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08/10/2012

Certaines n'avaient jamais vu la mer

Certaines n'avaient jamais vu la mer

de Julie Otsuka

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"Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n'étions pas très grandes."

Ainsi débute le récit de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXème siècle pour épouser des compatriotes installés sur le sol américain et choisis par correspondance. Elles aspirent toutes à une vie meilleure. Et c'est après une éprouvante traversée qu'elles vont rencontrer pour la première fois celui dont leur futur dépend.

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Parmi les ouvrages de la rentrée littéraire, j'ai immédiatement remarqué la superbe couverture de Certaines n'avaient jamais vu la mer. Et j'ai eu très vite envie de me plonger dans ces pages.

Julie Otsuka avait fait une entrée remarquée dans le monde des lettres avec son premier roman Quand l'empereur était un dieu, inspiré de la vie de ses grand-parents et qui traitait d'un sujet rarement abordé: celui des camps d'internement des Japonais aux Etats-Unis suite aux évènements de Pearl Harbor. Cette fois-ci, pour sa deuxième création, elle s'est attaquée au destin de ces nombreuses Japonaises mariées sur catalogue et contraintes à l'exil.

Ce qui m'a frappé tout d'abord, c'est le style utilisé par cette auteure. A la fois poétique et sobre.

Le choix de ce "nous" omniprésent, "à la façon d'un choeur antique" comme le souligne la 4ème de couverture, confère une force surprenante à ce court récit.

Les phrases de ce collectif s'enchaînent, se superposent...nous laissant toujours l'esprit en alerte. On suit avec passion leurs vies faites de renoncements, de privations, d'acceptations, de silences, de rejets, de non-compréhensions, de tristesses... mais aussi de quelques petits bonheurs (leurs enfants). On s'indigne devant la xénophobie qu'elles subissent au quotidien.

"Leurs enfants nous jetaient des pierres. Leurs serveurs s'occupaient de nous en dernier. Leurs ouvreuses nous faisaient monter tout en haut, au deuxième balcon, où elles nous donnaient les plus mauvaises places de la salle. Le paradis des nègres, comme elles appelaient cela. Leurs coiffeurs refusaient de nous couper les cheveux. Trop durs pour nos ciseaux. Leurs femmes nous demandaient de nous éloigner d'elles dans l'omnibus lorsque nous étions trop près"

Cette xénophobie atteint d'ailleurs son paroxysme au moment de Pearl Harbor. Des rumeurs courent autour d'une liste où il vaudrait mieux ne pas voir son nom cité. 

"Que savions-nous exactement de cette liste? On l'avait établie à la hâte, au lendemain de l'attaque. On l'avait établie plus d'un an auparavant. Dix ans auparavant[...] La liste était écrite à l'encre rouge indélébile. La liste était tapée à la machine. La liste n'existait pas..."

Grâce à ce livre, on découvre donc un pan de l'histoire américaine.

L'importance de la mémoire constitue également une thématique essentielle de cette oeuvre: mémoire de ces femmes déracinées, mémoire de leurs existences difficiles, mémoires du sort qu'elles ont subi pendant le deuxième conflit...

De plus, j'ai beaucoup aimé le passage du "nous" des Japonaises au "nous" de leurs voisins (précédemment désignés par la troisième personne du pluriel). En effet, il m'a paru très intéressant de voir la vision des autochtones. Tout manichéisme m'a semblé ainsi évité.

Bref, vous l'aurez compris: ce roman constitue un vrai coup de coeur. Certaines de ses phrases vont rester longtemps ancrées en moi.

Phébus, collection "Littérature étrangère", 142 pages, traduit de l'anglais (américain) par Carine Chichereau, 15 €

certaines n'avaient jamais vu la mer,julie otsuka,phébus,challenge rentrée littéraire,challenge cent pagesCe billet marque ma première participation au challenge Rentrée certaines n'avaient jamais vu la mer,julie otsuka,phébus,challenge rentrée littéraire,challenge cent pageslittéraire de Loucy et ma troisième participation au challenge Cent pages de TyJecyka.

                 

                    

 

07/10/2012

Le Livre perdu des sortilèges de Deborah Harkness

Le Livre perdu des sortilèges

de Deborah Harkness

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"Le livre relié de cuir n'avait rien de remarquable. Pour un historien ordinaire, il était comme des centaines d'autres manuscrits de la Bibliothèque bodléienne d'Oxford, usé et ancien. Mais je sus qu'il avait quelque chose d'étrange dès l'instant où je l'eus entre les mains. "

Diana Bishop, jeune Américaine, a quitté sa ville natale de Madison pour venir s'installer en Angleterre et embrasser une carrière universitaire d'historienne à Oxford. Ainsi, elle fréquente assidûment la bibliothèque bodléienne. Un jour, parmi les manuscrits sur l'alchimie qu'elle a demandés de sortir de la réserve, elle tombe sur un ouvrage visiblement magique: l'Ashmole 782.

Elle est alors confrontée à un dilemme. En effet, elle a renoncé depuis la mort de ses parents quand elle avait 7 ans à explorer ses pouvoirs de sorcière. Finalement, après maintes tergiversations, elle rend le bouquin sans tenter de percer ses mystères.

Malheureusement pour elle, elle vient de réveiller un ancien secret. Comme de nombreuses créatures fantastiques (démons, sorciers et vampires) le convoitent, sa tranquillité est très vite pertubée. Parmi ces importuns, se trouve le séduisant et dangereux vampire Matthew Clairmont. Et malgré les interdits, une relation se noue entre eux...

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Depuis que j'ai commencé mon exploration de la blogosphère littéraire, j'ai eu l'occasion de tomber plusieurs fois sur ce titre. Aussi, lorsqu'Anastasia l'a soumis pour une lecture commune sur Livraddict, je me suis dit que ce serait une bonne idée de m'y inscrire.

Tout d'abord, je tiens à dire que j'ai trouvé le livre trop long. En effet, il comporte quelques 833 pages et aurait pu subir de nombreuses coupes. Devait-on par exemple avoir de si nombreux paragraphes détaillant les repas des protagonistes, les dégustations de vin...? 

L'histoire nous entraîne tour à tour en Angleterre, en France dans l'ancien pays d'oc, aux Etats-Unis...Ce voyage se révèle globalement agréable mais là encore, en raison de l'importance du volume, toutes les étapes ne sont pas aussi intéressantes les unes que les autres.

J'ai beaucoup aimé la partie située à Oxford. L'auteure a su recréer l'ambiance universitaire: les recherches en bibliothèque, les sessions d'aviron, les promenades sur le campus au petit matin ou tard le soir, les vieux batîments..

De même, les pages consacrées au séjour de Diana et de Matthew dans le château de Ysabeau, la mère de ce dernier m'ont passionnée.

Par la suite, l'ennui a commencé à s'installer. Seule l'arrivée dans la maison familiale des Bishop m'a divertie. Le fait qu'elle soit hantée apportait une touche d'humour à l'intrigue. 

En revanche, Deborah Harkness a imaginé des personnages qui se révèlent tous-tant les secondaires que les principaux- attachants. Diana m'a séduite par ses contradictions et ses rejets. Elle ne veut plus utiliser la magie mais y a de temps en temps recours pour faciliter son existence quotidienne, comme par exemple lorsqu'elle déplace un ouvrage de la bodléienne sous les yeux de Matthew. Ce dernier m'a un peu agacé par son côté Vieille France mais en même temps, il se justifie étant donné les dangers qu'implique sa relation avec l'héroïne. Leur idylle n'est sans doute pas novatrice mais elle est assez bien amenée.

Enfin, je tiens à évoquer un dernier point négatif: cet ouvrage se nomme le livre perdu des sortilèges et finalement, ce dernier n'est pas abordé dans la première moitié et dans la seconde, je n'ai rien compris aux explications biologiques, génétiques...qui étaient avancées. L'Ashmole 782 reste par conséquent une énigme pour moi.

Bref, vous l'aurez compris: ce roman m'a laissée un avis mitigé. J'ai aimé les environnements et les personnages mais j'ai trouvé que l'histoire aurait gagné à être allégée de quelques chapitres.

N'hésitez pas à aller voir les autres avis émis dans le cadre de cette lecture commune: Anastasia, Morgaxia, Natiora, Soevangeline, Kincaid40, Frankie  , Lulubel, Frenchdawn, Sokitty, Guenièvre, Nane 42, Elahbulle

Le Livre de Poche, 833 pages, 8,60 €