Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Quand mon coeur bat un peu plus fort

  • Sous le soleil de mes cheveux blonds de Agathe Ruga

    Sous le soleil de mes cheveux blonds

    de

    Agathe Ruga

     

    54202434_341026460093198_6426627030351085568_n.jpg

    "On dit que les rêves des femmes enceintes peuvent changer le monde.

    Que leur puissance hypnotique s'apparente à de la voyance.

    Qu'ils ressuscitent les âmes et les disparus."

    La disparue depuis six ans, c'est Brigitte. L'amie avec un grand A. Celle rencontrée sur les bancs du lycée dans une classe de première S. Celle des premières confidences, des premières danses, des premières fois. Celle de la période charnière entre l'adolescence et l'âge adulte. Celle dont la trahison à plusieurs reprises a fait le plus de mal. Celle dont l'absence prend toute la place.

    "Je dois faire le deuil de toi vivante. L'absence est pire que la mort, rien n'arrête le sentiment d'absence, on est condamné à vivre avec tous ces absents qui demeurent quelque part et sans nous. Et quand bien même ils tenteraient de revenir nos vies, leur réapparition ne changerait rien. Ils ont été absents, ils seront toujours absents, ils ont créé un immense vide, impossible à combler. Il y a pas d'issue. Nos absents sont des trous dans nos cœurs."

    Parce que ce trou au cœur ne se comblera jamais...

    Parce que, désormais enceinte, elle rêve toutes les nuits de Brigitte...

    Parce qu'elle ne lui a pas encore tout dit...

    Brune va se lancer dans une déclaration, sa déclaration.

    19295.jpg

    Certains livres, on ignore avant de les ouvrir qu'ils vont nous marquer et résonner si profondément en vous. On les prend, sur les conseils d'une amie (merci Eva!) On les ouvre, un peu curieuses. Et puis, la magie opère. On est emportés par l'histoire, par la langue. Tout s'efface et plus rien n'existe. Si ce n'est le bruit des pages qui se tournent trop vite, les images qui s'imposent à l'esprit, les émotions qui affleurent...Sous le soleil de mes cheveux blonds appartient à ce genre d'ouvrages.  Je l'ai dévoré un après-midi de février et j'y suis revenue ce soir, avec le même plaisir, les mêmes ressentis et cette envie de rajouter certaines phrases à ma collection de citations.

    Ce roman, c'est une magnifique lettre de Brune à son amie enfuie. Une lettre dans laquelle elle revient sur toutes les étapes de leur relation. Mais aussi sur son quotidien de femme enceinte. Comme si ce "tu"perdurait, envers et contre tout. Et, en même temps, comment mettre le point final à une amitié aussi forte, une sororité même? Est-ce réellement possible?

    Derrière chacun des mots, on ressent toute l'affection, le désarroi, le manque, le vide, le bonheur de certains souvenirs envolés...Le mal qu'elles sont capables de se faire aussi.

    "Tu es ma plus belle robe de soirée, mon champagne le plus euphorisant, mon plus long SMS. Mon plus bel amour inachevé."

    Brune et Brigitte constituent ainsi le cœur palpitant de ce livre. Mais leur amitié ne pourrait résumer cet ouvrage. En effet, Sous le soleil de mes cheveux blonds traite avec beaucoup de justesse et de sensibilité de tout ce qui fait l'étoffe de nos vies.

    A commencer par les amours adolescentes et les passions adultes. Ici, elles sont incarnées par deux figures masculines, deux amis: Valéry et Marceau. Deux étapes essentielles dans le parcours de Brune vers sa vérité de femme. Premiers émois, premières déceptions, besoin de plaire, premiers regards coupables, premiers rapprochements...: tout est décrit avec une force et une sincérité admirables. Agathe Ruga démontre un réel talent pour reconstituer des ambiances, faire surgir des scènes devant nous et retranscrire tout ce qui peut traverser nos âmes.

    Son récit, c'est aussi celui d'une émancipation. Comme si pour être heureuse maintenant, Brune avait dû s'affranchir de tant de choses: les amitiés ravages, les amours ennuyeuses, les métiers prisons...Et imposer aussi des limites à sa mère, à la fois trop absente et trop intrusive.

    Forcément, avec de telles thématiques, ce roman ne peut que faire écho à nos propres existences. Et c'est là justement que réside une de ses grandes forces: donner à une histoire intime une dimension universelle, capable de faire réagir de nombreux lecteurs. 

    J'ai aimé le souffle de liberté qui anime cette héroïne, dans sa quête de sens et dans son envie d'être pleinement vivante.

    J'ai aimé la mélancolie de ce récit, cette absente toujours présente. Cette béance que chacun à nos âges a sans doute éprouvé.

    J'ai aimé ces pépites qui surgissent au milieu d'une phrase et vous touchent, encore et encore.

    J'ai aimé cette histoire qui, pour plein de raisons personnelles, a tant fait écho en moi.

    J'ai aimé cette sensation de vie qui se dégageait de chaque page. La vie dans sa complexité, sa richesse, sa joie, sa tristesse aussi.

    J'ai aimé ce duo Brune/Brigitte et je les ai quittées à regret.

    J'ai aimé cette magnifique lettre d'amour à l'enfuie.

    J'ai aimé...

    Bref, vous l'aurez compris: Sous le soleil de mes cheveux blonds est un livre coup de cœur, sensible, juste, émouvant et je ne peux que vous le recommander.

    Stock, collection "Arpège, 2019, 299 pages

    coeur qui bat.gif

     

  • Danse d'atomes d'or d'Olivier Liron

    Danse d'atomes d'or

    de

    Olivier Liron

     

    danse d'atomes d'or,olivier liron,alma,passion,poésie,danse,lyrisme,pina bausch,orphée et eurydice,disparition,littérature française,coup de coeur,roman,vie,amour,mort

    « Il pleuvait des trombes sur l'avenue du Général-Leclerc, qui relie à Paris le lion de Belfort aux rats d'égout de la station de métro Porte d'Orléans. J'avais accepté l'invitation de Thmtn et Lwhtn à une soirée où l'on prévoyait de fastidieux jeux de société et j'inclinais déjà à penser que je le regretterais, car mon ami Vediani me bombardait de sms. […] Dans le soir lent à mourir, les bonnes odeurs me faisaient oublier une vieille tristesse, une sensation de vivre en pointillés depuis des années. Je m'étais promené tout l'après-midi au bord de la Seine, avec une vague envie de partir en voyage, de tomber pourquoi pas amoureux, d'inverser le cours de la tristesse et du fleuve. »

    A une soirée chez des amis, O. fait la connaissance de Loren, une acrobate libre et fascinante. Grâce des prémisses. Balbutiements d'une histoire d'amour naissante où on parle « de cinéma, de soleil. De riens. » . Et où on tient aussi des conversations lunaires autour des mardis coincés entre les lundis et les mercredis. Puis, le fracas de la passion, l'embrasement des corps et trois mois à s'aimer dans les rues de Paris. Jusqu'à la disparition inexpliquée de Loren.

    Tel Orphée, O. pleure son Eurydice.

    « Je t'ai cherchée dans tous les recoins familiers du monde. Dans les frissons inconnus. Dans le frôlement d'autres corps, d'autres mains...Je t'ai cherchée dans la géographie incertaine de l'insomnie où la vie se mêle aux songes, lorsque la conscience bascule dans le manque, dans l'absence. Je t'ai cherchée avec la foi de l'enfance. Je ne savais pas si tu étais vivante. Je t'ai cherchée. Partout. A tous les étages de la mémoire et du réel. Dans tous les recoins de l'errance et du vertige. Je t'ai cherchée jusqu'à en perdre l'équilibre. Je t'ai cherchée sur le fil des jours. »

    Puis, arrive une lettre de Tombelaine, en Normandie. O. part crier son chagrin aux vagues. Et apprendre enfin la vérité sur Loren.

     

    danse d'atomes d'or,olivier liron,alma,passion,poésie,danse,lyrisme,pina bausch,orphée et eurydice,disparition,littérature française,coup de coeur,roman,vie,amour,mort

    La Valse de Camille Claudel

     

    J'ai immédiatement été happée par ce chant d'amour et de mort, qui fait écho au mythe d'Orphée et d'Eurydice. En trois actes (Orphée, la Normandie et Eurydice), une passion se déploie sous nos yeux, entre éclats de cœur et déchirures intérieures, entre rires et confessions, entre souffrance et absence.

    J'ai beaucoup apprécié la construction: ces trois parties qui scandent cette danse. Deux d'entre elles sont menées par O. qui nous livre le récit de son histoire avec Loren. Et, dans la troisième, c'est Loren elle-même qui nous guide vers les Enfers. J'ai aimé entendre sa voix, comprendre ses choix. Tout comme j'ai aimé le décroché dans la narration par O. Ces tutoiements qui surgissent parfois au détour d'une phrase ou d'un passage et qui résonnent comme une longue plainte d'amour.

    De même, j'ai été vraiment bluffée par le style. Un style vivant, vibrant, émouvant, sensible. Un style qui parle de la poésie de nos quotidiens et de toutes ces bulles enchantées qui surgissent dans nos journées.

    "ici et là, un rayon de soleil filtrant par une fente transformait la poussière en une danse d'atomes d'or."

    Ce livre, c'est de la chair palpitante, des cœurs en lambeaux, des rires derrière le désespoir.

    Ce livre, c'est une magnifique déclaration d'amour à la femme enfuie.

    Ce livre, c'est un hommage à la vie.

    Ce livre, c'est le lyrisme à l'état pur.

    Bref, vous l'aurez compris: cette Danse d'atomes d'or a été un vrai coup de cœur. Sans doute une de mes plus belles lectures de 2018. Et je ne peux bien entendu que vous la recommander.

    danse d'atomes d'or,olivier liron,alma,passion,poésie,danse,lyrisme,pina bausch,orphée et eurydice,disparition,littérature française,coup de coeur,roman,vie,amour,mort

    Je vous laisse en bonus un lien vers Poor Edward, la chanson préférée de la fascinante Loren.


     

     

     

     

     

  • Einstein, le sexe et moi d'Olivier Liron

    Einstein, le sexe et moi

    romance télévisuelle avec mésanges

    de

    Olivier Liron

     

    olivier liron,einstein,le sexe et moi,alma,rentrée littéraire 2018,différence,sincérité,questions pour un super champion,questions pour un champion,récit de vie

    "Je suis autiste Asperger. Ce n'est pas une maladie, je vous rassure. C'est une différence. Je préfère réaliser des activités seul qu'avec d'autres personnes. J'aime faire les choses de la même manière. Je prépare toujours un croque-monsieur avec le même Leerdammer. Je suis si fréquemment absorbé par quelque chose que je perds tout le reste de vue. Mon attention est souvent attirée par des bruits discrets que les autres ne perçoivent pas. Je suis attentif aux numéros de plaques d'immatriculation ou à tous types d'informations de ce genre. On m'a souvent fait remarquer que ce que je disais était impoli, même quand je pense que c'était poli. "

    Ainsi débute une des plus jolies surprises de cette rentrée littéraire. En 2012, Olivier Liron a participé à Questions pour un super champion. Il nous retrace l'enregistrement de cette émission, entre coulisses, conversations avec Julien Lepers et affrontements avec les autres candidats. Aux phases de jeux s'entremêlent ses souvenirs. Comme si les questions épousaient son passé.

    olivier liron,einstein,le sexe et moi,alma,rentrée littéraire 2018,différence,sincérité,questions pour un super champion,questions pour un champion,récit de vie

    Crédits: Coline Sentenac

     

    Ce roman, j'en ai beaucoup entendu parler sur la blogosphère et sur Bookstagram. Aussi, j'ai été ravie de me plonger dedans quand il est arrivé à la médiathèque. Dès les premières pages, j'ai été frappée par la sincérité qui se dégageait de ce texte. En effet, l'auteur se livre dès ce premier chapitre sur son autisme Asperger. Une différence qui, notamment, lui fait retenir les plaques d'immatriculation, lui fait répéter les mêmes schémas dans les choses qui l'entourent ou lui fait préférer le musée au théâtre. 

    Cette authenticité se retrouve tout au long de son récit. Un récit bâti comme une pièce de théâtre en quatre actes. Chacun d'entre eux correspondant à une des phases de Question pour un super champion: les neuf points gagnants, le quatre à la suite, le face-à-face et le super champion.

    Sous la plume d'Oliver Liron, c'est comme si l'émission reprenait vie. Il a su avec beaucoup de talent ressusciter sous nos yeux Julien Lepers, sa manière d'animer, son phrasé, ses gestes. Sans oublier l'attitude des candidats. On rit, on se prend au jeu des questions et on retrouve les sensations éprouvées lors de la diffusion le dimanche en fin d'après-midi. En effet, je me suis revue avec mes grand-tantes et ma grand-mère assister à ce jeu et me passionner pour tel ou tel candidat.

    Mais, souvent derrière le rire, se dissimulent les larmes. Car, comment devant tant de sincérité, ne pas être émue aux tréfonds? Enfance, relation avec sa famille, rejet, violences subies, incapacité à s'exprimer, même devant l'objet aimé....: tout nous remue. Un peu comme si Olivier Liron savait faire résonner notre humanité et se faire l'écho de certains de nos doutes ou de nos peurs. Comme si, par le pouvoir de ses mots, il fabriquait une grande chaîne d'empathie entre tous ses lecteurs. Tour à tout, on s'indigne, on est aux bords des larmes, on admire l'étendue de ses connaissances, on ressent des élans de solidarité...

    "J'aurais simplement voulu lui dire quelques mots. Mais il n'y avait que le silence quand j'ouvrais la bouche. J'aurais voulu lui dire qu'il y a des choses que je ne comprenais pas, que je ne savais pas moi-même.

    J'aurais voulu lui dire que je ne savais pas ce que j'étais, que je savais pas qui j'étais, j'aurais voulu lui avouer des choses dont je n'avais jamais parlé. J'aurais voulu lui dire que j'avais coupé les ponts avec ma famille, que j'avais besoin d'aide, que j'aurais aimé lui parler, juste lui parler."

    Bref, vous l'aurez compris: plongez-vous sans tarder dans ce petit bijou! Un hymne à la différence sensible, drôle, intelligent, humaniste et qui vous touchera forcément en plein cœur!

    Alma Éditeur, 2018, 195 pages

    Je ne peux résister à vous mettre en lien la présentation d'Olivier Liron à Questions pour un super champion, mis en ligne par Alma Éditeur