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26/03/2013

Le train de 06h41

06h41

de

Jean-Philippe Blondel

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"J'aurais pu prendre le 07h50-ou même le 08h53. C'est lundi. Il ne se passe rien au travail, le lundi. Simplement, je n'en pouvais plus. Quelle idée aussi de rester le dimanche soir. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Deux jours, c'est bien suffisant"

Cécile Duffault, quarante-sept ans, attend dans la gare de Troyes le train de 06h41 à destination de Paris. Elle est épuisée moralement après un week-end passé chez ses parents, sans son mari et sa fille Valentine.

Sur le même quai, Philippe Leduc patiente pour le même train. Il veut rendre visite à Mathieu, son vieil ami d'enfance "pour une journée détachée des autres. Unique. Une entorse à l'emploi du temps". Depuis son divorce il y'a une dizaine d'années, il s'est enlisé dans la routine. Perdu dans ses pensées, il manque rater le départ.

Puis, il se met en quête d'une place. Il reste un siège libre à côté de Cécile. Il s'y assied.

Très vite, les deux nouveaux voisins se reconnaissent. Vingt-sept ans auparavant, ils ont entretenu une liaison pendant quelques mois. Une liaison brutalement avortée qui a laissé des traces et influencé leurs comportements futurs...

Le silence s'installe...Leurs pensées se mettent à vagabonder...Vont-ils oser s'adresser la parole?

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J'ai découvert Jean-Philippe Blondel grâce à ma collègue Claire. Elle m'avait parlé avec passion de son roman jeunesse Blog. Et j'avais été conquise par le style de l'auteur. Aussi, quand elle a acheté le roman hier au salon du livre et me l'a prêté aujourd'hui, je n'ai pas tardé à l'entamer. Et je me suis laissée emporter...

Tout d'abord, j'ai adoré la construction. On assiste à une alternance des points de vue. Chaque chapitre donne la voix soit à Cécile soit à Philippe. Leurs récits s'entrelacent, se répondent et s'enrichissent.

De plus, on peut mieux suivre le tumulte de leurs émotions. Deux personnes qui se sont quittées en si mauvais termes dans la nuit londonienne ne peuvent se rencontrer sans être bouleversées. Surtout quand la fin de leur liaison a modifié profondément leurs trajectoires de vie.

Je me suis d'ailleurs pleinement retrouvée dans cette thématique. Je crois que chaque histoire, qu'elle soit aboutie ou non, nous change.

Les regards de Cécile et de Philippe se croisent, se détournent, se jugent...

"J'ai tendance à oublier que je n'ai pas toujours eu ce ventre de buveur de bière que je ne suis pas, ces cheveux bien plus blancs que bruns avec une tendance à la calvitie et cette mollesse générale dénotant une absence totale d'exercice physique. Elle aussi a changé, mais comment dire ça sans être vexant, "en bien". C'est ça, elle a changé en bien, parce qu'elle était très quelconque  Cécile Dufflaut à l'époque, et regardez la, maintenant c'est une belle femme, comme on dit, qui n'accuse pas encore tout à fait son âge"

Cette heure et demie de trajet entre Troyes et Paris va permettre aux deux anciens amants de faire le point sur leur vie. S'ensuivent de très belles considérations sur l'existence. Je ne relèverai que quelques citations mais tout le roman sonne juste et fait réfléchir.

"Les enfants, c'est comme ça. Comme les ballons d'hélium dans les cathédrales. On les lâche, ils s'envolent mais restent quand même à portée de vue, on leur fait des signes, on leur rend visite, ils sont tout en haut, ils sont loin, encore coincés sous nos arcs gothiques. Et un jour, on ne comprend pas pourquoi exactement, ils ne sont plus dans notre sphère"

"Personne ne nous a jamais prévenus que la vie, c'était long. [...] Personne ne nous a dit non plus que le plus dur, ce n'était pas les ruptures, mais la déliquescence. Le délitement des relations, des êtres, des goûts, des corps, de l'envie."

Une fois encore, j'ai été très sensible à la petite musique de Blondel, à sa façon de saisir la poésie de notre quotidien. De retranscrire nos doutes, nos espoirs, nos lâchetés, nos désirs...

Il arrive à nous émouvoir, nous surprendre...Nous faire espérer un dialogue entre ces deux êtres intimidés, qui se sont peut-être ratés vingt-sept ans auparavant...

On tourne les pages, on guette et arrive déjà la fin du voyage et du livre.

Bref, vous l'aurez compris: ce roman constitue un énorme coup de coeur. J'espère que je vous aurais donné envie de vous y plonger à votre tour et de vous retrouver dans ce compartiment auprès de Cécile et de Philippe.

Buchet-Castel, Février 2013, 231 pages, 15 €

Commentaires

Ce livre plaît beaucoup ces derniers temps, tu n'es pas la première à en faire l'éloge et de Blondel en général. Je n'avais pas noté celui-ci mais avec un tel coup de coeur je le rajoute de suite

Écrit par : Bianca | 26/03/2013

J'ai déjà lu blog de Blondel et j'avais beaucoup aimé. je note celui-ci aussi. Merci pour la découverte !

Écrit par : Livresdeceline | 27/03/2013

J'ai beaucoup aimé ce roman aussi, mais mon préféré jusqu'à maintenant est : "Et rester vivant" !

Écrit par : George | 30/03/2013

Ce n'est que mon deuxième roman de Jean-Philippe Blondel. Je note donc le titre Et rester vivant. Merci beaucoup pour ce conseil!

Écrit par : Claire | 31/03/2013

Les commentaires sont fermés.