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rentrée littéraire 2018

  • Ma dévotion de Julia Kerninon

    Ma dévotion

    de

    Julia Kerninon

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    "A vingt-cinq ans, j'ai écrit un mince essai consacré à Hans Christian Andersen. J'étais jeune alors, et je pensais y avoir démontré de manière convaincante l'étroitesse des liens entre la vie et l’œuvre de l'auteur danois, mais je me leurrais. Des années plus tard, lorsque je l'ai vraiment lu, ce qui signifie lu comme le livre écrit par une autre-ce qu'il avait de fait fini par devenir- j'ai été stupéfaite de ce que j'y ai trouvé. En lieu et place des pertinentes analyses dont je croyais me souvenir, je découvrais page après page une défense presque lyrique de l'isolement- et j'entendais la voix sourde de la jeune femme que j'avais été, une fille introvertie, se cachant derrière ces livres, aussi terrifiée qu'orgueilleuse, et qui tâchait férocement d'imposer un ordre au monde."

    Au crépuscule de son existence, Helen croise par hasard Franck sur un trottoir de Londres, alors qu'ils ne se sont pas vus depuis plus de vingt-trois ans. Sur ce bout de bitume, elle entame sa longue confession. De leur rencontre sous les lambris d'un palais romain à leur installation à Amsterdam, de leurs séparations à leur réunion normande, de leur enfance au drame, se déroule ainsi le fil de leur relation.

    "Si je t'avais parlé à temps, Frank. Si je t'avais une seule fois, dit quelque chose au lieu de simplement faire, toujours faire, toujours tout faire, si j'avais su utiliser tous les mots qui étaient pourtant, sous leur forme écrite, ma compétence la plus achevée, si j'avais su les dompter pour qu'ils portent ma voix, rien de tout cela ne serait arrivé, n'est-ce pas? C'est pour cela que je parle maintenant et que tu dois m'écouter."

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    © Philippe Matsas / OPALE

    Grâce au Grand prix des lectrices Elle, j'ai découvert la plume de Julia Kerninon. Pour mon premier jour de l'année 2019, je me suis plongée dans ce livre et je l'ai dévoré en une après-midi.

    J'ai été captée par ce long chant de l'amour impossible. A la manière de l'héroïne de la magnifique nouvelle Lettre d'une inconnue de Stefan Zweig, Helen revient sur toutes les étapes de sa passion dévorante pour Franck. Rome, Amsterdam, la Normandie, Londres comme autant de couplets de ce même refrain décliné à l'infini: son adoration pour cet homme qui ne cesse de lui échapper et la rattrape au moment des adieux.

    La plume sensible et vibrante de Julia Kerninon épouse au mieux les pensées de cette héroïne au cœur malmené.  Et nous livre un sublime portrait de femme.

    J'ai beaucoup apprécié également l'analyse psychologique, à la fois poussée et d'une grande finesse. Non seulement d'Helen. Mais aussi de Franck, dont on entend une seule fois la voix (et de quelle jolie manière) mais qui se dessine en creux de chaque phrase de la narratrice. Tout s'efface en sa présence. Et les autres protagonistes n'apparaissent que comme des figures de deuxième plan. Même si, à un moment, elles parviennent à occuper un rôle de premier plan. Notamment par les vérités implacables qu'elles délivrent.

    Quant au duo Helen et Franck, il est fascinant de les voir évoluer dans leur danse de l'amour-dévoration, de l'amour-ravage, de l'amour-fuite, de l'amour-jalousie, de l'amour-pardon, de l'amour-drame...Même si, le plus souvent, Helen se retrouve reléguée de la piste de danse, loin de ce cavalier si convoité.

    De plus, ce roman permet une incursion dans les milieux diplomatiques, culturels et un voyage des années 50 à nos jours. Toute la partie sur la création, tant littéraire que picturale, m'a profondément intéressée.

    Chapitre après chapitre, nos sentiments sont chamboulés, entre compréhension, attachement, pitié, rejet, espoir...Jusqu'à cet acte final, d'une certaine façon, inéluctable.

    Bref, vous l'aurez compris: j'ai entamé l'année 2019 en termes de lectures de la plus belle manière. Ma dévotion, ce drame de l'amour à sens unique, m'a profondément touchée. Et je pense que cette fresque de la passion entre deux êtres extraordinaires fera partie de mes plus belles découvertes du Grand prix des Lectrices Elle 2019.

    Editions Rouergue, La Brune, 2018, 299 pages

    En bonus, je vous glisse un lien vers cette chanson qui a résonné en moi, une fois ce livre refermé.

     

     

     

  • Einstein, le sexe et moi d'Olivier Liron

    Einstein, le sexe et moi

    romance télévisuelle avec mésanges

    de

    Olivier Liron

     

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    "Je suis autiste Asperger. Ce n'est pas une maladie, je vous rassure. C'est une différence. Je préfère réaliser des activités seul qu'avec d'autres personnes. J'aime faire les choses de la même manière. Je prépare toujours un croque-monsieur avec le même Leerdammer. Je suis si fréquemment absorbé par quelque chose que je perds tout le reste de vue. Mon attention est souvent attirée par des bruits discrets que les autres ne perçoivent pas. Je suis attentif aux numéros de plaques d'immatriculation ou à tous types d'informations de ce genre. On m'a souvent fait remarquer que ce que je disais était impoli, même quand je pense que c'était poli. "

    Ainsi débute une des plus jolies surprises de cette rentrée littéraire. En 2012, Olivier Liron a participé à Questions pour un super champion. Il nous retrace l'enregistrement de cette émission, entre coulisses, conversations avec Julien Lepers et affrontements avec les autres candidats. Aux phases de jeux s'entremêlent ses souvenirs. Comme si les questions épousaient son passé.

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    Crédits: Coline Sentenac

     

    Ce roman, j'en ai beaucoup entendu parler sur la blogosphère et sur Bookstagram. Aussi, j'ai été ravie de me plonger dedans quand il est arrivé à la médiathèque. Dès les premières pages, j'ai été frappée par la sincérité qui se dégageait de ce texte. En effet, l'auteur se livre dès ce premier chapitre sur son autisme Asperger. Une différence qui, notamment, lui fait retenir les plaques d'immatriculation, lui fait répéter les mêmes schémas dans les choses qui l'entourent ou lui fait préférer le musée au théâtre. 

    Cette authenticité se retrouve tout au long de son récit. Un récit bâti comme une pièce de théâtre en quatre actes. Chacun d'entre eux correspondant à une des phases de Question pour un super champion: les neuf points gagnants, le quatre à la suite, le face-à-face et le super champion.

    Sous la plume d'Oliver Liron, c'est comme si l'émission reprenait vie. Il a su avec beaucoup de talent ressusciter sous nos yeux Julien Lepers, sa manière d'animer, son phrasé, ses gestes. Sans oublier l'attitude des candidats. On rit, on se prend au jeu des questions et on retrouve les sensations éprouvées lors de la diffusion le dimanche en fin d'après-midi. En effet, je me suis revue avec mes grand-tantes et ma grand-mère assister à ce jeu et me passionner pour tel ou tel candidat.

    Mais, souvent derrière le rire, se dissimulent les larmes. Car, comment devant tant de sincérité, ne pas être émue aux tréfonds? Enfance, relation avec sa famille, rejet, violences subies, incapacité à s'exprimer, même devant l'objet aimé....: tout nous remue. Un peu comme si Olivier Liron savait faire résonner notre humanité et se faire l'écho de certains de nos doutes ou de nos peurs. Comme si, par le pouvoir de ses mots, il fabriquait une grande chaîne d'empathie entre tous ses lecteurs. Tour à tout, on s'indigne, on est aux bords des larmes, on admire l'étendue de ses connaissances, on ressent des élans de solidarité...

    "J'aurais simplement voulu lui dire quelques mots. Mais il n'y avait que le silence quand j'ouvrais la bouche. J'aurais voulu lui dire qu'il y a des choses que je ne comprenais pas, que je ne savais pas moi-même.

    J'aurais voulu lui dire que je ne savais pas ce que j'étais, que je savais pas qui j'étais, j'aurais voulu lui avouer des choses dont je n'avais jamais parlé. J'aurais voulu lui dire que j'avais coupé les ponts avec ma famille, que j'avais besoin d'aide, que j'aurais aimé lui parler, juste lui parler."

    Bref, vous l'aurez compris: plongez-vous sans tarder dans ce petit bijou! Un hymne à la différence sensible, drôle, intelligent, humaniste et qui vous touchera forcément en plein cœur!

    Alma Éditeur, 2018, 195 pages

    Je ne peux résister à vous mettre en lien la présentation d'Olivier Liron à Questions pour un super champion, mis en ligne par Alma Éditeur


     

  • Concours pour le paradis de Clélia Renucci

    Concours pour le paradis

    de

    Clélia Renucci

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    "20 décembre 1577

    Benedetto alerta son frère aussitôt qu'il apprit la nouvelle. Véronèse, enroulé dans ses draps de lin, ouvrit un œil méfiant.

    -Le palais des Doges brûle? Comme tous les cinq ans! Pourquoi viens-tu me déranger pour si peu? Tiens, en parlant de feu, si tu pouvais ajouter quelques bûches dans la cheminée, je ne t'en voudrais pas..."

    En ce 20 décembre 1577, le palais des Doges est ravagé par un incroyable incendie qui détruit notamment le Paradis, l'immense toile qui ornait la salle du Grand Conseil.

    Dès 1578, une commission décide de commander un nouveau Paradis. Un concours est organisé entre le peintres vénitiens les plus célèbres. S'affrontent ainsi Véronèse, le Tintoret et Bassano. 

    Pendant quelques quatorze années, cette toile va occuper tout un pan de leur création. Création qui va susciter chez eux bien des joies et des drames.

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    Le Paradis

    Ce roman de Clélia Renucci, je l'avais repéré dès sa sortie. Aussi, j'ai été ravie quand j'ai pu le recevoir grâce aux Matchs de la Rentrée littéraire, une opération organisée par Rakuten.

    L'autrice nous plonge dans la Venise de la fin du 16ème siècle. Une Venise qui peine à garder sa suprématie militaire et maritime face aux Ottomans. Et qui subit la loi de l'Inquisition. Cependant, malgré ces menaces politiques et le poids de la religion, l'art occupe toujours une place de choix chez les gouvernants. En effet, suite à l'incendie de 1577, les Doges qui se succèdent entendent faire retrouver sa splendeur d'antan à la salle du Grand Conseil et font appel aux artistes de la Sérénissime les plus côtés.

    L'occasion pour le lecteur d'entrer dans l'intimité de ces maîtres. A la suite des membres de la Commission, nous pénétrons dans l'atelier de Véronèse, du Tintoret et de Bassano. Trois hommes aux caractères, aux existences et aux styles bien différents. Véronèse, c'est la flamboyance, l'exubérance, un sens de la vie chevillé au corps. Le Tintoret, le génie calme. Bassano, l'envie de se faire un nom, au point que tout échec pourrait lui être fatal. Tous les trois représentent autant de facettes de l'artiste. Et la possibilité, par conséquent, pour Clélia Renucci de nous faire comprendre tout ce qui est à l’œuvre dans le processus créatif. C'est passionnant de voir les coulisses, d'assister à l'émergence de leurs créations et de comprendre les relations qu'ils entretiennent avec leurs mécènes et les dirigeants. De même, j'ai été très intéressée par tous les procédés techniques: les choix de couleurs, les fabrications du vernis...

    Sans oublier les réflexions sur la toile elle-même. Car le Paradis occupe toutes les pensées, autant celles des peintres que celles des politiques, des familles et de nous lecteurs. Les rebondissements autour de ce tableau sont multiples: copies de croquis, choix abandonnés, esquisses remodelées, figures gommées ou retouchées. Au fil des pages, c'est comme si le Paradis prenait vie sous nos yeux ébahis. Au prix de nombreux efforts et de nombreux sacrifices. Au prix aussi du sang.

    Un des autres atouts de ce roman réside également dans la description de la Venise du 16ème siècle. Chapitre après chapitre, les canaux, les ponts et les rues nous livrent tous leurs secrets. J'ai particulièrement apprécié les scènes de carnaval. Et cette séquence de fête avec Véronèse et Marco, un des fils du Tintoret, qui bien imprudemment se lie avec le rival de son père.

    Les pages se tournent toutes seules, on remonte avec plaisir le temps et on en ressort avec une furieuse envie d'admirer des toiles de Véronèse, de Bassano et du Tintoret et bien entendu, de partir à Venise.

    Néanmoins, je dois avouer que j'ai été un peu moins convaincue par certains personnages. Notamment ceux de la fille du doge et de l'inconnue du couvent. Je comprends leur intérêt par rapport à la narration mais j'aurais préféré qu'elles soient un peu plus creusées.

    Bref, vous l'aurez compris: si vous aimez l'art et les romans autour de la création, Concours pour le paradis est fait pour vous! Plongez vous sans tarder dans cette fresque foisonnante!

    Un grand merci à Priceminister pour cet envoi.

    Albin Michel, 2018, 267 pages