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24/08/2018

La Vallée des poupées de Jacqueline Susann

La Vallée des poupées

de

Jacqueline Susann

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"Septembre 1945,

La température frisait les trente-trois degrés le jour de son arrivée. New-York fumait, tel un furieux animal de béton piégé par une vague de chaleur hors saison. Cette étuve ne la gênait pas davantage que les détritus qui jonchaient le champ de foire dénommé Times Square. Pour elle, New York était la ville la plus exaltante au monde."

Septembre 1945, Anne Wells, une jeune femme de 20 ans, arpente pour la première fois les rues de New York. Elle vient de s'échapper de Lawrenceville, dans le Massachussets, et du destin tout tracé qui l'attendait là-bas. Très vite, elle trouve une place de secrétaire auprès d' Henry Bellamy, un avocat spécialisé dans le théâtre. Par son biais, elle fait la connaissance de Jennifer North. Cette dernière est réputée pour sa plastique de rêve et pour ses aventures amoureuses fracassantes. Mais elle entend acquérir désormais sa notoriété sur la scène de Broadway.

Tout comme Neely, la colocataire d'Anne. Une jeune fille de 17 ans qui a déjà pas mal écumé les routes américaines pour présenter son show les Gringos et qui rêve de percer dans l'industrie du spectacle.

Pendant plus de vingt ans, nous allons suivre le destin de ces trois amies et le prix que chacune va payer pour réaliser ses rêves.

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Ce livre m'a été conseillé par mes amies Emjy et Martine, lors d'une de nos nombreuses pérégrinations en librairie. Il a attendu plus d'un an sur mes étagères avant que je me décide à l'emmener lors de mes vacances provençales. Je l'ai dévoré là-bas entre deux promenades et deux baignades.

Il retrace le parcours de trois jeunes femmes. Anne Welles entend se démarquer du modèle qu'on lui a inculqué depuis sa plus tendre enfance. Le modèle d'une femme qui s'épanouit dans un mariage de raison, entre ses enfants et son "home sweet home". Contrairement à sa mère, elle veut être indépendante et épouser par amour l'homme de son choix. C'est pour cette raison qu'elle part à New York.

Neely nourrit d'autres espoirs. Cette jeune fille veut devenir une star. Même si elle ignore encore comment elle va pouvoir gravir les marches vers la gloire.

Il en va de même pour Jennifer, la plus âgée des trois et la plus expérimentée en matière de relations masculines. Elle cherche à s'émanciper de l'image fatale qu'elle véhicule et réussir dans le milieu artistique pourrait l'aider à montrer qu'elle n'est pas seulement un corps.

Derrière ces trois ambitions, se juxtapose une autre, plus intime: celle d'être aimée. Mais dans la vallée des poupées, est-ce vraiment possible?

Pour nous narrer le sort de ses trois protagonistes, Jacqueline Susann a recouru à une structure chorale. Ainsi, les voix d'Anne, Jennifer et Neely se font entendre pendant ces vingt années charnières de leur existence. Une manière de mieux les comprendre chacune et de mieux cerner leurs interactions.

La Vallée des poupées, c'est le roman des illusions perdues. Tout est d'ailleurs dit dans ce titre. Les poupées, on pourrait penser que ce sont ces comédiennes aspirantes. Mais ce sont plutôt les pilules: pour maigrir, pour mettre à distance, pour dormir...C'est ainsi qu'on les appelait dans les années 1960 à Hollywood. Ces pilules vont apparaître au fil des pages. Comme des miroirs de l'état d'Anne, Jennifer et Neely. A la fois libératrices car elles permettent l'oubli. Néanmoins, aussi castratrices car elles rajoutent un carcan supplémentaire à la liste de ceux qu'elles doivent déjà supporter.

De même, la Vallée des Poupées constitue une formidable plongée dans les coulisses de Broadway ou des studios d'Hollywood, où se font et se défont en un instant tant de carrières. Les trois femmes sont confrontées à ce décor, chacune par un prisme différent, qui peut d'ailleurs évoluer. Jalousies, coups bas, critiques, contrats asservissants, tromperies, drogues...: rien ne nous est épargné. L'autrice a elle-même connu une carrière d'actrice. Ce qui confère encore plus d'authenticité à son propos. On peut se demander dans quelle mesure elle ne s'est pas un peu représentée dans ses héroïnes ou dans quelle mesure elle ne s'est pas inspirée de ses comparses. J'ai notamment pensé à Marilyn Monroe pour Jennifer North.

La Vallée des poupées démontre tout le talent de Jacqueline Susann. Talent pour dépeindre l'univers du spectacle. Talent pour créer des protagonistes tour à tour attachants, sensibles, cruels, cyniques, perdus, détestables. Chacun d'entre eux, même les "seconds rôles" tels que l'attentif Henry ou le fascinant Lyon Burke, est très bien campé et nous accompagne longtemps, une fois les pages refermées. Talent également pour jouer avec nos nerfs et nos espoirs, un peu comme si nous étions parfois Anne, Jennifer ou Neely. Talent enfin pour écrire des scènes saisissantes (l'hôpital psychiatrique, les répétitions du spectacles à Broadway, les dernières pages...)

Bref, vous l'aurez compris: j'ai été saisie par la modernité de ce texte, par la beauté et la cruauté de ses personnages, par la description du milieu théâtral et cinématographique....et j'ai quitté à regret Anne et les autres. Je ne peux donc que vous recommander la lecture de cette chronique douce-amère qui a été un véritable coup de cœur pour moi.

Éditions 10/18, 2014, 478 pages

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09/04/2018

Hollywood Boulevard

Hollywood Boulevard

de

Melanie Benjamin

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 "Ces derniers temps, la frontière entre les films et la vraie vie est devenue floue.

Parfois, je suis assaillie par des images du passé-le rétroviseur fêlé de ma première voiture, la danse fantomatique d'un rideau devant une fenêtre ouverte, du temps où j'étais enfant et facilement impressionnable, un jour où j'étais alitée, en proie à la fièvre. Ou encore la courbe excitante des lèvres d'un homme, un homme dont j'avais dû autrefois connaître le baiser."

Hollywood, 1969, Frances Marion, célèbre scénariste à la retraite, se remémore ses jeunes années, de son arrivée à Los Angeles à son Oscar, en passant bien entendu par sa rencontre déterminante avec Mary Pickford, la "petite fiancée de l'Amérique".

De cette première conversation dans une loge de cinéma, s'ensuivra une relation amicale et professionnelle particulièrement féconde. En effet, chacune à leur façon, elles vont contribuer à la naissance du cinéma. Mais, dans un monde dominé par les hommes, il leur est difficile d'exister. Heureusement qu'elles peuvent compter sur leur soutien sans faille...Jusqu'à ce que...

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L'année dernière, je n'avais pas pris le temps de vous parler des Cygnes de la Cinquième Avenue. Pourtant, j'avais eu un coup de cœur pour ce roman de Melanie Benjamin, tant pour son sujet que pour son style. J'en étais ressortie profondément émue. Truman Capote et Babe Paley m'avaient ainsi accompagnée pendant quelques jours...

Autant vous dire que j'attendais donc avec impatience cette nouvelle publication. Aussitôt paru, aussitôt acheté et aussitôt lu...

Dans cet ouvrage, l'auteur s'attaque à la naissance du cinéma. Pour conter cette période de bouillonnement créatif, elle s'appuie sur un schéma narratif à deux voix: celle de Mary Pickford et celle de Frances Marion. Toutes deux ont marqué cette ère: Mary Pickford s'est imposée comme une actrice chérie par l'Amérique et Frances Marion a réussi à exister en tant que scénariste. En effet, elle a contribué à la création du mythe de Mary. Et, à la période du cinéma parlant, elle a livré quelques adaptations reconnues (deux d'entre elles ont été récompensées par un Oscar).

Ces deux destins féminins s'entremêlent. Parfois, la chronologie est bouleversée mais le puzzle temporel se reconstitue très facilement.

J'ai été très intéressée par cette description des débuts du Septième Art. C'est passionnant d'assister à l'émergence des acteurs et des réalisateurs, de voir l'évolution des films, de comprendre comment cette mécanique s'orchestrait. Hollywood Boulevard fourmille de détails, sans jamais sombrer dans un écueil trop pédagogique.

Tout nous est conté par ces deux pionnières.

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Après avoir sans cesse erré sur les routes des Etats-Unis avec des troupes de troisième ordre, Mary Pickford est devenue une comédienne. Puis, pour subvenir aux besoins de sa mère, de son frère et de sa sœur, elle s'est lancée dans le cinéma. Très vite, parmi les actrices soi-disant interchangeables, elle s'est démarquée par son air angélique et ses boucles blondes. La consécration est ensuite venue grâce aux idées scénaristiques de sa meilleure amie, Frances Marion, qui l'a transformée en petite fille toujours adulée. Son mariage avec la star Douglas Fairbank a encore accentué ce succès. Tels des monarques, ils recevaient dans leur manoir de Pickfair des stars, des nobles, des princes et étaient souvent victimes de mouvements de foule. Avec l'arrivée du cinéma parlant, leur chute allait être encore plus rude.

Autre destinée, celle de Frances Marion. Destinée tout aussi incroyable et tragique. Issue d'un milieu aisé de San Francisco, elle a tout quitté pour Los Angeles. Très vite, elle s'est rendue compte que le cinéma serait sa voix. Et elle s'est lancée. De scénario en scénario, elle a fait sa place. Jusqu'à être reconnue par toute la profession...Mais un drame allait la toucher de plein fouet (je n'en dirai pas plus pour préserver le suspense)

De ces deux personnalités connues, Melanie Benjamin a fait deux personnages de romans fascinants. Elles se révèlent tour à tour attachantes, admirables, jalouses, envieuses, dures, courageuses, haïssables, émouvantes...

Leurs liens d'amitié constituent le ressort de leur réussite et de leur chute. Un peu comme pour Babe Paley et Truman Capote dans les Cygnes de la Cinquième Avenue. Comme si obtenir la gloire avait forcément un prix. Celui du sang, des larmes et de l'échec.

J'ai aimé les suivre pendant plus de cinquante ans. Deux points de vue sur les mêmes événements. Qui a raison? Nul ne le sait. Et tel n'est pas le propos...

"Nous nous souvenons de ces expériences identiques de deux façons différentes-ça ne les rend pas pour autant moins vraies l'une et l'autre. Deux personnes peuvent regarder la même chose et y voir deux histoires différentes."

Ce sont ces deux regards qui rendent encore plus dense le canevas romanesque. Toutefois, malgré cette richesse de l'entrecroisement des visions...Malgré la description approfondie des débuts du cinéma...Malgré la réflexion très intéressante sur la place de la femme dans le 7ème art (un débat encore d'actualité aujourd'hui)...je n'ai pas eu le même coup de cœur que pour les Cygnes de la Cinquième Avenue. Je trouve que ce livre perd de son intensité en son milieu et qu'il devient un peu long par moments.

Finalement, j'ai été captée de nouveau dans les derniers chapitres, au moment de la ruine des deux. L'auteur nous dépeint Pickfair, le manoir de Mary Pickford, dans une tonalité digne de Sunset Boulevard. Et comment ne pas penser à ce film devant les dernières années de l'ex-"Fiancée de l'Amérique", perdue dans ses souvenirs, ses rêves de gloire passée et l'alcool? (le rôle interprété par Gloria Swanson avait même été proposé à Mary Pickford à l'origine) J'ai vraiment beaucoup aimé ces ultimes pages, tant pour leur atmosphère que pour la beauté du style et pour le bilan de la relation des deux amies.

Bref, vous l'aurez compris: même si j'émets quelques bémols, ce roman m'a vraiment plu. Et je vous le conseille si vous êtes fans comme moi du cinéma et des destins de femmes.

Albin Michel, 2018, 507 pages

Billet dans le cadre du challenge Un pavé par mois de Bianca.

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20/02/2016

The Diviners de Libba Bray

The Diviners

de

Libba Bray

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"In a town house at a fashionable address on Manhattan Upper East Side, every lamp blazes. There's a party going on-the last of the summer. Out on a terrace overlooking Manhattan's incandescent skyline, the orchestra takes a much-needed break."

Evie O'Neill, une Américaine de 17 ans, a accusé un des membres de la bonne société d'avoir abandonné une jeune fille après l'avoir rendu enceinte. Et a ainsi déclenché un scandale dans la ville de Zenith, Ohio. Pour la punir, ses parents ont donc décidé de l'envoyer chez son oncle à New York. Ils sont loin de se douter qu'ils réalisent, au contraire, un de vœux les plus chers de leur progéniture.

Voilà Evie embarquée pour une grande aventure. Entres ses retrouvailles avec sa correspondante Mabel, ses dîners avec son oncle, conservateur du musée de l'Occulte, ses séances de shopping, ses virées dans les salles de spectacle, elle ne voit pas le temps passer...

Mais un homme sème le mal autour de lui dans les rues de Big Apple. Et, quand son oncle est appelé par la police pour examiner le symbole retrouvé sur un cadavre, elle réalise qu'elle pourrait participer à cette enquête.

Au risque de révéler ses pouvoirs de "diviner"....Au risque aussi de croiser le chemin de cet assassin redoutable et de figurer au nombre de ses victimes...

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Ce roman "young adult", j'en avais entendu beaucoup de bien sur la blogosphère. Je l'avais donc acheté et il avait rejoint les étagères trop fournies de ma PAL. Heureusement, Aurélie d'Une valise remplie d'histoires (si vous ne connaissez pas encore son blog, courez y faire un tour) m'a convaincue de l'en sortir pour une lecture commune.

Je dois avouer que mon déchiffrage des premiers chapitres a été un quelque peu laborieux. Puis, je me suis habituée aux expressions des personnages, à certaines tournures de phrases, aux mots qui revenaient sans cesse...

Sans doute ai-je persisté car j'ai été immédiatement captée par l'intrigue. Au fil des pages, Libba Bray reprend les codes de nombreux récits de genre et nous livre un ouvrage protéiforme, entre roman d'apprentissage, roman policier et roman fantastique.

Par exemple, le lecteur assiste aux meurtres de cet homme bien décidé à accomplir une prophétie. J'ai trouvé ces passages particulièrement réussis tant Libba Bray sait instiller la peur et partager le désespoir de ses victimes qui, malgré leurs efforts, ne peuvent échapper à leur bourreau. On a l'impression d'être là, tout près d'eux, et d'être paralysé devant ce qui s'accomplit.

Cette sensation de rentrer de plain-pied dans le livre, d'être nous-même un des protagonistes, l'auteur l'insuffle aussi quand elle parle d'Evie, d'autres "diviners" ou du New York des années folles.

De même, elle démontre une grande maîtrise du suspense. Un peu comme dans un puzzle, des pièces s'emboîtent. On se dit que quand l'identité du meurtrier sera dévoilée, le puzzle sera fini....Mais rien n'est simple et on bascule sans cesse de surprise en surprise.

Surprise face aux dons de certains des héros/Surprise par rapport à leur passé/Surprise quant au déroulement de l'intrigue....

Dans ce New York transformé en labyrinthe géant, les personnages tout comme les les lecteurs se heurtent donc à de nombreuses impasses. Certaines pourraient se révéler fatales...

Bref, vous l'aurez compris: je suis ressortie enthousiaste des Diviners et je ne comprends pas pourquoi cet excellent opus n'a jamais été traduit en français.

Little Brown and Company, 2012, 583 pages

Billet dans le cadre du challenge Un pavé par mois de Bianca.

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