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23/10/2013

Les Tribulations d'une cuisinière anglaise

Les Tribulations d'une cuisinière anglaise

de

Margaret Powell

tribulations d'une cuisinière anglaise, margaret powell, editions payot, traduction française de below the stairs, autour de l'univers de downton abbey, source d'inspiration de julian fellowes

"Je suis née en 1907 à Hove, près de Brighton, et j'étais la deuxième d'une famille de sept enfants. Mon souvenir le plus ancien, c'est que les autres gosses avaient l'air plus riches que nous. Mais nos parents nous aimaient tellement!"

Née dans une famille pauvre de la région de Brighton, Margaret Powell a dû renoncer à son rêve de devenir institutrice pour entrer en condition. Tout, d'abord fille de cuisine, elle a gravi les échelons pour devenir cuisinière dans différentes familles londoniennes avant de se marier et d'abandonner cette carrière.

C'est ce quotidien de domestique anglaise des années 20 qu'elle dépeint dans ce livre, paru en 1968 sous le titre de Below stairs.

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Son ouvrage a d'ailleurs constitué une des principales sources d'inspiration de trois séries télévisées: Upstairs, downstairs; Beryl's lot et bien entendu, Downton abbey.

C'est pour cette raison que je l'ai emprunté. Je suis actuellement plongée dans la nouvelle saison de l’œuvre de Julian Fellowes et je guette avec impatience sa diffusion. J'ai pensé que les souvenirs de Margaret Powell représenteraient un bon antidote à l'attente.

Tout d'abord, je dois avouer que j'ai eu du mal à rentrer dans le vif du sujet en raison du style. En effet, le langage oral prime et certaines constructions ou expressions m'ont quelque peu décontenancée.

Mais, une fois surmonté ce handicap, je me suis intéressée à la vie de cette ancienne fille de cuisine devenue cuisinière (avec toujours en tête les images de Daisy et de Mrs Patmore)

Engagée à quinze ans dans une maison de Hove, Margaret fait l'apprentissage du dur quotidien de fille de cuisine. Pour preuve, voici la liste de tout ce qu'elle doit accomplir.

"La liste commençait par: se lever à cinq heures et demie (six heures le dimanche), descendre au sous-sol, nettoyer les conduits, allumer le feu, passer le fourneau à la mine de plomb [...] Après, je devais briquer au papier de verre le pare-feu en acier et les accessoires de cheminée [...] Je devais aussi astiquer les décorations en cuivre de la porte d'entrée, récurer les marches du perron, nettoyer toutes les chaussures et mettre la table du petit déjeuner pour les domestiques. Tout cela, il fallait que ce soit fait avant huit heures du matin."

On la suit ainsi dans toutes les tâches qui lui incombent (comme préparer la table de la cuisine, passer au tamis tous les ingrédients d'une recette, repasser les lacets...).

Puis, elle quitte sa ville natale pour entrer au service d'une famille londonienne. Au bout de deux ans, change encore d'emploi...Elle devient cuisinière et doit apprendre à gérer des repas à chaque fois différents selon les postes qu'elles occupent.

Ce qui reste, en revanche invariable, c'est sa relation avec le "haut". "Eux" font souvent vivre leurs domestiques dans des conditions misérables, exigent des femmes qu'elles ne soient pas frivoles, congédient celles qui ont le malheur de tomber enceintes....

Presque toutes les familles n'échappent pas au regard acerbe de Margaret Powell.

"Mais si "Eux "avaient entendu les bavardages que les femmes de service rapportaient de là-haut, ils se seraient aperçus que, derrière nos visages sans expression et nos manières respectueuses, il y'avait du mépris et de la dérision"

On est bien loin de l'image des patrons bienveillants véhiculée par Downton Abbey (même si un des couples d'employeurs s'en rapproche). Et c'est justement là un des principaux intérêts de cet ouvrage: retracer la vie et les interactions du personnel de cuisine. Des domestiques à part des autres (ils doivent les servir à table). Mais contrairement aux majordomes, valets ou femmes de chambres; une cuisinière a les pleins pouvoirs dans son domaine et ne reçoit la visite qu'une seule fois par jour de la maîtresse de maison.

De même, une des autres qualités de ce livre réside dans l'humour de son auteure. J'ai souri à de nombreux passages, à l'instar de celui-ci:

"Ce qu'il y avait aussi avec Mrs Bowchard, c'est qu'elle souffrait d'un mal inconnu de la médecine qui s'appelait "mes pauv' jambes". A cause de "mes pauv' jambes", il y avait tout un tas de choses qu'elle ne pouvait pas faire; "mes pauv' jambes" l'empêchaient de monter l'escalier pour aller dormir au grenier comme tout le monde, "mes pauv' jambes" lui interdisaient de faire quelque chose que quelqu'un d'autre pouvait faire à sa place, et c'était toujours à moi de m'y coller."

Bref, vous l'aurez compris: en dépit du style trop oral et souvent répétitif, le témoignage de Margaret Powell m'a semblé intéressant car il restitue, sans langue de bois, un pan de l'histoire de la domesticité anglaise des années 20.

Si, comme moi vous êtes fans de la série de Julian Fellowes, je pense qu'il pourrait également piquer votre curiosité.

Editions Payot, 2013, 248 pages, 20 €

 


11/06/2013

Berthe Morisot de Dominique Bona

Berthe Morisot

de

Dominique Bona

 

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"C'est une femme en noir: le chapeau dont les rubans s'enroulent autour de son long col de cygne, et la robe à peine échancrée sur sa peau mate ont l'éclat lustré des ailes du corbeau. Le noir a coloré les yeux, sans pour autant effacer leur reflet d'or: le regard qu'ils portent sur la vie est mordoré et chaud, étranger à tout cet attirail funèbre que la femme arbore avec désinvolture et élégance"

C'est ainsi que débute cette biographie de Dominique Bona consacrée à Berthe Morisot. Par la description d'un tableau de Manet.

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Cette artiste est née en 1841 à Bourges. Elle grandit dans un milieu intellectuel bourgeois. Sa mère tient régulièrement salon rue de Passy et tente de donner une éducation artistique à ses trois filles. Très vite, Edma et Berthe se passionnent pour la peinture.

Mais l'Ecole des Beaux-Arts reste un bastion inaccessible à toute personne de sexe féminin. Alors, les deux jeunes filles prennent des cours auprès de plusieurs maîtres. Guichard, l'un d'eux, souligne les dangers d'un tel engouement auprès de Mme Morisot.

"Avec deux natures comme celles de vos filles, ce ne sont pas des petits talents d'agrément que mon enseignement leur procurera; elles deviendront des peintres. Vous rendez-vous bien compte de ce que cela veut dire? Dans le milieu de grande bourgeoisie qu'est le vôtre, ce sera une révolution, je dirais presque une catastrophe. Etes-vous bien sûre de ne jamais maudire un jour l'art, qui une fois entré dans cette maison si respectablement paisible, deviendra le seul maître de la destinée de vos enfants?"

Malgré cet avertissement, les deux soeurs poursuivent leur éducation. Elles passent notamment de longues après-midi au Louvre à copier les grands: Velazquez, Rubens, Goya...

Elles exposent dans différents salons: celui de 1864, de 1867...La critique semble même préférer au début Edma à Berthe. Mais Edma choisit le mariage et abandonne Berthe à son destin d'artiste.

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A l'hiver 1868, Manet entre dans sa vie.

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Elle va accepter d'être son modèle pour le célèbre Balcon. S'ensuivent dix autres portraits. Nulle autre femme n'aura autant posé pour le peintre marié. Les séances s'arrêtent au moment du mariage de Berthe avec le frère de Manet après l'énigmatique tableau du bouquet de violettes.

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On a beaucoup glosé sur leur histoire mais les preuves viennent à manquer. Toute leur correspondance a disparu. Ne serait-ce pas justement la preuve de leur relation car Berthe proclamait souvent qu'il valait "mieux brûler les lettres d'amour"?

Ce qui est sûr, c'est que leur art s'est mutuellement nourri. Alors que lors de leur première rencontre, Manet pensait qu'elle pourrait faire une bonne épouse d'académicien, il la considère au fil des années comme son égale.

Berthe Morisot se fait une place parmi les artistes de son temps. Elle expose avec les impressionnistes; noue de solides amitiés avec Monet, Mallarmé...

C'est ce destin extraordinaire que retrace Dominique Bona. Même si elle a cruellement manqué d'une "chambre à soi", elle a réussi à s'imposer dans un milieu misogyne et à être reconnue.

"Ses toiles sont les seules toiles peintes par une femme qu'on pourrait détruire sans laisser un blanc, un hiatus dans l'histoire de l'art. "(George Moore)

Cette femme m'a vraiment impressionée. Je l'ai trouvée tour à tour libre, forte, émouvante dans son amour pour Manet et sa fille, fragile, tourmentée, engagée, déterminée...

Toutefois, j'ai regretté que parfois, l'auteure ne s'attarde pas plus sur certains éléments. J'ai eu ainsi l'impression de perdre de vue certains protagonistes (la soeur aînée..) et de découvrir avec surprise ce qui leur était arrivé. De plus, j'aurais aimé trouver plus de reproductions des tableaux évoqués.

Bref, vous l'aurez compris: je vous recommande cette biographie pour découvrir qui se dissimulait derrière la jeune femme en noir au bouquet de violettes.

Le Livre de Poche, 2002, 376 pages, 6,90 €

Je vous mets en lien une vidéo que j'ai trouvée avec ses principaux tableaux (j'avais eu la chance de les admirer lors d'une exposition à Lille quand j'étais étudiante)