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28/09/2015

Vera d'Elizabeth von Arnim

Vera

de

Elizabeth von Arnim

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"Lorsque le médecin fut parti, et que les deux femmes du village, restées seules là-haut, n'eurent rien d'autre à faire que patienter auprès de son père mort, Lucy sortit dans le jardin, alla jusqu'au portail et s'y accouda pour contempler la mer."

Le père de Lucy vient de mourir. Il était le seul ancrage de sa vie et, face à sa perte brutale, elle se sent désemparée.

Alors qu'elle s'est accoudée au portail de leur location, elle fait la rencontre de Mr Wemys. Ce dernier s'est exilé en Cornouaille après le suicide de sa femme Vera.

"Il avait choisi la Cornouaille à cause de l'éloignement, car il faut une journée de train pour s'y rendre et une autre journée pour rentrer à Londres, ce qui écourtait la semaine; ce laps de temps que l'opinion publique exigeait pour son deuil. Mais il restait encore cinq journée solitaires, d'errances sur les falaises, à essayer de ne penser à rien, sans âme à qui parler, sans la moindre occupation. [...] Non, il ne pouvait plus supporter cela, car il lui fallait parler à quelqu'un. Cette jeune fille, avec ses yeux étranges, n'était pas tout à fait comme les autres. Elle ne refuserait pas qu'il s'assît dans le jardin, auprès d'elle, un instant. Elle comprendrait..."

Très vite, entre ces deux êtres confrontés à un deuil accablant, se noue une relation forte. Tellement forte que quelques mois plus tard, ils décident d'unir leur destin.

Mais leur alliance peut-elle vraiment résister à leur installation aux "Saules", la maison de Wemys? Celle où l'ombre de Vera plane encore....

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Il s'agit du premier roman d'Elizabeth von Arnim que je découvre. D'emblée, j'ai été frappée par les ressemblances avec le Rebecca de Daphné du Maurier. Vera lui est antérieur mais on retrouve dans les deux œuvres plusieurs points de convergence: une union éclair, un écart d'âge entre les deux conjoints, une femme disparue mais qui continue de hanter les vivants, des doutes autour des circonstances de sa mort...

Cependant, malgré ce canevas commun, les deux intrigues ne continuent pas dans la même veine. Point de Mrs Danvers, par exemple. Non, cet ouvrage s'intéresse plutôt aux rouages du mariage.  

Avec une cruauté implacable, l'auteur dissèque la mécanique de ce couple. De la première rencontre aux premières déclarations, de la lune de miel au retour à la réalité, rien n'échappe à son œil acéré.

Nous les suivons ainsi sur un an, des drames qu'ils viennent de vivre à....Mais je vous laisserai découvrir la conclusion de ce huis-clos.

En effet, alors que ce livre s'ouvrait dans un espace aéré, un jardin avec vue sur la mer, il se conclue dans un espace clos, une pièce d'une maison. Pour mieux illustrer sans doute l'enfermement de l'héroïne...

Cette dernière, petit à petit, renonce à toute liberté pour se placer sous le joug d'Everard Wemys.

Il est rare d'ailleurs qu'un personnage principal masculin ait provoqué autant de rejet chez moi. De prime abord, j'ai été émue par la tragédie qui le frappait. Puis, au fil des pages, j'ai mieux compris les ressorts de sa personnalité, son égoïsme profond, sa volonté d'écraser et d'asservir à son bon vouloir tous ceux qui l'entourent...Cette aversion est d'autant plus forte qu'Elizabeth von Arnim nous fait connaître la moindre des pensées de cet anti-héros.

Effectivement, elle a choisi de nous plonger, tour à tour, dans la tête de ses trois personnages principaux, Everard, Lucy mais aussi Miss Entwisthle, la tante de Lucy, qui assiste, impuissante, à l'emprisonnement progressif de sa protégée.

A ce schéma narratif assez explicite quant aux intentions de ses héros, elle choisit d'entremêler des zones d'ombre. Comme celles autour de la disparition de Vera...Ce qui inquiète forcément le lecteur...Et si Everard était capable de tout?

Le doute règne jusqu'au bout...Et on ressort de cette lecture, glacés et inquiets...

Bref, vous l'aurez compris: j'ai trouvé ce roman de la tyrannie conjugale très intéressant. Mais, même si j'en reconnais les qualités tant psychologiques que stylistiques, je n'ai pas eu de coup de cœur. Sans doute car le sujet m'a trop heurtée...Et que je n'aime pas les fins ouvertes...

Éditions 10/18, 286 pages

Billet dans le cadre du challenge A year in England organisé par Titine.

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11/09/2015

Mystère rue des Saints-Pères de Claudez Izner

Mystère rue des Saints-Pères

de

Claude Izner

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"12 mai 1889,

Des nuées d'orage couraient au-dessus de la steppe coincée entre les fortifications et la gare des marchandises de Batignolles. La vaste étendue d'herbe galeuse dégageait des relents d'égout. Groupés autour de tombereaux d'ordures ménagères, des chiffonniers nivelaient à coups de crochet une marée de détritus, soulevant des tourbillons de poussière."

Alors que Paris accueille l'Exposition universelle, un essaim d'abeilles tueuses semble sévir dans les rues de la capitale. Un certain nombre de visiteurs de cet événement tant attendu semble ainsi décéder des suites de piqûres.

Mais Victor Legris, libraire rue des Saint-Pères et récemment engagé comme chroniqueur littéraire, ne croit pas à ces insectes meurtriers et va mener l'enquête pour élucider ces disparitions.

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Vous vous souvenez sans doute que, pendant plus de deux ans, j'ai lu avec plusieurs copinautes (dont Bianca, Céline et Fanny) les aventures de Thomas et Charlotte Pitt. Aussi, quand cette aventure s'est arrêtée, Bianca nous a proposé de partir à l'assaut d'une nouvelle série.

Notre choix s'est porté sur celle imaginée par Liliane Korb et Laurence Lefèvre (plus connues sous le pseudonyme de Claude Izner).

Je dois avouer que j'ai été quelque peu déstabilisée par le rythme. Je sais que c'est un tome introductif et que tout le monde n'a pas le génie d'Anne Perry pour à la fois nous plonger dans une époque, nous présenter les protagonistes et nous tenir en haleine avec une intrigue policière assez incroyable.

C'est justement ce dernier point qui a marqué un bémol pour moi. En effet, l'idée de départ était assez bonne: une succession d'assassinats qui ressemblaient à des blessures d'insectes. A cette arme quelque peu originale se rajoutaient le flou autour de l'identité du tueur et le choix hasardeux des victimes.

Malgré ce canevas, très vite, les investigations se sont essoufflées et, au lieu de nous mener de fausse piste en fausse piste, elles se sont concentrées sur un même hypothétique coupable. Par conséquent, le dénouement est un peu tombé à plat...Dommage car j'apprécie quand les histoires policières gagnent en intensité au fil des pages.

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Le dôme central à l'Exposition universelle de 1889

En revanche, j'ai été captivée par la description de la Ville Lumière en 1889. Claude Izner parvient à ressusciter l'ambiance qui devait régner lors de cette Exposition Universelle. On sent tout l'engouement provoqué par ce vent de modernité et par l'achèvement de la Tour Eiffel, au centre de toutes les attentions. J'ai aimé me promener dans les allées des pavillons, dans les quartiers parisiens...Et je crois sincèrement que le meilleur atout de ce tome réside dans le portrait de la capitale et de ses habitants ou visiteurs.

De plus, même si je ne suis pas encore complètement tombée sous leur charme, je me suis attachée aux différents protagonistes. Le trio de libraires (Victor Legris, l'intrigant Kenji Mori et Jojo, le commis souvent laissé pour compte) promet de belles surprises et de beaux développement de futures intrigues.

Bref, vous l'aurez compris: Mystère rue des Saint-Pères m'a laissé quelque peu frustrée quant à l'énigme policière mais je retrouverai avec plaisir ses héros dans la Disparue du Père-Lachaise, ne serait-ce que pour la reconstitution historique.

Éditions 10/18, 283 pages

Billet dans le cadre d'une lecture commune avec Céline, Bianca, Fanny et le Livre d'après.

 

 

 

13/04/2015

La route de Jérusalem d'Edward Marston

La Route de Jérusalem

de

Edward Marston

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"Ils étaient environnés d'ennemis. Bien qu'à Londres le théâtre n'eût jamais été aussi florissant, prodiguant de fastueux divertissements à la capitale et recueillant les ovations quotidiennes d'un public nombreux, ceux qui exerçaient ce métier subissaient une menace constante. Jouer était une entreprise périlleuse. Les comédiens marchaient sur la corde raide entre renommée et oubli-sans nul fil pour amortir la chute."

L'arrivée de la peste noire contraint les Hommes de Westfield à abandonner la Tête de la Reine et la capitale pour prendre la route et jouer dans les villes de province.

Mais, bien loin du succès escompté, la troupe rencontre très vite de nombreuses difficultés. Rajouts de compagnons de voyage, vols de pièce, enlèvement....Sans oublier la mort d'un des leurs juste avant le départ.

Qui pourrait tant leur en vouloir et s'acharner sur eux?

Nicholas Bracewell, leur régisseur, mène l'enquête.

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L'arrière-cour d'une auberge londonienne où souvent les troupes de théâtre étaient accueillies

Après quasiment trois semaines de silence (pourtant j'ai beaucoup lu), me voici de retour avec un billet autour de la troisième aventure de ce détective élisabéthain.

Après avoir affronté les joyeux démons, les Hommes de Westfield se voient attaquer par un ennemi silencieux qui frappe, sans distinction d'âge ou de sexe, les Londoniens. Face à la peste noire, ils décident de partir sur les chemins anglais, à la rencontre du public provincial. L'occasion pour Edward Marston de nous décrire les coulisses d'une tournée, entre choix des acteurs et des "techniciens", haltes plus ou moins réussies, rencontres fortuites plus ou moins heureuses...

L'occasion aussi pour cet auteur de faire preuve de beaucoup d'humour. Notamment avec l'introduction comme compagne de voyage d'Eleanor Budden, une femme mariée qui a tout quitté pour suivre la voie du Seigneur et rejoindre Jérusalem. Elle s'est rajoutée à la Troupe quand elle a eu une révélation en apercevant Nicholas nu dans une rivière. C'était comme si le Christ l'avait appelé à elle...D'où de nombreuses scènes très drôles où elle tente de se jeter dans les bras du pauvre régisseur.

A ces réflexions amusantes sur une vocation inattendue se superposent des observations plus graves sur la religion. En effet, un noble soupçonné de complot catholique vient d'être arrêté et emprisonné. Certains espions tentent de démasquer les autres conspirateurs. Et si l'un d'entre eux se cachait parmi la Troupe des Hommes de Westfield?

De plus, dans cet opus, Edward Marston décrit les rivalités exacerbées entre les compagnies de théâtre. Tous les coups bas sont permis: vols de pièces, de costumes...Chacun veut conquérir le public, seul gage de réussite et de survie.

J'ai également retrouvé avec beaucoup de plaisir les personnages phares introduits dès la Tête de la Reine. Je m'attache toujours plus à Nicholas Bracewell. Et j'apprécie aussi de suivre l'évolution de certains membres de la troupe: de l'égocentrique et libertin Lawrence Firethorn au rêveur Edmund Hood.

Quant à l'intrigue policière, elle m'a semblé plus aboutie que la précédente. Autant j'avais deviné certains éléments clefs dans les Joyeux démons, autant je me suis laissée surprendre par un retournement de situation totalement inédit.

Bref, un tome réussi pour cette série qui nous immerge sous le règne d'Elizabeth I. Vivement le 4!

Editions 10/18, 279 pages

Billet dans le cadre d'une lecture commune avec Shelbylee.