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26/05/2015

Miniaturiste de Jessie Burton

Miniaturiste

de

Jessie Burton

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"Vieille Eglise, Amsterdam, mardi 14 janvier 1687

Ces funérailles devaient être discrètes car la personne concernée n'avait pas d'amis, mais on est à Amsterdam, où les mots s'écoulent comme l'eau, inondent les oreilles, nourrissent la pourriture, et le coin est de l'église est bondé. "

Mi-octobre 1686, Nella Oortman, tout juste 18 ans, frappe à la porte de son époux, Johannes Brandt, un des marchands les plus en vue d'Amsterdam. Mais il n'est pas là pour l'accueillir. En effet, il est parti en voyage d'affaires et a laissé le soin à Marin, sa sœur, d'installer la jeune femme.

Les jours passent et Nella tente de s'acclimater à cette nouvelle existence.

Quand son mari revient, il lui offre, en guise de cadeau de noces, une maison de poupée, représentant leur propre intérieur. Il lui laisse également tout crédit pour la meubler en fonction de ses envies.

Nella fait donc appel à un miniaturiste. Ainsi, elle reçoit de magnifiques créations. Mais l'artiste outrepasse ses fonctions en commençant à envoyer des figurines qui éclairent certains mystères de la demeure des Brandt.

Très vite, une mécanique infernale se met en branle et rien ni personne ne semble pouvoir l'arrêter.

Et si cette maison entraînait la chute de ses propriétaires?

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La maison de poupée de Petronella Oortman qui a inspiré Jessie Burton pour cette oeuvre

Cela faisait longtemps que j'avais remarqué ce titre et j'ai été ravie quand il est arrivé dans ma médiathèque.

Dès les premières pages, les thématiques principales sont en quelque sorte posées. On assiste à un enterrement. D'une personne dont on ne connaît pas l'identité. Par conséquent, on présume que l'intrigue va prendre une tournure tragique.

De plus, avec la présence de nombreux "badauds" à cette cérémonie, l'auteur nous montre la toute puissance de la foule et la difficulté d'exister en tant qu'individu.

Tout le monde est surveillé. L'autonomie est ainsi restreinte au nom de la bienséance, de règles religieuses strictes...

Drame, enfermement, privation des libertés, surveillance des faits et gestes des autres: autant d'ingrédients qui vont se retrouver au fil des pages et contre lesquels vont butter les Brandt et leur entourage.

Pourtant, en cette mi-octobre 1686, tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Johannes est parvenu à développer une entreprise fructueuse, assisté de sa sœur Marin. Ils habitent avec deux domestiques qui leur sont totalement dévoués, dont l'un que Johannes a arraché à l'esclavage.

De même, l'union avec Nella se présente sous de très bons auspices. En effet, cette jeune femme apporte une alliance avec une famille respectable et devrait permettre d'assurer une descendance.

Pourtant, derrière cette façade de réussite, se dissimulent de nombreux secrets.

C'est ce que le cadeau de mariage, cette incroyable maison de poupée, va révéler. Grâce aux miniatures adressées par le mystérieux artiste que Nella a sollicité.

En effet, à chaque événement, certains détails vont se rajouter sur elles. Comme si elles avaient le pouvoir de s'imprégner des bouleversements, voire de les annoncer. Comme si, en connaissant le contenu des paquets envoyés par le miniaturiste, Nella et le lecteur pouvaient comprendre certains éléments du futur.

J'ai beaucoup apprécié cette dimension fantastique et ce curieux créateur. Tout au long du roman, à l'instar de Nella, on se pose beaucoup de questions sur ce personnage fantasmagorique.

Mystères de la maison au même titre que mystère du dénonciateur...

A cette sorte d'enquête s'entremêle un portrait saisissant d'Amsterdam à la fin du 17ème siècle.

"Fondée sur le risque, Amsterdam aspire désormais à la certitude, à une vie bien rangée, à conserver le confort de son argent en respectant une bienséance morne."

Une ville aux mains des guildes, où l'intransigeance religieuse fait loi. Personne ne peut échapper au contrôle des autres. Personne ne doit quitter le droit chemin. Sous peine d'être condamné et noyé avec des poids qui transforment l'océan en tombeau.

Nella ne comprend pas toutes ces restrictions. Elle vient d'un village et, pour elle, Amsterdam représentait une chance de quitter ce quotidien trop morne.

C'est par ses yeux candides que nous allons découvrir la vraie nature de cette plaque tournante du commerce international. A l'innocence de cette narratrice se joint donc celle du lecteur néophyte. Mais, bien vite, les voiles se déchirent. On sent ce poids des regards, cet enfermement dans des règles qui empêchent de profiter de certaines joies de l'existence (je pense notamment aux interdits alimentaires imposés par Marin et son pasteur), cette obligation d'assister à certains événements, de se comporter d'une certaine façon...

Plus la maison de poupée prend vie, plus les murs de la prison se referment sur les Brandt.

Je ne vous en dirai pas plus sur l'intrigue ni sur les personnages. On referme ce livre haletant, oppressant, avec une sensation bizarre, comme si on avait du mal à dire au revoir à certains d'entre eux.

Bref, vous l'aurez compris:Miniaturiste constitue un ouvrage très fort. Un ouvrage composite, à la croisée entre roman d'apprentissage, roman historique et roman fantastique. Un ouvrage que, forcément, je vous recommande.

Gallimard, 2015, 504 pages

Billet dans le cadre du challenge Un pavé par mois de Bianca

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04/05/2015

Le Bois du Rossignol de Stella Gibbons

Le Bois du Rossignol

de

Stella Gibbons

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"Il est difficile d'obtenir un jardin sinistre, mais le vieux Mr Wither y était parvenu.

Même s'il ne travaillait pas lui-même à celui de sa maison des environs de Chesterbourne, en Essex, son manque d'intérêt pour la terre et sa répugnance à dépenser de l'argent n'étaient pas sans influencer le jardinier. Le résultat était une pelouse souffreteuse et une rocaille plâtreuse où presque rien n'attirait le regard, tandis que les arbustes sans caractère proliféraient car Mr Wither appréciait leur capacité à meubler l'espace à peu de frais."

Viola Wither se retrouve veuve à 21 ans. Elle aimerait profiter de la vie londonienne avec sa meilleure amie mais ses faibles moyens la contraignent à accepter l'invitation de sa belle-famille, les austères Wither, et à s'installer chez eux dans la campagne anglaise.

Elle s'ennuie ferme dans cette retraite forcée, avec cette famille conventionnelle et tous ces horaires fixes.

Mais, un soir, à la faveur d'une invitation, elle croise le Prince charmant de son adolescence, le beau Victor Spring, fraîchement fiancé à une amie de longue date mais néanmoins courtisé par toute la gent féminine.

Et Viola n'est pas la dernière à flirter avec lui...Au grand dam de la bonne société de Chestbourne et des Wither...

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J'avais entendu beaucoup de bien de ce, notamment auprès de mes copinautes Emjy et Shelbylee. Et je me suis décidée mardi dernier à entrer dans son univers.

Une décision que je n'ai pas du tout regrettée, tant je me suis retrouvée emportée.

Ce roman constitue une relecture moderne de Cendrillon. Mais bien loin de se contenter de transposer cette idylle au début du siècle en Angleterre, l'auteur la pare d'ironie. C'est ce qui frappe immédiatement le lecteur dans ce conte contemporain. Chaque paragraphe en est pétri. Rien  n'échappe à la plume acérée et acerbe de Stella Gibbons. Aucune petite manie. Aucune tenue. Aucune idée. Tout est prétexte à ce fameux humour so british.

Cependant, malgré son regard sans concession, on sent qu'elle éprouve une certaine tendresse pour ses personnages.

A commencer par l'héroïne, Viola, prénommée ainsi en hommage à Shakespeare. Quand on la rencontre, elle a tout de ces ravissantes blondes un peu idiotes et maladroites de l'âge d'or du cinéma hollywoodien. Alors qu'elle s'est mariée sans enthousiasme, elle a la chance d'être remarquée par un prince pas si charmant lors d'un bal. Et, malgré ses actes un peu mufles, elle continue d'y croire. Mais cette jeune femme ne se résume pas à cet aspect fleur bleue, à cette crédulité (que dire de son aveuglement face à sa cousine)...Non, elle est également pleine de bonté pour ses proches, profondément généreuse...

Et c'est là une des forces de Stella Gibbons: tout en se moquant d'eux, avoir réussi à montrer les contrastes des personnalités de ses protagonistes.

Il en va de même pour chacun d'entre eux: Victor Spring, le prince pas si charmant qui aspire à une femme conventionnelle; Tina Wither, la cousine vieille fille qui fait tout pour rencontrer l'amour...

On assiste à leur évolution, leurs idylles, leurs espoirs...Au gré de bals, de thés dansants, de visites à Londres, de vacances à la mer, de leçons de conduite, de promenades dans le Bois du Rossignol...

On comprend leurs hontes intimes, leurs désarrois, leurs coups de cœur...

Certaines scènes se révèlent plus marquantes que d'autres: la garden-party ratée des Wither (que j'ai ri!), les rencontres avec l'ermite...

Et on sent bien l'influence de cette romancière sur certaines séries que j'apprécie beaucoup (l'idylle entre Tina et Saxon m'a forcément fait penser à celle élaborée dans Downton Abbey par Julian Fellowes)

Bref, vous l'aurez compris: j'ai beaucoup aimé ce roman et je vous le recommande vivement si vous êtes fans comme moi de campagne anglaise et d'ironie. Je pense d'ailleurs que je ne tarderai pas à me replonger dans un autre des titres de Stella Gibbons (vous me conseilleriez lequel?)

Editions Héloïse d'Ormesson, 556 pages

Billet dans le cadre du challenge Un pavé par mois de Bianca.

 

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08/02/2015

Le Ver à soie de Robert Galbraith

Le Ver à soie

de

Robert Galbraith

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""J'espère au moins que c'est pour m'annoncer la mort d'une superstar, Strike", dit la voix rauque au bout du fil.

Il faisait encore nuit. Le téléphone collé à sa joue mal rasée, Strike promenait son imposante silhouette à travers les rues de Londres. La sortie de son interlocuteur lui arracha un sourire."

Après avoir brillamment résolu l'affaire Lula Landry, Cormoran Strike croule sous les nouvelles enquêtes. Il travaille 7 jours sur 7, ne ménage pas ses efforts et espère ainsi se sortir définitivement de ses ennuis financiers.

Aussi, quand une Mrs Quine lui demande de mener des investigations sur la disparition de son mari Owen, rien ne l'obligerait à accepter. Surtout que cette cliente ne semble pas disposer des moyens pour le rembourser...

Mais, mû par une impulsion inexplicable, notre héros part à la recherche de cet homme, écrivain de son état, que personne n'a revu depuis qu'il a mis le point final à un manuscrit sulfureux, un roman à clefs qui impliquerait de nombreuses personnalités du monde de l'édition et de son entourage.

Il le retrouve dans une de ses propriétés, sauvagement assassiné selon un rituel décrit dans son dernier ouvrage.

Débute alors une quête haletante à la poursuite d'un meurtrier particulièrement diabolique et dangereux.

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Vous vous souvenez peut-être qu'au mois de décembre, je vous avais parlé du premier volet de cette série de romans policiers imaginée par JK Rowling (sous le pseudonyme de Robert Galbraith)? J'avais vraiment beaucoup aimé l'Appel du coucou, autant pour l'ambiance que pour le duo Cormoran/Robin ou l'intrigue policière complexe.

Aussi, quand le Ver à soie est arrivé dans la médiathèque où je travaille, je l'ai emprunté très rapidement, pressée de découvrir les nouvelles aventures de ce détective et de son assistante.

Comme pour l'Appel du coucou, on se retrouve immédiatement happés par l'histoire. L'écriture cinématographique y est sans doute pour beaucoup. En effet, chaque scène, par un savant dosage entre dialogue et description, nous apparaît visuellement et nous donne envie de connaître la suite.

De même, l'intrigue se révèle particulièrement haletante. Ce qui semblait de prime abord une banale fugue d'un homme coutumier du fait se transforme en sordide meurtre. Tant de personnes avaient des mobiles pour tuer la victime...Ce qui complexifie forcément la tâche de notre héros...Les fausses pistes se multiplient, les coupables éventuels se succèdent...Jusqu'à la révélation finale que je n'attendais pas du tout.

Après une incursion dans le monde de la mode, JK Rowling nous propose cette fois-ci de plonger dans l'univers de l'édition. Rivalités, jalousies, coups bas, accusations, trahisons...semblent en constituer le quotidien. Un univers bien sombre en somme qui nous est décrit avec beaucoup d'ironie (je fais notamment référence aux scènes dans l'agence littéraire du défunt)

J'ai eu beaucoup de plaisir à retrouver les personnages du précédent opus. Cormoran se débat toujours dans son marasme financier et sentimental. Mais on sent que peu à peu, il reprend pied...Quant à Robin, elle tente de faire respecter ses choix à son fiancé. Je n'en dirai pas plus sur l'évolution de ce duo. Je soulignerai juste le talent de l'écrivain à les faire changer sans que cela paraisse jamais artificiel.

Bref, vous l'aurez compris: j'ai adoré ce roman policier très bien ficelé, aux protagonistes si attachants...J'avais d'ailleurs vraiment beaucoup de mal à l'arrêter dans les transports en commun ou le soir. Vivement le tome 3!

Editions Grasset & Fasquelle, 2014, 569 pages

Billet dans le cadre du Challenge Un pavé par mois de Bianca.

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