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23/01/2014

Oscar Wilde et le mystère de Reading

Oscar Wilde et le mystère de Reading

de

Gyles Brandreth

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"Il était six heures du soir, mais le radieux soleil estival était encore très haut dans le ciel. Sur la terrasse du Café suisse, à l'ombre de l'auvent aux rayures bleues et blanches, assis sur une petite chaise face à une table ronde couverte d'une nappe à carreaux rouges et blancs, un homme corpulent tournait entre ses mains un verre vide. Il était là depuis une heure-deux, peut-être"

Après avoir été reconnu coupable de sept chefs d'accusation d'attentat à la pudeur et avoir purgé une peine de deux ans d'emprisonnement et de travaux forcés, Oscar Wilde s'est réfugié en France en 1897. Et plus exactement à Dieppe où il se fait appeler Sebastian Melmoth et où il vit chichement de la rentre accordée par son épouse.

Alors qu'il est à la terrasse d'un café, un certain Dr Quilp l'aborde et lui demande de lui raconter tout ce qu'il a vécu à la prison de Reading. Il est certain que s'ils couchent ensemble sur le papier les mémoires de l'écrivain déchu sur sa vie en prison, ils gagneront énormément d'argent.

Oscar Wilde accepte le marché et commence son récit...

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J'ai toujours été sous le charme de l'esprit d'Oscar Wilde. C'est pour cette raison que l'année dernière je m'étais plongée dans le crépusculaire Testament d'Oscar Wilde de Peter Ackroyd. Un roman dont la lecture m'avait pris beaucoup de temps. Aux flashbacks sur sa vie passée se succédaient des instantanés sur ses derniers jours à Paris. Un ouvrage bien éloigné de l'idée que je m'étais faite de lui.

J'imaginais un homme brillant, caustique, bon vivant et j'étais confrontée à un être las, brisé, abandonné et sans verve. Aussi, quand Adalana a parlé d'Oscar Wilde et le mystère de Reading sur son blog, j'ai eu immédiatement envie de le découvrir. J'avais beaucoup aimé les premiers opus de cette série mettant en scène l'écrivain transformé en détective. Et j'étais curieuse de voir si la vision de Gyles Brandreth  sur les dernières années de son existence rejoignait celle de Peter Ackroyd.

Dès les premières pages, on retrouve le poète dans son exil français. Il semble marqué par l'épreuve qu'il vient de traverser mais a gardé son esprit caustique. Un voyageur l'aborde et lui demande de parler de son expérience carcérale.

L'écrivain se laisse convaincre et remonte le fil de ses souvenirs. On le suit ainsi de sa condamnation à sa première incarcération et à son transfert dans la geôle de Reading.

Gyles Brandreth a su très bien ressusciter l'ambiance qui devait régner dans les prisons victoriennes. Chaque détenu était isolé et n'avait pas le droit de s'adresser à ses comparses, sous peine d'être battu. De même, il ne pouvait sortir de son cachot que vêtu d'un masque qui le dissimulait aux yeux des autres. Il perdait également son identité et devenait un simple matricule.

Dans les premiers chapitres, ce tableau des conditions inhumaines de détention prend le pas sur le reste de l'intrigue. On ne peut qu'être profondément bouleversé de ce qu'a pu endurer Oscar Wilde ou les autres condamnés.

Puis, une mort suspecte survient...Suivie d'une autre. Notre héros, connu pour son amitié avec Arthur Conan Doyle (il l'aurait inspiré pour le personnage de Mycroft Holmes) est sollicité. Néanmoins, son absence de liberté de mouvement, l'empêche de mener à bien son enquête. Les mois passent. Un coupable se désigne tout seul. Mais est-il le bon? N'aurait-on pas plutôt exécuté un innocent?

Contrairement aux autres tomes de la série, je me suis doutée de la résolution de l'énigme policière. Cependant, cela ne m'a pas empêché d'apprécier les rebondissements.

Bref, vous l'aurez compris: j'ai passé un bon moment en compagnie de ce polar victorien. Même si je n'ai pas retrouvé la verve et la qualité des énigmes des premiers opus, je me suis laissée emporter par le récit de ces deux années qui ont brisé un des plus grands esprits de son temps.

Editions 10/18, collection "Grands détectives", 401 pages

Billet dans les cadres des challenges 19ème siècle et God save the livre 2013

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01/09/2013

La fille du temps de Josephine Tey

La Fille du temps

de

Joséphine Tey

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"Alan Grant était allongé sur le dos et regardait le plafond avec ennui. Il en connaissait par cœur chaque fente, chaque tâche, chaque écaillure. Il y avait tracé mentalement des cartes de continents  inconnus et les avait explorés, île par île, rivière par rivière. Il y avait découvert des objets couchés, des visages, des poissons, des oiseaux. "

A la suite d'une chute, l'inspecteur Grant se retrouve immobilisé sur un lit d'hôpital. Ses proches s'évertuent à meubler son ennui. Une de ses amies comédiennes lui ramène notamment des cartes postales autour des mystères de l'histoire.

Parmi elles, notre héros remarque un portrait.

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"C'était le portrait d'un homme en bonnet de velours, pourpoint tailladé et collier d'orfévrerie à la mode de la fin du 15ème siècle; 35 ou 36 ans, mince, le menton rasé de près. De la main gauche, il enfilait une bague au petit doigt de sa main droite. Son regard flottait devant lui, rêveur. [...] On avait l'impression que l'artiste avait eu peine à traduire sur la toile toute la personnalité de son modèle. L'expression des yeux, vive, séduisante, avait été trop difficile pour lui."

Grant, fort de son expérience en matière de physionomies, peine à croire qu'il est en présence de Richard III, un des plus célèbres meurtriers de l'histoire. Ce roi, immortalisé par Shakespeare, aurait fait assassiner ses deux neveux à la Tour de Londres.

Se fiant à son instinct, l'inspecteur décide de mener l'enquête. Assisté du jeune historien Brent Carradine, il explore les textes du passé.

Et si Richard III avait injustement été accusé?

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J'avais remarqué cet ouvrage sur les blogs de mes deux copinautes: Céline et Bianca. Aussi, quand je l'ai trouvé chez Book off, je n'ai pas hésité longtemps avant de l'emmener avec moi en vacances.

Josephine Tey est une auteure britannique. Elle a publié La Fille du temps quelques mois avant sa mort en 1951. Cet ouvrage mettant en scène un inspecteur aux prises avec un mystère de l'histoire a remporté un grand succès et a inspiré de nombreux romanciers, à l'instar de Colin Dexter pour Mort d'une garce.

J'ai justement beaucoup apprécié cette idée d'une intrigue policière atypique, sans cadavre, sans témoin vivant et sans preuves matérielles.

Du roi Richard III, je ne connaissais que la célèbre réplique de Shakespeare "Mon royaume pour un cheval". Au fil des pages, j'ai donc pu découvrir tout un pan de l'histoire britannique. Le règne de Richard III se situe à la fin de la Guerre des Deux Roses. Sa mort à 32 ans sur un champ de bataille marque l'avènement d'un nouveau roi: Henri VII et surtout de la dynastie des Tudors.

Afin de seconder Grant dans ses investigations, Brent Carradine va fouiller dans les archives de l'histoire. Mais, au lieu de croire aux témoignages souvent biaisés des contemporains, il va s'appuyer sur les livres de compte.

"L'Histoire vraie est écrite dans des documents qui n'ont pas été faits pour être des documents historiques: les comptes de la Maison du Roi, les archives du Trésor privé, les correspondances personnelles, les registres fonciers"

Comme dans une enquête policière traditionnelle, on assiste, au fil de leurs découvertes, à des retournements de situation, à l'apparition de nouveaux suspects...On en vient également à aimer ce monarque si décrié et on souhaiterait que leur thèse se vérifie. (même si la résolution de l'énigme par Josephine Tey a été depuis très controversée)

Bref, vous l'aurez compris: il s'agit d'un très bon roman policier historique. Je me suis passionnée pour cette enquête menée d'une chambre d'hôpital et j'ai adoré découvrir cette partie de l'histoire britannique.

Editions 10/18, collection "Grands détectives", 2003, 217 pages

Billet dans le cadre du challenge God save the livre 2013

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03/08/2013

Le Cadavre de Bluegate Fields de Anne Perry

Le Cadavre de Bluegate Fields

de

Anne Perry

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"L'inspecteur Pitt frissonna légèrement. L'air malheureux, il regarda le sergent Froggatt, tandis que celui-ci soulevait le couvercle du trou de visite pour en dégager l'ouverture. Des échelons de fer descendaient dans un abîme pierreux, au fond duquel se répercutait l'écho lointain du ruissellement de l'eau...Pitt crut entendre un trottinement précipité de pattes griffues. Avait-il rêvé?"

Dans le quartier miséreux de Bluegate Fields, est retrouvé le cadavre d'un jeune homme de 16 ans, déjà syphilitique. L'autopsie démontre qu'il a été violé et noyé dans l'eau d'un bain, avant d'étre transporté dans les égoûts des bas-fonds londoniens.

Très vite, l'inspecteur Pitt, chargé de l'enquête, découvre que la victime est l'héritier des Waybourne, une grande famille aristocratique. Soumis à la pression d'un supérieur soucieux de ne pas faire de vague, concurrencé par son collègue Gillivray, notre héros a du mal à poursuivre ses investigations. Surtout quand un coupable idéal est arrêté et jugé...

Persuadé de son innocence, Pitt va tout faire pour la prouver, allant même jusqu'à risquer son poste.

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Il s'agit de la sixième enquête des époux Pitt que je parcours. Comme vous vous en souvenez peut-être, j'avais été très déçue par la précédente: Rutland Place.

Heureusement, dès les premières pages, j'ai été happée par l'intrigue. Un cadavre adolescent est retrouvé dans les bas-fonds londoniens. Très vite, les premiers éléments de l'enquête indiquent qu'il appartient à la bonne société, qu'il a été violé, puis noyé avant d'être dissimulé dans les égoûts de la capitale.

Le supérieur de Pitt, comprenant qu'il s'agit d'une affaire délicate, lui adjoint les services de Gillivray, un homme toujours soigné, poli, respecteux des convenances et soucieux d'arrondir les angles. Après quelques recherches auprès de plusieurs familles, ils découvrent enfin l'identité du cadavre: Arthur Waybourne.

Lord Waybourne refuse d'admettre les circonstances de la mort de son héritier ni sa maladie. Puis, il découvre pour Pitt le coupable idéal: son précepteur  Maurice Jérôme, qui aurait d'après son autre fils ou celui des voisins des gestes plus que tendencieux à leur égard.

Très vite, Gillivray trouve deux personnes attestant de la moralité douteuse de Jérôme: un jeune prostitué qui affirme l'avoir comme client régulier et une pensionnaire de maison close qui soutient avoir reçu Arthur alors que Jérôme observait.

La machine judiciaire se met en route. Le caractère antipathique de l'accusé ainsi que les trous dans son emploi du temps et les témoignages accablants poussent les jurés à le condamner à mort pour le meurtre du jeune homme.

Il ne reste que trois semaines à Pitt avant la pendaison pour prouver son innocence.

Dans cet opus, Anne Perry a décidé de plus s'intéresser à notre inspecteur. Lors de ses investigations, il n'est pas soutenu par son supérieur. De plus, il est concurrencé par un adjoint, Gillivray, son exact opposé, qui n'hésite pas à faire du zèle pour monter en grade et être bien vu par la haute société. Néanmoins, Pitt, au risque de perdre son poste et de plonger sa famille dans la misère, persiste à chercher des preuves pour faire la lumière sur cette affaire.

Il est secondé en cela par sa femme, Charlotte. Cette dernière va s'aider de sa soeur et de Tante Vespasia (quel plaisir de retrouver ce personnage!) pour tenter d'infilitrer le milieu dans lequel évoluent les Waybourne. De même, elle fait appel à son ancien beau-frère, Dominic Corde pour se rapprocher de l'oncle de la victime. Ces efforts ne restent pas vains et c'est en partie grâce à elle que Pitt va tout comprendre.

Contrairement à Rutland Place, j'ai trouvé l'intrigue policière très intéressante. La tension ne cesse de monter car le lecteur a peur d'assister à une erreur judiciaire. Malgré l'antipathie qu'inspire Maurice Jérôme, on sent que Pitt a sans doute raison et on craint qu'il ne trouve pas assez de faits pour le disculper. Comme souvent, le dénouement final se révèle fort.

Cette aventure des époux Pitt permet également de se plonger dans la société victorienne des années 1880. On sent une fois encore le poids des apparences. Comme le rappelle Pitt, les aristocrates sont incapables de s'habiller ou de se faire cuire un oeuf. Mais, quand il s'agit de sauver leur réputation, ils peuvent atteindre des sommets dans l'art de la dissimulation. C'est justement un des écueils sur lequel l'inspecteur va buter. Les Waybourne et leur famille vont faire rang pour l'empêcher de trop fouiller dans leurs vies.

Cette affaire du cadavre de Bluegate Fields conduit l'auteur à évoquer des sujets tabous à l'époque: l'homosexualité (une loi répressive vient d'être votée au Parlement condamnant les relations homosexuelles) et la prostitution masculine.

Personne ne parle de ses attirances pour des gens du même sexe. Tout est dissimulé et les familles préfèrent ne pas se poser de questions. Les récits que fait le jeune prostitué à la barre du tribunal montrent bien la crainte de ses clients de voir leurs penchants et leur identité révélés.

La condition des femmes constitue également une des thématiques fortes de cet opus. Charlotte se pose des questions sur son caractère et sur ce que pourrait préférer son époux. Elle sait qu'elle ne correspond en rien à la femme idéale victorienne et se demande si elle ne devrait pas se conformer à ce modèle. 

Cependant, malgré leur apparente soumission aux hommes, ce sont les femmes qui amorcent les changements sociétaux. En témoigne la campagne menée par Charlotte et Emily pour alerter l'opinion sur la prostitution infantile...Une campagne relayée par leurs amies de la bonne société.

Bref, vous l'aurez compris: il s'agit d'un très bon cru. Et j'ai hâte de découvrir le prochain tome des enquêtes des Pitt.

Editions 10/18, collection "Grands détectives", 381 pages, 7,80 €

Billet dans le cadre d'une lecture commune avec Fanny, Bianca, Céline et Sybille et dans le cadre des challenges Anne Perry, God save the livre 2013, Victorien et La plume au féminin édition 2013.

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