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18/09/2018

Le Dernier bain de Gwenaële Robert

Le Dernier bain

de

Gwenaële Robert

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 "Jeudi 11 juillet 1793

Midi

"Paris!" Les passagers de la diligence en provenance d’Évreux  ne sont pas fâchés d'être arrivés. Le trajet a été long et la chaleur est écrasante sous le toit de cuir bouilli. Tirés de leur somnolence par le cri du cocher, ils s'extirpent de la voiture en bâillant, récupèrent leurs malles et entrent, un à un, dans la fournaise des rues parisiennes. Seule une jeune fille demeure sur la chaussée, visiblement déconcertée par le tumulte de la ville."

Cette jeune fille, c'est Charlotte Corday, tout droit débarquée de sa Normandie natale avec l'intention d'assassiner Marat. Mais elle n'est pas la seule à s'intéresser à l'Ami du peuple. Autour de la rue des Cordeliers, tournent aussi une jeune Anglaise, une lingère du Temple, un moine défroqué et un célèbre peintre. En trois jours, tous ces destins vont se frôler, se croiser parfois...Jusqu'à ce fameux 13 juillet et ce dernier bain.

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La collection "Passe-murailles", développée par Robert Laffont, entend "revisiter les mondes immuables des classiques littéraires, entrer dans des tableaux qui s'animeraient soudain, débattre avec des philosophes disparus, s'égarer dans des films ou des séries que rien ne destinait à se rencontrer, ou bien simplement évoque l'influence de ces œuvres sur nos vies."

Pour le Dernier bain, l'autrice s'est donc appuyée sur la Mort de Marat, le célèbre tableau de David, pour dérouler le fil de son intrigue. L'action débute le 11 juillet à midi avec l'arrivée de Charlotte Corday.  Cependant, elle ne se contente pas de suivre cette jeune femme. Elle s'attarde aussi sur d'autres protagonistes.

J'ai apprécié ce parti pris. En effet, cette narration polyphonique enrichit le propos et l'éloigne complètement de l'éventuel piège du compte-rendu. Ici, chacun des personnages abordés nous donne à voir leur Marat. Même si leurs points de vue conjugués dessinent le même type de portrait, ils confèrent une sorte de relief au grand absent de ce roman.

Au fil des pages, jamais le lecteur n'entend le célèbre révolutionnaire. On s'approche de lui, on subit la puanteur qu'il dégage mais jamais il ne se livre à nous. Comme s'il était déjà parti. Comme s'il se muait irrévocablement en nature morte, prête à être fixée pour l'immortalité par David.

Chacun de nos "guides": la lingère, Charlotte Corday, David, le gardien du Temple, le moine défroqué, le perruquier, le cocher....nous permet de mieux comprendre à quoi ressemblait la vie en ce mois de juillet 1793. Comme autant de figurants d'une toile dont ils ne percevraient pas les enjeux. Même si ce choix m'a paru judicieux, je dois avouer que je ne me suis pas intéressée de la même manière à tous leurs destins. Le perruquier et le moine défroqué, même s'ils apportent un éclairage sociétal de la révolution, ne m'ont pas semblé forcément primordiaux.

Selon moi, un des autres bémols réside dans l'identité des conteurs. Quasiment tous se révèlent des "adversaires" de Marat. J'aurais aimé qu'à la voix de David s'entremêlent celles d'autres révolutionnaires convaincus pour nous donner une vision encore plus aboutie et moins manichéenne de l'Ami du peuple.

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Si certaines scènes de ce drame en trois jours sont plus des "scènes de transition", d'autres nous saisissent et nous empoignent. Je fais notamment référence à celle de la séparation de la Reine et de son fils au Temple ou à celle de la foule déchaînée dans la rue des Cordeliers après l'assassinat. Gwenaële Robert démontre alors son talent pour créer des tableaux vivants.

Chapitre après chapitre, la tension monte. On s'attache à Charlotte Corday, qui nous est présentée comme exaltée et émouvante. Avec une sorte de dimension sacrificielle digne des héroïnes antiques. On peut ou non adhérer à cette description du personnage mais j'ai trouvé qu'elle cadrait bien avec l'ensemble de l'intrigue.

L'autrice m'a parfois étonnée par certaines options narratives comme des recours à l'ellipse. Ces fondus au noir peuvent déstabiliser mais j'ai trouvé qu'ils donnaient finalement plus de poids aux séquences restées en lumière. Comme cette partie autour du tableau de David où nous avons l'impression de nous être glissés dans son atelier et d'assister à la genèse de cette toile archi-connue.

Bref, vous l'aurez compris: j'ai trouvé cette lecture agréable, intéressante et vivante. J'ai même été bluffée par certaines scènes. En revanche, j'ai regretté la vision parfois un peu trop manichéenne et certains héros qui étiraient un peu trop l'histoire et l'éloignaient de son centre d'intérêt principal.

Un grand merci à Filipa et aux éditions Robert Laffont pour cet envoi.

Robert Laffont, 2018, 231 pages

 

 

09/11/2015

Monsieur mon Amour

Monsieur Mon Amour

de

Alexandra de Broca

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"Au citoyen Philippe d'Orléans

Palais-Royal

Pardonnez-moi de vous importuner à l'heure où Paris gronde et attend son rédempteur. Vous, peut-être? Cette lettre, je vous l'assure, pourrait être la dernière car je sens la mort approcher. Mais si la guillotine devait tarder, alors je m'engage à vous écrire jusqu'à ce que mon nom soit crié et mon funeste départ ordonné."

Emmenée en même temps que la famille Royale au Temple, la princesse de Lamballe vient d'être séparée d'eux et conduite à la prison de la Force pour y attendre son jugement.

Elle profite de ces quelques jours de sursis pour se livrer à une bouleversante confession. En quinze lettres, étalées du 21 août au 3 septembre 1792, elle ose enfin avouer son amour à Philippe d'Orléans et revient sur ses années en France, de son mariage aux dernières heures de la Monarchie.

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J'avais beaucoup apprécié la Princesse effacée, le premier ouvrage d'Alexandra de Broca, consacré à Madame Royale. Aussi, lorsque j'ai appris qu'elle venait de publier un nouvel opus, cette fois-ci autour d'une des favorites de Marie-Antoinette, j'ai eu hâte de me plonger dedans.

Dans ses Mémoires, Talleyrand mentionne la princesse de Lamballe parmi les femmes qui se"crurent successivement aimées par" [Philippe d'Orléans]. Et c'est cette phrase qui a inspiré l'auteure.

En effet, elle a  imaginé une déclaration d'amour de cette femme, rédigée lors de ses derniers jours à la Prison de la Force.

S'adressant à celui qui a toujours ignoré le secret de son cœur, elle décide de tout lui dire.

Un schéma narratif très astucieux qui entremêle ainsi des aspects biographiques et romancés.

On en apprend plus sur le destin de cette jeune aristocrate turinoise, mariée au fils du duc de Penthièvre et qui fut torturée par son mari lors de sa nuit de noces et tout le temps de leur union.

Devenue veuve à dix-neuf ans, elle manque épouser le roi Louis XV mais une intrigue de la favorite, la duchesse du Barry, annule ce projet.

Elle rencontre alors la Dauphine, Marie-Antoinette, et devient très vite sa favorite. Tout le monde se dispute ses faveurs. Mais sa santé fragile, son sérieux, son renoncement aux idylles et l'arrivée de la Polignac dans l'entourage de la nouvelle Reine la précipitent en disgrâce.

Rentrée à Paris, la princesse fréquente les salons d'avant-garde, comme celui du duc d'Orléans et adhère aux franc-maçons.

Puis, suite aux événements de 1789, elle revient en faveur et regagne une place de confiance auprès de Marie-Antoinette.

Jusqu'à cette arrestation en août 1792...

J'ai trouvé toute cette partie biographique très intéressante. Cette princesse a tour à tour été admirée pour sa vertu, conspuée pour sa place à la Cour et maudite pour ses relations soi disant amoureuses avec la Reine.

Avec ce "je", Alexandra de Broca entend rétablir la vérité autour de cette figure historique.

A t-elle raison? A t-elle tort? Difficile de se prononcer.

Mais, ce qui est certain, c'est qu'à la lecture de ces pages, on ne peut que ressentir de la compassion pour cette femme dont la vie a été sacrifiée aux autres.

J'ai beaucoup apprécié également la peinture de ce tournant, entre le chute de la Monarchie et les massacres de septembre. On comprend mieux l'atmosphère de chaos qui devait régner et cette peur qui devait étreindre les aristocrates enfermés.

En revanche, j'ai eu du mal à adhérer à cette amour forcené pour le duc d'Orléans. Les élans passionnés qui retentissent dans chaque lettre ne m'ont pas convaincue. Comme si cela me paraissait impossible de croire à un lien entre ces deux personnalités si antagonistes.

De même, je reprocherai le flou qui entoure certaines dates. Je comprends cette idée de mémoire labyrinthe et cette possibilité de se perdre entre certains événements. Cependant, dans le cas d'une biographie romancée comme ici, je m'attendais à plus de précision. Notamment au moment du voyage d'Angleterre relié à l'affaire du collier mais dont les dates ne m'ont pas semblé coïncider (1781 et 1785)

Bref, vous l'aurez compris: Monsieur mon Amour constitue une œuvre intéressante sur le plan historique et elle met en lumière une personnalité jalousée et calomniée. Toutefois, je dois avouer que je n'ai pas toujours été captée par les accents romantiques et que je me suis égarée dans certains faits historiques.

Albin Michel, 2014, 233 pages

 

02/09/2012

Le Mouron rouge ou les exploits d'un Anglais lors d'une Révolution française revisitée

Le Mouron rouge

Baronne Orczy

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Paris, septembre 1792: alors que les nobles ne cessent de se faire pourchasser et guillotiner, le Mouron rouge, qui tient son surnom de la fameuse fleur, et sa bande multiplient les exploits pour les emmener enLe mouron rouge, baronne Orczy, Révolution française Angleterre. 

Ainsi, dès les premières pages, on assiste à un de ces sauvetages héroïques. A la barrière de Neuilly, le héros, déguisé en vieille tricoteuse au fouet orné de cheveux des exécutés, arrive à faire passer la comtesse de Tournay et ses deux enfants.

Quelques jours plus tard, on retrouve ces rescapés au Repos du pêcheur, une auberge non loin de Douvres. Deux des complices du Mouron rouge les ont amenés. Ils discutent à bâtons rompus jusqu'à l'arrivée de Sir Percy Blakeney, un dandy stupide très proche du Prince de Galles et de sa femme, Marguerite Blakeney, une ancienne actrice française, soeur du Révolutionnaire Armand Saint-Just et qui aurait dénoncé jadis une famille de nobles et les aurait ainsi envoyés à la guillotine.

Ils raccompagnent justement le frère de Marguerite. Après l'avoir regardé s'embarquer, cette dernière est abordée par Chauvelin, un ancien contact français qui souhaite l'engager pour une mission. Il voudrait qu'elle l'aide à découvrir l'identité de ce mystérieux Mouron rouge. La jeune femme refuse mais une semaine plus tard, sous la menace du chantage, se voit contrainte d'accepter. En effet, Chauvelin aurait retrouvé une lettre compromettante pour Armand.

Ainsi commence pour elle une course-poursuite pour essayer de sauver tant son frère que le fameux justicier.

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Comme je suis amatrice des romans historiques populaires d' Alexandre Dumas ou de Michel Zévaco, cela faisait quelques années que je voulais lire cet ouvrage de la Baronne Orczy. Et le voir mentionné par plusieurs blogs dont celui de Books are my wonderland a ravivé cette envie.

J'ai parcouru rapidement ce livre. Même si on découvre assez tôt  qui se dissimule derrière le Mouron rouge, l'intrigue est assez bien menée. Les rebondissements s'enchaînent, les exploits se multiplient (notamment à la fin quand Chauvelin essaie de coincer son ennemi et sa bande)...On assiste également à quelques intrigues amoureuses. En somme, les ingrédients d'un bon roman populaire sont réunis.

En revanche, ce qui m'a dérangé, ce sont les nombreuses inexactitudes historiques. Par exemple, dès le début du roman est évoquée la date de septembre 1792. A cette période, selon l'auteure, la guillotine serait utilisée de façon intensive. Or, justement, devant la lenteur des jugements du Tribunal révolutionnaire, beaucoup de nobles furent assassinés lors des Massacres de septembre.

La peinture de la Révolution et des Français m'a semblé également très caricaturale. Et puis le passage sur l'aversion des Français pour les Juifs et sur la description d'un personnage juif m'a quelque peu choqué.

En voici des extraits " Desgas revint, suivi d'un juif d'un certain âge, vêtu d'une casaque sale et râpée, luisante de graisse aux épaules[...] Il se tenait le corps penché en avant, ainsi que le faisaient ceux de sa race, qui affectaient cette tenue par fausse humilité dans les siècles passés, avant la victoire de l'égalité et de la liberté religieuse; il marchait derrière Desgas avec l'allure traînante qui est restée jusqu'à ce jour la caractéristique du marchand juif dans l'Europe continentale"

Autre morceau choisi: "Chauvelin qui avait contre ce peuple détesté tous les préjugés français"

Bref, vous l'aurez compris: une lecture divertissante si on occulte les approximations historiques et les points de vue parfois trop arrêtés de l'écrivaine. Mais je ne pense pas que je m'attaquerai à la suite (la série du Mouron rouge comporte en effet neuf romans)