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03/01/2016

Ma brillante carrière

Ma brillante carrière

de

Miles Franklin

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 "Aïe, aïe, aïe, je vais mourir. Aïe, j'ai mal, j'ai mal! Aïe, Aïe!

-Allons, allons, viens. Le petit compère de son papa ne va pas faire la mauviette, non? Je vais mettre dessus un peu de graisse qui nous reste du déjeuner et l'attacher avec un mouchoir. [...]

Tel est mon tout premier souvenir. J'avais à peine trois ans. Je me souviens encore des majestueux eucalyptus qui nous entouraient, du soleil qui miroitait sur leurs troncs droits et blancs, puis tombait sur des ruisseaux aux rives tapissées de fougères qui, murmurant, disparaissaient à notre gauche sur une colline escarpée et broussailleuse."

Ainsi débute ma Brillante carrière, le récit autobiographique de Miles Franklin,  situé dans l'Australie de la fin du dix-neuvième siècle.

"Ce n'est pas une histoire d'amour [...] mais simplement, une histoire vraie. Qu'elle est donc vraie, si réellement vraie- à moins que la vie elle-même ne soit qu'une cruelle petite chimère! Aussi vraie dans sa lassitude et l'amertume de son cœur en peine que le sont dans leur force imposante les grands eucalyptus sous lesquels j'ai vu pour la première fois le jour. "

De ses trois ans à ses dix-neuf ans, on suit le destin de cette jeune femme pas comme les autres, dotée d'une très forte volonté, d'un amour forcené pour la culture et de l'envie tenace de devenir écrivain ou musicienne.

Pourtant, rien ne la prédispose à cette brillante carrière. Alors que son père était à la tête d'une fortune convenable, il décide de tout revendre pour se lancer dans le commerce de bétail. Mais il perd très vite tout ce qu'il possédait, suite à de mauvais placements. Et, après avoir sombré dans l'alcoolisme, il devient une charge pour toute sa famille.

Forcée à trimer, cette dernière tente de survivre avec une laiterie.

Années de labeur....Années de quasi esclavage...Années où Sybilla (Miles) s'oppose de plus en plus à sa mère, aigrie par son sort.

Aussi, elle accepte avec plaisir l'invitation de sa grand-mère maternelle. Et si, justement ce voyage changeait à jamais le cours de son existence?

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Je ne me souviens plus de comment j'ai découvert ce titre mais cela faisait déjà quelque temps qu'il attendait sur mes étagères. Et j'ai eu envie d'en faire ma première lecture de cette nouvelle année.

J'ai toujours apprécié les récits d'apprentissage qui mettent en scène des héroïnes déterminées à s'affirmer dans un monde traditionnellement dominé par les hommes et à réaliser leurs ambitions artistiques.

A l'instar d'une Jo March, Sybilla/Miles possède ces qualités là. On ne peut qu'admirer cette certitude qui la guide dans tous ses choix.

Comme, dans toute initiation, des obstacles se dressent au cours de ces seize années: sa mère qui ne la comprend pas, la misère qui s'abat sur les siens et annihile toute pulsion culturelle, un poste de gouvernante dans une famille aux antipodes de sa nature, la place réservée aux femmes dans la société australienne, l'incompréhension des plus proches...Autant d'étapes que Sybilla affronte...

Et que dire de l'amour? Comme toute jeune fille de dix-sept ans, malgré la "laideur"dont elle ne cesse de se plaindre, notre protagoniste fait la rencontre du voisin de sa grand-mère, le beau Harold Beecham. Une rencontre placée immédiatement sous le signe de l'humour. On rit de leurs échanges, de leurs maladresses aussi. On se prend à guetter leurs passages. Mais amour et création sont-ils conciliables en ce tournant du siècle pour une femme?

Voilà une des nombreuses questions que soulève ce récit. Cependant, on ne pourrait réduire cette autobiographie à une histoire d'apprentissage profondément féministe. Elle se double également d'un portait de la vie des gens dans le bush, de leur pauvreté parfois, du spectre de la sécheresse, de la carrière d'éleveur.

De même, on est bluffés par le talent évident de Miles Franklin à décrire les paysages qui l'entourent. On a l'impression d'être immergés dans ce pays et de suffoquer de la moiteur en hiver.

Néanmoins, je ne peux pas affirmer que ce livre constitue un coup de cœur. Même si j'ai été plus que charmée par l'idylle et intéressée par la description sociétale, j'ai trouvé que Ma brillante carrière souffrait de quelques longueurs. Et je me suis donc ennuyée à certains chapitres. De plus, sans trop en dévoiler, j'ai regretté cette fin...J'aurais aimé qu'elle soit plus définitive.

Bref, vous l'aurez compris: malgré ces quelques réserves, cette première découverte de l'année 2016 m'a bien plu. Et je pense que j'essaierai de me procurer la suite.

Editions de l'Aube, 2012, 457 pages

Un billet dans le cadre du challenge Un pavé par mois de Bianca.

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09/06/2014

Le Théorème du homard

Le Théorème du homard

ou

comment trouver la femme idéale

de

Graeme Simsion

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 "J'ai peut-être une solution au Problème Epouse. Elle semble évidente a posteriori, une caractéristique fréquente des découvertes scientifiques majeures. Mais je ne l'aurais probablement pas trouvée sans un enchaînement d'évènements qui n'étaient pas prévus à mon programme."

Le professeur de génétique Don Tillman se révèle incapable d'interagir en société. Un jour, il a comme une révélation: et s'il élaborait un questionnaire pour trouver l'épouse idéale? Secondé par son meilleur ami Gene, il se lance à la conquête de la femme de sa vie. Mais aucune candidate ne semble correspondre au profil très poussé qu'il recherche.

Jusqu'au jour où une certaine Rosie frappe à sa porte...

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J'avais repéré ce livre chez mes copinautes Fanny et Syl. Aussi, j'ai été ravie quand il est arrivé à la médiathèque et que j'ai pu l'emprunter.

Je me suis immédiatement attachée au héros/narrateur de cette histoire. Don, bientôt la quarantaine, est un homme très savant qui n'arrive pas à se conformer aux codes sociaux en vigueur. Dès les premières pages, il nous parle de ses rendez-vous ratés et on ne peut que rire à ses tentatives maladroites. De plus, il est incapable de la moindre empathie. Il a un mode de vie très réglé qui ne supporte aucun imprévu. Et il dit toujours ce qu'il ne faut pas.

Forcément, avec de telles qualités, il a du mal à se faire des amis (il n'en a connu que quatre de toute sa vie) Et encore plus de mal à rencontrer une petite amie.

"J'ai trente-neuf ans, je suis grand, en bonne santé et intelligent, j'occupe une position sociale relativement élevée et je touche un salaire supérieur à la moyenne en tant que professeur associé. En toute logique, un grand nombre de femmes devrait me trouver attirant. Dans le règne animal, je n'aurais pas de difficultés à me reproduire. Il y'a pourtant en moi quelque chose qui rebute les femmes. J'ai toujours eu du mal à me faire des amis et il semblerait que les déficiences à l'origine de ce problème affectent mes tentatives pour nouer des relations sentimentales."

Afin d'enrayer cette mécanique relationnelle défectueuse, Don imagine un questionnaire censé l'aider à dénicher la Femme. Comme si l'amour pouvait s'analyser en termes de questions/réponses. Comme si l'imprévu n'avait pas de place...

Or, un jour, l'imprévu frappe à la porte de son bureau. Il revêt les traits de Rosie, une barmaid fumeuse, totalement désorganisée.

Pensant qu'elle est envoyée par son meilleur ami Gene, Don l'invite à dîner. Et malgré son manque flagrant de correspondances avec l'épouse idéale, il accepte de l'aider à retrouver son géniteur.

Débute alors une enquête qui va totalement bouleverser la vie de notre héros.

Le parcours initiatique de Don m'a passionnée. Pour son premier roman, Graeme Simsion a su faire appel à toute une gamme de sentiments. Tour à tour, on rit aux péripéties et aux réflexions de ce protagoniste si original; on est émus (notamment quand il évoque sa sœur et sa vieille amie); on espère....

De même, Don ne se révèle pas le seul personnage attachant de cet ouvrage. Gravite autour de lui tout une galerie tout aussi intéressante.

A commencer par Rosie. Une jeune femme qui travaille la nuit et prépare un doctorat dans la journée. Une jeune femme perdue qui n'arrive pas à se construire en l'absence d'un père connu. Mais aussi une jeune femme perpétuellement en retard, désorganisée, imprévue, enthousiaste....L'exact opposé de Don, en somme. On pourrait reprocher justement à l'auteur cette facilité d'avoir imaginé un couple qui repose sur des antagonismes. Cependant, leur relation est tellement bien construite et amenée qu'on évite l'écueil des clichés.

Gene, le meilleur ami, qui couche avec des femmes de toutes les nationalités, pourrait immédiatement apparaître comme un loser. Au contraire, on s'amuse de ses tentatives de séduction, on s'aperçoit de son aveuglement...Et on sent bien qu'il est, comme les autres, à un tournant de son existence.

On tourne les pages à toute vitesse. Les scènes se succèdent, toutes plus réussies les unes que les autres (le premier dîner, le bal des professeurs...)Et on referme avec regret Le théorème du homard.

Bref, vous l'aurez compris: ce roman que j'ai dévoré en une soirée a été un coup de cœur. Il fait tout simplement du bien et je n'oublierai pas de sitôt Don et Rosie.

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Editions du Nil, 382 pages, 20 €


 

 

24/05/2014

Sarah Thornhill de Kate Greenville

Sarah Thornhill

de

Kate Greenville

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"L'Hawkesbury était un joli fleuve, large et tranquille; son eau verte ridée, ses falaises dorées par le soleil, les oiseaux perchés dans ses arbres comme le linge d'une lessive étendue. En cette douce matinée paisible, les casuarinas chuchotaient et, dans les reflets sur l'eau, le monde se tenait sur la tête.

On nous appelait la colonie de la Nouvelle-Galles du Sud. Ça ne m'a jamais plu. Nous sommes pas rien de nouveau. Nous sommes nous.

C'était sur l'Hawkesbury que venait les bannis. Dès qu'ils retrouvaient leur liberté, c'est là qu'ils partaient. Quatre-vingt kilomètres de Sydney et pas l'ombre d'un magistrat ou d'un constable. N'importe qui pouvait se choisir un lopin de terrain et se monter une cabane, sans un regard en arrière"

Ainsi débute le récit de Sarah Thornhill, une jeune femme née au début du 19ème siècle, non loin de Sydney.

Elle est fille cadette d'un banni qui a monté sa propre entreprise fluviale et prospéré. Comme sa mère est décédée alors qu'elle était toute jeune, elle a été élevée par Ma, une femme autoritaire et fière de ses origines.

On suit les jeux de ses premières années, on la voit tomber amoureuse de Jack, l'ami de son frère et son compagnon d'expédition.

Le temps passe et un jour, quand il revient de voyage, leurs rapports évoluent.

"C'était rien du tout. Un silence qui a duré un battement de cœur et les yeux de Jack plongés dans les miens. Mais ce rien voulait dire: tout est différent à présent"

Une idylle se noue entre eux. Mais peut-elle résister au poids des préjugés et au souvenir des anciens occupants aborigènes massacrés?

kate greenville.jpg

J'avais déjà entendu parler de la romancière Kate Grenville mais je n'avais jamais eu l'occasion de croiser un de ses ouvrages. Aussi, je remercie vivement Anne-Sophie et les éditions Métailié pour cet envoi.

J'ai beaucoup apprécié la structure narrative de ce livre. L'auteure a opté pour le "je" de Sarah Thornill et je trouve que cela souligne bien l'idée de cet apprentissage que subit l'héroïne au fil des pages.

Dès son plus jeune âge, dans un monde où tout se veut nouveau, où on prétend oublier les origines de chacun tout en les rappelant sans cesse, Sarah se pose des questions et tente de percer certains mystères. Celui de son aîné prétendument disparu. Celui de ces Noirs qui rejettent son père...

De même, elle entend mener son existence comme elle le souhaite. C'est pour cette raison qu'elle se lance dans une idylle avec Jack. Mais sa famille s'oppose et Sarah doit trouver une autre voie vers l'indépendance.

Ce personnage ne peut laisser indifférent. Kate Grenville en a fait une héroïne profondément libre, généreuse, passionnée, exigeante...

On la voit évoluer dans sa famille, puis partir dans l'Australie plus profonde. Sans oublier un périple au pays des Maoris.

On en apprend ainsi beaucoup sur la vie de ces colons, souvent anciennement condamnés, sur leurs codes sociaux, sur leur rejet des autochtones...

Bref, vous l'aurez compris: Sarah Thornhill constitue un beau portrait de femme et m'a donné très envie de me plonger dans les autres ouvrages de Kate Grenville. Si vous appréciez les romans d'apprentissage dépaysants, je pense que vous serez conquis par ce titre.

Editions Metailié, mai 2014, 256 pages