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19/01/2017

La Petite boutique des objets perdus d'Agnès de Lestrade, illustré par Sébastien Chebret

La Petite boutique des objets perdus

un album d'Agnès de Lestrade

illustré par Sébastien Chebret

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"Dans la petite boutique de Mara, on trouve des objets perdus. Pas perdus pour toujours puisque ici on les retrouve.

Sur les étagères de la boutique de Mara, les objets perdus attendent qu'on vienne les chercher.

Ils attendent des heures, des jours, des mois, parfois même des années."

Dans sa boutique, Mara recueille tous les objets perdus et espère qu'ils retrouveront leurs propriétaires.

Jour après jour, elle voit ainsi passer devant son comptoir des gens qui ont égaré leurs clés, leur chemin ou leur mémoire.

"Pour les clients fragiles, Mara a toujours un mot doux au bord des lèvres, une caresse au bout des doigts."

Mais derrière sa profonde empathie, Mara dissimule aussi des blessures....

Un soir, une vieille dame pousse la porte de son magasin. Dans ses mains, elle tient "un objet chaud [qui] sent bon la terre, gigote, palpite..." et le confie à notre héroïne.

"Je me demande comment on vit quand on a perdu son cœur, chuchote la vieille dame en sortant."

Cet album, je l'ai découvert par hasard, en farfouillant dans les rayons d'une librairie. C'est le titre qui a retenu mon attention...Je l'ai donc ouvert et, aussitôt, la magie a opéré...

Comme souvent, j'ai été happée par l'infinie poésie du texte d'Agnès de Lestrade.

En quelques phrases, elle nous dépeint une île refuge dans une petite ville comme beaucoup d'autres. Une île refuge où Mara, naufragée elle-même d'un drame, s'est abritée et aide les autres à récupérer ce qu'ils ont égaré.

S'ensuit un défilé de clients aux problématiques toutes différentes et pour lesquels il existe toujours une solution.

Cette succession de cas permet à l'auteur de jouer avec le langage, tantôt en reprenant des expressions courantes (avec le verbe perdre), tantôt en faisant appel à la connivence de son lecteur (le chat de la mère Michel).

Au fil des pages, on s'amuse donc. On s'attendrit. On s'émeut...

"Les deux lacs vides se remplissent de larmes."

Aux mots tout en finesse et en sensibilité répondent les illustrations réalistes de Sébastien Chebret. Même si je n'ai pas été forcément sous le charme des ses dessins, je trouve qu'ils apportent un contrepoids intéressant et qu'ils ancrent cette histoire dans un quotidien qui pourrait être le nôtre, avec des objets et des êtres chers perdus. La réflexion autour de cette thématique s'en trouve donc encore plus renforcée.

Bref, vous l'aurez compris: même s'il n'a pas été un coup de cœur, je vous conseille cet album optimiste, émouvant et qui ne vous laissera pas indifférent.

Alice Editions, 2016

 

08/03/2016

Cinq minutes et des sablés

Cinq minutes et des sablés

un texte de Stéphane Servant

illustré par Irène Bonacina

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"Dans sa petite maison, la Petite Vieille s'ennuyait.

Plus personne ne venait la voir.

Et elle ne regardait plus personne.

Il n' y avait plus que la pendule de la cuisine

pour s'intéresser au temps qui passe.

La Petite vieille s'ennuyait tellement

que pour tuer le temps,

elle avait juste décidé d'attendre:

d'attendre Madame la Mort."

Justement Madame la Mort est passée à proximité de la maison de la Petite Vieille. Elle a frappé. Et pour la faire patienter alors qu'elle enfilait ses chaussures, la Petite Vieille lui a servi du thé.

Puis, des sablés au gingembre...

Puis, elle a déroulé une pelote de laine...

Puis, elle a joué à la marelle...

"Cinq minutes de plus ou cinq minutes de moins, quelle importance?"

Et si, justement, ces cinq minutes supplémentaires lui permettaient de goûter à nouveau aux joies de la vie? Et de, peut-être, vouloir faire patienter Madame la Mort?

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Cet album, j'en ai entendu parler sur différents blogs et lors d'une matinée de présentation chez Didier Jeunesse. Aussi, quand il est arrivé à la médiathèque, je l'ai relu avec plus d'attention. Et je m'y suis replongée ce soir...

Il existe déjà plusieurs récits en jeunesse autour de l'approche de la mort et des astuces pour la repousser. Ce thème, on le retrouve également dans maints contes populaires.

Ce qui fait l'originalité, selon moi, de ce livre, c'est l'idée que son héroïne attend la mort avec une sorte d'impatience. Comme si elle avait déjà épuisé tous les plaisirs de l'existence...Comme si les petits bonheurs du quotidien n'avaient plus de sel..

"Cinq minutes de plus ou cinq minutes de moins, quelle importance?"

Pourtant, page après page, au fil de ses activités avec Madame la Mort, la vieille dame va retrouver un entrain et une énergie depuis longtemps oubliés.

La Mort pour comprendre à quel point la Vie l'emporte, à quel point il faut la savourer.

La Mort pour rappeler l'importance de toutes ces cinq minutes de gagnées.

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Au texte de Stéphane Servant qui invite à la réflexion, aussi bien les petits que les grands, répondent les illustrations colorées d'Irène Bonacina.

Ses dessins saisis sur le vif (qui m'ont rappelé Quentin Blake) savent traduire l'ennui de cette vieille Dame esseulée.

Puis, par quelques touches, comme la fumée qui s'échappe des petits sablés, une pelote qui roule..., un nouveau souffle s'installe dans cette maison qui paraissait vide...et qui se remplit de sourires, de rires, de mouvements, de danses....

Bref, vous l'aurez compris: j'ai beaucoup aimé cet album qui rappelle à quel point le temps sur Terre est précieux et à quel point il faut saisir tous ces instants sublimes du quotidien.

Vous prendrez bien cinq minutes et des sablés pour vous immerger dans cet univers à la fois sage, gai et poétique.

Didier Jeunesse, 2015

 

04/02/2016

Le Souffleur de rêves de Bernard Villiot & Thibault Prugne

Le Souffleur de rêves

un album de Bernard Villiot

illustré par Thibault Prugne

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"Au Nord de Venise, cernée par la lagune, s'étendait l'île de Murano. On ne comptait plus ses somptueux palais bordés de jardins dans lesquels la bonne société aimait se promener, grisés par les parfums du jasmin et des bosquets d'orangers.

Les gens venaient aussi du monde entier, car on y soufflait le verre."

Parmi les apprentis souffleurs de verre, se trouve Zorzi Ballari qui ne ménage pas sa peine et dispose tous les soirs "d'une simple paillasse pour dormir".

"Pour dormir et pour rêver, car les années passant, Zorzi avait nourri l'espoir de devenir souffleur."

Malheureusement, un accident brise son rêve et le laisse boiteux.

Les années passent et Zorzi n'a pas oublié son ambition. Tous les soirs, il se glisse dans les ateliers déserts pour apprendre à maîtriser son art.

"Et à force de persévérance, son souffle [devient] si délicat et si précis qu'il s'[étire] comme un soupir."

Un soupir capable de se transformer en bulle de rêve...

Des rêves bleus, des rêves roses, des rêves extraordinaires qui accompagnent les petits Vénitiens dans leur sommeil.

Mais son grand talent fait des jaloux....Et, bien vite, des obstacles se dressent devant lui.

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J'ai immédiatement été attirée par la couverture de ce très bel album et par ce titre à la fois intrigant et poétique.

Dès la première page, débute le voyage.

Ligne après ligne, image après image, Bernard Villiot et Thibault Prugne nous entraînent dans une Venise magnifiée sur les traces des souffleurs de verre.

Un métier capable de générer tant de beauté/Un métier cruel aussi où la concurrence se fait rude et où le moindre faux pas n'est pas toléré.

Notre héros va en faire l'amère expérience, lui qui voit ses ambitions ruinées par la chute d'un pain de verre sur son pied.

Récit d'apprentissage donc...Cruel apprentissage même...

Récit d'obstination également...Celle d'un héros déterminé à aller au bout de ses rêves et qui, à force de persévérance, fabrique des bulles si fines qu'elles deviennent des songes enfantins.

Que j'ai aimé cette idée! Si poétique! Des songes qui s'envolent et circulent dans les rues et sur la lagune de Venise.

Et puis, le talent du héros fait des jaloux. A lui de franchir ou non ces nouvelles épreuves.

On suit avec plaisir  toutes les étapes de ce conte onirique, à la fois tendre, sensible et plein de rebondissements.

A la plume tout en légèreté de Bernard Villiot répond à merveille le pinceau de Thibault Prugne. Grâce à son talent, on a l'impression de se promener dans les rues de Venise, aux eaux étincelantes et miroitantes, aux rues colorées. Et on est emportés dans ce rêve d'histoire.

Bref, vous l'aurez compris: j'ai beaucoup apprécié cet album et je vous en recommande fortement la lecture.

Gautier-Languereau, 2015