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La Maison allemande d'Annette Hess

La Maison allemande

de

Annette Hess

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"Il y avait eu un nouveau départ d'incendie cette nuit-là. Eva le sentit immédiatement en sortant sans manteau dans la rue, silencieuse en ce dimanche et recouverte d'une mince couche de neige. Cette fois, ce devait être tout près de chez eux. L'odeur âpre masquait celle de la ville en hiver: une odeur de caoutchouc carbonisé, de tissu brûlé, de métal fondu, mais aussi de cuir et de pelage roussi."

En cette année 1963, Eva nourrit un rêve : celui d'épouser Jurgen, un jeune homme au niveau social élevé qui l'emmènerait bien loin du restaurant de ses parents, situé dans les quartiers populaires de Francfort.

Un soir, alors que la présentation officielle de son prétendant a lieu, elle est appelée en qualité d'interprète et elle se retrouve engagée pour traduire les témoignages des Polonais lors du « second procès d'Auschwitz ».

Un procès qui la confronte à la réalité des camps de concentration.

Un procès qui remet en cause tous les fondements de son existence.

Voici un roman que j'ai remarqué grâce à une story de mon amie @bouquinsetbiquettes. J'ai été immédiatement attirée par le sujet qui m'a rappelé celui du film le Labyrinthe du silence.

C'est en effet le silence qui prédomine en partie dans ce livre. Le silence lourd et palpable de ceux qui découvrent l'horreur et la barbarie. Le silence de ceux qui taisent leur passé. Témoins ou complices. Le silence de ceux qui ploient sous la chape de leurs souvenirs et de leur culpabilité.

Et puis, face à ce silence, il y a les pleurs et les mots. Les mots pour dire ce qui a été et ce qui n'est plus. Les mots pour accuser ou défendre. Les mots pour se sauver. Envers et contre tout.

Les mots pour trouver ou retrouver son identité. Comme Eva qui vacille dans ses certitudes.

J'ai beaucoup aimé la manière dont les thèmes s'entremêlent dans ce livre. Sans manichéisme.

Par le prisme de l'héroïne et par celui de David, un des procureurs adjoints, le déroulement du procès nous est dépeint. Succession de séquences fortes qui frappent et touchent en plein cœur.

A ce pivot central de l'intrigue viennent se greffer des réflexions autour de la condition des femmes, autour de la notion de la culpabilité, autour de la vieillesse, autour de la reconstruction. Ce qui contribue à rendre encore plus dense l'atmosphère de cet ouvrage.

Pour autant, l'action ne ralentit jamais. En effet, Annette Hess parvient à trouver l'équilibre entre scènes d'ensemble et scènes individuelles et à toujours relancer la narration.

Finalement, je n'aurais qu'un seul bémol : la manière peut-être un peu rapide à mon sens de faire évoluer le destin de la sœur d'Eva.

Bref, vous l'aurez compris : une œuvre très réussie autour de la mémoire, de l'oubli et de la responsabilité. Je ne peux que vous conseiller de la découvrir à votre tour.

Traduit de l'allemand par Stéphanie Lux, Actes Sud, 2019, 394 pages

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