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10/04/2017

Le Groupe de Jean-Philippe Blondel

Le Groupe

de

Jean-Philippe Blondel

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"Avant cette année, je n'avais jamais mêlé mes deux professions-enseignant et romancier. Elles étaient deux tenues différentes que j'enfilais au moment opportun. Je pensais qu'il était impossible de les cumuler. Et puis en octobre dernier, un soir, alors que ma collègue de philosophie, Marion Grand, et moi prenions un café dans la salle des profs, après une journée particulièrement éprouvante, elle m'a demandé pourquoi je n'avais jamais organisé d'atelier d'écriture ici, dans cet établissement dans lequel j'enseigne depuis vingt ans"

Suite à la demande de Marion Grand, sa collègue de philosophie, François Roussel, à la fois enseignant et écrivain, se retrouve à animer un atelier d'écriture avec quelques terminales volontaires. Ainsi, durant cinq mois, deux professeurs et dix élèves vont se réunir une heure par semaine dans une salle pour écrire. Au fil de ces séances pas comme les autres, des liens se nouent, des masques tombent...et une sorte d'intimité se crée entre ces personnes jusqu'alors inconnues.

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J'attends toujours avec plaisir une nouvelle parution de Jean-Philippe Blondel et j'ai été particulièrement ravie de le retrouver avec ce titre autour d'un sujet qui m'interpelle. Je n'ai encore jamais assisté à un atelier d'écriture et j'hésite à franchir le pas. Alors, forcément, quand un roman s'attarde sur une telle expérience, je suis intéressée.

Pour parler de ce groupe, l'auteur reprend un schéma narratif a priori classique. En effet, il déroule les ateliers d'un point de vue chronologique. Mais ce qui fait la force de son récit, c'est la multiplication des points de vue, à la fois par les changements de narrateurs et par l'introduction des produits de ces rencontres. Des textes s'intercalent donc à cette histoire et nous permettent de mieux comprendre les personnalités de chacun et de mieux cerner aussi ce qui va les lier lors de ces mois.

"On a tous été très secoués. Par toutes les histoires. Les fausses. Les vraies. C'est comme si nous avions été projetés à l'intérieur d'un film très réaliste."

Comme vous vous en doutez, j'ai beaucoup aimé cette construction et cette approche progressive de la psyché des héros. Chacun apporte sa pierre à l'édifice de ce groupe et aucun ne se démarque des autres. Ce qui conforte cette idée d'unité proclamée par le titre.

C'était un pari risqué de faire vivre et évoluer autant de "voix"différentes en si peu de pages. Mais Jean-Philippe Blondel se révèle à la hauteur de ce défi. Non seulement chacun des monologues a son identité mais il en va de même de chacun des textes proposés dans l'atelier.

De plus, j'ai apprécié la mise en abyme entre sa situation et celle vécue par son double, François Roussel.  Et ce traitement de la peur de la panne, propre à tout écrivain.

Bref, vous l'aurez compris: si vous souhaitez comme moi participer à un atelier d'écriture ou si vous aimez les histoires à la fois humanistes et sensibles, ce roman est pour vous! Ne serait-ce que pour le plaisir de découvrir la petite musique de son auteur.

"Des vers luisants. Voilà. Ils sont mes vers luisants. Ceux qui éclairent par intermittence le cimetière de ma mémoire."

Actes Sud Junior, 2017, 125 pages

08/11/2016

Un Coupable presque parfait

Le Club des détectives Wells& Wong

tome 1:

Un coupable presque parfait

de

Robin Stevens

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"Ceci est le premier meurtre sur lequel ait jamais enquêté le club de détectives Wells& Wong, donc Daisy a bien fait de me fournir un nouveau carnet pour que je puisse y faire mon rapport. [...] J'imagine qu'il vaut mieux que j'inaugure ce nouveau carnet en donnant quelques explications à notre sujet. Daisy Wells est la présidente de notre club de détectives et moi, Hazel Wong, j'en suis la secrétaire. Daisy dit que cela fait d'elle Sherlock Holmes, et de moi Watson. Ce qui est probablement juste. Après tout, je suis bien trop petite pour être l’héroïne de cette histoire et a-t-on déjà entendu parler d'un Sherlock Holmes chinois?"

Depuis son arrivée au pensionnat de Deepdean au cours de l'année 1934, Hazel Wong voue une admiration très forte à Daisy Wells et la suit dans toutes ses entreprises. La dernière en date: un club de détectives qui entend résoudre tous les mystères de l'école. Les deux amies ont notamment résolu le vol de cravate de leur comparse Lavinia.

Jamais elles n'auraient, en revanche, imaginé s'attaquer à un vrai meurtre. En effet, en allant chercher son pull au gymnase, Hazel tombe sur le cadavre de Miss Bell, leur professeur de sciences. Elle alerte Daisy et quand elles reviennent sur les lieux du crime, le corps a disparu...Débute alors pour elle une enquête complexe et dangereuse.

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J'avais entendu parler de ce roman par ma copinaute Emjy et j'ai été ravie de voir qu'il avait été traduit en français par Flammarion.

Lorsque j'étais plus jeune, j'appréciais beaucoup les séries Fantômette, Alice...où les enquêtes étaient menées et résolues par des filles. Et, en ouvrant cet ouvrage et en faisant la connaissance de Daisy et d'Hazel, j'ai eu l'impression de retrouver mon âme d'enfant.

A la manière d'une aventure d'Holmes et de Watson dont les deux jeunes filles se réclament, la narration revêt la forme de souvenirs consignés par Hazel, le double du docteur. L'occasion de découvrir toutes les péripéties qui sont survenues lors de ce mois d'octobre 1934 à Deepdean.

J'ai adoré d'emblée l'ambiance de ce pensionnat que j'ai trouvée très bien retranscrite. Au fil des pages, on suit le quotidien des élèves, leurs cours, leurs repas, leurs farces, leurs actes de bravoure, leurs séances de spiritisme, leurs cancans, leurs parties de hockey... Comme si on était devenues l'une d'entre elles et que nous aussi nous étions amoureuses de l'"Unique" ou nous nous promenions dans les couloirs de leur école.

Cependant, l'atmosphère n'est pas le seul atout de ce premier livre de Robin Stevens. En effet, elle montre de grandes qualités stylistiques et parvient, tour à tour, à insuffler du suspense ou à nous faire rire.

Le mystère qui entoure la mort de Miss Bell est très bien mené et jusqu'au bout, on ne devine rien. Comme nos deux enquêtrices de choc, en somme...

De même, Un coupable presque parfait évite l'écueil du tome de présentation. Certes, on fait la rencontre des deux protagonistes principales et de leur entourage. Mais c'est tellement bien maîtrisé que l'action ne ralentit pas pour autant.

Un des autres points forts de ce livre réside justement dans la qualité de ses personnages, à commencer par le duo de choc Daisy/Hazel. Un duo dans la lignée de tous ces binômes classiques Holmes/Watson, Poirot/Hastings...Une façon de rendre hommage sans aucun doute à tous ces grands auteurs de romans policiers (tout comme la scène finale de confrontation ou la mention de Miss Marple). Néanmoins, cet hommage est quelque peu détourné car, dans cette équipe, j'ai jugé Hazel plus douée que sa chef. Elle dénoue beaucoup de fils de l'intrigue, même si elle ne s'en attribue pas le mérite, surtout au regard de Daisy.

On s'attache à elles deux, à leur histoire, à leurs différences (l'une vient d'une grande famille anglaise alors que l'autre a laissé la sienne à Hong Kong)...Tout comme on apprécie voir évoluer les autres pensionnaires et leurs professeurs. Chacun d'entre eux permet d'ailleurs à l'auteur de nous décrire certains aspects de la société anglaise de l'époque. (la difficulté de trouver un travail, le poids des regards sur les étrangers...)

Bref, vous l'aurez compris: Un coupable presque parfait se révèle une réussite et je ne pourrais que le conseiller à ceux qui sont fans comme moi des policiers à atmosphère, avec une bonne dose d'humour british et de suspense. Vivement le deuxième tome!!

Flammarion Jeunesse, 2016, 348 pages

Billet dans le cadre du challenge A year in England de Titine.

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17/02/2016

L'Anneau de Claddagh tome 1 Seamrog

L'Anneau de Claddagh tome 1: Seamrog

de

Béatrice Nicodème

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 "Galway, 5 septembre 1828

-C'est pour cette nuit, annonça Morna.

-Je sais, j'ai tout préparé, répondit sa mère.

-Comment pourrais-tu le savoir?

Ina Shannon haussa les épaules sans répondre. Cela avait toujours été ainsi, elle savait, c'était tout.

Longtemps avant que sa fille réapparaisse après des années de silence, elle avait eu la certitude qu'elle reviendrait un jour et qu'elle serait enceinte."

A Galway, la nuit du 5 septembre 1828, est née Keira, fille d'une cuisinière irlandaise et de père inconnu. La même nuit, le cœur de sa grand-mère a lâché.

De cette ancêtre, la jeune fille n'a gardé qu'un violon et un anneau de Claddagh qu'elle porte sans cesse sur elle, autour de son cou, comme un talisman.

Les années ont passé et Keira et sa mère officient désormais au manoir des Winterbottom, dans la province de Galway.

De temps en temps, Keira est appelée pour raconter des histoires aux landlords du comté. C'est ainsi qu'elle fait la connaissance d'Arthur, le fils d'un grand propriétaire anglais.

Une idylle se noue entre ces deux êtres que tout oppose. Ils rêvent même d'Amérique...

Mais, l'hiver 1846-1847, synonyme de maladie et de famine, pourrait bien sonner le glas de toutes leurs espérances...

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Ce roman, je l'avais remarqué depuis quelque temps mais je n'avais pas encore eu l'occasion de m'y plonger. Il a fallu un billet de ma copinaute Bianca et un repos forcé chez moi pour que, finalement, je me lance et je le dévore en très peu de temps.

Béatrice Nicodème parvient immédiatement à nous immerger dans cette Irlande des années 1846-1847. Un pays riche de légendes et de traditions. Un pays aussi sous la domination anglaise et dans lequel la famine et la maladie sévissent.

Sans jamais alourdir le cours de son récit, par le choix judicieux de personnages qui incarnent les différentes problématiques irlandaises, l'auteur nous apprend beaucoup de choses sur le quotidien, sur le travail, sur les conditions de vie, sur les croyances et sur les rapports avec les occupants. Et cette partie m'a vraiment passionnée.

De même, j'ai trouvé l'héroïne très attachante. Elle se révèle à la fois forte, intelligente, douée, généreuse...et ne baisse jamais les bras, malgré les épreuves qu'elle doit affronter. J'ai apprécié également son ancrage dans le folklore irlandais, entre ses rêves prémonitoires, les contes dont elle se nourrit, l'anneau de Claddagh qui la relie à sa grand-mère défunte...En revanche, j'ai été moins convaincue par son idylle impossible avec Arthur, un arc narratif déjà vu et revu...

D'autres éléments de l'intrigue m'ont aussi un peu déçue, quant à leur originalité. Je fais notamment référence à la rivale jalouse, à la vengeance, à la disparition de certains des protagonistes. De plus, je nourris quelques soupçons quant à l'évolution de l'histoire.

Néanmoins, ces quelques bémols ne m'ont pas empêchée de bouder mon plaisir. Les pages se sont tournées toutes seules, j'ai été happée par l'action et j'attends avec plaisir les prochaines aventures de Keira.

Bref, vous l'aurez compris: ce premier tome de l'Anneau de Claddagh m'a fait passer un très agréable moment et je le recommande à tous ceux qui souhaitent en apprendre plus sur l'Irlande des années 1845-1850.

Editions Gulf Stream, 249 pages