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18/04/2018

Lucky Losers de Laurent Malo

Lucky Losers

de

Laurent Malot

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« Sean Kinsley, dix-sept ans, à moitié anglais : c’est moi. On m’accuse d’être responsable du foutoir qui a régné au printemps dernier ; je plaide pour le concours de circonstances. A la limite, je veux bien assumer le rôle de détonateur, mais si mon père n’avait pas été surpris par ma mère avec un autre homme, si aucun court-circuit n’avait réduit l’institut Balzac en cendres et si les ateliers d’Arincourt n’avaient pas annoncé un plan social, est-ce qu’on en serait arrivés là ? »

 Lorsque son père a été découvert par sa mère en compagnie d’un autre homme, le destin de Sean Kinsley a été bouleversé. Sa mère a quitté son père et est repartie à Douarnenez, dans la ville où elle avait grandi. Sa sœur a suivi. Et finalement, son père s’est également installé en Bretagne avec son fils.

Une nouvelle vie débute donc pour ce dernier. Malgré les peurs initiales, Sean se fait très vite trois amis : Antoine, Rémy et Kevin. Tout semble aller pour le mieux quand l’autre lycée de la ville, celui des riches, brûle. Pour finir leur scolarité, les élèves doivent donc intégrer l’établissement de notre héros. L’occasion pour ce dernier de tomber raide dingue amoureux de la sublime Camille d’Arincourt.

Son rapprochement avec elle ne plaît pas du tout à une bande de fils à papas. Très vite, des tensions émergent. Et Sean se retrouve à lancer un défi. Il a un mois avec sa bande d’amis pour apprendre à les battre en natation, en équitation et en aviron.

Il était loin de se douter que ce défi dépasserait les simples limites du lycée. Et deviendrait une sorte de symbole des affrontements sociaux autour des plans de licenciement.

En un mois, tout va donc basculer…Dans la vie de Sean. Comme dans celle de son entourage. Ou des autres habitants de Douardenez.

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Le port de Douardenez

J’ai été immédiatement attirée par le titre de ce roman et par cette couverture colorée.

Dès le début, on est happés par les premières lignes. Sean Kinsley nous parle de son année de première littéraire. Dans son nouveau pays. Dans sa nouvelle ville. Dans son nouveau lycée. En effet, nous sommes conviés à passer neuf mois en sa compagnie. Neuf mois importants où il va connaître de nouveaux amis, son premier amour et réussir à s’affirmer.

« Ce n’est pas moi qui ai fait sortir les élèves dans la cour, c’est l’injustice qui a frappé une fois de trop. Vous voulez savoir quand on rentrera en classe ? Quand le monde sera redevenu juste. »

L'aspect roman d’apprentissage est bien traité. Sean est un gentil « loser ». Le genre de garçon qui perd complètement les moyens devant les filles qui l’impressionnent et dit tout ce qu’il ne faut pas. (Le premier coup de fil à sa dulcinée est mémorable). Le genre de garçons aussi qui est toujours là pour soutenir les siens envers et contre tout. On rit de et avec lui, on s’attache et on assiste avec beaucoup de plaisir à sa transformation, non sans heurts. D’un garçon plutôt réservé, on le voit devenir une sorte de leader malgré lui.

« -Sean Kinsley ?

-Oui ?

-Si un jour tu fais de la politique, je vote pour toi. »

 A cet aspect initiatique se superpose un versant lutte des clans. Dans la ville de Douardenez, les clivages sociaux sont très prégnants. Deux mondes s’opposent et le lycée va devenir le lieu de leur collision. Très vite, le défi des « Lucky Losers », l’équipe de Sean, devient le reflet voire le symbole de toute la lutte des prolétaires contre les riches. Cette dimension de comédie sociale à la Full Monty ou à la Ken Loach m’a beaucoup plu. Laurent Malo aborde avec beaucoup de talent des problématiques sociétales telles que le chômage, le divorce…Mais il le fait toujours avec un regard décalé. Même si le sujet se fait grave, l’humour est toujours sous-jacent. Et j’ai aimé cette joie dans la tempête. Cette élégance face aux drames de la vie.

« Je me suis promis, à cet instant, de ne plus croire qu’en une chose : leur courage de se battre. […] Ils étaient tous les trois mes guerriers, j’étais leur coach, on était la Team Losers. »

Un des autres atouts de cet ouvrage réside dans les personnages. L’auteur nous propose toute une galerie de protagonistes hauts en couleurs et bien campés. Un peu, comme notre héros, on n’arrive pas toujours à bien les cerner et j’ai apprécié ce flou. Un flou qui donne encore plus de véracité à la narration du point de vue de Sean. Ce qui reste mystérieux pour lui le demeure également pour nous lecteurs.

Les pages se tournent toutes seules, le ton reste vif, la légèreté apparente se pare de gravité et déjà nous devons quitter Sean et les siens. A REGRET. J'aimerais beaucoup les retrouver dans un prochain volet, à la manière de la série des Comment j'ai d'Anne Percin.

Bref, je vous recommande la lecture de ce joli roman pour adolescents engagé, drôle et bien mené.

Albin Michel Jeunesse, 2016, 297 pages

 

09/05/2017

De l'arsenic pour le goûter

De l'arsenic pour le goûter

Une enquête trépidante du club Wells & Wong

de Robin Stevens

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"Il est arrivé quelque chose d'atroce à Mr Curtis.

Je suis étonnée que ça m'affecte autant. Si, ce matin, on m'avait demandé ce que je pensais de lui, j'aurais répondu que Mr Curtis n'était pas un homme bien. Mais même le plus mauvais des hommes ne mérite pas un tel sort."

En ce samedi pluvieux du mois d'avril 1935, Hazel Wong, secrétaire et vice-présidente du club de détectives Wells& Wong, entame le récit des circonstances qui ont mené à la mort de Mr Curtis, empoisonné à l'arsenic lors d'un goûter d'anniversaire.

Une fois encore, Daisy et Hazel, nos deux détectives en herbe se retrouvent donc confrontées à un décès violent et une fois encore, elles décident de mener l'enquête. Sauf que cette fois-ci, le drame n'est pas survenu dans leur pensionnat de Deepdean mais dans le manoir de Fallingford, propriété de la famille de Daisy. Ce qui signifie que le coupable peut faire partie de ses proches. En effet, chacun d'entre eux a un bon motif... Une situation plus que compliquée pour notre investigatrice amateure...

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Je vous avais parlé récemment du premier volet des aventures de Wells & Wong. Depuis cette lecture, j'avais hâte de me plonger dans la suite. Aussi, quand elle est arrivée à la médiathèque, je me suis jetée dessus. Et je n'ai pas boudé mon plaisir.

Profitant des vacances d'avril, nos deux héroïnes ont délaissé leur pensionnat pour le manoir de Fallingford. L'occasion pour Daisy de fêter avec tous les siens son anniversaire. Toutefois, l'arrivée intempestive de Mr Curtis, un ami de sa mère, confère très vite à l'assemblée une atmosphère plus que glaciale. Les tensions s'accumulent quand on découvre son rapprochement amoureux avec Lady Hastings, la mère de Daisy. Et quand on l'aperçoit expertiser de nombreux meubles et tableaux dans la demeure.

La situation inconfortable atteint son paroxysme juste avant le goûter d'anniversaire de Daisy. Tout pourrait prendre un tour catastrophique pour la famille de cette dernière....Mais la mort suspecte de Mr Curtis enraye le mécanisme infernal. Tous auraient pu le tuer pour une raison bien particulière. Et, dans la maison isolée du reste du monde par la pluie, l'assassin pourrait encore sévir.

Je ne peux que saluer l'habileté narrative de Robin Wells. Même si elle reprend un schéma classique des "cosy mystery" (mise en situation/meurtre/enquête en huis-clos/dénouement lors d'une confrontation collective), elle sait instiller une bonne dose de suspense et induire en erreur son lecteur. De même, le fait d'avoir utilisé la même narratrice (Hazel Wong) mais d'avoir séquencé ce récit entre un retour rétrospectif (avec des réflexions à rebours) et un compte-rendu plus resserré et situé dans le moment présent des actions engagées après la mort de Mr Curtis se révèle très adroit. Cela casse le rythme et j'ai trouvé cela plutôt bienvenue.

Chaque personnage est bien campé. En quelques traits choisis, on parvient à saisir leurs ressorts psychologiques, leurs défauts aussi et leurs façons d'être. Certains se montrent plus drôles que d'autres (je pense notamment à Tante Saskia, la cleptomane qui égare des petites cuillères ou à Lord Hastings qui raffole de blagues plus ou moins douteuses).

De même, les rapports évoluent entre Daisy et Hazel. Elles se connaissent de mieux en mieux et cela se ressent dans la manière dont Hazel décrit sa camarade. Désormais, sa sensibilité et ses failles affleurent et lui ôtent un peu de son côté holmésien.

J'ai beaucoup apprécié également l'atmosphère so british de ce séjour dans le manoir de Fallingford, avec ses pièces pas toujours bien entretenues, son majordome un peu branlant, sa grande bibliothèque, ses tasses de thés et ses "sponge cake"...

Bref, vous l'aurez compris: ce roman est une vraie réussite et ravira tous les amateurs d'ouvrages policiers britanniques dans la lignée de ceux d'Agatha Christie ou de Patricia Wentworth. Vivement le troisième opus!!!

Éditions Flammarion, 2017, 348 pages

Billet dans le cadre du challenge A year in England de Martine.

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10/04/2017

Le Groupe de Jean-Philippe Blondel

Le Groupe

de

Jean-Philippe Blondel

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"Avant cette année, je n'avais jamais mêlé mes deux professions-enseignant et romancier. Elles étaient deux tenues différentes que j'enfilais au moment opportun. Je pensais qu'il était impossible de les cumuler. Et puis en octobre dernier, un soir, alors que ma collègue de philosophie, Marion Grand, et moi prenions un café dans la salle des profs, après une journée particulièrement éprouvante, elle m'a demandé pourquoi je n'avais jamais organisé d'atelier d'écriture ici, dans cet établissement dans lequel j'enseigne depuis vingt ans"

Suite à la demande de Marion Grand, sa collègue de philosophie, François Roussel, à la fois enseignant et écrivain, se retrouve à animer un atelier d'écriture avec quelques terminales volontaires. Ainsi, durant cinq mois, deux professeurs et dix élèves vont se réunir une heure par semaine dans une salle pour écrire. Au fil de ces séances pas comme les autres, des liens se nouent, des masques tombent...et une sorte d'intimité se crée entre ces personnes jusqu'alors inconnues.

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J'attends toujours avec plaisir une nouvelle parution de Jean-Philippe Blondel et j'ai été particulièrement ravie de le retrouver avec ce titre autour d'un sujet qui m'interpelle. Je n'ai encore jamais assisté à un atelier d'écriture et j'hésite à franchir le pas. Alors, forcément, quand un roman s'attarde sur une telle expérience, je suis intéressée.

Pour parler de ce groupe, l'auteur reprend un schéma narratif a priori classique. En effet, il déroule les ateliers d'un point de vue chronologique. Mais ce qui fait la force de son récit, c'est la multiplication des points de vue, à la fois par les changements de narrateurs et par l'introduction des produits de ces rencontres. Des textes s'intercalent donc à cette histoire et nous permettent de mieux comprendre les personnalités de chacun et de mieux cerner aussi ce qui va les lier lors de ces mois.

"On a tous été très secoués. Par toutes les histoires. Les fausses. Les vraies. C'est comme si nous avions été projetés à l'intérieur d'un film très réaliste."

Comme vous vous en doutez, j'ai beaucoup aimé cette construction et cette approche progressive de la psyché des héros. Chacun apporte sa pierre à l'édifice de ce groupe et aucun ne se démarque des autres. Ce qui conforte cette idée d'unité proclamée par le titre.

C'était un pari risqué de faire vivre et évoluer autant de "voix"différentes en si peu de pages. Mais Jean-Philippe Blondel se révèle à la hauteur de ce défi. Non seulement chacun des monologues a son identité mais il en va de même de chacun des textes proposés dans l'atelier.

De plus, j'ai apprécié la mise en abyme entre sa situation et celle vécue par son double, François Roussel.  Et ce traitement de la peur de la panne, propre à tout écrivain.

Bref, vous l'aurez compris: si vous souhaitez comme moi participer à un atelier d'écriture ou si vous aimez les histoires à la fois humanistes et sensibles, ce roman est pour vous! Ne serait-ce que pour le plaisir de découvrir la petite musique de son auteur.

"Des vers luisants. Voilà. Ils sont mes vers luisants. Ceux qui éclairent par intermittence le cimetière de ma mémoire."

Actes Sud Junior, 2017, 125 pages