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04/05/2015

Le Bois du Rossignol de Stella Gibbons

Le Bois du Rossignol

de

Stella Gibbons

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"Il est difficile d'obtenir un jardin sinistre, mais le vieux Mr Wither y était parvenu.

Même s'il ne travaillait pas lui-même à celui de sa maison des environs de Chesterbourne, en Essex, son manque d'intérêt pour la terre et sa répugnance à dépenser de l'argent n'étaient pas sans influencer le jardinier. Le résultat était une pelouse souffreteuse et une rocaille plâtreuse où presque rien n'attirait le regard, tandis que les arbustes sans caractère proliféraient car Mr Wither appréciait leur capacité à meubler l'espace à peu de frais."

Viola Wither se retrouve veuve à 21 ans. Elle aimerait profiter de la vie londonienne avec sa meilleure amie mais ses faibles moyens la contraignent à accepter l'invitation de sa belle-famille, les austères Wither, et à s'installer chez eux dans la campagne anglaise.

Elle s'ennuie ferme dans cette retraite forcée, avec cette famille conventionnelle et tous ces horaires fixes.

Mais, un soir, à la faveur d'une invitation, elle croise le Prince charmant de son adolescence, le beau Victor Spring, fraîchement fiancé à une amie de longue date mais néanmoins courtisé par toute la gent féminine.

Et Viola n'est pas la dernière à flirter avec lui...Au grand dam de la bonne société de Chestbourne et des Wither...

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J'avais entendu beaucoup de bien de ce, notamment auprès de mes copinautes Emjy et Shelbylee. Et je me suis décidée mardi dernier à entrer dans son univers.

Une décision que je n'ai pas du tout regrettée, tant je me suis retrouvée emportée.

Ce roman constitue une relecture moderne de Cendrillon. Mais bien loin de se contenter de transposer cette idylle au début du siècle en Angleterre, l'auteur la pare d'ironie. C'est ce qui frappe immédiatement le lecteur dans ce conte contemporain. Chaque paragraphe en est pétri. Rien  n'échappe à la plume acérée et acerbe de Stella Gibbons. Aucune petite manie. Aucune tenue. Aucune idée. Tout est prétexte à ce fameux humour so british.

Cependant, malgré son regard sans concession, on sent qu'elle éprouve une certaine tendresse pour ses personnages.

A commencer par l'héroïne, Viola, prénommée ainsi en hommage à Shakespeare. Quand on la rencontre, elle a tout de ces ravissantes blondes un peu idiotes et maladroites de l'âge d'or du cinéma hollywoodien. Alors qu'elle s'est mariée sans enthousiasme, elle a la chance d'être remarquée par un prince pas si charmant lors d'un bal. Et, malgré ses actes un peu mufles, elle continue d'y croire. Mais cette jeune femme ne se résume pas à cet aspect fleur bleue, à cette crédulité (que dire de son aveuglement face à sa cousine)...Non, elle est également pleine de bonté pour ses proches, profondément généreuse...

Et c'est là une des forces de Stella Gibbons: tout en se moquant d'eux, avoir réussi à montrer les contrastes des personnalités de ses protagonistes.

Il en va de même pour chacun d'entre eux: Victor Spring, le prince pas si charmant qui aspire à une femme conventionnelle; Tina Wither, la cousine vieille fille qui fait tout pour rencontrer l'amour...

On assiste à leur évolution, leurs idylles, leurs espoirs...Au gré de bals, de thés dansants, de visites à Londres, de vacances à la mer, de leçons de conduite, de promenades dans le Bois du Rossignol...

On comprend leurs hontes intimes, leurs désarrois, leurs coups de cœur...

Certaines scènes se révèlent plus marquantes que d'autres: la garden-party ratée des Wither (que j'ai ri!), les rencontres avec l'ermite...

Et on sent bien l'influence de cette romancière sur certaines séries que j'apprécie beaucoup (l'idylle entre Tina et Saxon m'a forcément fait penser à celle élaborée dans Downton Abbey par Julian Fellowes)

Bref, vous l'aurez compris: j'ai beaucoup aimé ce roman et je vous le recommande vivement si vous êtes fans comme moi de campagne anglaise et d'ironie. Je pense d'ailleurs que je ne tarderai pas à me replonger dans un autre des titres de Stella Gibbons (vous me conseilleriez lequel?)

Editions Héloïse d'Ormesson, 556 pages

Billet dans le cadre du challenge Un pavé par mois de Bianca.

 

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22/10/2014

Papa-Longues-Jambes

Papa-Longues-Jambes

de

Jean Webster

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"Le premier mercredi du mois était un jour parfaitement abominable qu'on attendait dans l'horreur, qu'on supportait avec courage et qu'on se hâtait d'oublier."

Tous les premiers mercredis du mois, les 97 orphelins sont inspectés par les bienfaiteurs de leur institution. Cette journée se révèle particulièrement éprouvante, notamment pour l'aînée d'entre eux, une certaine Jerusha Abbott qui doit veiller à leur tenue, à leur maintien et à leur comportement.

Aussi, quand elle est appelée dans le bureau de la directrice, elle craint une remontrance. Mais elle découvre qu'un des riches membres du comité de l'institution, confiant dans son talent et dans sa future carrière d'écrivain, a décidé de l'envoyer à l'université et de pourvoir à ses besoins le temps de ses études. La seule condition: qu'elle lui adresse, tous les mois, une lettre pour lui parler de ses occupations et de l'avancée de ses progrès.

Débute alors un échange épistolaire à sens unique entre la pétillante Judy Abbott (elle s'est rebaptisée ainsi) et ce donateur inconnu qu'elle a surnommé Papa-longues-jambes.

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J'avais beaucoup entendu parler de ce roman vintage américain, notamment sur le très bon forum Whoopsy Daisy. Je me suis lancée vendredi dernier et je l'ai très rapidement terminé.

Jerusha Abbott est une jeune fille de dix-sept, particulièrement brillante et dotée d'un grand sens d'humour. C'est d'ailleurs grâce à ce trait de caractère et à un texte moqueur sur l'institution qui l'abrite qu'elle doit d'être remarquée par un mystérieux bienfaiteur (elle ne le voit que de dos et est frappée par la longueur de ses jambes). Par certains moments, cette héroïne piquante m'a fait penser à la Jo des Quatre filles du Docteur March de Louisa May Alcott.

Grâce à cet homme, elle part à l'université. Au fil de ses lettres et des esquisses qu'elle ajoute, nous découvrons donc le quotidien des étudiantes américaines en ce début de vingtième siècle.

Les missives, même si elles n'obtiennent jamais de réponses, se font de plus en plus longues et obéissent à un rythme de plus en plus soutenu. De l'entrée "Cher Gentil-bienfaiteur-qui-envoyez-les-orphelins-à-l'université", on passe au "Cher Papa-longues-jambes" et même au "Cher papa".

Et cela se ressent dans le ton des lettres qui, mois après mois, oscille de plus en plus entre l'humour et une certaine forme de tendresse.

"Depuis que j'ai appris à lire, j'ai inventé un bien joli jeu; je m'endors chaque soir en me persuadant que je suis l'héroïne (ou du moins le personnage le plus important) du livre que je suis en train de lire.

A présent, je suis Ophélie-ô une Ophélie pleine de bon sens! Je passe mon temps à distraire Hamlet. Je le câline, je le gronde, je veille à ce qu'il mette son écharpe dès qu'il fait froid. Je l'ai complètement guéri de sa mélancolie. Le roi et la reine sont morts tous les deux dans un naufrage en mer-ce qui nous a dispensé des funérailles. Maintenant Hamlet et moi régnons en maître sur le royaume du Danemark. Nous nous en sortons magnifiquement."

Les cours, les examens, les sessions de basket, les thés, les sorties entre amies, les soirées entre colocs constituent autant de sujets développés. Puis, l'amour apparaît progressivement , en la personne d'un frère d'une de ses amies et de l'oncle fortuné d'une autre.

En effet, Judy fait son apprentissage de la vie. Elle découvre pêle-mêle le plaisir livresque, le fonctionnement d'une ferme, la fascinante et bruyante New York, la complicité avec d'autres jeunes filles de son âge, la joie de plaire, l'intimité qui peut exister avec le sexe opposé, les premiers flirts, les incertitudes sentimentales..

Très vite, on comprend l'identité de ce fameux Papa-longues-jambes mais ce suspense, rapidement dissipé, ne nous fait pas bouder notre plaisir. Car on passe un bon moment en compagnie de ce roman épistolaire un peu désuet certes, mais dont il se dégage encore un certain charme.

Bref, vous l'aurez compris: même si je n'ai pas partagé l'enthousiasme de certaines, j'ai trouvé cette lecture agréable. Et je tenterai de regarder prochainement la comédie musicale avec Fred Astaire et Leslie Caron.

Gallimard Jeunesse, 2007, 212 pages

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21/07/2014

Cette sacrée vertu de Winifred Watson

Cette sacrée vertu

de

Winifred Watson

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"9h15-11h15

La pendule sonnait neuf heures et quart, lorsque Miss Pettigrew poussa la porte du bureau de placement. Comme d'habitude, elle n'avait guère d'espoir; mais cette fois la directrice, Miss Holt, la salua d'un sourire un peu plus engageant."

Miss Pettigrew, la quarantaine bien sonnée, est une fille de pasteur qui tente de se trouver un poste de gouvernante. En dépit de ses dernières mauvaises expériences.

Elle sait que si le bureau de placement ne lui propose rien, elle sera à la rue ce soir car sa logeuse lui a posé un ultimatum.

Mais, miracle!, ce matin-là à 9h15, Miss Holt lui confie une fiche. Une certaine Miss Lafosse, 5, Onslow Mansions chercherait à employer une gouvernante.

A 10h précises, Miss Pettigrew sonne à la porte.

A 10h05, au bout de cinq longues minutes d'attente, "une jeune femme parut. [...] Elle était belle comme une héroïne de cinéma. "

Notre protagoniste est bien loin de se douter que cette rencontre va lui faire vivre la journée la plus mémorable de son existence.

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J'aime bien parcourir certains blogs anglais, amateurs de littérature vintage, et lire les avis sur Whoopsy Daisy. C'est ainsi que j'ai repéré ce titre et j'ai été ravie de le croiser dans une librairie d'occasion la semaine dernière.

Miss Pettigrew a tout de l'anti-héroïne: fille de pasteur, elle n'a jamais connu de libertés et a obéi à toutes les interdictions concernant les sorties, les fréquentations, la boisson, les tenues..

A quarante ans, elle se retrouve toute seule. "Mais, dans le monde entier, on n'eût pu trouver ami ou parent qui sût ou se souciât de savoir si Miss Pettigrew était vivante ou morte"

De plus, elle connaît de graves difficultés financières. Ce poste chez Miss Lafosse représente un peu sa dernière chance.

Sa dernière chance de gagner un salaire et de payer son loyer, certes...Mais, comme elle va le découvrir au fil des heures, sa dernière chance de changer son existence et de vivre enfin...

La jeune femme, chez laquelle elle est envoyée, exerce le métier de chanteuse dans un night club. Elle espère obtenir prochainement une revue. Et jongle entre trois amants.

Phil, le premier, est encore chez elle à l'arrivée de Miss Pettigrew et cette dernière se voit contrainte de le chasser. Puis, elle tente de cacher toutes les traces de sa présence à Nick, le second...

S'enchaînent ainsi de nombreuses scènes de vaudevilles. Les situations comiques sont toujours présentées avec beaucoup d'ironie et d'humour "so british".

Tout comme la gouvernante, le lecteur en vient à guetter les coups de sonnette.

"Un coup de sonnette, chez Miss Lafosse, était le prélude d'une aventure. Ce n'était pas un appartement ordinaire où le timbre de la sonnette annonçait le boucher, le laitier ou le boulanger. La sonnette de Miss Lafosse signifiait un évènement, un drame, une nouvelle crise à affronter."

A chaque chapitre (découpé en plages horaires), son lot de surprises...Toutes ces nouvelles venues (et les verres qui les accompagnent) vont émousser peu à peu les principes moraux de notre héroïne.

Cette dernière s'amuse follement. Et souvent, alors qu'elle n'a pas vécu, fait preuve d'un bon sens incroyable et règle, parfois à son corps défendant, les conflits amoureux de ses nouvelles amies.

"Alors, pour le restant de ses jours, et surtout aux heures de détresse, elle revivrait en pensée l'unique jour de joie qu'il lui avait été donné de vivre"

Puis, à l'instar de Cendrillon, grâce à ses bonnes fées, elle subit une transformation physique radicale et les accompagne au bal. Et si sa route croisait celle d'un prince charmant?

On rit beaucoup à la lecture de ce roman. Les scènes, les répliques, les réflexions intérieures de Miss Pettigrew complètement sortie de sa zone de confort, l'ironie de la plume de Winifred Watson y contribuent.

Mais, derrière cette légèreté, affleurent certaines questions et réflexions sur la pauvreté et le célibat. Au fil de la journée, notre héroïne repense à sa situation, à ce qu'elle a manqué...Par  conséquent, elle profite d'autant plus de cette parenthèse enchantée avant que son carrosse ne se métamorphose en citrouille.

Bref, vous l'aurez compris: un merveilleux roman vintage. Un conte moderne profondément drôle et divertissant que je vous recommande.

Seul bémol: la traduction du titre. Comme vous pouvez le lire sur cette très belle couverture des éditions Persephone Books, l'ouvrage s'intitule en VO "Miss Pettigrew lives for a day". Dommage que l'idée n'ait pas été gardée en français...

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Editions 10/18, 2006, 221 pages

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