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02/11/2012

La découverte d'une nouvelle héroïne récurrente

Penelope Green tome 1: La Chanson des enfants perdus

de

Béatrice Bottet

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"Je vais me retrouver toute seule. Absolument toute seule"

Londres, années 1880: Penelope Green , jeune femme de 18 ans, assiste à l'agonie de son père, James Alec Green, emporté par une pneumonie. Journaliste et enquêteur au Early Morning News, il lui demande de lui apporter tous ses dossiers afin de les trier. A la fin, il n'en reste qu'un: celui du 21 Foxglove Court. Il le met alors à brûler dans la cheminée et demande à sa fille de l'oublier.

Mais quelques mois après, Penelope ne peut plus résister à la curiosité et décide de mener une enquête pour découvrir ce que dissimule Foxglove Court.

Elle est bien loin de se douter que son goût prononcé pour l'aventure va lui faire croiser  un marin français; un club de vengeurs; des enfants musiciens.... Et va surtout la mettre en danger...

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Depuis l'enfance, je suis fan des séries où les héroïnes mènent l'enquête. J'ai dévoré les histoires de Fantômette et d'Alice et plus récemment, je suis tombée sous le charme d'Enola Holmes, la petite soeur de Sherlock imaginée par Nancy Springer (j'ai déjà parcouru les six tomes qui lui sont consacrés).

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Aussi, lorsque j'ai entendu parler sur divers blogs et sites des trois volumes de Penelope Green, je n'ai pu résister à la tentation.

Tout d'abord, j'ai adoré le personnage. Béatrice Bottet a su créér une héroïne très attachante, dotée d'une forte personnalité et d'un courage hors norme. J'ai beaucoup apprécié également l'irrespect qu'elle montre vis-à-vis des convenances.

En effet, elle ne se conforme pas aux normes en vigueur dans la société rigide de l'époque victorienne. Pour preuve, elle ne porte pas de corset, ne met pas ses vêtements de deuil le temps imparti, accepte d'être dans la même pièce qu'un jeune homme en l'absence d'un chaperon...

Ce manque de respect donne d'ailleurs lieu à des scènes très drôles. Je fais notamment référence aux dialogues entre notre héroïne et Mrs Black, la domestique de la maison. Ou bien entendu aux entrevues avec Mrs Hillier et son fils Wilfrid qui tente de la convaincre de l'épouser.

Ce roman permet donc de se faire une idée de la vie et de la condition des femmes sous le règne de Victoria. Les explorations de Penelope dans les quartiers défavorisés de la capitale anglaise (l'East End) donnent une vision de la misère  qui prédominait dans certaines couches de la population.

De même, l'auteure a réussi à nous offrir, grâce à Cyprien, l'autre protagoniste important du roman qui sert de garde du corps à notre héroïne, une description du monde des marins.

De plus, j'ai trouvé que l'intrigue policière était assez bien ficelée. Jusqu'au 2/3 de l'ouvrage, je ne voyais pas comment tout allait se conclure. Puis, peu à peu, j'ai commencé à deviner l'identité du ou des coupables.

Bref, vous l'aurez compris: j'ai passé un bon moment de lecture en compagnie de Penelope Green et je la retrouverai avec plaisir dans ses prochaines aventures.

Ce billet marque ma quatrième participation au Challenge victorien organisé par Arieste.

 

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Casterman, juin 2011, 15 €, 311 pages

01/10/2012

Sous le signe du scorpion de Maggie Stiefvater

Sous le signe du Scorpion

de Maggie Stiefvater

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"Nous sommes le 1er novembre, quelqu'un va donc mourir aujourd'hui. Même sous ce soleil étincelant, la mer glacée d'automne garde les bleus sombres, les noirs et les bruns de la nuit. Je contemple les motifs changeants laissés par les sabots qui martèlent le sable"

Tous les ans, au mois de novembre, les capall uisce sortent des flots. Les hommes de l'île de Thisby tentent d'apprivoiser ces chevaux cannibales afin de les monter pour la Grande course du Scorpion.

"La Grande course est un combat, une mêlée d'hommes, de sang et de chevaux, les plus rapides et les plus forts qui ont déjà survécu à deux semaines sur la grève; ce sont des embrunts qui vous volent à la figure, la magie mortelle de novembre sur la peau, et les Tambours du Scorpion qui prennent le pas sur les battements du coeur; c'est la vitesse si vous avez de la chance; c'est la vie ou la mort, ou les deux et c'est unique"

Sean Kendrick a vu son père périr lors d'une de ces compétitions. Mais cela ne l'a pas découragé de participer à cet évènement et depuis quatre années, il ne cesse de le remporter pour le compte des écuries Malvern où il est palefrenier.

En revanche, il s'agit de la première inscription d'une femme, la jeune Kate Connor. Orpheline, elle a perdu ses parents emportés par des capall uisce il y'a trois ans et vit désormais avec ses deux frères. Elle concourt sur un cheval "normal" et espère remporter le premier prix pour sauver la maison familiale.

Seront-ils à la hauteur de l'épreuve qui les attend? Le compte à rebours est lancé.

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Je n'avais pas été convaincue par Frisson, le premier tome de la trilogie précédente de l'auteure, paru dans la même collection (Black Moon) chez Hachette.

Aussi, je ne me suis pas précipitée sur son nouveau roman lors de sa publication en juin. Mais l'avalanche de critiques élogieuses m'a fait changer d'avis.

Pour cet ouvrage, Maggie Stiefvater s'est inspirée d'une légende celtique autour de chevaux marins carnivores, les "capall uisce" et l'a adaptée pour élaborer son intrigue.

Justement, selon moi, un des points forts de ce livre réside dans son histoire extrêmement originale. En effet, il se démarque de la production éditoriale récente car jamais ce sujet n'a encore été traité.

La construction se révèle également très habile. Hormis le prologue où on assiste à la mort du père de Sean, déchiqueté par sa monture, les points de vue de Sean et de Kate, surnommée Puck, ne cessent de s'enchaîner. On s'attache ainsi facilement aux deux héros. De plus, l'éclairage de la course et de la vie sur l'île s'enrichit de ses deux regards. De même, cette technique narrative nous permet de sentir l'évolution des deux protagonistes principaux.

Par exemple, le personnage de Sean qui répondait à la question "Qu'attendez-vous de la vie?" par "Un toît au-dessus de la tête, des rênes entre mes mains et le sable sous mes pieds" change radicalement au cours de ce mois de novembre. Il commence à éprouver des sentiments et surtout, reconnaît son envie de quitter son travail, de devenir libre et de racheter Corr, le capall uisce qu'il idolâtre.

Je me suis autant prise d'affection pour Kate/Puck. J'ai beaucoup admiré son courage, son opiniatreté, son féminisme... Elle se bat en permanence pour sauver ceux qu'elle aime, même au péril de sa vie. 

L'intrigue amoureuse entre Sean et Kate m'a semblé aussi très bien amenée. Rien ne paraît précipité. Tout se fait en douceur et tout sonne juste. Et cette idylle rajoute encore plus de tension à la grande course de la fin.

La galerie des personnages secondaires constitue également un élément très intéressant. Finn et les trois soeurs vendeuses instillent des éléments de comédie dans ce monde dur.

Car il s'agit bien d'un environnement sans pitié que décrit Maggie Stiefvater dans ce récit. Les sacrifices humains ont été supprimés il y'a des années pour laisser place à la Course du Grand Scorpion. De nombreux touristes débarquent sur Thisby pour assister à cette compétition mortelle. Dès le début de l'ouvrage, on sait qu'on va donc assister au décès de plusieurs personnes. Et en effet, les pertes humaines se succèdent au fil des pages.

Ce côté extrêmement dramatique est compensé par les personnages secondaires fort pittoresques dont je parlais plus haut mais aussi par le lyrisme de l'auteure quand elle évoque les sensations des cavaliers ou les paysages maritimes. 

Bref, vous l'aurez compris: un très beau roman qui dénote de la production éditoriale actuelle en terme de littérature young adult et qui constitue un gros coup de coeur. Laissez-vous emporter dans un univers âpre et fascinant! 

Hachette, collection "Black Moon", juin 2012, 480 pages, 17,10 €

Ce billet marque ma troisième participation à mon challenge Au service de...

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13/09/2012

La Guerre de Catherine de Julia Billet

La Guerre de Catherine

Julia Billet

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"Soleil au zénith, inutile d'insister. J'attendrai que la lumière file douce; à cette heure, je ne ferai rien de bon. L'heure de midi n'offre aucune ombre, aucune place aux demi-teintes ni aux clairs-obscurs"

C'est ainsi que commence le récit de Rachel, jeune adolescente de 14 ans, pensionnaire à la Maison des enfants de Sèvres et passionnée de photographie. Ses parents l'ont placée dans cet établissement aux méthodes d'enseignement révolutionnaires afin de la protéger des persécutions contre les Juifs.

Mais nous sommes en 1942 et celles-ci s'intensifient en zone occupée. La directrice de l'école, surnommée Goéland, prend donc la décision de faire appel à la résistance. Un réseau organise la fuite des enfants de confession hébraïque et change leur identité. Ainsi, notre héroïne devient Catherine Colin.

Avant de partir, la directrice lui confie une mission "Fais des photos, collecte des images et rapporte-nous tout cela à la fin de la guerre. Nous en aurons besoin". Catherine entame donc son périple sur les routes de France, munie de son Rolleiflex et de quelques rouleaux de film.

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Au début, je dois avouer que je n'avais pas spécialement envie de me plonger dans ce roman. Je me disais: encore une fiction sur la Seconde Guerre mondiale. Et puis...j'ai lu de très bonnes critiques dans des magazines et sur la toile. Et l'envie est née...

Le style a d'emblée retenu mon attention. Je n'avais encore jamais rien parcouru de l'oeuvre de Julia Billet et j'ai été séduite par sa petite musique. 

En voici un exemple "Je traverse le temps et la France dans une forme d'absence à moi-même et au monde qui m'entoure, et dans un mouvement extrêmement sensible à ce monde, dans un entre-deux qui me tient éloignée de mes émotions"

De même, le personnage principal m'a immédiatement plu. J'ai aimé son indépendance, son côté passionné, son sens du dévouement, son courage. Et surtout j'ai aimé la voir évoluer lors de ce voyage.  Pour la créer, l'auteure s'est inspirée d'ailleurs du destin de sa mère. Dans la postface, elle écrit en effet "Ma mère, de son vrai nom Tamo Cohen, a passé la guerre sous le nom de France Colin. Elle était passionnée de photo, a parcouru la France de lieu en lieu puis est revenue à la fin de la guerre à Sèvres".

Comme vous vous en doutez, la photographie constitue le fil conducteur de cette histoire. Elle nous permet de figer la guerre de l'héroïne. Cette dernière se considère comme "un passeur d'images venant révéler un monde que personne ne voit mais que l'appareil photo permet de déceler, puis de saisir, si on y est prêt". Elle immortalise ainsi tous les moments forts de sa fuite, tous les gens qu'elle a croisés, tous les endroits où elle a été. On ne voit aucun cliché mais on a l'impression pourtant de les regarder avec elle quand elle les développe.

De nombreux sentiments nous accompagnent aussi lors de notre lecture. On est bien sûrs bouleversés mais l'auteure a réussi à trouver le juste équilibre pour ne pas sombrer dans le pathos. On espère. On veut devenir photographes.On attend. On imagine. On a peur....

Je me suis également beaucoup intéressée au contexte historique développé dans ce roman. Comme je le rappelais plus haut, il existe déjà beaucoup de fictions autour de cette période. Mais même si Julia Billet déclare dans la postface avoir pris beaucoup de liberté, je trouve qu'elle a su apporter un éclairage différent.

Cela tient sans doute à l'importance accordée à la Maison des enfants de Sèvres. Personnellement, je ne connaissais pas du tout cette institution où le mime Marceau (alias Kangourou) a travaillé. Et cela m'a donné envie d'en savoir plus.

L'écrivaine a aussi su restituer  l'atmosphère de cette époque. La partie sur la Libération de Paris, vue par une adolescente de 17 ans, représente ainsi un des points forts de ce récit et  reste longtemps en mémoire.

Bref, vous l'aurez compris: ce roman m'a beaucoup touché et je vous le conseille vivement. 

Enfin, je tiens à signaler que ce billet marque mon entrée dans le challenge Histoire organisé par Lynnae.guerre de catherine,julia billet,ecole des loisirs,seconde guerre mondiale,maison de sèvres

Ecole des Loisirs, collection Medium, 2012, 14,80 €