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amitié

  • Lettres d'amour de 0 à 10 de Susie Morgenstern et Thomas Baas

    Lettres d'amour de 0 à 10

    de

    Susie Morgenstern et Thomas Baas

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    Ernest, 10 ans, habite avec sa grand-mère Précieuse et leur gouvernante Germaine. Dans son quotidien, tout est régi par un certain nombre de règles et d'habitudes. Rien ne dévie jamais. Comme si la vie devait se plier au deuil éternel de tous ses morts qui hantent la mémoire de Précieuse.
    Un jour, débarque dans sa classe Victoire de Montardent, une tornade de fantaisie, qui le remarque aussitôt.
    Par petites touches, elle fait entrer le soleil dans son existence.
    Et si tout changeait?

    Ce texte fait partie des pépites jeunesse qui m'ont le plus touchée. Aussi, j'étais très curieuse de découvrir son adaptation graphique.
    Et je ne peux que saluer le remarquable travail qui a été effectué.

    Lettres d'amour de 0 à 10 parle de ces absences qui trouent le cœur, de ces silences, de cet ennui où chaque minute s'égrène bien trop lentement au son de l'horloge. Il montre également comme une rencontre peut métamorphoser votre destin. Un sujet maintes fois évoqué, me direz-vous. Certes, mais la plume de Susie Morgenstern parvient à le renouveler. Par ce subtil équilibre qu'elle parvient à trouver entre les rires et les larmes, la retenue et l'action. Par ces scènes d'une beauté à la fois simple et vibrante. Par certaines de ses phrases qui vous saisissent et vous étreignent.

    Thomas Baas restitue tout cela. Certaines de ces cases se font muettes pour mieux exprimer ces émotions. Comme celles du début avec Ernest à la fenêtre. Éternel spectateur de ce flot qui entraîne les autres et le laisse en lisière.
    Le découpage, le choix des couleurs, les plans, tout fait sens et épouse à merveille les mots de Susie.

    Bref, une merveilleuse adaptation qui m'a emportée hier et que je relirai avec plaisir !

     

     

     

     

  • Sous le soleil de mes cheveux blonds de Agathe Ruga

    Sous le soleil de mes cheveux blonds

    de

    Agathe Ruga

     

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    "On dit que les rêves des femmes enceintes peuvent changer le monde.

    Que leur puissance hypnotique s'apparente à de la voyance.

    Qu'ils ressuscitent les âmes et les disparus."

    La disparue depuis six ans, c'est Brigitte. L'amie avec un grand A. Celle rencontrée sur les bancs du lycée dans une classe de première S. Celle des premières confidences, des premières danses, des premières fois. Celle de la période charnière entre l'adolescence et l'âge adulte. Celle dont la trahison à plusieurs reprises a fait le plus de mal. Celle dont l'absence prend toute la place.

    "Je dois faire le deuil de toi vivante. L'absence est pire que la mort, rien n'arrête le sentiment d'absence, on est condamné à vivre avec tous ces absents qui demeurent quelque part et sans nous. Et quand bien même ils tenteraient de revenir nos vies, leur réapparition ne changerait rien. Ils ont été absents, ils seront toujours absents, ils ont créé un immense vide, impossible à combler. Il y a pas d'issue. Nos absents sont des trous dans nos cœurs."

    Parce que ce trou au cœur ne se comblera jamais...

    Parce que, désormais enceinte, elle rêve toutes les nuits de Brigitte...

    Parce qu'elle ne lui a pas encore tout dit...

    Brune va se lancer dans une déclaration, sa déclaration.

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    Certains livres, on ignore avant de les ouvrir qu'ils vont nous marquer et résonner si profondément en vous. On les prend, sur les conseils d'une amie (merci Eva!) On les ouvre, un peu curieuses. Et puis, la magie opère. On est emportés par l'histoire, par la langue. Tout s'efface et plus rien n'existe. Si ce n'est le bruit des pages qui se tournent trop vite, les images qui s'imposent à l'esprit, les émotions qui affleurent...Sous le soleil de mes cheveux blonds appartient à ce genre d'ouvrages.  Je l'ai dévoré un après-midi de février et j'y suis revenue ce soir, avec le même plaisir, les mêmes ressentis et cette envie de rajouter certaines phrases à ma collection de citations.

    Ce roman, c'est une magnifique lettre de Brune à son amie enfuie. Une lettre dans laquelle elle revient sur toutes les étapes de leur relation. Mais aussi sur son quotidien de femme enceinte. Comme si ce "tu"perdurait, envers et contre tout. Et, en même temps, comment mettre le point final à une amitié aussi forte, une sororité même? Est-ce réellement possible?

    Derrière chacun des mots, on ressent toute l'affection, le désarroi, le manque, le vide, le bonheur de certains souvenirs envolés...Le mal qu'elles sont capables de se faire aussi.

    "Tu es ma plus belle robe de soirée, mon champagne le plus euphorisant, mon plus long SMS. Mon plus bel amour inachevé."

    Brune et Brigitte constituent ainsi le cœur palpitant de ce livre. Mais leur amitié ne pourrait résumer cet ouvrage. En effet, Sous le soleil de mes cheveux blonds traite avec beaucoup de justesse et de sensibilité de tout ce qui fait l'étoffe de nos vies.

    A commencer par les amours adolescentes et les passions adultes. Ici, elles sont incarnées par deux figures masculines, deux amis: Valéry et Marceau. Deux étapes essentielles dans le parcours de Brune vers sa vérité de femme. Premiers émois, premières déceptions, besoin de plaire, premiers regards coupables, premiers rapprochements...: tout est décrit avec une force et une sincérité admirables. Agathe Ruga démontre un réel talent pour reconstituer des ambiances, faire surgir des scènes devant nous et retranscrire tout ce qui peut traverser nos âmes.

    Son récit, c'est aussi celui d'une émancipation. Comme si pour être heureuse maintenant, Brune avait dû s'affranchir de tant de choses: les amitiés ravages, les amours ennuyeuses, les métiers prisons...Et imposer aussi des limites à sa mère, à la fois trop absente et trop intrusive.

    Forcément, avec de telles thématiques, ce roman ne peut que faire écho à nos propres existences. Et c'est là justement que réside une de ses grandes forces: donner à une histoire intime une dimension universelle, capable de faire réagir de nombreux lecteurs. 

    J'ai aimé le souffle de liberté qui anime cette héroïne, dans sa quête de sens et dans son envie d'être pleinement vivante.

    J'ai aimé la mélancolie de ce récit, cette absente toujours présente. Cette béance que chacun à nos âges a sans doute éprouvé.

    J'ai aimé ces pépites qui surgissent au milieu d'une phrase et vous touchent, encore et encore.

    J'ai aimé cette histoire qui, pour plein de raisons personnelles, a tant fait écho en moi.

    J'ai aimé cette sensation de vie qui se dégageait de chaque page. La vie dans sa complexité, sa richesse, sa joie, sa tristesse aussi.

    J'ai aimé ce duo Brune/Brigitte et je les ai quittées à regret.

    J'ai aimé cette magnifique lettre d'amour à l'enfuie.

    J'ai aimé...

    Bref, vous l'aurez compris: Sous le soleil de mes cheveux blonds est un livre coup de cœur, sensible, juste, émouvant et je ne peux que vous le recommander.

    Stock, collection "Arpège, 2019, 299 pages

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  • Jungle de Monica Sabolo

    Jungle

    de

    Monica Sabolo

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    "Le matin où Julia se trancha les veines dans son bain, elle s'était peint les ongles de pied en rouge. Ses lèvres brillaient de gloss parfumé à la cerise. Elle avait enfilé un minuscule bikini rose comme si elle avait prévu d'aller à la plage. Ses cheveux noirs s'étendaient en corolle autour de son visage paisible, vaguement souriant, et ses seins pointaient à la surface de l'eau, comme deux îles émergeant de l'océan Pacifique au soleil couchant. Elle était magnifique.

    Sur le miroir au-dessus du lavabo, elle avait inscrit un message avec son tube de rouge à lèvres, qui s'effaçait derrière un nuage de buée.

    Louise, tout ira bien. Moi, je vais très bien. Je t'aime."

    Été 2002, Julia, 21 ans, se donne la mort. Louise, sa meilleure amie, se remémore celle qui n'est plus. Et remonte le fil de leurs souvenirs et de leurs aventures communes. Deux jeunes femmes très différentes: l'une, idolâtrée, à la recherche de l'amour de tous depuis qu'elle a perdu celui de son père; l'autre, plus introvertie, maladroite, passionnée par les forêts tropicales et qui rêve de trouver un anaconda. On les suit, de leurs rencontres à leurs premières amours, de leurs espoirs d'enfant à leurs premières déchirures.

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    Ce livre, je l'ai aperçu sur les étagères d'une librairie et j'ai eu envie de m'y plonger immédiatement. Immédiatement, j'ai été propulsée dans la moiteur des étés où tout paraît à la fois immobile et possible. Où les rêves font déborder les piscines et viennent se fracasser contre les réalités des désirs adolescents trahis.

    J'ai été frappée par la plume de Monica Sabolo que je découvrais pour la première fois, par sa façon de restituer les atmosphères, par son sens des dialogues et des formules, par ses images, par son style à la fois percutant, lumineux, drôle, sensible et poétique.

    J'ai aimé son duo d'héroïnes, perdues dans les méandres d'une adolescence qui, tour à tour, les réunit et les sépare. Julia et Louise, deux personnages bien différents, aux liens qui semblent pourtant indéfectibles depuis la trahison du père de l'une et de la mère de l'autre. L'autrice parvient à nous faire ressentir, touche après touche, toute l'intensité de leur passion amicale. Une passion comme il peut en exister à cet âge chrysalide et qui permet de résister à tout. Mais les rencontres, les bleus de l'âme et les désillusions de l'entrée dans le monde adulte peuvent aussi mettre à mal de tels rapports. Toute l'évolution de leur relation est extrêmement bien brossée.

    "Julia était vraiment douée. Sur la scène, elle irradiait. Je la regardais, le cœur battant. Elle était semblable à un ange noir, avec des ailes transparentes et un sourire lubrique. Elle me protégeait de la vie à coups de baisers et d'anxiolytiques volés dans les armoires de son école."

    Jungle s'intéresse donc au rapport à l'autre, à la distance qu'il faut parfois mettre avec les êtres que nous aimons le plus, de peur de se brûler ou de se perdre.

    "A l'image de ces étoiles mortes depuis des millions d'années et qui continuent de diffuser de la lumière, petits points tremblants dans l'espace, j'avais réalisé que je n'existais plus depuis une éternité."

    Autour de ces deux étoiles, Julia et Louise, gravitent plusieurs protagonistes tout aussi intéressants. A commencer par David, le boxeur aux yeux charmeurs, qui valse-hésite entre elles deux. A chaque fois qu'il apparaît, la scène gagne en intensité. Intensité séductrice, intensité humoristique, intensité sexuelle, intensité dramatique aussi. Le frère, ce casse-cou qui masque ses douleurs dans des chutes de plus en plus impressionnantes, m'a également vivement intéressée. Par sa gravité légère. Par ses blessures jamais complètement recousues.

    Même si ce sujet de l'amitié forte, trop forte sans doute entre deux filles, ne constitue pas un matériau neuf, Monica Sabolo parvient à se l'approprier et à lui donner un nouveau souffle. C'est beau, c'est drôle, c'est sombre, c'est poétique. Les deux héroïnes: Julia, l'incandescente mystérieuse et Louise, l'attachante originale, nous accompagnent longtemps, une fois les pages refermées.

    Bref, vous l'aurez compris: j'ai savouré cette première incursion dans l'univers de cette autrice et ce ne sera certainement pas la dernière fois que j'ouvrirai un de ses livres.

    Le Livre de Poche, 2005, 248 pages