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coup de coeur - Page 5

  • Dans le désordre de Marion Brunet

    Dans le désordre

    de

    Marion Brunet

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    "La rumeur est immense et fait vibrer Jeanne, comme un début de fièvre. Les frissons lui remontent le long du dos, griffent sa nuque. Quelque chose va se passer bientôt, quelque chose qui gronde et menace. Elle le sait, sûr et certain. Ça sent la rage et la sueur des énervés. Des filles frappent sur des rideaux en fer, en rythme, avec des morceaux de bois arrachés à une palissade: un tambour oppressant, le blam-blam-blam qui accélère lentement-une annonce. Le ciel s'est assombri, la nuit est proche, comme l'hiver."

    Dans le désordre d'une manifestation, Jeanne, Basile, Tonio, Marc, Lucie, Jules et Alison vont se rencontrer. Sept personnages aux destins bien différents qui vont décider d'emménager dans un squat et qui, au fil des mois, vont former une famille. De celle qu'on choisit et qui nous suit pour la vie.

    "Vivre en meute, avec les copains...Aucun d'entre eux n'a été préparé à cela: élevés dans le respect de la propriété, dans la peur des lois, dans l'idée de passer de seul à plusieurs c'est fonder une famille. Payer son loyer, travailler.  Et pourtant [...] ils n'attendaient que cela."

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    En décembre, je vous avais parlé d'un autre ouvrage de Marion Brunet, Dans la gueule du loup, qui m'avait fait passer un bon moment. Mais, déjà, je vous annonçais mon billet autour de ce livre qui m'avait tellement enthousiasmée.

    Quelques semaines après, je suis toujours K.O. Car Dans le désordre constitue un roman-uppercut. De ceux qui vous ébranlent. De ceux qui vous secouent. De ceux qui vous renversent sous le poids d'un trop plein d'émotions. De ceux qui vous accompagnent longtemps. De ceux qui vous révoltent.

    De révolte, il en est bien entendu beaucoup question. C'est dans la révolte que naissent les relations entre nos sept protagonistes. C'est la révolte qui leur sert de ferment de groupe. C'est la révolte qui les habite chaque jour, à des degrés plus ou moins élevés.

    Révolte contre les institutions/Révolte contre ce monde devenu fou.

    On assiste, page après page, à leurs combats quotidiens. On apprend beaucoup de choses sur ceux qui ont osé dire non (les événements au Chili en 1973). Et forcément, leur action questionne la nôtre.

    Cependant, cet ouvrage ne se résume pas seulement à cette dimension sociale et révolutionnaire. Je le définirai également comme une ode à la vie, dans toute sa beauté et sa cruauté.

    Cela tient sans doute à l'incroyable galerie de personnages que Marion Brunet a créée Il est parfois difficile de s'attacher aux protagonistes quand ils sont trop nombreux. Et là, l'auteur a su instaurer un équilibre entre chacune de leurs sept identités. On les voit tous évoluer avec intérêt, on rit avec eux, on se bat avec eux, on espère avec eux, on aime avec eux...

    Car Dans le désordre est aussi un immense cri d'amour.

    Un cri d'amour familial. Chacun a déjà ses propres mères, pères, frères, sœurs mais ils ne savent pas les apprécier comme il faut. Maladresse/décalage/pudeur/violence...Autant de raisons qui les poussent à aller planter leurs racines auprès d'autres. Qu'ils auront choisi. Et qui les feront se sentir bien. C'est beau d'assister à l'éclosion de ces liens entre nos sept. Jeanne/Basile/Tonio/Alison/Marc/Jules et Lucie: autant de branches sous lesquelles chercher refuge. Quand le monde va mal et vous malmène ou que, tout simplement, vous voulez fêter Noël.

    Et un cri d'amour tout court. Dans cette première manifestation, Jeanne et Basile se sont remarqués. Débute entre ces deux une valse-hésitation. Leur idylle donne lieu à des passages magnifiques sur la passion et le désir.

    Les pages se tournent toutes seules. Et au détour d'une ligne, Dans le désordre se métamorphose en grand roman du deuil. J'ai pleuré comme rarement car Marion Brunet sait parler avec beaucoup de retenue et de sensibilité de la perte. De l'absence. Du vide. Notamment lors d'une sorte de poésie païenne où le "tu" remplace le "il" ou "elle". Comme si elle voulait elle-même consoler ses êtres de papier.

    Devenus des êtres de chair, des personnes de notre entourage qu'on quitte à regret.

    Bref, vous l'aurez compris: Dans le désordre constitue un roman magnifique qui comptera forcément en 2016. J'espère que vous vous lancerez dans cette aventure livresque incroyable et que vous partagerez mon immense coup de cœur.

    Editions Sarbacane, collection Exprim', 2016, 251 pages

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  • Lever de rideau sur Terezin

    Lever de rideau sur Terezin

    de

    Christophe Lambert

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    "Une nuit de novembre 1943

    "Ta passion pour le théâtre te perdra!"

    Victor Steiner avait entendu cette phrase durant son adolescence. C'était la prophétie de son père, un individu aussi grincheux qu'autoritaire. Chaque fois que le jeune Steiner osait parler de sa vocation à la maison, la voix du chef de famille tonnait, pareille à celle de Zeus en personne: "Mener une vie de saltimbanque, c'est ça que tu souhaites? Tu as songé aux fins de mois difficiles? Tu as envie d'habiter sous les toits, dans les chambres de bonne éclairées à la bougie? "[...] Et le sermon paternel se terminait invariablement par: "Ta passion pour le théâtre te perdra!""

    Novembre 1943, Victor Steiner, le célèbre dramaturge juif, quitte sa cachette parisienne pour assister à une représentation du Soulier de satin de Claudel. Mal lui en prend car, sur le chemin du retour, il est arrêté et déporté. Mais, grâce à sa notoriété, il est envoyé à Terezin, un camp spécial, conçu par les Nazis comme une vitrine. Une visite de contrôle de la Croix-rouge est d'ailleurs prévue dans les prochains mois.

    Et Steiner se voit assigner comme tâche de monter une pièce autour du Roi Soleil. Il hésite...Jusqu'à ce que la Résistance interne le convainque de la nécessité d'accepter. En effet, est prévue une évasion lors de cette représentation exceptionnelle.

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    Le camp de Terezin

    Parmi les œuvres qui ont compté cette année pour moi, figure Swing à Berlin. Aussi, j'ai été ravie de retrouver Christophe Lambert avec ce nouveau titre.

    Comme la Bérénice d'Isabelle Stibbe, Victor Steiner est habité par la passion du théâtre.

    "Le théâtre le nourrissait. Entendre les trois coups, sentir l'odeur des vieilles boiseries, regarder le rideau s'écarter, vibrer au jeu des acteurs, rire, pleurer, frémir...A ses yeux, rien ne pouvait remplacer cette farandole d'émotions. Les planches rendaient la vie plus belle, plus intense."

    A la sortie d'une représentation, il est arrêté et déporté.

    Direction Terezin...Un camp spécial, tout près de Prague, dont je n'avais jamais entendu parler. En quelques phrases et quelques scènes, une fois encore, le romancier parvient à nous plonger d'emblée dans l'horreur de ce camp-vitrine.

    Une vitrine pour dissimuler la barbarie/Une vitrine pour taire l'horreur

    Mais une vitrine où la violence est tout aussi présente

    Coups de feu/Têtes qui éclatent/Malades entassés dans des mouroirs/Convois qui partent sans cesse...

    Voilà le quotidien dans lequel se retrouve Victor Terezin. Comment imaginer qu'il puisse continuer à exercer son art? Surtout quand le papier sert à réchauffer...

    Cependant, sa renommée l'a précédé et, très vite, il est obligé d'écrire une pièce en cinq mois autour du Roi Soleil.

    D'où la question/fil rouge de cette œuvre: peut-on créer sous contrainte et dans un contexte de violence extrême?

    C'est passionnant d'assister à ce processus créatif.

    Balbutiement des débuts/Recherche d'inspiration/Trouvaille de l'idée locomotive/Ferveur de l'écriture

    "Il avait surnommé "idées-locomotives" ces graines suffisamment prometteuses pour laisser germer des histoires excitantes. Une fois "l'idée-locomotive" lancée dans son petit monde intérieur, plus rien ne pouvait l'arrêter. Elle était comme une voie ferrée, allant de l'avant coûte que coûte, traversant les continents, franchissant les précipices et forçant les montagnes."

    C'est d'autant plus passionnant que ce drame inventé de toutes pièces se fait l'écho de la vie réelle. Mise en abîme d'un auteur (Steiner) qui parle d'un autre auteur (Molière) obligé de changer sa pièce les Fâcheux pour complaire à la volonté royale.

    L'art contre le pouvoir ou l'art soumis au pouvoir?/ L'art libre ou l'art esclave?

    Autant de thèmes très forts qui sont traités tout au long de ces chapitres....

    Les pages se tournent, on est happés par ce bouillonnement intellectuel et artistique, on fait corps avec toutes ces réflexions, on espère que le héros va trouver des talents à la hauteur de ces mots.

    Comme si l'art nous éloignait de l'horreur de ce Terezin...

    Comme si seule comptait la représentation....

    Toutefois, l'art, comme nous le prouve Christophe Lambert, ne peut pas tout...

    Et, la réalité reprend ses droits...

    S'intercalent ainsi des passages sur le quotidien de tous ces hommes et femmes déportés. A la violence extrême de leur situation, ils opposent toute l'humanité dont ils sont capables.

    Des éclats de joie dans un océan de barbarie/ Des graines d'amour et d'amitié plantés un peu partout/Des poussées d'intelligence

    Face à l'horreur, tous ces êtres humais se révèlent et évoluent. Forcément. A l'instar de notre héros...

    Comment ne pas s'attacher dès lors à tous ces prisonniers? Comment ne pas espérer qu'ils s'échappent? Comment ne pas avoir peur pour eux? Comment ne pas pleurer pour certains?

    Bref, vous l'aurez compris: vous voici en face d'un beau roman, un roman vibrant, un roman sombre, un roman qui fait réfléchir, un roman qui nous apprend encore et encore à quel point l'art est nécessaire pour résister à toute oppression.  Et j'espère que vous partagerez ce coup de cœur.

    Bayard, 2015, 456 pages

     

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  • Le Lion et l'oiseau

    Le Lion et l'oiseau

    de

    Marianne Dubuc

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    "Lion travaille à son jardin quand il entend un bruit."

    Un oiseau est tombé, visiblement blessé.

    "Il ne peut pas le laisser ainsi, le pauvre petit."

    Lion soigne l'oiseau et, quand il relève la tête, il réalise que la volée est partie, abandonnant son nouveau protégé.

    Il accueille donc l'oiseau chez lui.

    "Tu peux rester, il y a bien assez de place pour deux"

    Débute alors une très belle histoire d'amitié entre ces deux esseulés.

    Mais leur nouvelle complicité pourra t-elle résister au retour de la volée?

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    Cet album, je n'en avais jamais entendu parler avant que je le remarque dans le bac des coups de cœur de la médiathèque parisienne que je fréquente. Aussitôt vu, aussitôt emprunté et...aussitôt lu.

    Son titre m'a fait penser à une fable de Jean de la Fontaine. D'ailleurs, si cet ouvrage en était vraiment une, sa morale pourrait se résumer à: l'amitié vraie fleurit partout et ne cesse jamais.

    C'est en effet le magnifique message que véhicule cet ouvrage.

    Au fil des pages, on suit, du point de vue du lion, l'évolution des liens entre ces deux personnages.

    L'hiver cohabitation/Le printemps départ/L'été attente/L'automne espoir...Ainsi va la ronde des saisons.

    Pour épouser les émotions du lion, Marianne Dubuc a choisi se se montrer économe en mots. Les phrases se font rares....Les silences d'autant plus forts....Comme, dans certains films muets, des fondus au blanc occupent certaines pages. Pour mieux faire corps avec l'attente, l'espoir, la désillusion...Toute cette palette de sentiments qui envahit notre protagoniste.

    A cette sobriété du langage, tellement juste et tellement chargée en émotions, se superpose la délicatesse des images. L'auteur entremêle aquarelle, encre et  crayon à papier pour donner vie à son intrigue. Avec toujours cette même retenue.

    Bref, vous l'aurez compris: je suis tombée sous le charme de ce petit bijou. Un livre miracle, rempli de pudeur, de poésie et de sensibilité.

    Éditions La Pastèque, 2013

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