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editions 1018 - Page 6

  • Cette sacrée vertu de Winifred Watson

    Cette sacrée vertu

    de

    Winifred Watson

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    "9h15-11h15

    La pendule sonnait neuf heures et quart, lorsque Miss Pettigrew poussa la porte du bureau de placement. Comme d'habitude, elle n'avait guère d'espoir; mais cette fois la directrice, Miss Holt, la salua d'un sourire un peu plus engageant."

    Miss Pettigrew, la quarantaine bien sonnée, est une fille de pasteur qui tente de se trouver un poste de gouvernante. En dépit de ses dernières mauvaises expériences.

    Elle sait que si le bureau de placement ne lui propose rien, elle sera à la rue ce soir car sa logeuse lui a posé un ultimatum.

    Mais, miracle!, ce matin-là à 9h15, Miss Holt lui confie une fiche. Une certaine Miss Lafosse, 5, Onslow Mansions chercherait à employer une gouvernante.

    A 10h précises, Miss Pettigrew sonne à la porte.

    A 10h05, au bout de cinq longues minutes d'attente, "une jeune femme parut. [...] Elle était belle comme une héroïne de cinéma. "

    Notre protagoniste est bien loin de se douter que cette rencontre va lui faire vivre la journée la plus mémorable de son existence.

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    J'aime bien parcourir certains blogs anglais, amateurs de littérature vintage, et lire les avis sur Whoopsy Daisy. C'est ainsi que j'ai repéré ce titre et j'ai été ravie de le croiser dans une librairie d'occasion la semaine dernière.

    Miss Pettigrew a tout de l'anti-héroïne: fille de pasteur, elle n'a jamais connu de libertés et a obéi à toutes les interdictions concernant les sorties, les fréquentations, la boisson, les tenues..

    A quarante ans, elle se retrouve toute seule. "Mais, dans le monde entier, on n'eût pu trouver ami ou parent qui sût ou se souciât de savoir si Miss Pettigrew était vivante ou morte"

    De plus, elle connaît de graves difficultés financières. Ce poste chez Miss Lafosse représente un peu sa dernière chance.

    Sa dernière chance de gagner un salaire et de payer son loyer, certes...Mais, comme elle va le découvrir au fil des heures, sa dernière chance de changer son existence et de vivre enfin...

    La jeune femme, chez laquelle elle est envoyée, exerce le métier de chanteuse dans un night club. Elle espère obtenir prochainement une revue. Et jongle entre trois amants.

    Phil, le premier, est encore chez elle à l'arrivée de Miss Pettigrew et cette dernière se voit contrainte de le chasser. Puis, elle tente de cacher toutes les traces de sa présence à Nick, le second...

    S'enchaînent ainsi de nombreuses scènes de vaudevilles. Les situations comiques sont toujours présentées avec beaucoup d'ironie et d'humour "so british".

    Tout comme la gouvernante, le lecteur en vient à guetter les coups de sonnette.

    "Un coup de sonnette, chez Miss Lafosse, était le prélude d'une aventure. Ce n'était pas un appartement ordinaire où le timbre de la sonnette annonçait le boucher, le laitier ou le boulanger. La sonnette de Miss Lafosse signifiait un évènement, un drame, une nouvelle crise à affronter."

    A chaque chapitre (découpé en plages horaires), son lot de surprises...Toutes ces nouvelles venues (et les verres qui les accompagnent) vont émousser peu à peu les principes moraux de notre héroïne.

    Cette dernière s'amuse follement. Et souvent, alors qu'elle n'a pas vécu, fait preuve d'un bon sens incroyable et règle, parfois à son corps défendant, les conflits amoureux de ses nouvelles amies.

    "Alors, pour le restant de ses jours, et surtout aux heures de détresse, elle revivrait en pensée l'unique jour de joie qu'il lui avait été donné de vivre"

    Puis, à l'instar de Cendrillon, grâce à ses bonnes fées, elle subit une transformation physique radicale et les accompagne au bal. Et si sa route croisait celle d'un prince charmant?

    On rit beaucoup à la lecture de ce roman. Les scènes, les répliques, les réflexions intérieures de Miss Pettigrew complètement sortie de sa zone de confort, l'ironie de la plume de Winifred Watson y contribuent.

    Mais, derrière cette légèreté, affleurent certaines questions et réflexions sur la pauvreté et le célibat. Au fil de la journée, notre héroïne repense à sa situation, à ce qu'elle a manqué...Par  conséquent, elle profite d'autant plus de cette parenthèse enchantée avant que son carrosse ne se métamorphose en citrouille.

    Bref, vous l'aurez compris: un merveilleux roman vintage. Un conte moderne profondément drôle et divertissant que je vous recommande.

    Seul bémol: la traduction du titre. Comme vous pouvez le lire sur cette très belle couverture des éditions Persephone Books, l'ouvrage s'intitule en VO "Miss Pettigrew lives for a day". Dommage que l'idée n'ait pas été gardée en français...

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    Editions 10/18, 2006, 221 pages

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  • Ashworth Hall de Anne Perry

    Ashworth Hall

    de

    Anne Perry

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    "Pitt regarda le corps de l'homme allongé sur l'allée pavée. A quelques mètres de là, dans Oxford Street, attelages et fiacres filaient à toute allure sur la chaussée mouillée. Les lampes des réverbères ressemblaient à des lunes pâles, dans l'obscurité naissante du crépuscule gris d'octobre."

    Alors qu'il enquête sur le meurtre d'un agent infiltré, Pitt se voit confier une nouvelle mission: assurer la sécurité d'une rencontre secrète organisée à Ashworth Hall, le manoir de sa belle-sœur Emily, entre les protestants et catholiques irlandais.

    Pour accomplir cette lourde tâche, il va heureusement bénéficier du soutien de son épouse, de sa fidèle servante Gracie. Sans oublier celui (forcé) de son adjoint Tellman, transformé pour l'occasion en valet.

    Mais au fil des heures, l'atmosphère devient de plus en plus orageuse. Et la conférence pourrait prendre des allures dramatiques...

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    Comme chaque mois, j'ai retrouvé avec plaisir les Pitt pour ma lecture commune avec mes copinautes. J'attendais beaucoup de cet opus. Notamment en termes d'évolution des relations. Et de présence plus marquée de Charlotte et de Gracie.

    Dans ce sens, on peut donc dire qu' Ashworth Hall a répondu à mes espoirs. En effet, dès les premières pages, on sent que Charlotte va jouer un rôle plus important dans l'intrigue. Non seulement elle seconde Pitt dans ses investigations mais elle aide aussi sa sœur à recevoir les épouses des conférenciers. Et il y'a fort à faire tant les tensions entre catholiques et protestants irlandais sont palpables même au niveau de leurs compagnes.

    Et que dire de Gracie? Gracie, maintenant devenue une jeune femme de 20 ans, vit ses premiers émois amoureux. J'ai trouvé cela très émouvant. Mais j'ai surtout adoré ses échanges avec Tellman.

    Un Tellman contraint de devenir le valet de Pitt alors qu'il honnit tout ce qui touche à la caste des domestiques. Outre le ressort comique évident de leur association rapprochée et de cette répartition des rôles, ce choix d'Anne Perry nous permet de plonger dans le monde d'en-bas.

    Celui de toutes les petites mains qui contribuent au fonctionnement d'un manoir de la taille d'Ashworth Hall et au bien-être de leurs maîtres. J'ai adoré en apprendre plus sur tous les usages en vigueur, sur les astuces utilisées pour effacer telle tache, sur les escaliers à emprunter...Et cela m'a quelque peu rappelé Downton Abbey, une de mes séries cultes.

    A cet aspect toujours très réussi de description de la société victorienne se superpose une dimension plus politique. En cette fin de siècle, les enjeux irlandais occupent le devant de la scène. Après les échecs notamment de Gladstone, cette réunion secrète semble revêtir une grande importance. L'occasion pour la romancière d'évoquer les pièges sans cesse tendus, les inventions historiques, les fausses croyances... Autant d'éléments qui gangrènent la situation et rendent quasiment impossible toute réconciliation.

    En revanche, je dois confesser que j'ai eu souvent du mal à me repérer entre les différents noms.

    A ce bémol vient s'en ajouter un autre relatif à l'intrigue policière. Elle m'a semblé peu intéressante finalement et sa résolution trop alambiquée.

    Bref, vous l'aurez compris: même si cet ouvrage n'est pas le meilleur cru de la série, j'ai passé un bon moment en compagnie des époux Pitt et je les retrouverai avec plaisir au début du mois d'août. J'ai hâte de découvrir comment certaines relations vont évoluer.

    Editions 10/18, 2005, 315 pages

    Billet dans le cadre du Challenge Anne Perry et d'une lecture commune avec Bianca, Céline, Fanny, Sybille, Soie, Lara et Belette (je rajouterai les liens dès mon retour)

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  • Traitor's Gate de Anne Perry

    Traitor's Gate

    de

    Anne Perry

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    "Pitt se redressa sur le banc de bois et observa avec bonheur les rayons du soleil couchant qui baignait d'une lueur dorée le vieux pommier dressé au milieu de la pelouse. Quelques semaines plus tôt, il avait emménagé avec sa famille dans cette nouvelle demeure, si familière au premier abord qu'il avait eu l'impression d'y revenir après un long voyage plutôt que de s'y installer pour la première fois."

    Quinze ans après avoir quitté le domaine familial des Desmond où il avait grandi et où son père était garde-chasse, Pitt a la surprise de recevoir Matthew Desmond, son ami d'enfance. Ce dernier est porteur de mauvaises nouvelles: son père, Sir Arthur Desmond, a été retrouvé mort dans son club londonien. Tout porte à croire qu'il aurait succombé à un mauvais mélange de brandy et de laudanum. La thèse la plus souvent évoquée est celle du regrettable accident. On murmure que le défunt avait commencé à perdre la tête et qu'il lançait dans des accusations farfelues contre d'éminents diplomates.

    Au contraire, Matthew est persuadé que son père a été assassiné car il menaçait des gens trop puissants. Il demande donc à Pitt de le prouver. Il lui confie également une autre affaire: retrouver l'espion qui copie des documents sur les enjeux britanniques en Afrique et les vend aux Allemands.

    Pitt accepte de relever le défi. Commence alors une enquête périlleuse pour sa carrière et pour ses proches, la menace du Cercle intérieur se faisant de plus en plus pesante.

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    Traitor's Gate en 1896

    Au mois d'avril, même si je n'ai pas encore publié mes billets, j'ai rattrapé mon retard dans la saga des Pitt et je suis ravie de pouvoir publier en même temps que mes copinautes.

    Même si je dois avouer que Traitor's Gate ne fait décidément pas partie de mes tomes préférés.

    Plusieurs affaires s'entrecroisent dans ce volume: celle de l'espionnage dans le Ministère des Colonies, celle de la mort de Sir Arthur Desmond et celle d'une autre personnalité, retrouvée noyée à Traitor's Gate. Toutes ont pour rapport l'Afrique. Et justement je me suis perdue dans l'exposé des enjeux politiques, stratégiques et militaires liés à ce continent. En effet, je maîtrise très peu l'histoire coloniale de l'Empire britannique et de l'Empire allemand. Or, la présentation qu'en fait Anne Perry et qui occupe tout un pan de l'intrigue ne m'a pas semblé toujours claire.

    A ce bémol de compréhension s'ajoute celui de la complexité de mener trois enquêtes en même temps. Là encore, comme elles ne se rejoignaient pas toutes à la fin, je n'ai pas compris le parti pris. Mais j'ai été bluffée par la résolution imaginée pour celle de Traitor's Gate et pour le meutre de Sir Arthur Desmond.

    De même, le climax de la fin m'a laissée pantelante. J'ai hâte d'en connaître les répercussions pour Thomas Pitt.

    Dans cet ouvrage, l'accent est mis sur ce héros (j'ai notamment aimé en apprendre plus sur son enfance à la campagne). Les apparitions de sa femme et de Lady Vespasia se font plus rares. Néanmoins, comme à son habitude, la romancière n'en oublie pas d'évoquer les problèmes liés à la condition féminine en cette fin de 19ème siècle. Elle aborde notamment le cas des femmes célibataires et l'émergence de certains courants qui souhaitent qu'elles aient les mêmes formations qu'un homme et puissent prétendre aux mêmes emplois.

    Bref, vous l'aurez compris: cet opus n'est pas le meilleur de la série mais j'aurais plaisir à retrouver Charlotte et Thomas en juin dans Pentecost Alley.

    Editions 10/18, 378 pages, 8,10 €

    Billet dans le cadre d'une lecture commune avec Bianca, Céline, Fanny, Sybille et Belette et dans le cadre des challenges  Anne Perry, 19ème siècle et God save the livre 2014.

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