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09/11/2012

13, rue Thérèse de Elena Mauri Shapiro

13, rue Thérèse

de

Elena Mauri Shapiro

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"Le cadeau de Josianne est une boîte carrée toute simple, aux côtés à peu près aussi longs que son avant-bras et d'une profondeur équivalente à la largeur de sa paume. Le couvercle en plastique blanc affiche un motif désuet-des carreaux rouges et blancs, comme ceux que l'on voit sur les nappes des petits restaurants familiaux. La boîte en elle-même n'a rien d'extraordinaire, mais son contenu a déjà provoqué quelques poussées de fièvre."

Josianne, secrétaire dans une grande école parisienne, remarque immédiatement Trevor Statton, un professeur américain fraîchement débarqué dans la capitale. Elle décide de dissimuler dans son bureau une boîte remplie de souvenirs familiaux (photos, gants, mouchoirs, lettres...).

L'universitaire ne tarde pas à dénicher ce coffret et s'empresse de partager cette découverte avec un mystérieux correspondant.

"J'ai mis la main par hasard sur des archives tout à fait fascinantes. Je vous les enverrai par petits bouts à mesure que je les sortirai de leur boîte[...] Vous recevrez les éléments dans l'ordre où ils me sont apparus"

Ainsi débute la reconstitution de l'existence de Louise Brunet, une existence marquée par la Grande Guerre, la passion...

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Je tenais tout d'abord à remercier Livraddict et les éditions Michel Lafon pour ce partenariat. J'avais choisi ce roman en raison de la quatrième de couverture (j'aime beaucoup les oeuvres où il s'agit de remonter le fil des souvenirs) et j'ai été ravie d'avoir été retenue.

Il s'agit du premier ouvrage de la jeune auteure américaine Elena Mauli Shapiro. Cette écrivaine a passé une partie de son enfance à Paris au début des années 1980. Elle avait pour voisine précisément une Louise Brunet, une vieille femme décédée sans héritiers. Les résidents de l'immeuble se sont donc partagés les biens. Est échue à Elena et à sa mère une boîte de souvenirs. Et c'est cette boîte qui a servi de "matière première" à la rédaction de ce livre. J'ai d'ailleurs été émue de pouvoir admirer tous ces fragments de vie au fil des pages.

Le point de départ de l'intrigue: la reconstitution d'un destin à partir d'objets personnels m'a semblé très intéressant. On suit Trevor dans ses explorations et on sent la fascination de l'intellectuel s'accroître pour son sujet d'étude. On en vient même à se demander quelles sont les frontières entre la réalite et le rêve et jusqu'où va l'invention.

C'est vrai que Louise Brunet, femme forte, féministe avant l'heure, qui s'ennuie dans son quotidien se révèle un personnage assez attachant. Elle permet de dresser un tableau des conditions de vie des femmes pendant la Première Guerre mondiale et à la sortie du conflit.

J'ai apprécié son réveil à la vie, suite à l'arrivée de son voisin. Et j'ai trouvé sa façon de l'aborder très originale. Elle commence par lui envoyer des missives anonymes..."Cher monsieur, Je pense à vous aujourd'hui. Je pense à votre belle bouche et à ce que j'éprouverais si elle se posait sur moi"

Néanmoins, j'ai eu du mal à comprendre certaines de ces réactions (je n'en dirai pas plus afin de ne pas gâcher le suspense)

De plus, certains personnages ne m'ont pas paru assez fouillés (le mari...)

De même, je n'ai pas compris l'intérêt de la partie contemporaine, si ce n'est la reconstitution fantasmée des souvenirs de Louise Brunet. J'aurais préfèré que le passé n'écrase pas tout et qu'on laisse un peu de place à Trevor et Josianne. On a l'impression qu'ils ne servent que de faire-valoir à Louise Brunet.

Bref, vous l'aurez compris: une lecture en demi-teintes. Les pages se tournent rapidement, l'idée de départ est excellente mais tous les protagonistes, à l'exception de Louise, restent trop effacés. De plus, certaines pistes ne sont pas assez exploitées.

Editions Michel Lafon, Septembre 2012, 19,50 €, 301 pages

21/10/2012

Ne dîtes pas à ma mère que je suis voyante, elle me croit libraire à Vancouver

Ne dîtes pas à ma mère que je suis voyante, elle me croit libraire à Vancouver

de

Eileen Cook

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"Pour commencer, je tiens à apporter une précision essentielle: j'ai une excellente raison de pénétrer par effraction dans l'immeuble de mon petit ami. Sur un plan strictement légal, ce motif ne serait sans doute pas considéré comme recevable. C'est entendu, ce n'est pas comme si un incendie soudain avait piégé des enfants ou des chiots dans le bâtiment, par exemple. Rien d'aussi dramatique. Mais mon existence entière vacille au bord d'un gouffre et cette situation est bien assez atroce pour exiger une intervention urgente"

Sophie, libraire à Vancouver, vient de se faire quitter par Doug, son amoureux depuis six ans. Ne supportant pas cette situation, elle est prête à tout pour le récupérer.

Mais très vite, elle apprend qu'il a retrouvé quelqu'un, une certaine Melanie, journaliste et passionnée par le paranormal.

C'est alors qu'elle conçoit un plan diabolique: se rapprocher de sa rivale et lui faire croire qu'elle est voyante. Elle aura ainsi la possibilité de la manoeuvrer et de précipiter sa relation vers l'échec.

Très vite, rien ne se passe comme prévu et Sophie se retrouve dépassée par les évènements.

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Comme vous le savez, j'ai participé récemment à un swap autour de la chick-lit. Parmi les cadeaux que j'ai reçus de Ynausicaa, figurait ce livre dont j'avais entendu pas mal de bien sur la blogosphère. Je me suis donc empressée de le commencer.

Eileen Cook est une auteure américaine installée depuis des années à Vancouver. Elle tient un blog assez fameux.  Cet ouvrage constitue son premier roman.

Un premier roman qui m'a fait beaucoup rire. Dès le début, on est confrontées à des situations désopilantes. En effet, Sophie élabore tout un tas de stratagèmes (que je n'aurais jamais pu imaginer) pour récupérer Doug: voler ses chaussettes, déplacer sa voiture... et qui la mettent dans des situations embarrassantes. Par exemple, la scène introductive dans la buanderie de l'immeuble représente un morceau d'anthologie. 

Et au fil des chapitres (toujours précédés d'un extrait d'horoscope), l'écrivaine réussit à maintenir le cap de l'humour. L'action ne s'essoufle jamais. Certes, beaucoup de ressorts de l'intrigue paraissent cousus de fil blanc mais une fois qu'on l'a accepté, on ne s'ennuie jamais. On se divertit beaucoup, on est émus (notamment lors de la scène de visite de Sophie à la mère de son ex)...Les pages se tournent rapidement et on arrive très vite à une fin qu'on espérait, comme dans tout bon roman de chik-lit qui se respecte.

De plus, cet ouvrage qui se veut sans prétention s'offre le luxe de faire une critique du monde de la voyance et de ses dérives. 

"La plupart des médiums ont recours à quelques trucs élémentaires. L'un d'eux est une analysé générale du sujet dont on tire des conclusions logiques, fondées sur des indices visuels et les renseignements fournis par le consultant. Ensuite, ils construisent leur discours au petit bonheur. L'astuce consiste à débiter assez de généralités pour que des gens puissent appliquer l'information à leur existence"

En fait, le seul bémol vient de la traduction du titre original: Unpredictable se transforme en Ne dîtes jamais....Je trouve que cette version française très humoristique peut induire en erreur sur la place de la mère de Sophie dans l'histoire. On peut s'attendre à des rapports proches, non exempts de critiques, un peu comme dans Le Journal de Bridget Jones. Or, il n'en est rien.

Bref, vous l'aurez compris: si vous souhaitez passer un agréable moment de lecture, plongez-vous dans cette fiction légère vraiment réussie.

France Loisirs, collection "Piment", 2012, 361 pages

08/10/2012

Certaines n'avaient jamais vu la mer

Certaines n'avaient jamais vu la mer

de Julie Otsuka

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"Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n'étions pas très grandes."

Ainsi débute le récit de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXème siècle pour épouser des compatriotes installés sur le sol américain et choisis par correspondance. Elles aspirent toutes à une vie meilleure. Et c'est après une éprouvante traversée qu'elles vont rencontrer pour la première fois celui dont leur futur dépend.

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Parmi les ouvrages de la rentrée littéraire, j'ai immédiatement remarqué la superbe couverture de Certaines n'avaient jamais vu la mer. Et j'ai eu très vite envie de me plonger dans ces pages.

Julie Otsuka avait fait une entrée remarquée dans le monde des lettres avec son premier roman Quand l'empereur était un dieu, inspiré de la vie de ses grand-parents et qui traitait d'un sujet rarement abordé: celui des camps d'internement des Japonais aux Etats-Unis suite aux évènements de Pearl Harbor. Cette fois-ci, pour sa deuxième création, elle s'est attaquée au destin de ces nombreuses Japonaises mariées sur catalogue et contraintes à l'exil.

Ce qui m'a frappé tout d'abord, c'est le style utilisé par cette auteure. A la fois poétique et sobre.

Le choix de ce "nous" omniprésent, "à la façon d'un choeur antique" comme le souligne la 4ème de couverture, confère une force surprenante à ce court récit.

Les phrases de ce collectif s'enchaînent, se superposent...nous laissant toujours l'esprit en alerte. On suit avec passion leurs vies faites de renoncements, de privations, d'acceptations, de silences, de rejets, de non-compréhensions, de tristesses... mais aussi de quelques petits bonheurs (leurs enfants). On s'indigne devant la xénophobie qu'elles subissent au quotidien.

"Leurs enfants nous jetaient des pierres. Leurs serveurs s'occupaient de nous en dernier. Leurs ouvreuses nous faisaient monter tout en haut, au deuxième balcon, où elles nous donnaient les plus mauvaises places de la salle. Le paradis des nègres, comme elles appelaient cela. Leurs coiffeurs refusaient de nous couper les cheveux. Trop durs pour nos ciseaux. Leurs femmes nous demandaient de nous éloigner d'elles dans l'omnibus lorsque nous étions trop près"

Cette xénophobie atteint d'ailleurs son paroxysme au moment de Pearl Harbor. Des rumeurs courent autour d'une liste où il vaudrait mieux ne pas voir son nom cité. 

"Que savions-nous exactement de cette liste? On l'avait établie à la hâte, au lendemain de l'attaque. On l'avait établie plus d'un an auparavant. Dix ans auparavant[...] La liste était écrite à l'encre rouge indélébile. La liste était tapée à la machine. La liste n'existait pas..."

Grâce à ce livre, on découvre donc un pan de l'histoire américaine.

L'importance de la mémoire constitue également une thématique essentielle de cette oeuvre: mémoire de ces femmes déracinées, mémoire de leurs existences difficiles, mémoires du sort qu'elles ont subi pendant le deuxième conflit...

De plus, j'ai beaucoup aimé le passage du "nous" des Japonaises au "nous" de leurs voisins (précédemment désignés par la troisième personne du pluriel). En effet, il m'a paru très intéressant de voir la vision des autochtones. Tout manichéisme m'a semblé ainsi évité.

Bref, vous l'aurez compris: ce roman constitue un vrai coup de coeur. Certaines de ses phrases vont rester longtemps ancrées en moi.

Phébus, collection "Littérature étrangère", 142 pages, traduit de l'anglais (américain) par Carine Chichereau, 15 €

certaines n'avaient jamais vu la mer,julie otsuka,phébus,challenge rentrée littéraire,challenge cent pagesCe billet marque ma première participation au challenge Rentrée certaines n'avaient jamais vu la mer,julie otsuka,phébus,challenge rentrée littéraire,challenge cent pageslittéraire de Loucy et ma troisième participation au challenge Cent pages de TyJecyka.