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26/05/2016

Quoi qu'il arrive de Laura Barnett

Quoi qu'il arrive

de

Laura Barnett

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"Cela commence ainsi.

Une femme attend sur un quai de gare, tenant sa valise d'une main et de l'autre un mouchoir jaune avec lequel elle se tamponne le visage. La peau veinée de bleu autour de ses yeux est humide, et la fumée âcre de la locomotive la prend à la gorge.

Personne n'est venu agiter son mouchoir pour lui dire adieu-elle l'a interdit, malgré les larmes de sa mère et malgré les siennes en ce moment- et pourtant elle se met sur la pointe des pieds pour scruter la masse grouillante des chapeaux et des renards."

Tout débute sur le quai d'une gare à Vienne en 1938. Myriam est une jeune femme célibataire qui a décidé de fuir son pays pour des raisons politiques mais aussi plus personnelles. En effet, elle est enceinte et veut garder son enfant, malgré l'abandon du géniteur. Sur ce quai, elle fait la connaissance de Jakob. Lors de leur périple vers l'Angleterre, ils tombent amoureux. Et, quelques mois plus tard, naît Eva.

On retrouve cette dernière 20 ans plus tard sur les routes de Cambridge.

Version 1: Afin d'éviter un petit chien, Eva fait une embardée et son vélo roule sur un clou. Jim, un étudiant lui propose de l'aider à réparer sa crevaison. Elle accepte...Et ils entament une relation amoureuse.

Version 2: Sur le même chemin, Eva croise Jim. Mais aucun incident ne les rapproche et chacun poursuit le cours de son existence.

Version 3: Eva et Jim se rencontrent, entament une idylle...Toutefois, un élément perturbateur vient mettre un terme à leur histoire.

Trois hypothèses de départ pour trois variations autour de l'amour que l'auteur déroule de 1958 à 2014.

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Parmi les récentes publications des Escales, j'avais remarqué ce titre dont le schéma narratif m'attirait énormément. En effet, je n'avais jamais encore eu l'occasion de lire un roman qui entrecroisait ainsi trois intrigues différentes autour d'un même couple. Je craignais, cependant, que cette idée ne tienne pas forcément toutes ses promesses et se révèle décevante.

Il n'en a rien été. Au contraire...Avec Eva et Jim, Laura Barnett interroge les notions de destin et hasard. Elle explore tous les tours qu'auraient pu prendre leurs existences selon leurs décisions à tel ou tel moment. Afin de plus souligner les différences entre leurs itinéraires, elle situe chaque chapitre de ses trois versions exactement à la même date. Sans que cela ne somme jamais faux.

De même, elle évite l'écueil qui guette souvent un ouvrage qui entremêle trois histoires: aucune des variantes ne l'emporte sur l'autre en termes d'intérêt.  A chaque fois, elle nous livre un tableau de l'amour, sous toutes ses formes: amour conjugal soumis à l'érosion du temps et des sentiments, amour impossible, amour platonique, amour-passion...Elle met également en scène des protagonistes qui ne sont jamais tout à fait les mêmes. Ils évoluent en fonction des choix de Jim et Eva. Et, imperceptiblement, les trois trajectoires s'écartent de plus en plus. Au lecteur de juger quelle version il préfère.

Une des autres qualités de cet ouvrage réside dans la radioscopie d'une génération, entre 20 et 70 ans. Ceux nés juste avant la seconde guerre mondiale qui ont assisté et participé à toutes les évolutions de cette fin de siècle (mouvement hippie, crise...) Ceux qui ont su s'adapter ou ceux qui ont renoncé à leurs ambitions...

Quoi qu'il arrive, outre sa construction originale et sa fine analyse psychologique des ressorts de l'âme humaine et des tourments amoureux, offre aussi une réflexion sur l'art et sur le lien profond qu'il entretient avec la vie. Jim a un don pour la peinture, Eva pour l'écriture. Selon les versions et les routes qu'ils empruntent aux carrefours de leurs multiples rencontres, leurs rapports à la création vont être bouleversés. Tour à tour, ils ont du succès, renoncent à leurs ambitions...et parfois, cela peut avoir un impact sur l'amour qui les lie. Art moteur, Art/bonheur, Art/malheur, Art/Amour, Art/Solitude, Art/Renoncement...constituent autant de pistes explorées.

Dans une des variantes, l'auteur nous propose même une mise en abyme où Jim, peintre reconnu, exécute un triptyque.

"Le sujet du tableau, c'est la multitude des chemins que l'on n'emprunte pas, la multitude de vies que l'on ne vit pas. Il l'a appelé Quoi qu'il arrive"

Bref, vous l'aurez compris: malgré quelques longueurs, j'ai beaucoup apprécié ce roman, à la fois intelligent, fouillé et sensible. Et je vous en recommande la découverte, surtout si comme moi, il vous arrive de vous poser cette question: Et si?

Les Escales, 2016, 461 pages

Billet dans le cadre du challenge A year in England de Martine et du challenge Un pavé par mois de Bianca

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25/02/2015

Un goût de cannelle et d'espoir

Un Goût de cannelle et d'espoir

de

Sarah McCoy

un goût de cannelle et d'espoir.jpg

"Garmisch, Allemagne

Juillet 1945

Bien longtemps après que le fourneau d'en bas avait refroidi et celui d'en haut avait chauffé, que tout le monde s'était blotti dans les draps en coton, elle sortit délicatement les pieds de sous le couvre-lit et s'avança sans un bruit dans la pénombre. Elle ne mit pas ses chaussons de peur que leur claquement ne réveille son mari endormi"

Au mois de juillet 1945, une boulangère dissimule une lettre à son mari et sa fille Elsie. Une lettre qui visiblement apporterait une réponse à certains événements survenus dans leur existence depuis quelques mois.

En 2007, à El Paso au Texas, Reba, une jeune journaliste, souhaiterait réaliser une interview d'Elsie qui tient une boulangerie allemande.

Deux récits et deux femmes à un tournant de leur vie...

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J'avais remarqué depuis quelque temps ce roman à la médiathèque et j'avais été immédiatement attirée par ce titre réconfortant.

Vous savez que j'apprécie les romans à tiroirs, ceux où plusieurs fils d'intrigue se déroulent à plusieurs époques et où on comprend seulement à la fin le lien qui les unit.

Dans ce livre, on suit deux femmes à plus de soixante ans d'écart (Elsie et Reba). Mais, ces deux histoires, hormis la présence d'Elsie dans les deux, n'ont pas forcément de connexion ensemble. Et j'ai trouvé cela dommage...Point de mystère donc ici...Et même certaines promesses non tenues (comme la grande histoire d'amour évoquée par Elsie et qu'on attend en vain)...

De plus, dans ce type de littérature, donner autant d'intérêt aux deux narrations constitue souvent une difficulté. Et là, encore, j'ai eu l'impression que Sarah McCoy n'avait pas réussi son pari.

Autant je ne suis pas parvenue à ressentir de l'empathie pour Reba et la crise sentimentale qu'elle traverse, autant je me suis prise immédiatement d'affection pour Elsie.

Cette dernière est une jeune Allemande de 16 ans qui seconde ses parents dans leur boulangerie. En cette fin d'année 1944, elle guette les lettres de sa grande sœur, envoyée dans un Lebensborn. De même, elle compte les jours qui la séparent de la fête de Noël, donnée pour les officiers SS et où elle a été invitée. Elle est bien loin d'imaginer l'impact de cette soirée sur son futur quotidien...

Le destin tragique de cette héroïne donne à l'auteur la possibilité d'évoquer tout un pan de l'histoire allemande. Manque de nourriture, suspicion, chasse aux Juifs ou à ceux qui les hébergent, fidélité aux idéaux aryens, toute puissance des SS....constituent autant de thématiques abordées. Mais ce qui m'a le plus frappée, c'est l'évocation du sort réservé à certaines femmes, envoyées dans des Lebensborn. Leur rôle: accélérer la création et le développement d'une race aryenne pure, en couchant avec des SS et en abandonnant leur bébé à la cause. Étaient renvoyées toutes celles qui n'enfantaient pas de "purs Aryens" et étaient tués tous les nourrissons ne correspondant pas aux critères requis.

Outre ce contexte historique passionnant, un des autres points forts de cet ouvrage réside dans l'évocation des pains, pâtisseries et autres spécialités allemandes. Je vous défie même de tourner les pages sans vous mettre à saliver au moins devant une description de recette (Sarah McCoy a d'ailleurs eu la bonne idée d'en ajouter certaines en appendices).

Bref, vous l'aurez compris: une lecture en demi-teinte. Dommage car, sur le papier, Un goût de cannelle et d'espoir avait tous les ingrédients pour me plaire.

Les Escales, 2014, 425 pages

Billet dans le cadre du Challenge Un pavé par mois de Bianca.

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