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11/11/2012

Nox tome 1 de Yves Grevet

Nox tome 1: Ici-bas

de

Yves Grevet

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"J'ai pris l'habitude d'écrire les yeux fermés parce que ici l'énergie est rare et qu'on la garde pour la survie."

Dans un futur apocalyptique, une ville est séparée en deux: il y'a ceux qui mènent leur existence dans la lumière et ceux qui vivent en bas, sous le joug d'une milice hyper-puissante.

"Ici, dans la ville basse, la seule énergie dépensée est celle que nous produisons nous-mêmes à la force de nos muscles. Là-haut, chez les riches, les lampes s'allument quand on appuie sur un bouton et brillent sans qu'on s'en occupe[...] Ici les rues sont obscures même dans la journée car un brouillard noir et opaque enveloppe la ville basse en permanence. On appelle ça la nox."

Dans cette partie basse, résident Lucen et Gerge, deux amis d'enfance au destin tout tracé. Le premier doit devenir réparateur et l'autre policier/milicien. Ils ne peuvent se marier également qu'avec des jeunes filles agréées par leurs parents.

Mais vont-ils vraiment accepter cet avenir imposé?

Au même moment, dans la partie haute éclairée, Ludmilla veut retrouver sa gouvernante, exilée par son père dans les territoires du bas. Elle est prête à toutes les bravoures et tous les sacrifices. Et c'est ainsi qu'elle va rencontrer Lucen...

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Yves Grevet est professeur des écoles en région parisienne. Il s'est lancé dans l'écriture de romans pour la jeunesse. Parmi ses oeuvres, on retrouve L'école est finie, Seuls dans la ville et la trilogie Méto.

J'avais adoré cette dernière. Et j'ai guetté avec impatience l'arrivée du premier tome de Nox dans ma bibliothèque.

Ce qui m'a frappé, c'est la force de l'univers imaginé par Yves Grevet. Je me suis sentie immédiatement immergée dans ce monde sans lumière, oppressant, autoritariste et où les perspectives de vie sont plus que limitées. L'auteur donne à voir un avenir très sombre, à l'image de la"nox", ce brouillard, qui recouvre tout. Mais sa vision pessimiste fait forcément réfléchir. La société qu'il décrit ressemble à une société d'Ancien régime où aucune liberté n'est permise et où les gens ne peuvent espérer partir vers autre chose. L'espérance de vie est limitée. Il vaut mieux ne pas sortir après le couvre-feu, de peur de tomber entre les mains de la milice.

L'auteur a également su éviter l'écueil d'une introduction trop longue. En effet, ce que je reproche souvent au premier volet d' une trilogie, c'est la mise en place qui s'éternise. Là, on entre très vite dans le coeur de l'action. Les évènements s'enchaînent, on a envie de connaître ce qui attend les héros, on tourne les pages...Et très vite, on se retrouve à la fin du volume, en guettant avec impatience la sortie du second tome. Surtout que la dernier chapitre se clôt sur un suspense..

La construction m'a semblée aussi très intéressante. Elle s'articule autour de trois points de vue: celui de Lucen et de Gerge (dans la partie basse de ce monde, les prénoms se voient diminués d'une voyelle pour ne pas être comparés à ceux d'en haut) et celui de Ludmilla. J'ai toujours eu une prédilection pour ce genre de schéma narratif. Et il fonctionne parfaitement ici. Chaque épisode se trouve ainsi éclairé par des regards différents et gagne en force.

De même, j'ai jugé les protagonistes bien campés. Ma préférence va pour l'instant à Lucen, l'archétype du héros épris de justice, courageux, loyal, plein de compassion. Mais Gerge m'a ému par sa vulnérabilité, son côté influençable. Et je pense que Ludmilla constitue un personnage prometteur. Cette jeune fille qui vient d'être arrachée à sa gouvernante et qui a été toujours ultra protégée par son père, s'ouvre peu à peu à la réalité extérieure. Elle en apprend la dureté et essaie de la contrer. J'espère continuer à la voir ainsi évoluer dans la prochaine partie.

Bref, vous l'aurez compris: j'ai vraiment beaucoup aimé ce premier tome de Nox. Et je vous conseille de vous plonger dans ces aventures concoctées par Yves Grevet! Vivement la suite!

Syros, octobre 2012, 417 pages, 16,90 €


05/11/2012

Blog de Jean-Philippe Blondel

Blog

de

Jean-Philippe Blondel

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"Putain de merde

Je sais, ça choque et surtout, ça manque d'élégance. Je devrais plutôt commencer le récit par des jolies phrases, des paragraphes bien tournés, en utilisant des termes éloquents et variés. Simplement, je n'y parviens pas. Cela fait une heure que les faits tournent dans ma tête, on dirait des corbeaux dans un clocher, ils croassent, ils descendent en piqué et remontent en flèche- je suis épuisé. Et retourné. Tout est sens dessus dessous. Je n'arrive plus à penser droit, et les mots me fuient. Ce qui me reste, c'est la stupeur, la colère et cette expression qui les résument: putain de merde"

Ainsi débute ce roman. Le narrateur, jeune adolescent de 15 ans, est révolté par la découverte qu'il vient de faire: son père, sans lui demander son accord, a été sur son blog et l'a parcouru régulièrement.

"Je ne l'ai jamais autorisé à le lire, bien sûr. Je ne lui en ai même jamais parlé. Ni mentionné son existence. [...] Le blog, c'était mon espace privé. Mon domaine.[...] Quand je suis en face de lui maintenant, j'ai l'impression de me promener nu en pleine ville"

S'ensuit une dispute entre les deux. Désormais, l'adolescent ne veut plus adresser la parole à son père. Jusqu'au jour où ce dernier pose devant sa chambre un carton empli des journaux intimes qu'il tenait au même âge.

"Il devait y'avoir un secret là-dedans. Un secret paternel. Un secret qu'il voulait que je partage. Je savais que si je prenais le cutter et que j'ouvrais le carton, alors les choses ne seraient jamais plus pareilles."

Au fil des carnets, le narrateur entrevoit un autre homme que celui qu'il cotoîe au quotidien, un homme qui a subi le pire...

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Je me suis lancée dans ce roman après en avoir entendu parler par une collègue, grande fan de Jean-Philippe Blondel.

Ce dernier, professeur d'anglais non loin de Troyes, a publié sa première oeuvre Accès direct à la plage en 2003. Depuis, il alterne entre des fictions pour les adultes et pour les adolescents: Le baby-sitter, Au rebond, Replay...

La première qualité que je reconnais à cet ouvrage est de sonner juste. Je trouve cela extrêmement difficile de se mettre dans la peau d'un narrateur de 15 ans et souvent, cela semble artificiel. Et là, Jean-Philippe Blondel a parfaitement relevé le défi. En effet, on a l'impression d'être bien en présence d'un lycéen, aux réactions sans doute quelque peu exagérées...

La relation parfois délicate entre un père et un fils est aussi bien traitée. "Je me suis demandé si je ne jugeais pas mal mon père. S'il ne méritait pas autre chose que la lassitude et le mépris gentillet que je lui accordais" Après le choc de la trahison, l'auteur réussit à faire évoluer le lien paternel et filial. J'ai apprécié la solution des journaux intimes comme moyen de médiation et éventuellement de réconciliation.

Ces journaux intimes permettent aussi de souligner l'évolution des pratiques sous l'impact des nouvelles technologies. Maintenant, les blogs fleurissent, sur toutes les thématiques et rares sont les adolescents qui n'en tiennent pas un. Les passages où le narrateur évoque les raisons qui l'ont poussé à en créer un et à continuer à écrire dessus se révèlent très intéressants. "Le blog, ça te donne l'impression d'exister et d'être très puissant". Il en va de même pour les paragraphes autour de la limite entre sphère privée et publique. "C'est une déclaration. Publique, puisque électronique. Privée, puisque bloguesque".

Enfin, l'écrivain, par le biais de ce roman, se pose la question du rôle de l'écriture de l'intime. C'est comme si l'écriture permettait de faire face aux soucis de la vie....

"Quand j'ai arrête d'écrire, je me suis dit que la fiction, c'était peut-être ma façon de réduire la souffrance. De la maîtriser. Et surtout de ne jamais être seul"

Bref, vous l'aurez compris: un roman pour adolescents qui fait réfléchir sur les liens parents/enfants, sur l'importance de la confiance, sur le monde des blogs et sur le rôle de l'écriture. J'ai trouvé plaisante cette première incursion dans le monde de Jean-Philippe Blondel et je me lancerai-j'en suis certaine-dans un autre de ses livres.

Ce billet marque ma quatrième participation au Challenge cent pages organisé par TyJecyka.

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Actes Sud Junior, collection "Romans ados", 2010, 114 pages

02/11/2012

La découverte d'une nouvelle héroïne récurrente

Penelope Green tome 1: La Chanson des enfants perdus

de

Béatrice Bottet

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"Je vais me retrouver toute seule. Absolument toute seule"

Londres, années 1880: Penelope Green , jeune femme de 18 ans, assiste à l'agonie de son père, James Alec Green, emporté par une pneumonie. Journaliste et enquêteur au Early Morning News, il lui demande de lui apporter tous ses dossiers afin de les trier. A la fin, il n'en reste qu'un: celui du 21 Foxglove Court. Il le met alors à brûler dans la cheminée et demande à sa fille de l'oublier.

Mais quelques mois après, Penelope ne peut plus résister à la curiosité et décide de mener une enquête pour découvrir ce que dissimule Foxglove Court.

Elle est bien loin de se douter que son goût prononcé pour l'aventure va lui faire croiser  un marin français; un club de vengeurs; des enfants musiciens.... Et va surtout la mettre en danger...

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Depuis l'enfance, je suis fan des séries où les héroïnes mènent l'enquête. J'ai dévoré les histoires de Fantômette et d'Alice et plus récemment, je suis tombée sous le charme d'Enola Holmes, la petite soeur de Sherlock imaginée par Nancy Springer (j'ai déjà parcouru les six tomes qui lui sont consacrés).

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Aussi, lorsque j'ai entendu parler sur divers blogs et sites des trois volumes de Penelope Green, je n'ai pu résister à la tentation.

Tout d'abord, j'ai adoré le personnage. Béatrice Bottet a su créér une héroïne très attachante, dotée d'une forte personnalité et d'un courage hors norme. J'ai beaucoup apprécié également l'irrespect qu'elle montre vis-à-vis des convenances.

En effet, elle ne se conforme pas aux normes en vigueur dans la société rigide de l'époque victorienne. Pour preuve, elle ne porte pas de corset, ne met pas ses vêtements de deuil le temps imparti, accepte d'être dans la même pièce qu'un jeune homme en l'absence d'un chaperon...

Ce manque de respect donne d'ailleurs lieu à des scènes très drôles. Je fais notamment référence aux dialogues entre notre héroïne et Mrs Black, la domestique de la maison. Ou bien entendu aux entrevues avec Mrs Hillier et son fils Wilfrid qui tente de la convaincre de l'épouser.

Ce roman permet donc de se faire une idée de la vie et de la condition des femmes sous le règne de Victoria. Les explorations de Penelope dans les quartiers défavorisés de la capitale anglaise (l'East End) donnent une vision de la misère  qui prédominait dans certaines couches de la population.

De même, l'auteure a réussi à nous offrir, grâce à Cyprien, l'autre protagoniste important du roman qui sert de garde du corps à notre héroïne, une description du monde des marins.

De plus, j'ai trouvé que l'intrigue policière était assez bien ficelée. Jusqu'au 2/3 de l'ouvrage, je ne voyais pas comment tout allait se conclure. Puis, peu à peu, j'ai commencé à deviner l'identité du ou des coupables.

Bref, vous l'aurez compris: j'ai passé un bon moment de lecture en compagnie de Penelope Green et je la retrouverai avec plaisir dans ses prochaines aventures.

Ce billet marque ma quatrième participation au Challenge victorien organisé par Arieste.

 

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Casterman, juin 2011, 15 €, 311 pages