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24/03/2015

Manderley for ever de Tatiana de Rosnay

Manderley for ever

de

Tatiana de Rosnay

 

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"D'habitude, il y a du monde sur les pelouses de Regent's Park. Des promeneurs viennent admirer les parterres de fleurs, les roseraies de la reine Mary, le lac où l'on peut faire du bateau. Mais en cette grise matinée de novembre, rendue humide par une bruine typiquement britannique, le parc est désert."

Dans cette biographie, Tatiana de Rosnay fait revivre la fabuleuse histoire de Daphné du Maurier, de sa naissance le 13 mai 1907 à sa mort le 19 avril 1989.

Cadette de Sir Gerald de Maurier, un célèbre comédien, elle grandit dans un monde privilégié, entourée d'artistes. Parmi les familiers de la maisonnée, on retrouve notamment le célèbre écrivain et dramaturge James Barrie.

Depuis toute petite, elle entend également beaucoup parler de son grand-père, le célèbre George du Maurier, proche de Henry James, dessinateur et auteur de Peter Ibbetson.

Forcément, issue d'une telle lignée et avec un tel entourage, Daphné ne peut que se lancer dans une voie artistique.

Elle entame un journal intime, dans lequel elle narre ses tourments amoureux, auprès de la directrice de sa pension française, la belle Fernande Yvon.

Puis, à l'abord de la vingtaine, après quelques nouvelles cyniques, elle trouve la discipline nécessaire pour rédiger son premier roman, La Chaîne d'amour.

Commence alors un parcours littéraire jalonné par de grands succès: Rebecca (1938), Le Général du Roi (1946), Ma cousine Rachel (1951)...

Daphné puise, tant dans sa vie personnelle que dans celle de ses ancêtres, pour trouver l'inspiration.

Mais, avec les années, sa voix s'éteint. Jusqu'à sa disparition en 1989, alors que sa mémoire s'effiloche.

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Autant j'avais été mitigée concernant la biographie sur la Baronne Blixen, autant j'ai été emballée par celle-ci.

Tatiana de Rosnay parvient à faire revivre ce destin hors norme sans jamais encombrer son schéma narratif de trop de dates ou de faits. Tout est savamment dosé pour ne jamais susciter une baisse d'intérêt de la part du lecteur.

De son enfance dorée, parmi des sommités intellectuelles et sous la férule d'un père trop présent à sa retraite à la soixantaine, elle dessine le portrait d'une femme entière, passionnée, intelligente, indépendante.

Trop indépendante sans doute. Et égoïste. Une femme qui préfère se consacrer pendant des heures à son art, en délaissant ses enfants et son époux. Une femme qui déteste les mondanités inhérentes à son rang. Une femme timide mais qui se lance à corps perdu dans ses amours.

Une femme scindée en deux et qui laisse, de temps en temps, son double masculin, Eric Avon, s'exprimer.

Une femme profondément attachée à la nature. Et aux Cornouailles. Après des vacances dans sa maison de jeunesse à Ferryside, elle devient la locataire de Menabilly, un lieu qui l'inspirera pour le Général du Roi et pour le Manderley de Rebecca.

On ressort fascinés par cette personnalité. Et amusés par certains de ses traits de caractère ou de ses habitudes (à commencer par le langage codé dont elle use avec ses proches (cirer signifie par exemple "faire l'amour"))

Et avec l'envie de se plonger dans les ouvrages dont on découvre la genèse, au fil des pages.

Néanmoins, j'aimerais soulever un bémol. Cette biographie a été publiée conjointement par Albin Michel et Héloïse d'Ormesson et cela se ressent. En effet, l'auteur cite à de trop nombreuses reprises le premier éditeur. Certes, Daphné du Maurier était en contrat avec eux. Certes, sa traductrice Mme Butler se permettait de trop nombreuses libertés. Mais, une fois développée cette idée pour une des parutions, avait-on besoin de savoir à chaque fois le type d'accueil reçu en France et les adaptations opérées?

Bref, vous l'aurez compris: une biographie très réussie sur une femme extraordinaire. Et je vous en recommande vivement la lecture.

Albin Michel et Héloïse d'Ormesson, 2015, 457 pages

12/01/2014

Le Général du Roi de Daphné du Maurier

Le Général du Roi

de

Daphné du Maurier

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"Septembre 1653-Fin d'été-Les premiers vents frileux d'automne. Le soleil n'entre plus par la fenêtre de l'est, à mon réveil. Paresseux, il ne passe pas avant huit heures au-dessus de la colline. Un brouillard blanc cache souvent la baie jusqu'à midi, laissant derrière lui une haleine froide. La prairie ne sèche plus et bien après midi brille encore sous le soleil. De grosses gouttes d'eau pendent, immobiles, au bout des brins d'herbe. Je remarque les marées plus qu'auparavant. Elles s'allient au jour. Quand la mer se retire des marais, qu'apparaît peu à peu le sable dur et ridé; il me semble dans ma fantaisie, suivre le reflux; mes vieux rêves apparaissent au grand jour comme les coquillages et les pierres de la grève."

Honor Harris revient sur son passé et sur l'influence qu'a exercée la famille Grenville sur son destin.

C'est ainsi qu'on la retrouve en 1629, à 18 ans. Elle est alors une jeune fille issue de l'aristocratie anglaise, indépendante, entière, fière et farouche. Lors de son entrée dans le monde, elle rencontre Sir Richard Grenville, un soldat qui jouit d'une très mauvaise réputation et qui va immédiatement la fasciner. S'ensuit une cour dans l'arbre d'un jardin des Cornouailles....Honor et Richard en viennent même à se fiancer.

Mais un terrible événement les sépare pendant quinze ans....Et c'est la guerre civile qui les réunit.

daphné du maurier.jpeg

La semaine dernière, je vous parlais du Général du Roi, un téléfilm de Nina Companeez qui m'a fait passer un agréable moment et m'a surtout donné envie de me replonger dans le roman de Daphné du Maurier. Un roman que j'avais dévoré à l'adolescence et que j'ai de nouveau beaucoup aimé.

L'auteur a repris un schéma narratif assez classique: à la fin de sa vie, Honor Harris revient sur les évènements qui l'ont marquée et sur les rapports qu'elle a entretenus avec la famille Grenville.

En même temps, ce schéma se révèle très original quand on aborde les chapitres autour de la première et de la seconde guerre civile. Après quinze ans de séparation, notre héroïne revoit Richard, devenu le "général du Roi". Leur relation reprend et Honor se voit contrainte de guetter ses missives ou ses arrivées surprise. Par conséquent, on ne se retrouve jamais au cœur des batailles. Mais on éprouve les sentiments d'une femme qui attend des nouvelles du front et ne cesse d'avoir peur pour celui qu'elle aime. De plus, certaines scènes, à l'instar de celle de la visite des troupes ou des horreurs subies par les civils, se révèlent d'autant plus frappantes car elles sont évoquées par une néophyte.

Je me suis immédiatement attachée aux personnages. Alors que les premières pages avec Gartred me donnaient l'impression qu'ils pourraient parfois être trop manichéens, j'ai eu l'agréable surprise en avançant dans l'intrigue de voir que chacun d'entre eux présentait tant des qualités que des failles.

Néanmois, trois d'entre eux se détachent:

-Gartred Grenville: une femme forte qui essaie de profiter de son capital beauté pour s'élever dans la société et s'assurer un avenir stable. Même si ces choix matrimoniaux se révèlent toujours intéressés et peuvent susciter du dégoût, je n'ai pu m'empêcher de penser qu'elle symbolisait-certes la femme fatale, celle par qui le malheur arrive-mais aussi la femme noble du 17ème siècle contrainte de se marier par raison et sans cesse vendue au plus offrant par son père ou ses frères.

-Richard Grenville: le "Général du Roi", un homme brave, colérique, impatient, exigeant, infidèle, égoïste, vantard, doué d'un grand sens de la répartie...En somme, un personnage hors normes qui ne peut laisser indifférent...Un héros de roman comme il en existe peu.

-Honor Harris: une femme profondément libre qui, malgré sa situation, parvient à vivre son histoire d'amour. Dans une époque où ses comparses ne comptent pas, elle réussit également à donner des avis aux hommes de son entourage et à se faire entendre.

De même, j'ai trouvé l'intrigue très prenante. Au fil des pages, on est confrontés à de nombreux rebondissements. Jusqu'au dénouement final...Seul bémol: certaines scènes de guerre m'ont un peu lassée dans les derniers chapitres.

A bien des égards, le Général du Roi se révèle donc un roman surprenant: il met en scène une histoire d'amour atypique et il évoque la guerre et l'histoire par les yeux d'une femme doublement contrainte à l'inaction (par son statut et son état) mais qui, paradoxalement, influence certains épisodes charnières.

Bref, vous l'aurez compris. J'ai vraiment beaucoup aimé cet ouvrage que je vous recommande. Et je crois que 2014 sera placé sous le signe( entre autres) de Daphné du Maurier.

Si certains sont d'ailleurs intéressés par des lectures communes autour de ses œuvres, n'hésitez pas...

Albin Michel, 1947, 404 pages

Billet dans le cadre d'une lecture commune avec Shellbylee et du challenge God save the livre 2013.

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24/02/2013

La crique du Français

La Crique du Français

de

Daphné du Maurier

 

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"Quand le vent d'est souffle sur l'Helford, ses eaux étincelantes se troublent, s'agitent et viennent, en petites vagues, battre rageusement ses vitres sablonneuses. De courtes lames se brisent sur la barre du jusant, et les échassiers, effleurant la surface, s'appelant l'un l'autre dans leur vol, se dirigent à tire-d'aile vers les bancs de boue à l'intérieur des terres. Seules les mouettes, leur plumage gris pailleté d'embruns, tounoyent et crient encore au-dessus de l'écume, où, de temps à autre, elles plongent à la recherche de leur pâture."

Au temps de la Restauration anglaise, Lady Dona Saint Columb jouit d'une réputation scandaleuse, accompagnant son mari Sir Harry et ses amis dans des lieux de "mauvaise vie"

Lassée de la "futilité de sa vie, de ces incessants soupers, dîners, parties de cartes, de ces frasques idiotes, dignes tout au plus d'une écolière en vacances, de ce flirt stupide avec Rockingham", elle a décidé de quitter Londres pour partir s'installer seule avec ses deux enfants dans le domaine de Navron, au bord de la Manche.

Arrivée dans la propriété, elle est très surprise de la trouver à l'abandon et de la voir entretenue par un seul domestique, un dénommé William.

Mais très vite, ce dernier la rassure, remet la maison en ordre, engage d'autres serviteurs... Débute alors une nouvelle existence pour Lady Dona, rythmée par ses envies, les jeux avec ses enfants.

Malheureusement, cette tranquillité est perturbée par la visite d'un voisin, Lord Godolphin qui la met en garde contre des pirates français qui séviraient sur la côte.

Lady Dona ne veut pas prêter attention à ces rumeurs. Mais la nuit venue, ne trouvant pas le sommeil, elle assiste à un étrange manège entre William et un inconnu. Et si...?

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Daphné du Maurier est une auteure anglaise, née en 1907. Elle est issue d'une famille d'artistes et s'est lancée très jeune dans l'écriture. Son premier roman Chaînes d'amour a été publié en 1931. Il a été suivi par de nombreux succès: L'Auberge de la Jamaïque (1936), Rebecca (1938), La Crique du Français (1941), Le Général du Roi (1946)...

Quand j'étais adolescente, j'avais une prédilection particulière pour cet écrivain dont je piochais les oeuvres dans la bibliothèque de ma grand-mère. Dernièrement , en parcourant la blogosphère et en voyant tant de billets élogieux sur Rebecca, j'ai eu envie de me replonger dans ses livres. J'ai emprunté hier La Crique du français à la bibliothèque et je l'ai achevé en une matinée, confortablement installée sur mon canapé avec une bonne tasse de thé.

Pourtant, je dois avouer que j'ai failli renoncer à l'aventure au bout du premier chapitre. En effet, je n'ai pas compris son intérêt. Daphne du Maurier s'est lancée dans une description contemporaine du très beau paysage de l'Helford en y juxtaposant des moments clés de l'histoire qu'elle allait nous conter. Certes, son dessein de nous montrer comment les paysages gardaient l'empreinte de ceux qui y étaient passés était sans doute louable mais j'ai eu l'impression d'être "spoilée" sur ce que j'allais lire.

Heureusement, j'ai quand même poursuivi ma découverte de ce roman d'aventure romanesque.

L'héroïne, Lady Dona Saint Columb, est une jeune femme lassée par la vie de la cour, le luxe, la dépravation qui y règne. Dans la voiture qui l'emmène à Navron, elle nous laisse entrevoir un tableau peu engageant de la capitale londonienne au temps de la Restauration.

"elle se rappelait le théâtre bondé, la puanteur du parfum sur les corps échauffés, les rires niais, le bruit, la loge royale, le Roi, son entourage..."

Elle ne veut plus tenir le rôle "indigne" qu'elle jouait dans cette société. "N'avait-elle pas, cédant aux exigences de son entourage, consenti à être cette créature superficielle, ravissante, qui, rieuse, acceptait avec un haussement d'épaules, adulations et louanges, comme un tribut naturel à sa beauté, insouciante, indolente, volontaire, indifférente, tandis qu'une autre Dona, étrange, semblable à un fantôme, l'épiait du fond d'un sombre miroir et avait honte?"

Tout au long du récit, on assiste donc à la transformation de cette femme. Une transformation dûe à un mode de vie plus simple, plus en accord avec ses envies mais surtout, comme vous vous en doutez, à une belle rencontre...

Dès qu'on entend William, le nouveau valet, parler de son ancien maître, on pressent que Lady Dona ne va pas tarder à faire sa connaissance.

Comme dant tout roman d'aventures romanesques, cette première entrevue prend un tour surprenant.

Jean-Benoît Aubéry a choisi l'état de pirate par goût de l'aventure. Et il va faire un très beau cadeau à Lady Donna: lui permettre de vivre elle-aussi l'aventure, de sentir la brume maritime sur elle, de connaître le danger, d'échapper à sa condition de femme...le temps d'une parenthèse.

Cette escapade va se révéler très dangereuse pour nos deux héros. S'ensuivent d'ailleurs des scènes à la tension très maîtrisée (je pense notamment à celle du dîner avec les notables ou celle de la poursuite dans l'escalier)

C'est justement là que se révèle le talent de Daphne du Maurier: donner vie à certaines scènes, nous faire ressentir tantôt l'enthousiasme, tantôt la peur et la nervosité...

Elle fait preuve également d'une grande ironie dans sa description des nobles et des notables du coin. La scène du dîner constitue à cet égard un vrai morceau de bravoure. Tout comme le décalage entre la découverte du mode de vie des pirates français et les racontars qui circulent sur eux.

De plus, elle livre de très belles pages sur la mer, un des thèmes récurrents de son oeuvre.

J'évoquerai juste un petit bémol: certains éléments de l'intrigue sont par trop prévisibles, surtout si vous avez lu le premier chapitre.

Bref, vous l'avez compris: si vous cherchez un roman d'aventures, romanesque, plein de rebondissements et c'est vrai un brin désuet pour passer un agréable moment, ce livre est parfait. Il a confirmé mon envie de prolonger ma redécouverte de l'oeuvre de cette auteure.

Le Livre de Poche, 2000 (anciennement paru sous le titre L'Aventure vient de la mer), 282 pages, 4,60 €

Lu dans le cadre du challenge God save the livre 2013.

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