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11/02/2015

Quel effet bizarre faites-vous sur mon cœur

Quel effet bizarre faites-vous sur mon cœur

de

Christine Orban

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"Enfin une lettre de toi, retenu à l'île d'Elbe. Comment est-ce possible? Je n'aurais jamais imaginé qu'un jour tu serais exilé et moi répudiée. Que de douleurs nous avons traversé pour en arriver là.

On me connait mal, dis-tu dans ta lettre. Tu te prépares à substituer ta plume à l'épée, voilà presque une bonne nouvelle. Puisque nous devons être jugés, soyons-le pour ce que nous sommes. Moi, je n'ai pas de comptes à rendre à l'Histoire. A toi seulement. C'est pourquoi j'entreprends de t'écrire. De te raconter ma vie depuis de funeste dîner où tu décidas de la séparer de la tienne."

Dans son château de la Malmaison, Joséphine décide de rédiger une longue lettre à l'adresse de celui qu'elle a tant aimé. Une lettre de déclaration certes. Mais aussi une lettre de justification sur ses erreurs passées.

Cette longue confession débute par le moment tant redouté: celui du dîner avec l'Empereur où il annonce sa décision de se séparer d'elle. Une répudiation longtemps repoussée mais finalement, irrémédiable et qui plonge notre héroïne dans les affres du désespoir.

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J'avais beaucoup aimé la plume et la sensibilité de Christine Orban dans la Mélancolie du dimanche. Aussi, j'étais très curieuse de découvrir ce qu'elle avait pu écrire sur ces deux personnages historiques célèbres.

Dès les premières pages, on est happés par cette narration à la première personne. De la séparation à la rencontre, en passant par l'épisode avec le capitaine Charles, Josèphe-Rose (rebaptisée Joséphine par son illustre mari) dévide le fil de ses souvenirs.

J'ai trouvé cette partie très intéressante. En effet, sans jamais sombrer dans l'écueil de la leçon d'histoire, l'auteur parvient, par petites touches, à nous parler des points les plus importants de la vie de cette femme.

Par son biais, elle esquisse également le portrait d'un Napoléon intime: un homme profondément épris aux débuts de leur relation.

"Je me réveille plein de toi. Ton portrait et l'enivrante soirée d'hier n'ont point laissé de repos à mes sens. Douce et incomparable Joséphine, quel effet bizarre faites-vous sur mon cœur." (Lettre d'octobre 1795)

Un homme qui dort peu et qui mange avec un lance-pierre. Un homme qui travaille d'arrache-pied. Un homme qui consacre peu de temps aux siens, même s'il leur est profondément attaché.

Avec cette confession, on suit également son destin hors normes, ses premières victoires, son accès au pouvoir, son sacre d'Empereur. Et, corrélativement son désir de pérenniser cette position qui le pousse à répudier sa femme stérile et à rechercher une nouvelle alliance.

Ce roman, je l'ai dévoré. Car, comme je le disais précédemment, le "je" nous interpelle immédiatement. Et l'histoire et le style, à la fois sobre et émouvant, nous retiennent.

Néanmoins, avec le recul, je dois avouer que, pendant toute ma lecture, j'ai été quelque peu gênée par la modernité de cette déclaration. A plusieurs reprises, je me suis demandée si le ton correspondait pleinement à celui qu'aurait pu employer cette souveraine ou s'il ne sonnait pas plutôt comme celui d'une femme de notre époque confrontée à l'échec douloureux de sa relation.

Peut-être que ce bémol tient à mes connaissances préexistantes sur la vie de cette impératrice et sur l'image que je m'en étais faite...

Peut-être qu'il provient aussi de mes souvenirs de la Mélancolie du dimanche dont je parlais plus haut et de l'impression d'une similarité dans le ton...

Bref, vous l'aurez compris: malgré cette réserve sur la contemporanéité de la voix de la narratrice, ce roman épistolaire constitue un beau portrait de femme en souffrance et permet de découvrir la vie de Joséphine de Beauharnais.

Albin Michel, 2014, 263 pages

 

 

 

24/05/2014

Sarah Thornhill de Kate Greenville

Sarah Thornhill

de

Kate Greenville

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"L'Hawkesbury était un joli fleuve, large et tranquille; son eau verte ridée, ses falaises dorées par le soleil, les oiseaux perchés dans ses arbres comme le linge d'une lessive étendue. En cette douce matinée paisible, les casuarinas chuchotaient et, dans les reflets sur l'eau, le monde se tenait sur la tête.

On nous appelait la colonie de la Nouvelle-Galles du Sud. Ça ne m'a jamais plu. Nous sommes pas rien de nouveau. Nous sommes nous.

C'était sur l'Hawkesbury que venait les bannis. Dès qu'ils retrouvaient leur liberté, c'est là qu'ils partaient. Quatre-vingt kilomètres de Sydney et pas l'ombre d'un magistrat ou d'un constable. N'importe qui pouvait se choisir un lopin de terrain et se monter une cabane, sans un regard en arrière"

Ainsi débute le récit de Sarah Thornhill, une jeune femme née au début du 19ème siècle, non loin de Sydney.

Elle est fille cadette d'un banni qui a monté sa propre entreprise fluviale et prospéré. Comme sa mère est décédée alors qu'elle était toute jeune, elle a été élevée par Ma, une femme autoritaire et fière de ses origines.

On suit les jeux de ses premières années, on la voit tomber amoureuse de Jack, l'ami de son frère et son compagnon d'expédition.

Le temps passe et un jour, quand il revient de voyage, leurs rapports évoluent.

"C'était rien du tout. Un silence qui a duré un battement de cœur et les yeux de Jack plongés dans les miens. Mais ce rien voulait dire: tout est différent à présent"

Une idylle se noue entre eux. Mais peut-elle résister au poids des préjugés et au souvenir des anciens occupants aborigènes massacrés?

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J'avais déjà entendu parler de la romancière Kate Grenville mais je n'avais jamais eu l'occasion de croiser un de ses ouvrages. Aussi, je remercie vivement Anne-Sophie et les éditions Métailié pour cet envoi.

J'ai beaucoup apprécié la structure narrative de ce livre. L'auteure a opté pour le "je" de Sarah Thornill et je trouve que cela souligne bien l'idée de cet apprentissage que subit l'héroïne au fil des pages.

Dès son plus jeune âge, dans un monde où tout se veut nouveau, où on prétend oublier les origines de chacun tout en les rappelant sans cesse, Sarah se pose des questions et tente de percer certains mystères. Celui de son aîné prétendument disparu. Celui de ces Noirs qui rejettent son père...

De même, elle entend mener son existence comme elle le souhaite. C'est pour cette raison qu'elle se lance dans une idylle avec Jack. Mais sa famille s'oppose et Sarah doit trouver une autre voie vers l'indépendance.

Ce personnage ne peut laisser indifférent. Kate Grenville en a fait une héroïne profondément libre, généreuse, passionnée, exigeante...

On la voit évoluer dans sa famille, puis partir dans l'Australie plus profonde. Sans oublier un périple au pays des Maoris.

On en apprend ainsi beaucoup sur la vie de ces colons, souvent anciennement condamnés, sur leurs codes sociaux, sur leur rejet des autochtones...

Bref, vous l'aurez compris: Sarah Thornhill constitue un beau portrait de femme et m'a donné très envie de me plonger dans les autres ouvrages de Kate Grenville. Si vous appréciez les romans d'apprentissage dépaysants, je pense que vous serez conquis par ce titre.

Editions Metailié, mai 2014, 256 pages