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28/03/2016

Jézabel d'Irène Nemirovsky

Jézabel

un roman d'Irène Nemirovsky

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 "Une femme entra dans le box des accusés. Elle était belle encore, malgré sa pâleur, malgré son air hagard et las: seules, les paupières, d'une forme délicieuse, étaient fanées par les larmes et la bouche affaissée, mais elle paraissait jeune. On ne voyait pas ses cheveux cachés sous le chapeau noir.

Elle porta machinalement ses deux mains à son cou, cherchant, sans doute, les perles du long collier qui l'avait orné autrefois, mais son cou était nu; les mains hésitèrent; elle tordit lentement et tristement ses doigts, et la foule haletante qui suivait des yeux ses moindres mouvements fit entendre un sourd murmure."

Gladys Eysenach comparaît pour le meurtre de Bernard Martin, un jeune étudiant de vingt ans. Elle lui aurait tiré dessus la nuit de Noël, dans sa chambre. Tout semble indiquer un crime passionnel.

Défilent à la barre des témoins sa femme de chambre, son fiancé, son amie...L'accusée entend leurs propos, subit leurs attaques...Jusqu'au verdict du jury.

Reviennent ensuite ses souvenirs, de son entrée dans le monde à cette veillée fatale.

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Jusqu'à présent, je n'avais lu qu'un roman d'Irène Nemirovsky: Suite française. Un ouvrage qui m'avait bluffée tant par sa construction que par son style. Aussi, quand Martine a publié un très beau billet sur ce titre, elle a suscité mon envie de replonger dans l’œuvre de cette auteure.

Jézabel s'ouvre dans un tribunal. Une procédure pénale à l'encontre de l'héroïne comme prologue. Des voix qui s'entremêlent pour dire leur vérité sur Gladys Eysenach.

Se dessine ainsi le portrait d'une femme qui ne fait pas son âge et qui a cherché toute sa vie les plaisirs de l'amour. Mais pourquoi a t elle tué celui que tout le monde semble désigner comme son amant?

"Ma Mère Jézabel devant moi s'est montrée"

Difficile cependant de se faire une idée du véritable caractère de celle que tout condamne et des motivations derrière son acte.

Puis, le chapitre premier débute. Et le lecteur est invité à suivre le destin de Gladys.

"Il reste toujours au fond du cœur le regret d'une heure, d'un été, d'un court moment, où l'on atteint sans doute le point de floraison"

Ce point de floraison, c'est une saison. Celle de ses débuts, à dix-huit ans, où elle découvre sa beauté et où elle constate le pouvoir de séduction qu'elle exerce sur les hommes.

Un acte fondateur dont va découler tout le reste de son existence. Car notre protagoniste refuse les ravages du temps sur son physique et sur l'attrait qu'elle peut avoir. Elle a sans cesse besoin de sentir les regards admiratifs sur elle.

Une obsession qui va la conduire maintes fois à des drames personnels. Une obsession qui va aussi pervertir son rapport avec sa fille.

Irène Nemirovsky brosse donc le portrait cruel d'une femme qui ne se définit que par le désir des autres. Au risque de tout perdre et de commettre le pire.

Les pages se tournent toutes seules, on est souvent choqués par le comportement de cette Jézabel. Et en même temps, envahis à plusieurs reprises par une certaine pitié.

Outre son style percutant, cette œuvre frappe par sa profonde modernité, sa réflexion sur le diktat des apparences qui conduit parfois à la folie et par le choix d'une héroïne que l'on plaint mais que l'on déteste surtout.

Bref, vous l'aurez compris: même si je n'ai pas eu le même coup de cœur que pour Suite française, j'ai été marquée par ce court et sombre roman.

Le Livre de Poche, 217 pages

 

23/03/2016

L'ombre de nos nuits

L'ombre de nos nuits

de

Gaëlle Josse

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« A Lunéville, en Lorraine, en ces premiers jours de l’année 1639. »

Tout est prêt. Les grandes lignes, les principaux volumes sont posés. J’ai la main engourdie et le feu est presque éteint dans l’atelier, seules quelques braises persistent à diffuser leurs lueurs rouges sous la cendre. Combien de temps ai-je passé là ? Je ne sais pas. Ce n’est plus la peine d’ajouter une bûche maintenant, ce serait une dépense inutile. Le soir tombe, il fait trop sombre pour continuer. »

En ce début de l’an 1639, Georges de la Tour s’attelle à la réalisation d’un Saint Sebastien soigné par Irène. Il entend présenter cette toile au Roi de France et devenir ainsi peintre officiel à la Cour.

Des siècles plus tard, une femme visite le musée de Rouen et tombe en arrêt devant ce tableau. Les expressions du martyr et d’Irène lui rappellent la passion douloureuse qu’elle a vécue pour un homme insaisissable et excessif.

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De Gaëlle Josse, j’avais adoré les Heures silencieuses et j’espérais retrouver les mêmes qualités dans cet opus.

En outre, je suis généralement adepte des histoires enchâssées qui se font écho et qui, parfois, se rejoignent pour donner sens à l’intrigue principale.

Dans ce récit, deux époques s’entremêlent : le début du 17ème siècle où le lecteur assiste à la genèse d’une toile dans l’atelier de Georges de la Tour et l’ère contemporaine où une femme revient sur son idylle avec un amant qu’elle ne semble pas capable d’oublier.

Le lien entre ces deux histoires ? Ce Saint Sébastien soigné par Irène. L’un le peint, l’autre l’observe.

Et, dès les premières pages, ce lien ne m’a pas convaincue. Même si je reconnais qu’une œuvre d’art peut servir de déclencheur de souvenirs, la connexion ici m’a semblé par trop artificielle. J’aurais préféré que l’auteur fasse le choix entre les deux axes narratifs.

Un déséquilibre s’est donc opéré, au fil de ma lecture. Autant la partie plus ancienne m’a passionnée, autant je ne me suis pas intéressée à cette confession de l'héroïne plus actuelle.

« J’aime le silence qui accompagne la nuit, j’aime le feu, l’ombre et leur danse, ils se cherchent, s’évitent, s’enlacent. Le silence qui accompagne nos vérités. Je n’ai pas besoin de grand-chose d’autre, quand j’y pense. »

Ainsi retentit la voix de Georges de la Tour, qualifié par ses proches de « maître du Silence »

« Je n’ai qu’un peu de beauté à offrir au monde, celle du tremblement d’une flamme dans la nuit. Peut-être est-ce dérisoire mais c’est mon seul talent. »

On suit son processus créatif, son quotidien également, le travail de ses apprentis…Pour mieux souligner encore son génie et décrire d’autres coulisses, la voix du maître laisse parfois la place à celle de son second apprenti, un garçon qu’il a recueilli dans la rue, après que la peste a décimé toute sa famille.

Dans le silence de l’atelier, le fracas de la guerre, tout comme les épidémies, n’ont pas leur place.

Sauf quand les portes s’ouvrent sur le monde extérieur. Notamment lors de ce trajet de la Lorraine à Paris pour montrer le résultat de ce Saint Sébastien au Roi.

A chaque fois, j'ai quitté à regret cette narration. Je ne dirai que peu de choses sur l’autre. Car je n’ai pas accroché. Une impression de déjà vu. Une impression de décalage pour moi avec l’autre volet. Un lien trop ténu aussi ou que je n’ai pas réussi assez à identifier.

Bref, vous l’aurez compris : malgré son très beau style, ce livre m’a laissé une impression mitigée. Et je regrette vraiment que Gaëlle Josse ne se soit pas concentrée sur Georges de la Tour.

Les Éditions Noir sur Blanc, janvier 2016

09/11/2015

Monsieur mon Amour

Monsieur Mon Amour

de

Alexandra de Broca

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"Au citoyen Philippe d'Orléans

Palais-Royal

Pardonnez-moi de vous importuner à l'heure où Paris gronde et attend son rédempteur. Vous, peut-être? Cette lettre, je vous l'assure, pourrait être la dernière car je sens la mort approcher. Mais si la guillotine devait tarder, alors je m'engage à vous écrire jusqu'à ce que mon nom soit crié et mon funeste départ ordonné."

Emmenée en même temps que la famille Royale au Temple, la princesse de Lamballe vient d'être séparée d'eux et conduite à la prison de la Force pour y attendre son jugement.

Elle profite de ces quelques jours de sursis pour se livrer à une bouleversante confession. En quinze lettres, étalées du 21 août au 3 septembre 1792, elle ose enfin avouer son amour à Philippe d'Orléans et revient sur ses années en France, de son mariage aux dernières heures de la Monarchie.

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J'avais beaucoup apprécié la Princesse effacée, le premier ouvrage d'Alexandra de Broca, consacré à Madame Royale. Aussi, lorsque j'ai appris qu'elle venait de publier un nouvel opus, cette fois-ci autour d'une des favorites de Marie-Antoinette, j'ai eu hâte de me plonger dedans.

Dans ses Mémoires, Talleyrand mentionne la princesse de Lamballe parmi les femmes qui se"crurent successivement aimées par" [Philippe d'Orléans]. Et c'est cette phrase qui a inspiré l'auteure.

En effet, elle a  imaginé une déclaration d'amour de cette femme, rédigée lors de ses derniers jours à la Prison de la Force.

S'adressant à celui qui a toujours ignoré le secret de son cœur, elle décide de tout lui dire.

Un schéma narratif très astucieux qui entremêle ainsi des aspects biographiques et romancés.

On en apprend plus sur le destin de cette jeune aristocrate turinoise, mariée au fils du duc de Penthièvre et qui fut torturée par son mari lors de sa nuit de noces et tout le temps de leur union.

Devenue veuve à dix-neuf ans, elle manque épouser le roi Louis XV mais une intrigue de la favorite, la duchesse du Barry, annule ce projet.

Elle rencontre alors la Dauphine, Marie-Antoinette, et devient très vite sa favorite. Tout le monde se dispute ses faveurs. Mais sa santé fragile, son sérieux, son renoncement aux idylles et l'arrivée de la Polignac dans l'entourage de la nouvelle Reine la précipitent en disgrâce.

Rentrée à Paris, la princesse fréquente les salons d'avant-garde, comme celui du duc d'Orléans et adhère aux franc-maçons.

Puis, suite aux événements de 1789, elle revient en faveur et regagne une place de confiance auprès de Marie-Antoinette.

Jusqu'à cette arrestation en août 1792...

J'ai trouvé toute cette partie biographique très intéressante. Cette princesse a tour à tour été admirée pour sa vertu, conspuée pour sa place à la Cour et maudite pour ses relations soi disant amoureuses avec la Reine.

Avec ce "je", Alexandra de Broca entend rétablir la vérité autour de cette figure historique.

A t-elle raison? A t-elle tort? Difficile de se prononcer.

Mais, ce qui est certain, c'est qu'à la lecture de ces pages, on ne peut que ressentir de la compassion pour cette femme dont la vie a été sacrifiée aux autres.

J'ai beaucoup apprécié également la peinture de ce tournant, entre le chute de la Monarchie et les massacres de septembre. On comprend mieux l'atmosphère de chaos qui devait régner et cette peur qui devait étreindre les aristocrates enfermés.

En revanche, j'ai eu du mal à adhérer à cette amour forcené pour le duc d'Orléans. Les élans passionnés qui retentissent dans chaque lettre ne m'ont pas convaincue. Comme si cela me paraissait impossible de croire à un lien entre ces deux personnalités si antagonistes.

De même, je reprocherai le flou qui entoure certaines dates. Je comprends cette idée de mémoire labyrinthe et cette possibilité de se perdre entre certains événements. Cependant, dans le cas d'une biographie romancée comme ici, je m'attendais à plus de précision. Notamment au moment du voyage d'Angleterre relié à l'affaire du collier mais dont les dates ne m'ont pas semblé coïncider (1781 et 1785)

Bref, vous l'aurez compris: Monsieur mon Amour constitue une œuvre intéressante sur le plan historique et elle met en lumière une personnalité jalousée et calomniée. Toutefois, je dois avouer que je n'ai pas toujours été captée par les accents romantiques et que je me suis égarée dans certains faits historiques.

Albin Michel, 2014, 233 pages