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15/01/2014

Belle Epoque de Elizabeth Ross

Belle-Epoque

de

Elizabeth Ross

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"Parfaite, tout simplement parfaite.

Le petit bonhomme bedonnant me scrute sous tous les angles. Son gros ventre menace de faire sauter les boutons de son gilet. M. Durandeau, j'imagine, même s'il n'a pas eu la politesse de se présenter. Il tourne autour de moi tandis que je reste pétrifiée au milieu du salon. Un parfum indéfinissable flotte dans l'air"

Après avoir entendu ses voisines parler de son futur mariage avec le boucher, Maude Pichon a décidé, à tout juste 16 ans, de fuir sa Bretagne natale. Récemment débarquée à Paris, elle peine à joindre les deux bouts. Jusqu'au jour où elle répond à l'annonce d'un certain M. Durandeau...

Ce dernier a monté une agence qui propose un service unique à ses clientes: elles peuvent louer un repoussoir qui mettra leur beauté en valeur.

Après quelques hésitations, Maude accepte ce travail et est engagée par la comtesse Duberne pour servir de faire-valoir à sa fille Isabelle.

Mais tout se complique quand notre héroïne devient amie avec la jeune fille....

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J'ai immédiatement été attirée par la superbe couverture de cet ouvrage. Aussi, quand il est arrivé à la médiathèque, je l'ai emprunté immédiatement et dévoré en deux jours.

Il s'agit du premier roman d'Elizabeth Ross. Elle s'est inspirée des Repoussoirs, une nouvelle d'Emile Zola. Ce court récit narre "comment un individu nommé Durandeau fonde une agence de location de femmes laides qui vont servir de faire-valoir à des clientes issues de la bonne société." Une manière pour l'écrivain de dénoncer une "bourgeoisie qui ne s'embarrasse pas de scrupules, capable qu'elle est de faire de la laideur féminine une marchandise comme une autre".

Dès les premières pages, on découvre la fameuse agence Durandeau. Après avoir été évaluée sur son physique par le directeur, Maude Pichon passe son premier "casting". Avec tous les autre faire-valoirs, elle se retrouve scrutée par une cliente potentielle. Et réussit à être engagée.

Cette scène très forte a immédiatement retenu mon attention. On a l'impression que ces femmes choisies sur leur physique se voient retirer toute humanité et se transforment en bétail. Un bétail sélectionné selon des critères bien particuliers.

Dans ces conditions, on ne peut que comprendre la réaction de Maude et son refus. Mais la vie pour une jeune femme, fraîchement débarquée de la province, se révèle difficile dans le Paris de 1889. Elle tente d'exercer d'autres professions (blanchisseuse..). Cependant, bien vite, elle doit se résoudre à accepter le poste qui lui est proposé. Comme toutes celles qui l'ont précédé...

On lui confie la tâche de repoussoir auprès d'une jeune femme noble, Isabelle, qui vient de faire son entrée dans le monde et que sa mère espère voir fiancée avant la fin de la saison.

Comme Maude, Isabelle refuse son destin.

"Il y'a tout un monde au-delà de cette société brillante, un nouveau siècle pointe le bout de son nez. Mais pour moi, la vie se limitera éternellement à ça: une alliance avec un homme bien né"

Ces deux héroïnes, ainsi que toutes les figures féminines qui gravitent autour d'elles, permettent à la romancière de dresser un portrait de la condition des femmes à la fin du 19ème siècle.

Un tableau bien sombre car on se rend compte que chacune d'elles, peu importe sa position dans l'échelle sociale, se retrouve prisonnière. Prisonnière de son rang, prisonnière de son image, prisonnière de sa réputation...Et il faut beaucoup de courage pour se sortir de tous ces carcans.

Mais Belle Epoque nous plonge également dans le Paris de 1889. On se promène dans les différents quartiers. On assiste aux bouleversements induits par l'Exposition universelle, à l'instar du chantier de la Tour Eiffel qui suscite tant de critiques...On fraye avec les artistes de Montparnasse (dont une certaine Suzanne Valadon)...

De même, on découvre la bonne société, celle qui impressionnait tant notre héroïne quand elle était plus jeune. C'est là justement où le schéma narratif se révèle le plus efficace. Le "je" de Maude se fait évolutif au fil des pages. A la fascination et la naïveté des débuts (le premier bal, le premier opéra...) succèdent un certain désenchantement et une prise de conscience quand elle va au-delà des apparences.

Cette problématique des apparences se trouve bien évidemment au cœur de l'intrigue. Chacun des protagonistes y apporte sa réponse...Et je trouve cette thématique particulièrement intéressante car elle se fait l'écho de ce qui se passe dans notre société contemporaine, où l'image se révèle primordiale.

J'ai aussi apprécié le fait que je ne m'attendais pas à tous les rebondissements imaginés par Elizabeth Ross. Même si j'ai regretté la fin un peu trop rapide et certaines résolutions un peu trop simplistes.

Bref, vous l'aurez compris: j'ai vraiment passé un très agréable moment en compagnie de ce roman d'apprentissage bien documenté, doté de personnages attachants et d'une histoire originale.

Robert Laffont, collection "R", 2013, 17,90 €

Billet dans le cadre du challenge 19ème siècle

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16/07/2013

La liste de Siobhan Vivian

La liste

de

Siobhan Vivian

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"Aussi loin qu'on s'en souvienne, les élèves qui arrivent en cours le dernier lundi de septembre au lycée de Mount Washington y découvrent une liste nommant la fille la plus jolie et la plus moche de chaque niveau.

Cette année ne fera pas exception.

Cette liste est répartie dans les locaux à environ 400 exemplaires, dans les endroits plus ou moins visibles."

Comme tous les ans, en ce dernier lundi de septembre, huit filles, de la 3ème à la terminale vont apercevoir avec joie ou horreur leur nom sur une liste déterminant les plus moches et les plus belles de chaque niveau.

Ce classement va avoir un impact déterminant sur leur vie de lycéenne.

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Cela faisait quelque temps que j'avais remarqué ce roman sur la blogosphère. Aussi, quand il est arrivé dans la médiathèque où je travaille, je n'ai pas hésité longtemps avant de l'emprunter.

Il traite d'un sujet rarement évoqué en littérature adolescente: les listes qui sont souvent établies dans les collèges ou lycées pour catégoriser les gens en fonction  de leur physique.

Dès le début, on ne sait pas est l'auteur de la liste. Est-ce que ce sont les garçons du club de football? Des filles de terminale? Une des élues? Le mystère va planer sur l'identité de ou des créateurs tout au long du roman avant de trouver une solution que je n'attendais pas forcément.

Mais cette enquête ne constitue pas l'élément le plus important du roman. Ce qui nous intéresse surtout, c'est de voir l'impact que peut avoir un tel classement sur chacune des filles évoquées.

La structure narrative m'a semblé adéquate. En effet, la romancière a décidé d'alterner les points de vues des huit filles. Nous les suivons ainsi pendant une semaine jusqu'au bal qui élira la reine de la rentrée.

Comme on pouvait s'y attendre, la liste va avoir de fortes répercussions sur les plus moches. Sarah Singer, l'une d'entre elles, va ainsi se priver de douche et mettre tous les jours les même vêtements pour correspondre à la mention "à croire qu'elle fait tout pour être moche". Danielle De Marco, surnommée Dan the Man, va voir son copain s'éloigner...

"C'est le genre de blessure qui semble ne jamais pouvoir s'effacer, une cicatrice plutôt qu'une égratignure. Quelque chose qu'elle portera toujours en elle"

Néanmoins, la liste va aussi affecter les plus belles et leur entourage. Bridget, l'une d'entre elles, pour justifier son statut, va ainsi s'affamer.

Même si certaines réactions paraissent exagérées, j'ai trouvé que l'auteur avait bien su rendre les questionnements des adolescentes, les difficultés qu'elles peuvent avoir à s'accepter. De même, la dictature des apparences m'a semblé bien traitée.

J'ai aussi apprécié la description de la vie dans un lycée américain: l'importance des bals, des clubs, des activités sportives, du placement à la cantine...

En revanche, la fin m'a semblé trop rapide. Certaines situations connaissent une résolution  trop simple.

Bref, vous l'aurez compris: un roman sur une thématique intéressante, qui se lit très vite et fait passer un bon moment. Cependant, je suis restée sur ma faim. Il manquait sans doute un peu de profondeur psychologique.

Nathan, 2013, 405 pages, 15,50 €

Billet dans le cadre du challenge La plume au féminin 2013.

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