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12/07/2018

Gustave Eiffel et les âmes de fer de Flore Vesco

Gustave Eiffel et les âmes de fer

de

Flore Vesco

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"Alliage du chapitre 1

32% de cuivre

18% d'étain

50% d'un bien étrange entretien d'embauche

Gustave Eiffel empoigna fortement le fer. Sa main était assurée. Il effectua une légère rotation pour assouplir son poignet et soupeser le métal. Il prit une profonde inspiration. Ses doigts se crispèrent. D'un geste vif, sans la moindre hésitation, il appuya la pointe métallique contre le col. Il détendit le bras de manière fluide, dans un mouvement imparable, presque instinctif."

En ce matin du 8 août 1855, Gustave Eiffel parcourt le journal, à la recherche d'un emploi. Ses yeux tombent sur une étrange petite annonce. Après avoir réussi à la déchiffrer, il se rend au rendez-vous fixé. Il est bien loin de se douter que ce choix va le faire intégrer la prestigieuse S.S.S.S.S.S, société super secrète des savants en sciences surnaturelles. Après une formation acharnée, le voilà lancé dans sa première mission: vérifier si un phénix va bien renaître de ses cendres, dans une usine métallurgique, à la périphérie de Paris. A l'enjeu de réussir ce défi et de justifier la confiance de Louis Pasteur se mêlent bien vite des intérêts plus personnels. Et si ses sentiments le mettaient en danger?

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Vous avez sans doute remarqué que j'avais été beaucoup moins présente l'année dernière sur le blog. C'est pour cette raison que je ne vous avais pas parlé de Louis Pasteur contre les loup-garous. Ce roman avait été un véritable coup de cœur et j'avais hâte de retrouver la plume de Flore Vesco. Aussi, je me suis précipitée sur ce nouvel opus dès que j'ai pu me le procurer à la médiathèque.

Nous retrouvons les protagonistes de Louis Pasteur contre les loup-garous. Désormais trentenaires, Louis Pasteur et Constance font partie de la prestigieuse S.S.S.S.S.S. Ils continuent de lutter contre les êtres fantastiques et horrifiques qui menacent le monde. De plus, ils officient également en tant que formateurs de nouvelles recrues. J'ai beaucoup apprécié ce choix narratif. Il nous permet de les retrouver et de savoir ce qui leur est arrivé, après leurs palpitantes aventures. Mais plutôt que de proposer une suite de leurs exploits, ils sont érigés en modèles de courage et d'intelligence. Et ils servent de transmission. Ainsi, ils passent le flambeau à une nouvelle recrue.

Ce nouvel héros est loin d'être inconnu. En effet, il s'agit de Gustave Eiffel, aux balbutiements de sa carrière. Encore une fois, Flore Vesco démontre tout son talent à entremêler petite et grande histoire. Mais elle n'applique pas une recette classique où vraies personnalités croisent personnages de fiction. A sa préparation, elle rajoute des éléments fantastiques. Aux loup-garous de Louis Pasteur se succèdent les âmes de fer. Fantastique et historique réussissent à coexister de manière harmonieuse.

Au fil des pages, nous apprenons beaucoup de choses sur les conditions de vie des ouvriers, sur les dangers de l'industrialisation, sur la place des femmes, sur l'Exposition universelle de Paris, sur l'évolution de la science et sur les créations d'Alfred Nobel. Tous ces éléments pédagogiques s'imbriquent à merveille à l'intrigue, sans jamais l'alourdir.

A ce discours historique et sociétal se superposent de nombreux éléments fantastiques. Loup-garous, phénix et âmes de fer s'invitent dans les péripéties. Et permettent aux lecteurs de mener une réflexion sur les dangers de la science, sur les manipulations, sur les cobayes et sur le retournement éventuel des créatures contre leurs créateurs.

Comme pour De capes et de mots ou Louis Pasteur, la prose est brillante, l'histoire maîtrisée de bout en bout; les calembours se succèdent, les références aussi (Frankenstein...). Mais, alors que j'avais trouvé que  le vocabulaire servait toujours l'action dans Louis Pasteur, sans jamais la ralentir. Ici, j'ai parfois eu la sensation que le trop plein de beaux mots pouvait desservir le propos.

"L'oreille était assaillie par mille bruits discordants: partout on clouait, vissait, rivait, écrouissait, sciait, escapoulait, calorisait, rabotait, corroyait, étampait, décottait, corrodait, mazéait, grenaillait, ébrondait, dolait, dulcifiait, emboutissait, laminait, crampait, ébarbait, burinait, pilonnait, cinglait, brasait et brocardait."

Malgré ce léger bémol, je n'ai pas boudé mon plaisir. Les pages se sont tournées toutes seules, j'ai ri, je me suis attachée à Gustave et ses amis...Mon cœur a même palpité à certains rebondissements...

Bref, vous l'aurez compris: ce troisième titre de Flore Vesco constitue de nouveau une réussite. Vivement son prochain!

Didier Jeunesse, 2018, 221 pages

 

08/03/2016

Cinq minutes et des sablés

Cinq minutes et des sablés

un texte de Stéphane Servant

illustré par Irène Bonacina

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"Dans sa petite maison, la Petite Vieille s'ennuyait.

Plus personne ne venait la voir.

Et elle ne regardait plus personne.

Il n' y avait plus que la pendule de la cuisine

pour s'intéresser au temps qui passe.

La Petite vieille s'ennuyait tellement

que pour tuer le temps,

elle avait juste décidé d'attendre:

d'attendre Madame la Mort."

Justement Madame la Mort est passée à proximité de la maison de la Petite Vieille. Elle a frappé. Et pour la faire patienter alors qu'elle enfilait ses chaussures, la Petite Vieille lui a servi du thé.

Puis, des sablés au gingembre...

Puis, elle a déroulé une pelote de laine...

Puis, elle a joué à la marelle...

"Cinq minutes de plus ou cinq minutes de moins, quelle importance?"

Et si, justement, ces cinq minutes supplémentaires lui permettaient de goûter à nouveau aux joies de la vie? Et de, peut-être, vouloir faire patienter Madame la Mort?

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Cet album, j'en ai entendu parler sur différents blogs et lors d'une matinée de présentation chez Didier Jeunesse. Aussi, quand il est arrivé à la médiathèque, je l'ai relu avec plus d'attention. Et je m'y suis replongée ce soir...

Il existe déjà plusieurs récits en jeunesse autour de l'approche de la mort et des astuces pour la repousser. Ce thème, on le retrouve également dans maints contes populaires.

Ce qui fait l'originalité, selon moi, de ce livre, c'est l'idée que son héroïne attend la mort avec une sorte d'impatience. Comme si elle avait déjà épuisé tous les plaisirs de l'existence...Comme si les petits bonheurs du quotidien n'avaient plus de sel..

"Cinq minutes de plus ou cinq minutes de moins, quelle importance?"

Pourtant, page après page, au fil de ses activités avec Madame la Mort, la vieille dame va retrouver un entrain et une énergie depuis longtemps oubliés.

La Mort pour comprendre à quel point la Vie l'emporte, à quel point il faut la savourer.

La Mort pour rappeler l'importance de toutes ces cinq minutes de gagnées.

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Au texte de Stéphane Servant qui invite à la réflexion, aussi bien les petits que les grands, répondent les illustrations colorées d'Irène Bonacina.

Ses dessins saisis sur le vif (qui m'ont rappelé Quentin Blake) savent traduire l'ennui de cette vieille Dame esseulée.

Puis, par quelques touches, comme la fumée qui s'échappe des petits sablés, une pelote qui roule..., un nouveau souffle s'installe dans cette maison qui paraissait vide...et qui se remplit de sourires, de rires, de mouvements, de danses....

Bref, vous l'aurez compris: j'ai beaucoup aimé cet album qui rappelle à quel point le temps sur Terre est précieux et à quel point il faut saisir tous ces instants sublimes du quotidien.

Vous prendrez bien cinq minutes et des sablés pour vous immerger dans cet univers à la fois sage, gai et poétique.

Didier Jeunesse, 2015

 

21/12/2015

Casse Noisette

Casse-Noisette

un album de Pierre Coran

illustré par Delphine Jacquot

raconté par Valérie Karsenti

et accompagné par la musique du ballet de Tchaïkovski

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"L'étrange histoire que je vais vous conter se passe dans une ville de Bavière où la magie des jouets n'étonne personne, surtout en ce soir de Noël.

Entrons dans la Maison d'Argent, une grande demeure avec, en cette fin décembre de la neige au-dehors et du soleil au-dedans."

Tout le monde est assemblé autour du beau sapin. Lorsque, soudain, arrive l'oncle Drosselmeyer, porteur d'objets de sa création, tous plus fascinants les uns que les autres. Mais il semble avoir oublié Marie, la jeune fille de la maison.

Jusqu'à ce qu'il lui offre un joli casse-noisette...

"Peu à peu, le temps se fatigue, le soir s'en va et la nuit vient..."

"Mais bientôt, les deux aiguilles de la pendule ne font plus qu'une. Une chouette en sort et ulule douze fois."

Marie se réveille. Et commence alors pour elle une merveilleuse aventure....qui l'emmènera notamment au Palais enchanté.

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J'aime beaucoup la musique classique. Aussi, j'ai été ravie quand j'ai appris la sortie de cet album-CD autour de Casse-Noisette, un ballet que j'affectionne tout particulièrement.

Pierre Coran s'est inspiré tant du livret de Tchaïkovski que de l'Histoire d'un casse-noisette d'Alexandre Dumas et de Casse-Noisette et le Roi des rats d'Hoffmann.

Et je trouve que c'est plutôt réussi. Par quelques phrases choisies, il parvient à nous plonger dans cet univers féerique et fantasmagorique. Ainsi, on retrouve notre âme d'enfant et, comme Marie, l'héroïne, on va de surprise en surprise...

L'affrontement avec le Roi des Rats/le voyage vers le Château enchanté/la Fée dragée/les Danses/la Valse des fleurs constituent autant d'étapes de ce périple onirique.

Aux mots ciselés répondent les illustrations tout en finesse et en profondeur de Delphine Jacquot. J'avais déjà eu l'occasion de vous parler de son travail avec le magnifique Fil de soie. Une fois encore, j'ai été frappée par la finesse du trait, par les choix audacieux de représentations ou de couleurs, par la richesse des détails. On se perd dans ses images. Un peu comme dans un rêve...

Un rêve sublimé par la musique de Tchaïkovski...

Bref, vous l'aurez compris: j'ai passé un très bon moment en compagnie de ce conte musical et je le recommande à tous ceux qui souhaitent découvrir ou redécouvrir Casse-Noisette.

Didier Jeunesse, 2015

En bonus, je vous joins un de mes airs préférés, celui de la Fée dragée.