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littérature française

  • La Somme de nos vies de Sophie Astrabie

    La Somme de nos vies

    de

    Sophie Astrabie

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    Il y a ces vies que l'on suit. Emportés par le flot des années. Sans jamais vraiment choisir. Calqués sur des modèles conçus par d'autres.

    Il y a ces vies qu'on invente. Pour ne pas décevoir. Pour être à la hauteur des attentes de ces autres qui comptent tant.

    Il y a ces vies qui dépassent les cadres et prennent des chemins inespérés.

    Il y a cette somme de toutes ces vies. Les réelles et les rêvées qui s'entremêlent. Jusqu'à cet équilibre à sans cesse recréer et consolider.

    Il y a ce roman de Sophie Astrabie. Son deuxième. Mon premier parcouru. Même si je connaissais déjà sa plume via ses posts Instagram. Elle fait partie de ces regards que j'aime suivre. Comme si ces mots parvenaient à retranscrire le beau et le grave de nos existences.

    C'est justement ce beau et ce grave que j'ai retrouvés dans cet ouvrage.
    Grâce à Camille, Marguerite et Thomas.
    Trois personnages liés par un appartement. Celui que Marguerite a occupé depuis l'âge de 9 ans. Celui qu'elle a mis en vente pour redorer un peu ses jours teintés d'ennui. Même si elle ne veut pas vraiment s'en séparer. Thomas se charge de la transaction. Camille fait partie des potentiels acheteurs.

    Camille, la spectatrice. Celle qui a bâti une fausse vie pour sa famille. Pour correspondre à l'image qu'ils ont fabriquée d'elle. Celle qui observe aussi ses voisins en face. Héroïne en lisière. Qui attend un signe pour basculer dans un mouvement et être chavirée par une vague d'émotions.

    Forcément, vous l'aurez compris: la rencontre de ces trois là va inverser le cours de leurs destins. Et nous allons entendre ce bouleversement par leurs trois voix. Trois voix qui vont s'apprivoiser, se répondre, se soutenir, s'accorder.

    Une trame déjà abordée mais voilà, chaque histoire se pare d'originalité grâce à la voix de son autrice ou de son auteur. Et j'ai aimé la manière de Sophie Astrabie de mettre en scène ses protagonistes, d'émailler son propos de réflexions sensibles et de nous emmener dans un univers touchant.

    Bref, vous l'aurez compris : une jolie parenthèse livresque qui fait du bien tout simplement.

    Editions Flammarion, 2020, 400 pages

  • Les Amants météores d'Eloïse Cohen de Timary

    Les Amants météores

    d'Eloïse Cohen de Timary

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    "Comme un sportif avant l'épreuve, elle se répète mentalement le geste à accomplir. C'est sûr, elle aurait préféré faire cela à l'hôpital-entendre le bip des machines, le chariot repas qui passe dans le couloir, sentir l'odeur des détergents médicaux et puis celle, si familière, des anesthésiants-mais les circonstances ont voulu qu'elle se trouve quelque part en Bretagne, dans cette vieille maison aux murs humides et aux tomettes écaillées par le temps."

    A quoi tiennent les rencontres d'une vie ? A un détour, à un bus manqué ou à un sourire croisé par hasard et qui s'attarde dans la mémoire.

    Pour Marianne et Virgile, c'est une interview ratée qui les a rapprochés. Un échange de regards dans un bar reculé. Et les voilà, nos amants météores.
    Nos amants étonnants. Nos amants incandescents. Nos amants émouvants. Nos amants marquants.

    On dit souvent que toutes les histoires d'amour ont déjà été contées et qu'il ne reste plus qu'à trouver une manière différente de les écrire. C'est ce qu'a réussi à faire dans ce second roman Éloise Cohen de Timary.

    Déjà en réinventant le modèle de couple avec ce héros à la sexualité fluide qu'on aurait pas forcément attendu dans le rôle de l'amant éperdu.

    Puis, en livrant un récit d'amour à la fois éphémère et ancré dans le futur. Comme s'il jouait sa propre partition. Aux accents de vie et de mort.

    Il y a de très belles images entre ces pages. Des images qui puisent leurs racines dans ces jardins paysages si chers à Virgile. Dans ce ciel météore aussi.

    Il y a des scènes qui marquent. Comme cette fête opulente aux allures de crépuscule. Comme ce week-end iodé. Comme cette arrivée dans leur appartement de Montmartre. Comme ce déjeuner chez les parents.

    Il y a cette alternance de narration. Ces voix qui s'entremêlent pour mieux nous parler de cette relation fulgurante.

    J'ai trouvé cette construction intéressante. Même si j'ai eu du mal parfois à quitter Virgile et Marianne pour Florence, cette médecin attachante mais dont je ne percevais pas l'importance.

    Même si la fin m'a permis de mieux saisir la portée de cette protagoniste, j'aurais préféré  moins me plonger dans son vécu pour mieux rester avec nos amants.

    De même, je dois avouer que j'ai moins accroché avec Tatiana et avec toute la partie de l'intrigue qui se rapporte à elle.

    J'ai regretté également que certains thèmes forts ne soient pas plus développés. Comme celui de la possibilité de la paternité.

    Pour autant, malgré ces quelques bémols, je garderai un bon souvenir de cette lecture et de nos amants météores. 
     
    JC Lattès, 328 pages, 2020

  • Il est juste que les forts soient frappés

    Il est juste que les forts soient frappés

    de

    Thibault Bérard

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    "J'imagine que vous serez d'accord: ce que tout le monde veut dans la vie, c'est laisser une trace, non. Résister à l'oubli éternel?"

    Cela commence comme un film de Capra. Une femme en proie à des démons qui la broient. Deux rencontres à quelques années. Et la voilà métamorphosée.

    Mais, pour celle qui pensait mourir avant 40 ans, point de happy end.
    C'est elle qui nous raconte son histoire. Depuis une cellule dans un au-delà où ses souvenirs remontent comme des bulles. Bulles de joie. Bulles de combat. Bulles de douleur. Bulles de tout ce qui ne se dit pas.

    Il y a la voix de Sarah qui nous mène sur ce chemin peuplé de tous ces rires passés, de toutes ces souffrances larvées et de tous ces possibles réinventés. Sarah, la reine noire, qui ne croit pas au bonheur mais que la rencontre avec Théo a bouleversée. Sarah qui se dévoile entière, dans ses failles les plus reculées. Avec une sincérité désarmante qui nous pousse à l'aimer et à la pleurer.

    Il y a son lutin. Cet amoureux porté par une foi dans l'existence. Celui qui revoit les scènes de ses longs métrages préférés dans les séquences de ses journées. Celui qui grandit dans l'épreuve. Comme si le baptême de feu de l'inquiétude et de la peur le rendaient adulte et balayaient son insouciance.

    Il y a ceux qui évoluent autour de ce couple frappé par la pire épreuve. Simon et Camille, leurs deux enfants, pris dans la tourmente. Le Dr House, figure de référence, contre laquelle achoppent tous les espoirs comme toutes les colères.

    Il y a ce style fébrile qui épouse au mieux l'urgence. Ces phrases qui se font tantôt courtes ou tantôt longues pour accompagner les méandres de la pensée et du discours de l'héroïne. Cette poésie qui émerge dans certains paragraphes. Ces bulles. Cette nacre. Comme des îlots de beauté dans un univers dévasté.

    Il y a cette émotion qui nous saisit et nous accompagne. Cette envie d'y croire. Malgré la chronique d'une mort annoncée.

    Il y a cet entremêlement de références modernes et plus anciennes qui s'harmonisent au fil des pages.

    Il y a ces chansons qui réconfortent et apaisent. Comme autant d'échappées magnifiques et momentanées.

    Il y a ces instants fugaces de communion et de paix que Sarah fige pour l'éternité.

    Il y a Cléo, la lumière , qui ouvre ses bras pour le rescapé et l'empêche d'échouer.

    Il y a cette pensée qui envahit le lecteur. Cette idée que le roman s'appuie sur une matière autobiographique qui rend l'hommage encore plus poignant.

    Ce livre, je l'ai fini le cœur à la fois serré et ensoleillé.

    Ce livre, il m'a embarquée. Même si le premier chapitre, ce pacte narratif nécessaire, m'avait laissée dubitative. Même si j'aurais préféré que l'intrigue s'achève sur ce "Hey Jude" vibrant et laisse les vivants s'effacer devant Sarah, l'absente si présente.

    Ce livre, malgré ces deux réserves, je ne peux que vous le recommander.

    Editions de l'Observatoire, 2020, 296 pages