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30/09/2014

Comme des images

Comme des images

de

Clémentine Beauvais

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"Il y a un corps dans la cour du lycée Henri-IV."

Au bout d'une journée pas comme les autres, un corps se fracasse dans la cour du Cloître du lycée Henri-IV.

"Je contemple ce corps, d'abord, avec l'intérêt poli que l'on réserve aux statues excentriques des artistes contemporains, car il faut du temps pour que la vérité chemine jusqu'à moi à travers cette installation spectaculaire [...]

A présent, j'attends, en pensant à ce qui s'est passé ce jour-ci et tous ceux d'avant."

Ainsi, notre narratrice (anonyme, jamais son prénom n'est mentionné en 200 pages) revient sur les évènements qui ont conduit à cette chute fatale.

Tout a commencé quand Leopoldine Gauthier a rompu avec Tim pour se mettre en couple avec Aurélien. Tristesse du rejeté et forcément, volonté de se venger. Ou du moins, lors d'une soirée trop alcoolisée avec ses amis, de montrer son ex dans une position indécente.

Et un matin, à huit heures, tout le lycée (parents et professeurs compris) se voit adresser par mail ladite vidéo.

Rires/Dégoût/Rejet/Gêne/Moqueries/Soutien: autant de réactions qui secouent ce microcosme parisien et qui vont avoir des répercussions dramatiques.

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J'avais entendu parler de ce roman sur le blog de mon amie Loucy et j'avais envie de le lire depuis. Aussi, quand il est arrivé à la médiathèque, je me suis lancée.

Dès les premières pages, on se sent étouffé dans ce lycée d'élite, enfermé dans une de ses nombreuses cours à côté d'un cadavre. Comme si finalement cet établissement-Hache quatre-avait réussi à broyer un de ses membres.

"alors je me prenais à imaginer une sorte de rite initiatique terrifiant conduit dans l'ombre de la montagne Sainte- Geneviève. sous le visage acariâtre de la tour Clovis. Il y avait des épreuves de gladiateurs où on devait dompter des monstres et leur couper la tête avec cette fameuse "Hache quatre 100% de réussite" dont on entendait parler."

Bien entendu, il est question de réussite scolaire et de pression pour passer dans la bonne section en 1ère. Chaque devoir est un enjeu. Chaque note est disséquée et tous redoutent le moindre faux pas. Aucune erreur n'est tolérée et chacun sait qu'il joue sa future position sociale.

Mais cette idée, finalement, même si elle est plusieurs fois développée, m'a moins frappée que la méditation sur l'âge adolescent. Comme dans une Cour, chacun occupe un rang, de la reine aux courtisans. On jette les amis comme des kleenex, on se jauge...Et on tente de préserver sa place.

C'est ce que la confession de la narratrice met clairement à jour. On sent toute sa fascination pour sa Leo, son amie depuis la sixième, si belle, si intelligente, auréolée de toutes les qualités. Et si la publication de cette vidéo faisait descendre de son trône cette reine?

Elle dispose d'une journée. Une journée pour garder la tête haute et affronter tous les lazzis.

"Je me suis plu à imaginer Leopoldine comme leur petit chaperon rouge, et moi en bûcheron qui les attaquerait à la Hache quatre pour la sortir fraîche et ensanglantée et souriante de leurs entrailles. Sauf qu'elle n'avait pas besoin de moi: elle n'a pas pris de petit chemin alternatif, elle a marché droit devant eux avec son hochement de tête et son recoiffage rapide. Ils ont tous baissé la tête vers l'asphalte, comme balayés par le coup de fouet de ses cheveux."

Guerre de classe, guerre de position, guerres familiales...Et si l'adolescence se faisait encore plus cruelle à Hache-quatre?

A ces sujets forts se superpose un autre, qui depuis la parution de photos volées de stars dans le plus simple appareil en septembre, revêt une résonance encore plus particulière. J'ai parlé bien entendu de l'atteinte à l'intégrité du corps de la femme. Et de la multitude de réactions que provoque une diffusion de tels clichés et/ou films? Du "sale pute" au "je te soutiens", toute une gamme de comportements est évoquée lors de cette journée pas comme les autres. Et bien entendu, se dessinent en filigrane le sexisme et l'inégalité encore existante entre les hommes et les femmes dans leur rapport à la nudité et au sexe.

J'ai beaucoup apprécié toutes ces réflexions et ce portrait au vitriol de la jeunesse privilégiée dans ce lycée d'élite.

Mais, ce qui m'a gênée, c'est le style. Certes, les phrases brutes, sans fioritures, font forte impression et s'adaptent à la violence du sujet traité. Cependant, certaines tournures m'ont trop heurtée.

Bref, vous l'aurez compris: un ouvrage qui ne peut laisser indifférent et qui nous interroge profondément.

Editions Sarbacane, 2014, 204 pages

 

 

 

 

 

29/09/2014

Le Comte de Monte-Cristo

Le Comte de Monte-Cristo

d' Alexandre Dumas

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"Le 24 février 1815, la vigie de Notre-Dame de la garde signala le trois-mâts le Pharaon, venant de Smyrne, Trieste et Naples. Comme d'habitude, un pilote côtier partit aussitôt du port, rasa le château d'If, et alla aborder le navire entre le cap de Morgion et l'île de Rion."

Aux commandes de ce navire, le jeune Edmond Dantès qui a pris le relais de son capitaine, mort à bord. Quand il débarque avec son chargement, il est accueilli avec joie par l'armateur Morrel qui lui promet de l'élever au rang du capitaine.

Et que dire de l'accueil que lui réservent son père et sa douce Mercedes?

Non, décidément, tout sourit au jeune Edmond Dantès: une carrière prometteuse, un mariage prochain...Mais ce bonheur fait des envieux et deux hommes s'allient pour conspirer contre lui: Danglars et Fernand Mondego, amoureux aussi de Mercedes.

Ils envoient une lettre anonyme et l'accusent de complot bonapartiste.

Par un jeu de mauvais hasards, cette dénonciation conduit Dantès dans les cachots du château d'If. Pendant sept longues années, il croit devenir fou. Puis, il rencontre l'abbé Faria...Et tous deux fomentent leur évasion...

Quand j'étais plus jeune, j'ai lu beaucoup de romans d'Alexandre Dumas. J'ai notamment été fascinée par les aventures de la comtesse de Charny, de la reine Margot, de la dame de Montsoreau ou de d'Artagnan. Mais je ne m'étais jamais lancée dans le Comte de Monte-Cristo.

Il a fallu un voyage à Marseille (je vous ai d'ailleurs parlé au début du mois de mon excursion au château d'If) et la programmation d'une lecture commune avec Céline pour que je décide de l'entamer.

J'avais peur des paragraphes inutiles et des longueurs qu'entraîne souvent la publication en feuilletons

J'avais peur d'être déçue par le héros et par sa vengeance

Eh bien, tous ces préjugés, je les ai oubliés dès les premières pages. Certes, cette œuvre de plus de 1600 pages n'est pas exempte de quelques lignes en trop mais on les occulte très vite face à la puissance de l'intrigue.

De prime abord, on est séduit par la jeunesse et la fougue d'Edmond Dantès. Comment ne pas être charmé par cette force, cette envie de réussir, ce désir de bonheur auprès des siens? On espère que la lettre n'aura pas d'effets. On tente de croire à un miracle.

Puis vient la période d'enfermement au château d'If. Et une impression d'injustice qui nous étreint.

Et puis...

Je vous épargnerai le détail de tous les sentiments qui m'ont habitée au fil des chapitres. En effet,  c'est là l'un des tours de force de ce roman : nous faire éprouver toutes une palette de sensations, de la tristesse à l'espoir, de la colère au déni.

L'un des autres points forts réside dans le souffle qui envahit chaque page. Souffle de désespoir, souffle de colère, souffle de vengeance...Tout est emporté, tout est balayé par le désir de se faire justice. Justice contre ceux qui lui ont enlevé sa carrière, sa promise, son père, son identité. Et rien, ni personne ne sera épargné.

Car le comte de Monte-Cristo est d'un seul bloc. Il ne pardonne aucune faute et tous ceux qui ont aidé seront punis. Peu importe les dommages collatéraux.

Alors, il élabore un plan génial pour obtenir réparation. Un plan dont je n'ai pas pas compris au départ tous les tenants et aboutissants. Un plan qui se met lentement en marche.

Et j'ai été captée par cette gigantesque toile d'araignée dans laquelle il enferme tous ceux qui l'ont trahi.

Les séquences fortes s'enchaînent.De l'emprisonnement à l'évasion incroyable, de la découverte du trésor sur l'île de Monte-Cristo aux retrouvailles avec Mercedes, de la séance du Parlement à l'emprisonnement par les brigands...Devant l'accumulation de ces scènes, on ne peut que comprendre les nombreuses adaptations cinématographiques ou télévisuelles de l'ouvrage de Dumas.

A cette intrigue haletante s'ajoute une galerie de personnages incroyables: Edmond, Morrel, Danglars, Fernand, l'abbé Faria, Mercedes, Haydé...Autant de protagonistes qui symbolisent la colère, la cruauté, l'avarice, la fidélité, l'amour, la douceur, la bonté, la vengeance...Toute la gamme des sentiments humains est invoquée par eux.

On ne peut que détester certains et s'attacher à d'autres. Et espérer que la fureur du comte épargnera ces derniers.

Bref, vous l'avez compris: j'ai adoré ce roman que j'ai dévoré en une semaine et qui m'a semblé encore d'une extrême modernité.

Le Livre de Poche, 1600 pages, 12,20 € (deux tomes)

 

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Billet dans le cadre d'une lecture commune avec Céline et du challenge un pavé par mois de Bianca

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26/09/2014

Love letters to the dead de Ava Dellaira

Love letters to the dead

de

Ava Dellaira

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"Cher Kurt Cobain,

Aujourd'hui, Mme Buster nous a donné notre premier devoir d'anglais: écrire une lettre à une personne décédée (comme si elle pouvait lui arriver au paradis, ou, mettons, à la poste des fantômes.) Son idée, c'est sans doute de nous faire écrire à un ancien président ou quelqu'un de ce style, mais moi, il me faut une personne à qui je puisse parler. Je ne pourrais pas parler à un président. A toi, si."

Laurel vient d'entrer au lycée. Et un des premiers devoirs qu'elle reçoit de son professeur d'anglais consiste à écrire une lettre à un disparu.

Elle choisit de s'adresser à Kurt Cobain. Parce que sa soeur May l'adorait et lui a fait découvrir. Parce que, comme elle, il est parti très jeune...

Puis, de fil en aiguille, la liste de ses destinataires s'enrichit. Amy Winehouse, Heath Ledger, Amelia Earhart, John Keats...Autant de nouveaux interlocuteurs qui lui permettent d'exprimer ses joies, ses peines, ses doutes...

Parce que Laurel a vécu bien des drames

Parce qu'elle a perdu sa "fée"

Parce que sa mère a fui

Parce qu'elle dissimule en permanence tout ce qui bouillonne en elle

Parce qu'elle est à l'âge des questionnements

Parce que...

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J'avais remarqué ce livre en raison de son titre assez intriguant. Et le billet de ma collègue Plumosaure m'avait donné envie de m'y plonger.

Je l'ai entamé mercredi et en deux soirées, je l'ai achevé...

J'ai beaucoup aimé la construction narrative de ce roman épistolaire. Ava Dellaira s'éloigne des schémas traditionnels pour opter pour des destinataires morts.

Mais jamais des destinataires sélectionnés par hasard. Au contraire, leur choix semble être l'écho des émotions de la jeune femme.

Dès les premières pages, on sent bien que cette adolescente n'a pas eu un passé des plus faciles. Outre le décès de sa sœur (suicide? accident? ), elle semble abriter d'autres fêlures. Des fêlures qui vont se révéler au fil des chapitres...

L'année de ses 15 ans, elle va tenter d'oublier.

L'année de ses 15 ans, elle va faire la connaissance de Nathalie, Hannah et de Sky

L'année de ses 15 ans, elle va connaître sa première histoire d'amour

L'année de ses 15 ans, elle va apprendre à vivre sans sa "fée" et à se définir sans elle

L'année de ses 15 ans...

A ce portrait sensible et extrêmement touchant d'une jeune fille qui lutte pour ne pas sombrer, se greffe une analyse de l'âge adolescent. Un âge de construction, de définition de soi...

Chacun des protagonistes qui gravite autour de Laurel au lycée tente de trouver ses propres réponses.

J'ai beaucoup apprécié leurs interactions, leurs dialogues, leurs révoltes...Et ils m'ont semblé être les cousins éloignés de Charlie, Alaska...

En effet, avec cette première œuvre, Ava Dellaira se place immédiatement dans la lignée d'un John Green ou d'un Stephen Chbosky (pour lequel elle a d'ailleurs travaillé).

Elle a su créer des personnages qui sonnent vrai et qui restent longtemps en mémoire.

Et que dire de son style? J'ai été tout simplement bluffée par la maturité dont elle fait preuve. Je vous laisse juge avec ces quelques extraits:

"J'espère que l'un de vous m'entend. Car ce monde ressemble à un tunnel de silence. J'ai constaté que certains moments vous restent parfois en travers du corps. Ils sont là, logés sous la peau, telles des graines, d'émerveillement, de tristesse ou d'angoisse, et autour d'elles la croissance poursuit son cours."

Ou:

"Aujourd'hui, après avoir lu ton poème, j'ai songé à devenir écrivain à mon tour. Même si je ne pense pas pouvoir en écrire d'aussi beaux que les tiens, je me suis dit que je pourrais peut-être faire quelque chose de tous les sentiments qui sont en moi, même de ceux qui touchent à la tristesse, à la peur et à la colère. Il suffit peut-être de raconter les histoires, même les plus dramatiques, pour ne plus leur appartenir. Pour se les approprier. Et peut-être que grandir, c'est comprendre qu'on peut être autre chose qu'un personnage qui va là où l'histoire le pousse. C'est comprendre que cette histoire, on peut aussi en être l'auteur."

Bref, vous l'aurez compris: Love Letters to the dead se révèle un roman extrêmement bien écrit et poignant. De ceux qui sont capables de nous faire passer du rire aux larmes. De ceux qui nous rappellent l'importance d'aimer les siens. De ceux qui, une fois refermés, nous accompagnent longtemps. Une ode à la vie que je ne peux, bien entendu, que vous conseiller.

Michel Lafon, 2014, 318 pages

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