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03/04/2013

Madame Hemingway de Paula McLain

Madame Hemingway

de

Paula McLain

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"J'ai eu beau essayer de guérir de Paris, il m'a bien fallu admettre un jour qu'on ne s'en remet pas. En partie à cause de la guerre. Le monde s'était déjà écroulé une fois, ça pouvait recommencer à tout moment. La guerre était arrivée et, en éclatant alors que tout le monde disait que cela n'arriverait pas, elle nous avait changés."

Octobre 1920: Hadley Richardson, une jeune Américaine de 29 ans, débarque à Chicago. Elle a répondu à l'invitation de Kate, son amie d'enfance et espère pouvoir oublier le dur été qu'elle vient de passer à assister à l'agonie de sa mère. Très vite, elles participent aux soirées arrosée d'un groupe d'amis. Hadley est invitée à danser par un inconnu.

"Ernest Hemingway n'était encore qu'un inconnu pour moi, mais on aurait dit qu'il faisait le bonheur partout où il allait. Je ne discernais pas la moindre peur en lui, rien que de l'intensité, de la vitalité. Il posait des yeux pétillants sur le monde entier, et aussi sur moi quand, se penchant en arrière sur ses talons, il me fit tournoyer vers lui. Il me plaqua contre sa poitrine, son souffle chaud dans mon cou et mes cheveux"

Après le retour d'Hadley à Saint-Louis, Ernest commence à lui écrire.

"J'ai tellement de projets d'écriture, et il y'a tant de choses que je veux voir, sentir, faire. Dites-moi, vous souvenez-vous du moment où vous jouiez du piano, avec vos cheveux flamboyants qui retombaient en masse."

Les deux jeunes gens se revoient, tombent amoureux et décident de se marier. Ils débutent leur vie conjugale dans "des conditions sordides" à Chicago. Ils dépendent du revenu annuel de 2000 dollars d'Hadley et des quelques articles rédigés par Ernest pour divers journaux. Ils caressent le rêve de partir à Rome pour qu'Ernest se consacre à l'écriture.

Un dîner avec l'écrivain Sherwood Anderson et un héritage soudain leur font changer de plan. Les voilà partis tous les deux pour Paris. Ils entament alors une vie de bohême et croisent toute la "génération perdue" d'écrivains anglo-saxons expatriés: Gertrude Stein, Francis Scott Fitzgerald...

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Cela faisait longtemps que j'avais repéré ce roman. Aussi, lorsque je l'ai aperçu samedi lors d'une de mes déambulations à Book-Off, je n'ai pas hésité longtemps.

Paula McLain est une auteure américaine. Après avoir publié deux recueils de poésie et un roman A ticket to ride, elle s'est attelée à cet ouvrage.

Très marquée par les pages émouvantes consacrées à Hadley dans Paris est une fête, elle a décidé d'aborder la vie d'Hemingway par le biais de sa première femme. Elle a donc parcouru de nombreuses biographies, lettres et romans (Le soleil se lève aussi, De nos jours...) avant de se lancer dans la rédaction de ce livre.

Dès les premières lignes, j'ai été bouleversée par Hadley Richardson. Elle nous laisse clairement entendre qu'elle ne s'est jamais complètement remise de sa vie avec Ernest et de leur séjour à Paris. Et elle nous invite à la suivre dans ce retour dans le passé.

Après ce prologue, on revient à un récit chronologique. Hadley nous raconte son histoire. Et très rarement, retentit la "voix" de son mari de l'époque. Ces ruptures narratives n'interviennent que pour mieux éclairer les événements dramatiques qui vont mener à la fin de leur vie conjugale.

Le roman se découpe en plusieurs parties distinctes: une première phase autour de la rencontre, de la correspondance et du mariage; une seconde sur le début de la vie à Paris et la période d'apprentissage d'Ernest et enfin, la dernière sur le délitement de l'union d'Ernest et Hadley.

Les chapitres autour de la rencontre des deux héros, de la phase de séduction et du mariage laissent entrevoir un Hemingway jeune, encore tendre. Un Hemingway passioné de boxe et déjà porté sur la bouteille et la fête. Un Hemingway qui rejette sa famille mais guette son assentiment. Un Hemingway qui aime la vie et qui est attiré par la force vitale d'Hadley.

"Avec Hadley, la plupart du temps, les choses semblaient simples. Elle était bonne, forte et vraie, et il pouvait compter sur elle"

 

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Puis, la vie conjugale débute. Hadley découvre de nouvelles facettes de son mari, telles que son besoin de se replier sur lui-même ou de s'éloigner pour écrire. Ernest s'impose une discipline quotidienne. Il part dans les cafés ou plus tard, à Paris, loue une chambre pour pouvoir se consacrer à son art.

La seconde partie située dans la Ville Lumière m'a également beaucoup intéressée. J'étais ravie de me retrouver immergée dans le Paris des années folles qui m'a toujours fascinée.

Les Hemingway rencontrent de nombreux expatriés anglo-saxons ou américains. Leurs chemins croisent ainsi Gertrude Stein, les Fitzgerald...Toute une foule d'artistes fascinants avec lesquels ils sympathisent.

 De cette période date également la passion d'Ernest pour les tauromachies. Une passion à laquelle il initie Hadley à Pampelune et qu'on retrouvera plus tard dans Le soleil se lève aussi.

De plus, on assiste à l'éclosion d'un écrivain. Après de nombreuses péripéties plus ou moins dramatiques et au bout de nombreuses souffrances, Ernest parvient enfin à publier.

"Ce fut la fin du combat d'Ernest avec l'apprentissage et la fin d'autres choses également. Il ne serait plus jamais inconnu. Mais nous ne serions plus jamais aussi heureux."

 

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Et c'est là que commence la dernière partie. Une partie à la tonalité plus sombre, malgré les paysages ensoleillés de la Riviera. Une partie où on assiste au délitement de ce couple hors norme. Je n'expliciterai pas les raisons afin de vous laisser un peu de suspense.

Ce roman permet donc une très belle incursion dans la vie du grand auteur américain. Paula McLain parvient à maintenir le juste équilibre entre  fiction et  biographie. Je n'ai jamais eu l'impression qu'elle versait ni dans un côté trop didactique ni dans un aspect trop fantaisiste.

J'ai aussi beaucoup apprécié son style. Elle a conféré une très belle "voix" à Hadley. La première femme d'Hemingway m'est apparue lumineuse, tour à tour forte et affaiblie, profondément émouvante...

Une fois refermé le livre, j'ai eu envie d'en savoir plus sur ce couple qui dénotait tant dans le Paris des années folles.

Voici quelques photographies que j'ai trouvées lors de mes recherches et qui permettent de mettre un visage sur certaines personnalités croisées au fil des pages:

-Gertrude Stein

 

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-Pauline Pfeiffer

 

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-Francis et Zelda Scott Fitzgerald

 

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Bref, vous l'aurez compris: un roman passionnant qui nous fait assister aux débuts d'un grand écrivain et découvrir les "coulisses" de la publication d'un premier ouvrage. Le tout dans le Paris des années folles. Ce qui nous permet de croiser de nombreuses figures marquantes de l'époque. Je pense d'ailleurs que je ne tarderai pas à me plonger dans Paris est une fête.

Buchet-Chastel, 2012, traduction de "The Paris wife", 478 pages, 24 € (il vient aussi de paraître en édition de poche)

Lu dans le cadre du challenge La plume au féminin édition 2013

 

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31/03/2013

Melissa et son voisin

Melissa et son voisin

de

Meg Cabot

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"Chère Melissa Fuller,

Ceci est un message automatique du département des ressources humaines du New York Journal, le principal quotidien new-yorkais du photo-reportage. Veuillez noter que, selon votre supérieur, M. George Sanchez, directeur de rédaction, votre journée de travail au N.Y. Journal débute à 9 heures précises. Votre retard aujourd'hui est de 68 minutes. Il s'agit de votre 37ème retard de plus de 20 minutes, depuis le début de l'année, Melissa Fuller"

Melissa Fuller tient la rubrique des potins du New York Journal. Quand commence le roman, elle est de nouveau en retard. Mais elle n'a prévenu personne. Tous ces collègues tentent de la joindre-sans succès-et élaborent divers scénarii quant à son absence. N'a t'elle pas supporté, par exemple, sa rupture avec le critique littéraire Aaron Fuller?

La vérité est toute autre. Ce matin-là, en se levant, Melissa a remarqué des aboiements anormaux dans l'appartement de sa voisine octogénaire. Et, après avoir poussé la porte entrebaillée, elle a retrouvé Mme Friedlandler, inanimée et visiblement victime d'une agression. Elle a contacté immédiatement les urgences et s'est occupée des animaux domestiques.

Malheureusement, après une opération réussie, Mme Friedlander est toujours dans le coma et Melissa contrainte de s'occuper de son chien et de ses deux chats. Ce qui perturbe passablement son quotidien. Elle parvient, finalement, à contacter Max Friedlander, le neveu de sa voisine, un photographe assez côté.

Ce dernier n'a pas le moins du monde envie de s'intéresser aux problèmes de sa tante. Il dépêche donc à sa place son vieil ami, John Trent qui lui doit une faveur et accepte ainsi de se faire passer pour lui.

La situation se complique quand John/Max tombe sous le charme de Melissa...

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J'avais repéré ce roman dans la médiathèque où je travaille. J'avais envie de lecture toute en légèreté et il me semblait parfait.

La structure épistolaire de cet ouvrage, paru en 2002, s'apparente à celle d' Attachement de Rainbow Rowell dont j'avais parlé précédemment. En effet, toute l'histoire est racontée sous la forme d'échanges de mails. Mais, là où ces échanges ne concernaient que peu de personnes dans Attachement, le lecteur est ici confronté à une quinzaine d'expéditeurs. Personnellement, je n'ai pas été dérangée par cette multiplicité de points de vue (surtout que l'intrigue se concentre essentiellement sur les courriels de Melissa, sa meilleure amie, John, son frère et Max).

Je me suis assez vite attachée aux personnages. Melissa Fuller, jeune célibattante de 27 ans, m'a beaucoup fait rire, notamment lors de ses échanges avec les ressources humaines ou son directeur de rédaction.

Comme, dans tout roman de chick lit, on retrouve face à elle le prince charmant. Un jeune homme doté de toutes les qualités mais maladroit. C'est un trait de caractère qui m'a touché et rappelé un certain Mark Darcy.

Tous deux enchaînent les rendez-vous manqués...Bien vite, d'autres obstacles se dressent  devant eux, quand le vrai Max Friedlander refait surface. Les péripéties s'accumulent et font sourire...

Parmi les amis, donneurs de plus ou moins bons conseils, que l'on retrouve toujours aussi dans ce genre littéraire, j'ai particulièrement accroché avec Nadine. Elle tient la rubrique culinaire du New Tork Times et doit se marier prochainement avec un chef cuisinier. Malheureusement, elle est très gourmande et ne parvient pas à rentrer dans la taille de ses rêves. Sa façon de parler de son mal être oscille toujours entre l'humour et la tristesse. Je n'ai pu m'empêcher de penser qu'elle préfigurait sans doute une autre héroïne de Meg Cabot: l'ex star de la pop Heather Wells de la série Une irrésistible envie de...

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Je n'évoquerai pas tous les protagonistes car la liste serait trop longue. Néanmoins, je tiens à souligner que je les ai tous trouvés bien campés. Même si elle ne les fait apparaître que pendant quelques mails, l'auteure est parvenue à leur donner à tous leur propre identité.

Bref, vous l'aurez compris: on se doute bien vite de l'issue de ce roman, comme toute chick lit qui se respecte, mais on passe un très bon moment de détente grâce à une intrigue plaisante et des personnages attachants et drôles.

Le Livre de Poche, 2008, 380 pages, 6,50 €

Lu dans le cadre du challenge La Plume au féminin 2013

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19/03/2013

Jane Austen ruined my life

Jane Austen ruined my life

de

Beth Pattillo

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"Jane Austen ruined my life. I blame her entirely. Well, I also blame my mother for filling my head with an unshakable feeling in happy endings. And I blame my father, who's a preacher, for instilling me a faith in the goodness of people and the staunch certainty that God has a plan for everyone's lives. Between the three of them-Austen and my parents-I never stood a chance"

Emma Grant, une jeune Américaine de 33 ans, établit ce constat amer dans l'avion qui l'emmène à Londres. Elle vient de traverser une période douloureuse de sa vie. Six mois auparavant, elle a retrouvé son mari dans les bras d'une jeune universitaire. Et comme si cela ne suffisait pas, elle a été accusée de plagiat par cette assistante.

Grande spécialiste de l'oeuvre de Jane Austen, elle a décidé de partir pour la capitale anglaise après avoir reçu plusieurs missives d'une vieille dame affirmant détenir une partie de la correspondance inédite entre la célèbre romancière et sa chère soeur, Cassandra.

Dès son arrivé sur le sol britannique, elle va de surprise en surprise: retrouvailles avec Adam, son ancien meilleur ami; découverte de secrets sur Jane Austen; rencontre avec un universitaire américain...

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Beth Pattillo est une auteure américaine. Texane d'origine, elle a étudié pour un semestre dans une université londonienne. C'est de cette époque que date son amour pour Jane Austen. Cette passion l'a amenée à voyager régulièrement en Angleterre mais surtout à écrire trois ouvrages austeniens: Jane Austen ruined my life, Mr Darcy broke my heart et The Dashwood sisters tell all.

J'ai découvert Jane Austen ruined my life sur le site d'Alice Jane Austen is my wonderland. Elle le recommandait vivement aux Janéites convaincues. Et je comprends tout à fait son engouement...

Une fois le postulat de base de l'intrigue dépassé...Comme Alice, j'ai eu du mal à croire qu'une Anglaise ferait appel à une universitaire américaine pour parler de lettres inédites de Jane Austen...

Néanmois, j'ai vite surmonté ce petit bémol pour me retrouver plongée dans l'intrigue. J'ai d'ailleurs dévoré le roman en une soirée...

J'ai trouvé l'héroïne très attachante. Profondément influencée par la grande romancière britannique, elle a essayé de modeler sa vie à l'image des intrigues forgées par elle. C'est ainsi qu'elle s'est retrouvée mariée à Edward, un universitaire spécialiste de Milton et plus âgé qui n'était pas sans lui rappeler Mr Knightley.

Comme son mariage s'est soldé par un échec, elle a décidé de rejeter son ancienne idole. Sa décision de partir à Londres à la découverte des mystères dissimulés dans la correspondance à Cassandra est notamment motivée par cette envie de démontrer à quel point l'univers austenien est éloigné de la réalité. Et surtout de prouver que les fins heureuses ne relèvent que de la fiction.

Mais, pour découvrir les secrets de Jane Austen et lire toutes les missives en possession de Mrs Parrott, le vieille dame qui l'a contactée, elle doit accomplir un certain nombre de "tâches". Ces dernières ont été confectionnées par les "Formidables", une sorte de confrérie qui tente de protéger la vie intime de l'auteure. Elles vont l'amener à sillonner l'Angleterre.

Sa "quête" va ainsi mener Emma à explorer Steventon, le lieu de naissance et la demeure chérie de Jane; Bath (où elle va danser une valse dans les Assembly Rooms); Lyme; Chawton (sa dernière résidence)...et à découvrir un secret. Comme Cassandra Austen a brûlé beaucoup de lettres de sa soeur, il est vrai que de nombreuses ombres entourent l'existence de l'écrivain. On ne sait que peu de choses concernant la période allant de 1801 à 1804 ou d'éventuelles idylles. Mon côté un peu fleur bleue a donc été ravi de la piste avancée par Beth Pattillo. Mais je n'en dirai pas plus afin de préserver le plaisir de la lecture.

Au fil des étapes, on assiste à l'évolution de l'héroïne et on la voit surmonter ses échecs. Néanmoins, cette transformation ne pourrait avoir lieu sans l'influence des personnages secondaires. J'ai vraiment apprécié de retrouver des traits de caractère austeniens dans chacun d'entre eux. J'ai eu l'impression de croiser un peu du Capitaine Wentworth, de Wickham ou Willoughby, de Mrs Jennings...

Bref, vous l'aurez compris: ce roman se révèle un véritable bonheur pour les Janéites convaincues. Il donne envie de partir en Angleterre sur les traces de la grande romancière mais aussi de relire son oeuvre.

Cependant,je suis persuadée qu'il pourra donner aussi envie aux néophytes austeniens de mieux découvrir son univers.

J'espère qu'il pourra bénéficier prochainement d'une traduction en français.

Guideposts, 2009, 274 pages

Lu dans le cadre du challenge austenien et du challenge La plume au féminin édition 2013

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