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06/06/2013

Resurrection Row de Anne Perry

Resurrection Row

de

Anne Perry

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"Un brouillard aigre et épais tournoyait dans les rues, effaçant les distances, créant un halo autour des lampes à gaz. L'air âpre et humide qui prenait à la gorge ne refroidissait pourtant pas l'enthousiasme des spectateurs à la sortie du théâtre; certains fredonnaient encore quelques mesures du Mikado, la nouvelle opérette de Gilbert et Sullivan."

Sir Desmond et Lady Cantlay se dirigent vers Leicester Square, avec l'intention de héler un fiacre. Un cab émerge du brouillard. Mais son conducteur ne semble pas réagir aux invectives de sir Desmond. Ce dernier pense avoir affaire à un homme ivre. Son choc est donc immense quand il se rend compte qu'il a affaire à un cadavre.

"Il était affreusement évident que l'homme était mort, et ce depuis longtemps. L'odeur putride qui se dégageait du corps et de la terre dans ses cheveux étaient plus impressionnantes encore que la chair livide et boursouflée"

Le couple se met à crier. Et alerte ainsi Thomas Pitt qui sortait aussi du théâtre en compagnie de son épouse Charlotte.

Très vite, Thomas découvre que le corps déterré serait celui d'un certain Lord Augustus Fitzroy-Hammond. Son enquête va donc le mener dans les riches quartiers de Gladstone Park.

Mais il n'est pas au bout de ses surprises car d'autres cadavres sont enlevés de leurs tombes...Qui aurait intérêt à perpétrer de tels actes?

 

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Il s'agit de la quatrième enquête de Thomas et Charlotte Pitt que je découvre depuis le début de l'année. J'aime beaucoup ces rendez-vous mensuels avec mes amies de LC: Bianca, Céline et Fanny qui nous a rejointes sur ce titre.

J'ai trouvé que cette enquête se démarquait des trois précédentes. Dans le sens où elle m'a semblé quasi inexistante. Des cadavres sont déterrés et retrouvés dans un cab, une église...Et il s'agit pour Thomas de découvrir le coupable et les motifs qui peuvent le pousser à profaner ainsi des tombes. Ses investigations s'étirent sur les trois quarts de ce tome avant qu'on ne comprenne la véritable raison. Alors, tout s'accélère...jusqu'au dénouement final. Qui ne revêt pas un aspect spectaculaire, contrairement à d'habitude.

Non, selon moi, l'intérêt n'a pas résidé cette fois-ci dans l'intrigue policière (même si je tiens à souligner que Thomas a trouvé seul le fin mot de l'histoire). Mais plutôt dans la description de la société victorienne à la fin des années 1880. Une fois encore, nous sommes plongés dans les riches quartiers de la capitale.

Thomas doit interroger les riches habitants de Gladstone Park. Ce qui l'amène à retrouver Lady Vespasia Cumming-Gould, la tante par alliance d'Emily que nous avions rencontrée dans le troisième volume, Le Crime de Parangon Walk. J'ai été ravie de retrouver ce personnage que j'avais beaucoup aimé.

Grâce à elle, on en apprend un peu plus sur les usages observés dans la haute société. Notamment en ce qui concerne les veuvages. Lord Augustus laisse, en effet, une veuve déjà courtisée par un jeune homme...Or, il faudrait qu'elle respecte un délai un peu plus long, si elle ne veut pas subir le courroux de ses comparses.

Le ton très corrosif utilisé par l'auteure permet de souligner l'hypocrisie de cette société. Il s'exprime pleinement dans les dialogues de Lady Vespasia ou dans la description des scènes d'enterrement.

Une fois encore, ce prétendant ne nous est pas inconnu. Il s'agit de l'ex-beau frère de Charlotte dont elle était follement amoureuse dans L'étrangleur de Cater Street. Ils vont renouer des liens. Ces scènes de retrouvailles et de tête-à-têtes m'ont beaucoup plu. Elles soulignent le chemin parcouru par notre héroïne depuis le premier tome. Et aussi l'immense bonheur qui l'unit à son mari.

Toutefois, ce qui m'a le plus marqué dans ce tome, c'est la peinture des bas-fonds londoniens. J'étais habituée avec la série des Monk à des visites des quartiers sordides de la capitale. Néanmoins, cette fois-ci, ces incursions prennent un aspect plus politique. Une grande partie du roman est consacrée à une loi que souhaiteraient faire passer plusieurs habitants de Gladstone Park à la Chambre des Lords pour favoriser l'éducation des jeunes. J'ai beaucoup admiré la personnalité de Carlisle, cet homme passionné, prêt à toutes les compromissions, pour sauver ces enfants plongés dans la misère avant qu'il ne soit trop tard. J'aimerais le retrouver dans d'autres épisodes de cette série.

Bref, vous l'aurez compris: j'ai passé un agréable moment de lecture. Mais c'est surtout la peinture de la société victorienne qui a retenu mon attention. Tout comme l'évolution des interactions entre les personnages.

Editions 10/18, collection "Grands détectives", 314 pages, 8,10 €

Billet dans le cadre d'une LC avec Fanny, Céline et Bianca; du Mois anglais et des challenges Anne Perry et God save the livre 2013

 

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24/02/2013

La crique du Français

La Crique du Français

de

Daphné du Maurier

 

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"Quand le vent d'est souffle sur l'Helford, ses eaux étincelantes se troublent, s'agitent et viennent, en petites vagues, battre rageusement ses vitres sablonneuses. De courtes lames se brisent sur la barre du jusant, et les échassiers, effleurant la surface, s'appelant l'un l'autre dans leur vol, se dirigent à tire-d'aile vers les bancs de boue à l'intérieur des terres. Seules les mouettes, leur plumage gris pailleté d'embruns, tounoyent et crient encore au-dessus de l'écume, où, de temps à autre, elles plongent à la recherche de leur pâture."

Au temps de la Restauration anglaise, Lady Dona Saint Columb jouit d'une réputation scandaleuse, accompagnant son mari Sir Harry et ses amis dans des lieux de "mauvaise vie"

Lassée de la "futilité de sa vie, de ces incessants soupers, dîners, parties de cartes, de ces frasques idiotes, dignes tout au plus d'une écolière en vacances, de ce flirt stupide avec Rockingham", elle a décidé de quitter Londres pour partir s'installer seule avec ses deux enfants dans le domaine de Navron, au bord de la Manche.

Arrivée dans la propriété, elle est très surprise de la trouver à l'abandon et de la voir entretenue par un seul domestique, un dénommé William.

Mais très vite, ce dernier la rassure, remet la maison en ordre, engage d'autres serviteurs... Débute alors une nouvelle existence pour Lady Dona, rythmée par ses envies, les jeux avec ses enfants.

Malheureusement, cette tranquillité est perturbée par la visite d'un voisin, Lord Godolphin qui la met en garde contre des pirates français qui séviraient sur la côte.

Lady Dona ne veut pas prêter attention à ces rumeurs. Mais la nuit venue, ne trouvant pas le sommeil, elle assiste à un étrange manège entre William et un inconnu. Et si...?

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Daphné du Maurier est une auteure anglaise, née en 1907. Elle est issue d'une famille d'artistes et s'est lancée très jeune dans l'écriture. Son premier roman Chaînes d'amour a été publié en 1931. Il a été suivi par de nombreux succès: L'Auberge de la Jamaïque (1936), Rebecca (1938), La Crique du Français (1941), Le Général du Roi (1946)...

Quand j'étais adolescente, j'avais une prédilection particulière pour cet écrivain dont je piochais les oeuvres dans la bibliothèque de ma grand-mère. Dernièrement , en parcourant la blogosphère et en voyant tant de billets élogieux sur Rebecca, j'ai eu envie de me replonger dans ses livres. J'ai emprunté hier La Crique du français à la bibliothèque et je l'ai achevé en une matinée, confortablement installée sur mon canapé avec une bonne tasse de thé.

Pourtant, je dois avouer que j'ai failli renoncer à l'aventure au bout du premier chapitre. En effet, je n'ai pas compris son intérêt. Daphne du Maurier s'est lancée dans une description contemporaine du très beau paysage de l'Helford en y juxtaposant des moments clés de l'histoire qu'elle allait nous conter. Certes, son dessein de nous montrer comment les paysages gardaient l'empreinte de ceux qui y étaient passés était sans doute louable mais j'ai eu l'impression d'être "spoilée" sur ce que j'allais lire.

Heureusement, j'ai quand même poursuivi ma découverte de ce roman d'aventure romanesque.

L'héroïne, Lady Dona Saint Columb, est une jeune femme lassée par la vie de la cour, le luxe, la dépravation qui y règne. Dans la voiture qui l'emmène à Navron, elle nous laisse entrevoir un tableau peu engageant de la capitale londonienne au temps de la Restauration.

"elle se rappelait le théâtre bondé, la puanteur du parfum sur les corps échauffés, les rires niais, le bruit, la loge royale, le Roi, son entourage..."

Elle ne veut plus tenir le rôle "indigne" qu'elle jouait dans cette société. "N'avait-elle pas, cédant aux exigences de son entourage, consenti à être cette créature superficielle, ravissante, qui, rieuse, acceptait avec un haussement d'épaules, adulations et louanges, comme un tribut naturel à sa beauté, insouciante, indolente, volontaire, indifférente, tandis qu'une autre Dona, étrange, semblable à un fantôme, l'épiait du fond d'un sombre miroir et avait honte?"

Tout au long du récit, on assiste donc à la transformation de cette femme. Une transformation dûe à un mode de vie plus simple, plus en accord avec ses envies mais surtout, comme vous vous en doutez, à une belle rencontre...

Dès qu'on entend William, le nouveau valet, parler de son ancien maître, on pressent que Lady Dona ne va pas tarder à faire sa connaissance.

Comme dant tout roman d'aventures romanesques, cette première entrevue prend un tour surprenant.

Jean-Benoît Aubéry a choisi l'état de pirate par goût de l'aventure. Et il va faire un très beau cadeau à Lady Donna: lui permettre de vivre elle-aussi l'aventure, de sentir la brume maritime sur elle, de connaître le danger, d'échapper à sa condition de femme...le temps d'une parenthèse.

Cette escapade va se révéler très dangereuse pour nos deux héros. S'ensuivent d'ailleurs des scènes à la tension très maîtrisée (je pense notamment à celle du dîner avec les notables ou celle de la poursuite dans l'escalier)

C'est justement là que se révèle le talent de Daphne du Maurier: donner vie à certaines scènes, nous faire ressentir tantôt l'enthousiasme, tantôt la peur et la nervosité...

Elle fait preuve également d'une grande ironie dans sa description des nobles et des notables du coin. La scène du dîner constitue à cet égard un vrai morceau de bravoure. Tout comme le décalage entre la découverte du mode de vie des pirates français et les racontars qui circulent sur eux.

De plus, elle livre de très belles pages sur la mer, un des thèmes récurrents de son oeuvre.

J'évoquerai juste un petit bémol: certains éléments de l'intrigue sont par trop prévisibles, surtout si vous avez lu le premier chapitre.

Bref, vous l'avez compris: si vous cherchez un roman d'aventures, romanesque, plein de rebondissements et c'est vrai un brin désuet pour passer un agréable moment, ce livre est parfait. Il a confirmé mon envie de prolonger ma redécouverte de l'oeuvre de cette auteure.

Le Livre de Poche, 2000 (anciennement paru sous le titre L'Aventure vient de la mer), 282 pages, 4,60 €

Lu dans le cadre du challenge God save the livre 2013.

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