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14/07/2015

Les Souliers rouges, tomes 1 & 2

Les Souliers rouges, tomes 1& 2

de

Cousseau & Cuvillier

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"La vie ne tient qu'à un fil, affirme le dicton, un fil fragile et lent comme celui de l'eau"

Ainsi débute cette histoire,à Saint-Nicolas-du-Pélem, un petit village breton, en juin 1944. On y fait la connaissance de Jules, un jeune homme qui améliore l'ordinaire familial en braconnant ou pêchant.

C'est d'ailleurs en laissant échapper un poisson qu'il fait la connaissance de Georges, un Russe blanc émigré, qui a décidé de s'installer dans le château de ses amis.

Immédiatement, une forte relation d'amitié se noue entre ces deux hommes.

"Les coïncidences n'existent pas. Il y a seulement des chemins que nos inconscients désirent voir se croiser..."

Mais en cette période troublée, la vie tient à peu de choses et nos héros vont en faire l'amère expérience lors de l'arrivée d'un bataillon allemand...

"Si on s'en sort, je te promets de faire Paris-Moscou aller et retour, déguisé en lapin blanc chaussé de bottines rouges"

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Cette œuvre, je l'ai reçue vendredi dernier à la médiathèque et elle fait partie des premières que j'ai désirées entamer. J'ai d'ailleurs dévoré ce dyptique en très peu de temps.

S'inspirant de faits réellement vécus par son beau-père, Gérard Cousseau a réussi à créer une intrigue qui entremêle habilement la grande et la petite histoire.

Dans le contexte particulier du débarquement, il évoque le quotidien d'un petit village, bouleversé par l'arrivée des Allemands. Ces derniers entendent faire le ménage et vont faire appel aux miliciens pour les seconder dans leur tâche. Rien n'est épargné aux lecteurs: les scènes d'interrogatoire, de torture, de pendaison, de violences sur la population civile se succèdent.

Au fil de la plume et des dessins du tandem Cousseau&Cuvillier, on revit ainsi les heures sombres de l'Occupation. Mais toujours sans manichéisme. De chaque côté, on côtoie les êtres les plus vils comme les plus bons. Car tout le monde a été emporté par le flot de la guerre.

La guerre comme révélateur du caractère de chacun donc

La guerre comme moyen de se rencontrer aussi et de grandir. Face à ces heures sombres dépeintes dans les deux volumes, subsistent en effet des bulles de gaieté. Celles de deux amis tout récents qui se promènent dans les bois ensemble, qui apprennent l'un de l'autre et qui se protègent.

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Comment ne pas tomber sous le charme de Georges, cet être si atypique: un érudit, un homme fidèle à ses convictions et qui a dû quitter sa partie, un homme qui se sacrifie pour ceux qu'il aime....et qui porte de magnifiques souliers rouges...?

Les pages se tournent toutes seules, on est tour à tour horrifiés, émus, choqués, amusés...Et là réside le talent de Gérard Cousseau: avoir su créer une histoire originale qui fait la part belle à l'amitié alors que tant de choses ont déjà été dites sur cette période troublée.

A cette trame réinventée se superposent les dessins de Damien Cuvillier. Des images à la fois d'un graphisme réaliste et tout en finesse qui accompagnent à merveille cette chronique en temps de guerre.

Bref, vous l'aurez compris: je vous recommande fortement cette bande dessinée historique.

Bamboo, collection Grand angle, 96 pages, 2015 & 2015

 

 

14/05/2015

Le Jardin de minuit d'Edith

Le Jardin de minuit

librement adapté du roman Tom et le jardin de minuit de Philippa Pearce

par Edith

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"Tom? Tom!

Tom, cela n'amuse personne. Ni ton père ni moi de te voir partir, ni ton frère d'avoir la rougeole."

Lors d'un été, Peter, le petit frère de Tom contracte la rougeole. Comme son aîné ne l'a pas eu, il est envoyé chez sa tante et son oncle.

Ces derniers vivent dans une maison séparée en plusieurs appartements.

Au dernier étage, réside notamment l'excentrique Madame Bartholomée dont l'horloge sonne treize coups après minuit.

Au début de son séjour, notre héros s'ennuie à en mourir. Comme en témoignent ses missives à Peter.

"Peter, au secours! Ma vie ici, c'est: manger...m'ennuyer...manger...m'ennuyer. C'est le pire trou que je connaisse et le temps passe lentement, c'est désespérant."

Puis, un soir, n'y tenant plus, après les treize coups, Tom part en expédition. Et,ô magie, quand il ouvre la porte de derrière, il tombe sur un jardin magnifique.

Un jardin de minuit, accessible que pour lui et qui disparaît le jour levé...

Commencent alors pour lui de merveilleuses vacances.

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Je ne connaissais pas du tout ce classique de la littérature jeunesse anglaise. Mais j'ai été  attirée par la couverture de ce roman graphique. Ce qui a achevé de me convaincre, c'est la mention de l'adaptation par Edith. En effet, j'avais beaucoup apprécié sa relecture des Hauts de Hurlevent, parue dans la collection Ex-Libris chez Delcourt.

Dès les premières pages, on fait la connaissance de Tom, un petit garçon comme les autres qui s'ennuie pendant ses vacances d'été chez son oncle et sa tante.

Un soir, il part en exploration car il est étonné d'entendre l'horloge de la maison sonner treize coups juste après minuit.

A la faveur d'une porte...le voilà plongé dans un jardin immense.

Le lendemain matin, il tente de le retrouver. Mais il n'aperçoit qu'une cour pour les poubelles et une impasse.

Cependant, chaque soir, le miracle se reproduit et Tom revient dans le jardin.

Là-bas, personne ne semble le voir. Personne à l'exception de la petite Hatttie qui devient très vite sa compagne de jeu.

Tom ne vit que pour ses nuits en compagnie de la jeune fille. Mais on ne peut arrêter le cours du temps...Comme il va l'apprendre à ses dépens.

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Cette histoire m'a immédiatement séduite. J'ai toujours eu une prédilection pour les univers oniriques. Ceux où ne sait où s'arrête la frontière entre réalité et songe. Est-ce que le jardin existe vraiment? Ou n'appartient-il qu'à l'imaginaire du petit Tom?

Deux mondes s'opposent: celui plus froid, plus sévère, plus simple des journées de Tom et celui plus gai, plus coloré, plus dense, plus lumineux du jardin. Comme si le rêve donnait tout son sens à la vie...Comme si la vie ne pouvait être supportable que grâce au rêve... Cet antagonisme est d'ailleurs à merveille souligné par le choix des teintes et par les traits et les fonds d’Édith.

A ce pouvoir du rêve s'ajoute une réflexion sur le passage du temps et le poids du passé, autant par ces incursions nocturnes dans un parc victorien que par des discussions avec certains locataires.

De même, ce roman graphique se révèle un très bel hommage à l'enfance, à ses jeux, à ses camaraderies....A cette sorte d’Éden vers lequel l'adulte peut/veut retourner.

En découvrant ce classique, je n'ai pu m'empêcher d'ailleurs de penser à Peter Pan de JM Barrie et à cette relation qui m'a toujours plu entre Peter et Wendy (comment ne pas y voir une évocation avec le duo Tom/Hattie?)

Bref, vous l'aurez compris: j'ai été conquise par cet ouvrage poétique et je vous conseille d'entrer à la suite de Tom dans ce jardin de minuit.

Editions Gallimard, collection Noctambule, 2015, 96 pages

 

 

 

 

 

25/04/2015

Irmina

Irmina

de

Barbara Yelin

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« Regardez…là-bas à l’horizon…cette bande sombre ! Je crois que c’est ça ! C’est l’Angleterre ! »

Milieu des années 30, Irmina, une jeune Allemande, se rend à Londres pour y commencer une formation de secrétariat international. Elle y fait la rencontre d’un étudiant d’Oxford, le charmant Howard. Mais leur relation se révèle très compliquée car, en raison de sa couleur de peau, le jeune homme est en butte aux préjugés et aux lazzis.

Face aux changements politiques dans son pays natal, Irmina est contrainte de se séparer de son amant et de rentrer.

Elle intègre alors l’administration national-socialiste, avec toujours l’espoir secret d’obtenir un fameux sésame pour l’Angleterre.

Mais le tourbillon de l’histoire l’emporte. Vient le temps des choix décisifs. Irmina est-elle prête à sacrifier son confort au nom d’idéaux ?

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J’avais remarqué ce roman graphique car il a reçu le prestigieux prix Artemisia (décerné à une femme auteur de bandes dessinées chaque année). Et l’avis d’Emjy n’a fait que me conforter dans mon envie de le parcourir.

Sur quelques 300 pages, on part sur les traces d’Irmina. De jeune femme ambitieuse et affirmée à retraitée de l’enseignement, on suit son évolution, entre renoncements et engagements. C’est passionnant de voir à quel point les décisions que nous faisons peuvent nous éloigner du bonheur ou de nos convictions de jeunesse.

De même, cet album s'interroge sur la notion d'intégrité face aux événements historiques.

Car Irmina va céder aux sirènes du national-socialisme. Par envie de posséder un intérieur douillet….De ne manquer de rien…

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Un portrait fouillé et sans concession, reflet de tous ceux qui n’ont pas dit non et sont devenus complices passifs sous le régime nazi.

Un destin tragique sublimé par les crayonnés de Barbara Yelin.

Un album qui nous questionne profondément.

Bref, je ne saurais que vous recommander de vous plonger dans cet ouvrage ambitieux et très bien documenté. Laissez-vous emporter par cette trajectoire de vie, par cette valse qui oscille sans cesse entre bonheur et malheur, entre combat et attentisme.

Actes Sud, 2014, 288 pages