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25/02/2015

Un goût de cannelle et d'espoir

Un Goût de cannelle et d'espoir

de

Sarah McCoy

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"Garmisch, Allemagne

Juillet 1945

Bien longtemps après que le fourneau d'en bas avait refroidi et celui d'en haut avait chauffé, que tout le monde s'était blotti dans les draps en coton, elle sortit délicatement les pieds de sous le couvre-lit et s'avança sans un bruit dans la pénombre. Elle ne mit pas ses chaussons de peur que leur claquement ne réveille son mari endormi"

Au mois de juillet 1945, une boulangère dissimule une lettre à son mari et sa fille Elsie. Une lettre qui visiblement apporterait une réponse à certains événements survenus dans leur existence depuis quelques mois.

En 2007, à El Paso au Texas, Reba, une jeune journaliste, souhaiterait réaliser une interview d'Elsie qui tient une boulangerie allemande.

Deux récits et deux femmes à un tournant de leur vie...

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J'avais remarqué depuis quelque temps ce roman à la médiathèque et j'avais été immédiatement attirée par ce titre réconfortant.

Vous savez que j'apprécie les romans à tiroirs, ceux où plusieurs fils d'intrigue se déroulent à plusieurs époques et où on comprend seulement à la fin le lien qui les unit.

Dans ce livre, on suit deux femmes à plus de soixante ans d'écart (Elsie et Reba). Mais, ces deux histoires, hormis la présence d'Elsie dans les deux, n'ont pas forcément de connexion ensemble. Et j'ai trouvé cela dommage...Point de mystère donc ici...Et même certaines promesses non tenues (comme la grande histoire d'amour évoquée par Elsie et qu'on attend en vain)...

De plus, dans ce type de littérature, donner autant d'intérêt aux deux narrations constitue souvent une difficulté. Et là, encore, j'ai eu l'impression que Sarah McCoy n'avait pas réussi son pari.

Autant je ne suis pas parvenue à ressentir de l'empathie pour Reba et la crise sentimentale qu'elle traverse, autant je me suis prise immédiatement d'affection pour Elsie.

Cette dernière est une jeune Allemande de 16 ans qui seconde ses parents dans leur boulangerie. En cette fin d'année 1944, elle guette les lettres de sa grande sœur, envoyée dans un Lebensborn. De même, elle compte les jours qui la séparent de la fête de Noël, donnée pour les officiers SS et où elle a été invitée. Elle est bien loin d'imaginer l'impact de cette soirée sur son futur quotidien...

Le destin tragique de cette héroïne donne à l'auteur la possibilité d'évoquer tout un pan de l'histoire allemande. Manque de nourriture, suspicion, chasse aux Juifs ou à ceux qui les hébergent, fidélité aux idéaux aryens, toute puissance des SS....constituent autant de thématiques abordées. Mais ce qui m'a le plus frappée, c'est l'évocation du sort réservé à certaines femmes, envoyées dans des Lebensborn. Leur rôle: accélérer la création et le développement d'une race aryenne pure, en couchant avec des SS et en abandonnant leur bébé à la cause. Étaient renvoyées toutes celles qui n'enfantaient pas de "purs Aryens" et étaient tués tous les nourrissons ne correspondant pas aux critères requis.

Outre ce contexte historique passionnant, un des autres points forts de cet ouvrage réside dans l'évocation des pains, pâtisseries et autres spécialités allemandes. Je vous défie même de tourner les pages sans vous mettre à saliver au moins devant une description de recette (Sarah McCoy a d'ailleurs eu la bonne idée d'en ajouter certaines en appendices).

Bref, vous l'aurez compris: une lecture en demi-teinte. Dommage car, sur le papier, Un goût de cannelle et d'espoir avait tous les ingrédients pour me plaire.

Les Escales, 2014, 425 pages

Billet dans le cadre du Challenge Un pavé par mois de Bianca.

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25/11/2014

Un Eté avec Louise

Un Été avec Louise

de

Laura Moriarty

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"La première fois que Cora entendit le nom de Louise Brooks, elle attendait la fin d'une averse dans une Ford T garée devant la bibliothèque municipale de Wichita. Si Cora avait été seule et avait eu les mains libres, elle se serait peut-être élancée à travers la pelouse pour gagner l'escalier de pierre de la bibliothèque. Mais ce jour-là, avec son amie Viola Hammond, elles avaient passé la matinée à faire du porte-à-porte dans leur quartier afin de collecter des livres pour la nouvelle salle de lecture dédiée aux enfants, et le fruit de leurs efforts conséquents se trouvait à l'abri, et au sec, dans quatre caisses sur la banquette arrière"

Août 1922, Cora Carlisle entend parler pour la première fois de Louise Brooks, une adolescente de 15 ans qui souhaite suivre des cours dans une académie de danse renommée de New York mais ne peut s'y rendre sans un chaperon.

Alors que rien ne l' y obligeait, Cora se propose de remplir cette mission. Et la voilà embarquée à l'autre bout des États-Unis avec une jeune fille que rien n'arrête dans ses désirs et qui ne se soucie guère des conséquences de ses actes sur sa réputation.

Choc des cultures...Choc des générations...Ou comment cinq semaines vont faire évoluer ces deux personnages féminins...

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J'avais remarqué ce roman sur l'excellent blog de ma copinaute Bianca. De même, une de mes collègues me l'avait très fortement conseillé. Aussi, quand je l'ai vu passer à la banque de prêt, je n'ai pas hésité longtemps avant de l'emprunter et de me lancer dans ce voyage.

J'ai beaucoup apprécié le principe d'utiliser ces deux protagonistes principaux (Cora et Louise) pour illustrer deux visages de la femme au début des années 20. Autant Cora paraît incarner la génération passée, celle qui se soucie des convenances, du regard des autres, celle qui persiste à se coiffer de lourds chignons et à revêtir des corsets, autant Louise symbolise le futur avec sa coupe à la garçonne, sa silhouette libérée de toute entrave et son désir de profiter de sa vie comme bon lui semble, loin de tout diktat.

Forcément, avec deux personnages aussi antagonistes, la cohabitation ne s'annonce pas aisée. Ce qui permet au lecteur d'assister à de nombreuses scènes très drôles où Louise bouscule quelque peu Cora dans ses habitudes (je pense notamment à celle du repas en compagnie de deux inconnus dans le wagon-restaurant)

Cora nous amuse avec ses principes un peu datés. Mais, bien vite, quand on creuse un peu en profondeur derrière ce vernis policé, se dessine le portrait d'une femme blessée par les épreuves de la vie. En effet, si elle a choisi d'accompagner Louise à New York, c'est pour retrouver la trace de sa vraie mère. Une enquête sur ses origines qui va la mener sur des chemins qu'elle n'aurait pas soupçonnés.

On s'attache à elle et on aime la voir évoluer au fil des pages, s'affranchir en secret de certains usages et connaître le bonheur.

Le mot secret revêt d'ailleurs une importance primordiale tout au long des chapitres. Dans cette société américaine des années 20 en pleine mutation, il existe de nombreux tabous. Notamment autour des origines ou de la sexualité. Le mari de Cora et Louise vont en faire les frais.

Comme vous l'aurez deviné, un autre intérêt de ce roman réside dans la découverte de la vie de Louise Brooks. J'avais déjà entendu parler de cette actrice sans jamais avoir regardé un de ses films et je dois avouer que j'ai été stupéfaite par son destin.

En revanche, j'ai moins accroché avec toute la partie finale, après le retour de New York. En effet, Laura Moriarty a décidé de retracer en quelques chapitres tous les événements capitaux de l'existence de Cora. Et cette accélération dans le rythme de la narration ne m'a pas beaucoup plu. J'ai eu l'impression que tout était précipité, ce qui m'a dérangé.

Bref, vous l'aurez compris: Un été avec Louise constitue un intéressant portait de femme et permet de passer un bon moment de lecture.

Fleuve Noir, 2013, 405 pages

Billet dans le cadre des challenges Au service de...et Un pavé par mois

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18/11/2014

La Vérité qui est en moi de Julie Berry

La Vérité qui est en moi

de

Julie Berry

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"Nous sommes venus ici par bateau, toi et moi.

J'étais un bébé sur les genoux de ma mère, toi un garçon zozotant et bouclé jouant aux pieds de la tienne tout au long de l'éprouvante traversée. [...]

Je me souviens que ma mère racontait des histoires à propos de notre odyssée, quand j'étais enfant. Maintenant, elle n'en parle plus jamais.

Elle disait que j'avais gardé les yeux grands ouverts pendant tout le voyage, à t'observer."

Dans un pays profondément puritain, Judith vit au ban de sa communauté. Quatre ans auparavant, elle a disparu avec sa meilleure amie du village de Rosewell Station. Deux ans plus tard, elle est revenue, la langue tranchée. Incapable de parler, elle s'est vu rejeter par tout le monde, y compris sa mère.

Dans le silence qui est désormais sien, retentit sa confession à son ami d'enfance. Un certain Lucas qu'elle n'a jamais cessé d'aimer et qu'elle ne parvient pas à oublier.

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Je n'avais pas entendu parler de ce roman quand je l'ai commandé pour la médiathèque où je travaille. J'ai juste été attirée par l'éditeur (je ne suis jamais déçue par leur production) et par ce titre que je trouve très beau.

Au fil des pages, le lecteur va assister à l'aveu de Judith. Chapitre après chapitre, il va tout apprendre de ses pensées, ses désirs, son quotidien, le drame qui l'a frappé...

Cette vérité, elle la livre à son seul amour, le beau Lucas. Depuis son enfance, elle lui a donné son cœur et malgré les événements, elle ne peut lui retirer.

Cette structure de l'intrigue basée sur le "tu" confère un aspect très intéressant à ce roman. J'ai été quelque peu désarçonnée au début. Puis, très vite, je me suis habituée à cette musicalité, à ce tutoiement qui donne encore plus de force au récit et le rend plus intime.

A Rosewell Station, le crime de Judith a été de disparaître et de revenir muette. Avec un honneur certainement perdu.  Tout le monde l'évite. Même une de ses anciennes meilleures amies. Même Lucas. Comme si elle était une pestiférée. Comme si elle avait choisi d'être enlevée. Et ceux qui ne la fuient pas tentent de profiter d'elle.

Face à ce bannissement, Judith aurait pu sombrer dans le plus grand désespoir. Mais, au contraire, elle continue de lutter pour ceux auxquels elle tient. Son statut de spectatrice discrète lui permet d'observer, d'apprendre et d'anticiper. Et elle est prête à tous les sacrifices...

Je me suis attachée à cette protagoniste atypique, forte, bouleversante. A sa voix. A ses pensées. Comme elle, je me suis prise à rêver, à espérer, à pleurer...

Ce personnage donne également l'occasion de brosser un portrait de la condition des femmes dans une société aussi puritaine. Un portrait sombre, bien entendu, d'un monde où celles qui tentent de s'écarter du chemin tout tracé le paient cher.

L'occasion pour le lecteur d'assister à quelques instants durs.

Mais ce roman offre également quelques passages très beaux. Je pense notamment à cette nuit dans la forêt. Ou à ces jeux de regards.

C'est là que réside justement une des grandes qualités de La vérité qui est moi: la faculté de Julie Berry à créer des scènes marquantes, de celles qui restent longtemps en mémoire.

De même, j'ai apprécié le dénouement, dans le sens où je ne m'attendais pas à une telle résolution de la disparition des deux jeunes femmes.

Bref, vous l'aurez compris: j'ai passé vraiment un très bon moment avec ce roman et je vous en conseille la lecture.

Éditions des Grandes personnes, 2014, 315 pages