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27/04/2016

Je peux très bien me passer de toi de Marie Vareille

Je peux très bien me passer de toi

de

Marie Vareille

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"Journal de Constance Delahaye

13 février 2013-20h45

Anniversaire de Greg annulé à la dernière minute pour cause de migraine atroce. Je serai au lit d'ici quinze minutes avec Raison et sentiments et ma nouvelle tisane anti-gueule de bois verveine-menthe-citrate-de-bétaïne."

Constance et Chloé se sont toutes les deux connues à un club de lecture. Outre leur passion pour la littérature, elles partagent aussi une certaine propension aux échecs sentimentaux. Alors que Chloé collectionne les histoires d'un soir, Constance traverse une période de désert affectif. A l'approche de la trentaine, elles décident donc de passer un pacte: Chloé s'exilera à la campagne pour se consacrer à l'écriture d'un roman sans laisser aucun homme l'approcher et, au contraire, Constance séduira un inconnu pour une nuit.

Et si cet engagement réciproque leur permettait de vraiment influer sur le cours de leurs existences respectives?

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Voilà déjà quelque temps que j'apercevais sur la blogosphère de très bonnes critiques autour de cet ouvrage. Aussi, quand il est arrivé dans la médiathèque parisienne que je fréquente, j'ai été ravie de pouvoir l'emprunter.

Dès les premières pages, je suis tombée sous le charme de cette intrigue.

Sans doute car elle aborde la question que toute trentenaire se pose à un moment ou à un autre: fais-je les bons choix?

En effet, Constance et Chloé cumulent les erreurs, aussi bien sentimentales que professionnelles. Et, page après page, elles vont tenter d'apprendre à enfin prendre les bonnes décisions. Celles qui se révéleront bénéfiques pour leur futur.

Roman d'apprentissage donc, roman de quête également...De son identité, de son bonheur.

A ces thématiques essentielles de développement de soi se greffent des intrigues amoureuses, dignes de toute bonne chick-litt. Premier rendez-vous, mauvais choix, maladresse dans les approches, aveuglement des personnages...Autant d'ingrédients dignes des meilleures comédies romantiques que l'on retrouve au fil des chapitres.

On s'interroge, on rit beaucoup (notamment lors des cours de séduction de Constance alias Icequeen)...On cherche aussi les références littéraires et cinématographiques. En effet, il m'a semblé que Marie Vareille, tout au long de son intrigue, distillait de nombreux hommages. A commencer par celui de la première page: la comparaison implicite entre Constance-Chloé et Elinor-Marianne Dashwood de Raison et sentiments.

Un des autres atouts de ce roman réside dans son schéma narratif : une alternance de points de vue entre Constance et Chloé. Et deux modes de récit pour suivre leur parcours: des fragments du journal intime de Constance et une narration à la première personne pour Chloé. J'ai trouvé ce procédé stylistique très habile car non seulement, il dissocie bien les deux voix mais il empêche toute tendance à la répétition et donc toute lassitude.

Autour des deux héroïnes évolue toute une galerie de personnages attachants. De Guillaume, l'ex dépassé de Chloé à Vincent, le voisin viticulteur à Mamie Rose, la grand-mère résolument moderne ou Charlotte, la meilleure amie de Chloé, tous pourraient appartenir à notre entourage. Par conséquent, tous sonnent juste.

De même, j'ai beaucoup apprécié la mise en abîme autour de l'écriture. Comme si Chloé se faisait le double de Marie Vareille.

"Depuis que je suis toute petite, depuis que Mamie Rose m'a mis mon premier livre entre les mains, j'ai su ce que je voulais faire de ma vie. Je voulais raconter des histoires qui font rire les enfants, qui finissent bien, des romans dans lesquels on se blottit pour oublier la réalité. Je voulais emmener les rêveurs, dans des contrées lointaines, quand tout le monde dort depuis longtemps, qu'il ne reste plus que le murmure des pages qu'on tourne dans le silence de la nuit, encore un chapitre, juste un seul, un dernier."

Bref, vous l'aurez compris: j'ai eu un coup de cœur pour Je peux très bien me passer de toi. Un roman résolument feel-good qui conjugue romantisme et réflexions autour du temps qui file et des réalisations personnelles à mener. Je sais déjà que je me replongerai avec plaisir dans d'autres titres de cet auteur...et que ce livre, je vais beaucoup l'offrir à mes amies qui se reconnaitront sans doute un peu dans Constance ou Chloé voire les deux.

Et pour conclure, cette jolie citation d'Oscar Wilde qui sert d'épigraphe.

"Never love anyone who treats you like you're ordinary"

Editions Charleston, 2015, 317 pages

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29/02/2016

Amok, une adaptation théâtrale superbe

Amok

de Stefan Zweig

adapté par Alexis Moncorgé

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"Vous savez ce que c'est que l'amok. C'est une ivresse chez les Malais, une sorte de rage humaine, une crise de monomanie meurtrière insensée."

Sur un paquebot en partance pour l'Europe, par une nuit de 1912, un homme se confie. Il vient de passer cinq années en Malaisie en tant que médecin.

"Tous ceux qui viennent de ce côté font le même rêve. Mais dans cette serre étouffante, là-bas, qui échappe à la vue du voyageur, la force vous manque vite ; la fièvre – on a beau avaler autant de quinine que l’on peut, on l’attrape quand même, elle vous dévore le corps ; on devient indolent et paresseux, on devient une poule mouillée, un véritable mollusque. Un Européen est, en quelque sorte, arraché à son être quand, venant des grandes villes, il arrive dans une de ces maudites stations perdues dans les marais ; tôt ou tard, chacun reçoit le coup fatal : les uns boivent, les autres fument l’opium, d’autres ne pensent qu’à donner des coups et deviennent des brutes ; de toute façon, chacun contracte sa folie"

La folie de cet homme, c'est une femme. Une Européenne venue dans son cabinet pour lui demander de l'aide.

Face à son dédain, il se fait impérieux.

Face à son impétuosité, elle se refuse.

"Moins d'une heure après l'entrée de cette femme dans ma vie, je me jetais dans le vide. Comme un Amok."

Débute alors une course-poursuite obsessionnelle.


Je me souviens avoir lu cette nouvelle adolescente et avoir été frappée par le déferlement des passions, par l'implacabilité de l'amok, par la construction narrative...Aussi, quand j'ai vu qu'une adaptation était jouée au Théâtre de Poche Montparnasse, j'ai pris une place avec une de mes meilleures amies.

Je me souviens m'être assise hier au premier rang et avoir attendu avec impatience le début, non sans un certain sentiment d'appréhension. Et si la pièce n'arrivait pas être à la hauteur de cet écrivain que je classe parmi les plus grands?

Et puis...je me souviens que tout a commencé

Et puis...je me souviens que je me suis perdue pendant une heure quinze dans une bulle de folie, entre la Malaisie et un paquebot, suspendue aux mots d'un comédien, seul sur scène.

J'ai été bluffée par le travail d'adaptation qui a été opéré. Comme il doit être compliqué de transposer une œuvre aussi forte et là, on ne peut que saluer la réussite.

Alors que dans la nouvelle, le médecin s'adressait à un autre passager. Ici, c'est le public qui se fait confident. Une manière très adroite de nous mobiliser et de nous investir encore plus en tant que spectateur. Comme si on se plongeait nous-même dans l'histoire. Comme si, d'une certaine façon, elle ne pouvait se dérouler sans nous...

Ce n'est pas le seul procédé, bien entendu, employé par Alexis Moncorgé pour transformer ce récit. Tout en restant fidèle à la plume de Zweig, il lui donne vie.

Une prouesse stylistique certes, mais une prouesse dramatique également!

Quelle intensité dans son jeu! Dans ce monologue, il est un et il est multiple. Multiple dans le registre qu'il propose pour retranscrire la complexité et la richesse du personnage principal. Multiple aussi dans sa façon d 'incarner tour à tour un boy, une riche Européenne...

Il nous fait frémir, rire, craindre, espérer, verser des larmes...Il se métamorphose sous nos yeux ébahis, il hurle, il court, il pleure...

Un tour de force donc, sublimé par la mise en scène de Caroline Darnay, la scénographie de Caroline Mexme et les lumières de Thomas Cordé.  Une mise en scène épurée au service du texte et de l'interprétation. Quelques éléments de décors, quelques effets sonores et lumineux, quelques accessoires...

Je n'oublierai pas pendant longtemps, dans ce noir total, cette ampoule suspendue (à la manière du Corbeau de Clouzot), qui éclaire juste le visage et oscille. Comme un mouvement perpétuel entre raison et folie, vie et mort.

Ni cette danse...Ni ce passage dans la fumerie de l'opium avec un drap qui s'humanise sous nos yeux..Ni ce bal...Ni...

Bref, vous l'aurez compris: courez voir Amok au Théâtre de Poche, cette pièce hallucinante et hallucinée que j'ai tout bonnement adoré. Il s'agit en plus de la première création de Chayle et compagnie dont je suivrai désormais avec intérêt les prochaines propositions artistiques!

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