la pluie tombait à verse; le bas de sa robe était maculé de boue. Il faudrait la cacher en rentrant: personne ne devait savoir qu'elle était sortie.

La lune était masquée par les nuages-bonne fortune qu'elle ne méritait pas; elle poursuivit sa route dans les ténèbres épaisses aussi promptement qu'elle  le pouvait. Elle était venue creuser le trou plus tôt dans la journée: mais ce n'était que maintenant, sous le couvert de la nuit, qu'elle pourrait finir le travail."

Par une nuit d'août 1933, le petit Theo Edevane, âgé de onze mois, disparaît. Toutes les forces de police sont mobilisées afin de le retrouver mais elles échouent. Et le mystère reste entier.

Soixante-dix ans après, lors de vacances forcées chez son grand-père dans les Cornouailles, l'inspecteur Sadie Sparrow entend parler de ce probable kidnapping. Bien décidée à découvrir le fin mot de cette histoire, elle reprend les investigations.

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Si vous suivez souvent ce blog, vous êtes probablement au courant de mon engouement pour les ouvrages de Kate Morton. Je les ai tous lus et je guette à chaque fois les nouvelles sorties.

Dans cet opus, elle reprend les ingrédients qui ont fait son succès. A commencer par l'entremêlement du passé et du présent. Un mystère est survenu dans les années 1933 et il continue à influer sur le cours de l'existence de diverses personnes. Chaque époque a son propre ton, sa propre atmosphère mais néanmoins, ces deux temporalités se rejoignent et s'éclairent réciproquement.

De même, elle réutilise la construction du roman à tiroirs. Chaque chapitre apporte sa pierre à l'édifice et permet au lecteur de comprendre au fur et à mesure comment Theo a pu disparaître et comment son enlèvement a façonné la vie de ses proches.

Mais, cette fois-ci, Kate Morton, sans doute consciente de la plus grande difficulté à semer le doute dans l'esprit de ses fans, a tenté de nous égarer en reprenant des trames de ces anciens livres. En effet, on retrouve des pistes ou des bribes d'intrigues déjà présents dans Le Jardin des secrets, Les Brumes de Riverton, Les heures lointaines ou La scène des souvenirs. Par exemple, cette idée du jardin secret, du conte qui s'inspire de la réalité...Ainsi, le lecteur fomente des théories, croit s'approcher de la vérité...Pour mieux se rendre compte de son erreur.

Cette intertextualité m'a paru un procédé très habile. Mais, malheureusement, malgré les faux indices, j'ai compris le fin mot de l'histoire plus de cent pages avant le dernier chapitre.

Forcément, cela m'a un peu déçue car j'aime être égarée dans les méandres des récits de Kate Morton. Comme si son labyrinthe narratif n'avait pas d'issue...

Un de ses autres atouts réside dans sa capacité à nous immerger dans une ambiance. Et, là encore, particulièrement pour la partie plus ancienne, j'ai eu l'impression d'être plongée dans la vie de cette famille impactée par la Première guerre mondiale.

Ce thème du conflit et de ses ravages personnels m'a particulièrement intéressée. Forcément, ceux qui y ont participé, que ce soit au front ou à l'arrière, ne sont plus les mêmes.

J'ai apprécié aussi tous les personnages des années 1930, à commencer par la mère et la plus jeune sœur, ce casse-cou que rêve de voler. Par différents moyens (dialogues, extraits de lettres...), leurs voix retentissent et font entrevoir leurs fêlures. Tout comme elles permettent de recomposer le puzzle ayant entraîné le drame.

En revanche, je dois avouer que les protagonistes de l'an 2000 m'ont moins enthousiasmée. Même si certaines de leurs problématiques, comme la question du sort de l'enfant, font écho avec celles de leurs prédécesseurs, ils ont moins retenu mon attention et je n'ai pas ressenti d'empathie avec eux. A l'exception notable d'une des jonctions évidentes entre ces deux périodes, Alice Edevane, devenue écrivain et qui nourrit une culpabilité par rapport au passé.

Je tiens d'ailleurs à souligner ce lien, une fois encore, entre création et culpabilité. Comme l'héroïne de la Scène des souvenirs, celle de l'Enfant du lac ne se pardonne pas un acte et se nourrit de cette absence d'excuses pour exacerber sa force créatrice.

J'ai aimé cette idée de leitmotiv, comme les secrets de famille. Un peu comme si chacun de ses titres apportait une pierre à l'édifice "mortonien".

Bref, vous l'aurez compris: même si ce roman ne fera pas partie de mes préférés de son œuvre en raison de son dénouement un peu trop évident et du déséquilibre entre les figures de 1933 et celles de 2003, j'ai été ravie de retrouver la plume de Kate Morton et son art de conter.

Billet dans le cadre d'une lecture commune avec Bianca et dans le cadre du challenge Un pavé par mois.

Presses de la Cité, 2016, 640 pages

 

 

 

 

 

 

 

03/01/2016

Ma brillante carrière

Ma brillante carrière

de

Miles Franklin

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 "Aïe, aïe, aïe, je vais mourir. Aïe, j'ai mal, j'ai mal! Aïe, Aïe!

-Allons, allons, viens. Le petit compère de son papa ne va pas faire la mauviette, non? Je vais mettre dessus un peu de graisse qui nous reste du déjeuner et l'attacher avec un mouchoir. [...]

Tel est mon tout premier souvenir. J'avais à peine trois ans. Je me souviens encore des majestueux eucalyptus qui nous entouraient, du soleil qui miroitait sur leurs troncs droits et blancs, puis tombait sur des ruisseaux aux rives tapissées de fougères qui, murmurant, disparaissaient à notre gauche sur une colline escarpée et broussailleuse."

Ainsi débute ma Brillante carrière, le récit autobiographique de Miles Franklin,  situé dans l'Australie de la fin du dix-neuvième siècle.

"Ce n'est pas une histoire d'amour [...] mais simplement, une histoire vraie. Qu'elle est donc vraie, si réellement vraie- à moins que la vie elle-même ne soit qu'une cruelle petite chimère! Aussi vraie dans sa lassitude et l'amertume de son cœur en peine que le sont dans leur force imposante les grands eucalyptus sous lesquels j'ai vu pour la première fois le jour. "

De ses trois ans à ses dix-neuf ans, on suit le destin de cette jeune femme pas comme les autres, dotée d'une très forte volonté, d'un amour forcené pour la culture et de l'envie tenace de devenir écrivain ou musicienne.

Pourtant, rien ne la prédispose à cette brillante carrière. Alors que son père était à la tête d'une fortune convenable, il décide de tout revendre pour se lancer dans le commerce de bétail. Mais il perd très vite tout ce qu'il possédait, suite à de mauvais placements. Et, après avoir sombré dans l'alcoolisme, il devient une charge pour toute sa famille.

Forcée à trimer, cette dernière tente de survivre avec une laiterie.

Années de labeur....Années de quasi esclavage...Années où Sybilla (Miles) s'oppose de plus en plus à sa mère, aigrie par son sort.

Aussi, elle accepte avec plaisir l'invitation de sa grand-mère maternelle. Et si, justement ce voyage changeait à jamais le cours de son existence?

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Je ne me souviens plus de comment j'ai découvert ce titre mais cela faisait déjà quelque temps qu'il attendait sur mes étagères. Et j'ai eu envie d'en faire ma première lecture de cette nouvelle année.

J'ai toujours apprécié les récits d'apprentissage qui mettent en scène des héroïnes déterminées à s'affirmer dans un monde traditionnellement dominé par les hommes et à réaliser leurs ambitions artistiques.

A l'instar d'une Jo March, Sybilla/Miles possède ces qualités là. On ne peut qu'admirer cette certitude qui la guide dans tous ses choix.

Comme, dans toute initiation, des obstacles se dressent au cours de ces seize années: sa mère qui ne la comprend pas, la misère qui s'abat sur les siens et annihile toute pulsion culturelle, un poste de gouvernante dans une famille aux antipodes de sa nature, la place réservée aux femmes dans la société australienne, l'incompréhension des plus proches...Autant d'étapes que Sybilla affronte...

Et que dire de l'amour? Comme toute jeune fille de dix-sept ans, malgré la "laideur"dont elle ne cesse de se plaindre, notre protagoniste fait la rencontre du voisin de sa grand-mère, le beau Harold Beecham. Une rencontre placée immédiatement sous le signe de l'humour. On rit de leurs échanges, de leurs maladresses aussi. On se prend à guetter leurs passages. Mais amour et création sont-ils conciliables en ce tournant du siècle pour une femme?

Voilà une des nombreuses questions que soulève ce récit. Cependant, on ne pourrait réduire cette autobiographie à une histoire d'apprentissage profondément féministe. Elle se double également d'un portait de la vie des gens dans le bush, de leur pauvreté parfois, du spectre de la sécheresse, de la carrière d'éleveur.

De même, on est bluffés par le talent évident de Miles Franklin à décrire les paysages qui l'entourent. On a l'impression d'être immergés dans ce pays et de suffoquer de la moiteur en hiver.

Néanmoins, je ne peux pas affirmer que ce livre constitue un coup de cœur. Même si j'ai été plus que charmée par l'idylle et intéressée par la description sociétale, j'ai trouvé que Ma brillante carrière souffrait de quelques longueurs. Et je me suis donc ennuyée à certains chapitres. De plus, sans trop en dévoiler, j'ai regretté cette fin...J'aurais aimé qu'elle soit plus définitive.

Bref, vous l'aurez compris: malgré ces quelques réserves, cette première découverte de l'année 2016 m'a bien plu. Et je pense que j'essaierai de me procurer la suite.

Editions de l'Aube, 2012, 457 pages

Un billet dans le cadre du challenge Un pavé par mois de Bianca.

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20/04/2015

Les Brumes de Riverton de Kate Morton

Les Brumes de Riverton

de

Kate Morton

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"Madame,

J'espère que vous excuserez mon insistance: toutefois, je me permets de vous écrire à nouveau, n'ayant pas reçu de réponse à ma précédente lettre, par laquelle je vous exposais dans les grandes lignes mon projet de film: Les Brumes de Riverton.

C'est donc un film d'amour-l'histoire des relations entre le poète R.S. Hunter et les sœurs Hartford, avant son suicide, survenu en 1924."

En 1999, une jeune réalisatrice décide de faire un film autour de la mort tragique d'un poète à Riverton.  Pour comprendre ce qui a pu mener à ce geste fatal, elle tente de rentrer en contact avec Grace Bradley, le dernier témoin vivant...

De prime abord, cette ancienne domestique refuse de coopérer et de donner les détails de cette nuit fatidique. Mais cette demande va réveiller les fantômes du passé...

Et, très vite, elle va dérouler le fil de ses souvenirs.

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Depuis que j'ai découvert Kate Morton avec le Jardin des secrets, j'aime sa manière de bâtir des intrigues gigognes où différentes temporalités s'entremêlent et où tout prend sens dans les dernières pages.

Des quatre ouvrages qu'elle a pour l'instant écrits, il ne me restait que les Brumes de Riverton à parcourir. Il s'agit de son premier roman et j'ai trouvé que cela se ressentait.

C'est comme si elle testait dans ses pages sa future mécanique. On retrouve les ingrédients que j'affectionne: plusieurs époques, un mystère du passé, des histoires d'amour tourmentées,un voyage dans les méandres de la mémoire...Mais tout ne se déroule pas de façon aussi efficace que dans ses autres opus.

En effet, on sent quelques hésitations, quelques indices maladroits glissés en avance et trop révélateurs (quand on connaît déjà sa façon de faire), un sens de la découpe encore imparfait...

Néanmoins, ces quelques défauts m'ont paru émouvants. C'est comme si on assistait à la genèse de son art romanesque. Et j'ai beaucoup aimé cela.

J'ai également trouvé l'historie très prenante. Elle enchâsse deux intrigues: une plus contemporaine où on suit une Grace Bradley vieillie et qui se perd dans ses souvenirs et une qui court sur dix ans, de 1914 au drame de 1924.

Très vite, la seconde prend le dessus. Ce qui m'a rendue heureuse car c'est nettement cette partie que je préférais. On assiste à tous les événements qui ont touché cette famille des Hartford et on observe la vie à Riverton par les yeux de la nouvelle bonne, Grace Bradley. Dès le début, on sent son émerveillement à découvrir une telle richesse, un tel quotidien...et de tels jeunes gens.

Ce choix d'une "outsider" pour parler de Riverton m'a semblé très intéressant. Même si les années ont passé, on sent que la personne âgée n'a pas pris de recul par rapport à la jeune femme qu'elle était au début des années 1910. Seul le lecteur parvient à déceler quelques ombres au tableau idyllique qu'elle dépeint. Comme si sa narration lui échappait...

Ce choix d'une "outsider" permet également de plonger dans le monde des domestiques. Et j'ai beaucoup apprécié cette atmosphère à la Downton Abbey. On apprend beaucoup de choses sur le quotidien de ces serviteurs, sur leurs règles, leurs codes....

Cette description d'un univers en déliquescence constitue d'ailleurs, selon moi, le point fort de cet ouvrage.

A cette ambiance so british se superposent quelques thèmes forts: l'impact de la guerre, le combat de certaines femmes pour s'affranchir des obligations inhérentes à leur rang...

Les pages se tournent vite...La mécanique s'emballe. Jusqu'au drame final que je n'avais pas anticipé..

Bref, vous l'aurez compris: ce roman "jachère" se révèle quand même prenant. Et, même s'il ne figure pas parmi mes préférés de cet auteur, il m'aura permis de passer un bon moment.

Editions Pocket, 2007, 695 pages

Billet dans le cadre du challenge Un pavé par mois de Bianca

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