Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21/07/2014

Cette sacrée vertu de Winifred Watson

Cette sacrée vertu

de

Winifred Watson

cette-sacree-vertu-3493272.jpg

"9h15-11h15

La pendule sonnait neuf heures et quart, lorsque Miss Pettigrew poussa la porte du bureau de placement. Comme d'habitude, elle n'avait guère d'espoir; mais cette fois la directrice, Miss Holt, la salua d'un sourire un peu plus engageant."

Miss Pettigrew, la quarantaine bien sonnée, est une fille de pasteur qui tente de se trouver un poste de gouvernante. En dépit de ses dernières mauvaises expériences.

Elle sait que si le bureau de placement ne lui propose rien, elle sera à la rue ce soir car sa logeuse lui a posé un ultimatum.

Mais, miracle!, ce matin-là à 9h15, Miss Holt lui confie une fiche. Une certaine Miss Lafosse, 5, Onslow Mansions chercherait à employer une gouvernante.

A 10h précises, Miss Pettigrew sonne à la porte.

A 10h05, au bout de cinq longues minutes d'attente, "une jeune femme parut. [...] Elle était belle comme une héroïne de cinéma. "

Notre protagoniste est bien loin de se douter que cette rencontre va lui faire vivre la journée la plus mémorable de son existence.

winifred watson.jpg

J'aime bien parcourir certains blogs anglais, amateurs de littérature vintage, et lire les avis sur Whoopsy Daisy. C'est ainsi que j'ai repéré ce titre et j'ai été ravie de le croiser dans une librairie d'occasion la semaine dernière.

Miss Pettigrew a tout de l'anti-héroïne: fille de pasteur, elle n'a jamais connu de libertés et a obéi à toutes les interdictions concernant les sorties, les fréquentations, la boisson, les tenues..

A quarante ans, elle se retrouve toute seule. "Mais, dans le monde entier, on n'eût pu trouver ami ou parent qui sût ou se souciât de savoir si Miss Pettigrew était vivante ou morte"

De plus, elle connaît de graves difficultés financières. Ce poste chez Miss Lafosse représente un peu sa dernière chance.

Sa dernière chance de gagner un salaire et de payer son loyer, certes...Mais, comme elle va le découvrir au fil des heures, sa dernière chance de changer son existence et de vivre enfin...

La jeune femme, chez laquelle elle est envoyée, exerce le métier de chanteuse dans un night club. Elle espère obtenir prochainement une revue. Et jongle entre trois amants.

Phil, le premier, est encore chez elle à l'arrivée de Miss Pettigrew et cette dernière se voit contrainte de le chasser. Puis, elle tente de cacher toutes les traces de sa présence à Nick, le second...

S'enchaînent ainsi de nombreuses scènes de vaudevilles. Les situations comiques sont toujours présentées avec beaucoup d'ironie et d'humour "so british".

Tout comme la gouvernante, le lecteur en vient à guetter les coups de sonnette.

"Un coup de sonnette, chez Miss Lafosse, était le prélude d'une aventure. Ce n'était pas un appartement ordinaire où le timbre de la sonnette annonçait le boucher, le laitier ou le boulanger. La sonnette de Miss Lafosse signifiait un évènement, un drame, une nouvelle crise à affronter."

A chaque chapitre (découpé en plages horaires), son lot de surprises...Toutes ces nouvelles venues (et les verres qui les accompagnent) vont émousser peu à peu les principes moraux de notre héroïne.

Cette dernière s'amuse follement. Et souvent, alors qu'elle n'a pas vécu, fait preuve d'un bon sens incroyable et règle, parfois à son corps défendant, les conflits amoureux de ses nouvelles amies.

"Alors, pour le restant de ses jours, et surtout aux heures de détresse, elle revivrait en pensée l'unique jour de joie qu'il lui avait été donné de vivre"

Puis, à l'instar de Cendrillon, grâce à ses bonnes fées, elle subit une transformation physique radicale et les accompagne au bal. Et si sa route croisait celle d'un prince charmant?

On rit beaucoup à la lecture de ce roman. Les scènes, les répliques, les réflexions intérieures de Miss Pettigrew complètement sortie de sa zone de confort, l'ironie de la plume de Winifred Watson y contribuent.

Mais, derrière cette légèreté, affleurent certaines questions et réflexions sur la pauvreté et le célibat. Au fil de la journée, notre héroïne repense à sa situation, à ce qu'elle a manqué...Par  conséquent, elle profite d'autant plus de cette parenthèse enchantée avant que son carrosse ne se métamorphose en citrouille.

Bref, vous l'aurez compris: un merveilleux roman vintage. Un conte moderne profondément drôle et divertissant que je vous recommande.

Seul bémol: la traduction du titre. Comme vous pouvez le lire sur cette très belle couverture des éditions Persephone Books, l'ouvrage s'intitule en VO "Miss Pettigrew lives for a day". Dommage que l'idée n'ait pas été gardée en français...

Miss Pettigrew.jpg

Editions 10/18, 2006, 221 pages

gif-coeur-qui-bat.gif

 

 

 

10/07/2014

Maisie Dobbs de Jacqueline Winspear

Maisie Dobbs

de

Jacqueline Winspear

Maisie-Dobbs.jpg

"La mince jeune femme fut la dernière à franchir le tourniquet à la station de métro de Warren Street. Jack Barker l'aurait de toute façon remarquée. Vêtue d'une longue veste bleue marine et d'une jupe plissée assortie qui laissait voir de jolies chevilles, elle avait indéniablement ce que la vieille mère de Jack appelait du "maintien". Elle marchait, épaules rejetées en arrière et tête droite, tenant comme elle pouvait un porte-documents un peu fatigué tandis qu'elle enfilait ses gants"

A Londres, en 1929, Maisie Dobbs est une jeune femme qui vient de s'établir toute seule comme détective privé.

Un mois après son installation, elle se voit confier sa première affaire. Un certain M. Davenham s'inquiète des absences répétées de sa femme les mardis et jeudis après-midi et souhaite découvrir les raisons qui entourent ces disparitions mystérieuses.

"Je la découvrirai pour vous cette vérité. Mais nous devons nous mettre d'accord sur un point-quand je vous remettrai mon rapport, et que vous saurez la vérité, il nous faudra évoquer ensemble l'avenir"

Maisie part donc sur les traces de Mrs Davenham. Elle est bien loin de se douter que cette enquête va la mener vers une ferme emplie de blessés de guerre. Et que surtout, elle va réveiller des souvenirs bien douloureux....

jacqueline winspear.jpg

J'ai entendu parler pour la première fois de cette héroïne, née sous la plume de Jacqueline Winspear en 2003, dans le cadre du mois anglais. Mais les quelques billets lus à cette occasion m'ont convaincue et je n'ai pas tardé à m'acheter ce premier opus.

Une fois lancée dans cet ouvrage policier, je dois avouer que j'ai été quelque peu décontenancée. En effet, j'ai trouvé que le début s'étirait en longueur et ne présentait pas grand intérêt.

Puis, au fil des pages, je me suis habituée à cette lenteur, à cette absence d'intrigue policière proprement dite et au peu d'action.

Ce qui prédomine dans Maisie Dobbs, ce n'est pas tant le crime et sa résolution. Non, ce qui prend le dessus, c'est tout le ressort psychologique (les liens entre les différents protagonistes, leur évolution...)

On découvre tout le passé de notre héroïne lors d'un flashback qui occupe le second tiers du livre.

Au début de l'adolescence, elle est engagée dans la demeure de Lord et Lady Crampton . Fascinée par la bibliothèque, elle décide de se lever en secret toutes les nuits plus tôt pour farfouiller dans les étagères et apprendre. Un soir, elle est surprise par sa maîtresse.

Au lieu de se faire congédier, elle se voit proposer un marché: elle continuera à assurer ses devoirs de domestique tout en consacrant désormais un après-midi tous les quinze jours à ses études.

Les années passent...L'apprentissage de Maisie se poursuit. Apprentissage savant certes....Mais apprentissage également des relations, de l'amitié, de l'amour...

La guerre éclate. Maisie s'engage comme infirmière sur le front. Et tout son monde va se trouver bouleversé...

Je me suis attachée à cette jeune femme si avide de culture, si droite, si pure, si intègre, si intelligente, si volontaire...Et c'est à partir de là que j'ai commencé à réellement apprécier ce roman.

De même, j'ai aimé faire la connaissance de toutes la galerie de personnages secondaires qui gravite autour d'elle: Billy Beale, Lady Rowan, Maurice Blanche....Autant d'hommes et de femmes que je prendrais plaisir à retrouver dans le prochain volet.

De plus, Jacqueline Winspear se révèle très talentueuse à restituer l'atmosphère qui devait régner en ce début de 1929. La crise n'a pas encore éclaté. Le choc du premier conflit ne s'est bien entendu pas estompé. Chacun sait que, désormais, tout peut basculer du jour au lendemain.

Choc physique...Choc moral...Aucun des protagonistes ne s'est remis de cette guerre totale. Tous-pour diverses raisons- en sont ressortis profondément meurtris.

"Je dors pas, voilà tout. C'est comme ça depuis que je suis rentré de France. Ça fait des années. Il suffit que je ferme les yeux pour que tout revienne [...] Je sens presque l'odeur du gaz. Parfois, je n'arrive plus à respirer. Et quand je finis par m'endormir, c'est pour me réveiller en train de lutter pour respirer. Et puis, il y'a ces battements dans ma tête. On ne les oublie jamais ces grondements-les obus qui explosent..."

Les cicatrices se portent partout: tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Pour ceux qui ne supportent plus de se confronter au monde extérieur, des endroits ont été créés pour panser leurs plaies. A l'instar de cette "Retraite", refuge de nombre gueules cassées, où l'enquête va redémarrer...

Bref, vous l'aurez compris: malgré un début qui ne m'a pas enthousiasmée, j'ai passé un très bon moment en compagnie de ce premier volet des aventures de Maisie Dobbs. Et je pense que je ne tarderai pas à me plonger dans la suite.

Le Livre de Poche, 2007, 381 pages, 6,95 €

Billet dans le cadre du Challenge Première Guerre mondiale

ww1 3.jpg

 

 

 

 

 

04/06/2014

L'Héritage de Katherine Webb

L'Héritage

de

Katherine Webb

 

l'héritage,katherine webb,pocket,roman à tiroirs,saga familiale,secrets enfouis,secrets de familles

 

"Caroline retrouva ses esprits. A mesure que son hébétude se dissipait, elle prit conscience qu'une myriade de pensées voletaient dans son esprit tels des oiseaux en cage, si rapidement qu'elles étaient insaisissables. Elle se leva en chancelant."

Storton Manor, en Angleterre, Beth et Erica Calcott viennent d'hériter, de leur grand-mère, le manoir familial. Un lieu qui a abrité tous leurs jeux d'enfant. Mais un lieu qu'elles ont aussi déserté depuis une vingtaine d'années, suite à la disparition mystérieuse de leur cousin Henry.

Erica espère que ce retour aux sources permettra à sa sœur, dépressive, d'affronter son passé et d'aller de l'avant. Elle est bien loin de se douter que leur séjour va également les lancer sur les traces de Caroline, leur arrière-grand-mère et révéler tout un pan de leur histoire familiale.

 

l'héritage,katherine webb,pocket,roman à tiroirs,saga familiale,secrets enfouis,secrets de familles

 

Récemment, je vous avais parlé de Pressentiments, le second roman de Katherine Webb. Un ouvrage que j'avais dévoré et qui m'avait fait une forte impression. Aussi, à l'occasion de ce mois anglais, j'ai été ravie de sortir de ma pal la première œuvre de cette auteure de talent.

Dans l'Héritage, on retrouve le type de structure enchâssée que j'affectionne: deux récits, situés à deux époques différentes, s'entrecroisent en permanence.

Tout d'abord, on fait la connaissance de Caroline, une jeune héritière américaine qui vit en compagnie de sa tante à New York. Lors d'une fête, elle rencontre Corin. C'est le coup de foudre et moins d'un mois après, elle se fiance. Malgré les mises en garde de sa tutrice. Malgré la peur qu'elle éprouve à quitter sa vie confortable pour le ranch de son mari dans le Territoire de l'Oklahoma.

"C'était un long voyage que celui de New York à Woodward dans le Territoire de l'Oklahoma, plus de trois mille kilomètres. Le train avalait les états, les uns après les autres, dans sa course vers l'ouest."

Arrivée là-bas, et malgré l'amour qu'elle porte à son époux, notre héroïne est confrontée à un véritable choc des cultures. Non seulement elle découvre l'ampleur des tâches quotidiennes qui l'attendent, mais elle se sent vite déphasée avec les us et coutumes en vigueur. Tout est nouveau pour elle: la présence d'Indiens qu'on lui a toujours décrits comme violents, le laisser-aller dans l'apparence, le climat...

Je me suis passionnée pour cette partie de l'histoire. J'ai trouvé que Katherine Webb savait à merveille parler de cette difficile voire impossible acclimatation, de l'âpreté de cette vie dans les ranchs...

De plus, Caroline constitue un personnage fort, plein de nuances et de contradictions. Un personnage que, tour à tour, on aime et déteste.

Face à elle, son arrière-petite-fille, Erica, celle qui prédomine dans l'intrigue plus contemporaine, se révèle tout aussi intéressante. Et sans doute plus attachante. On ne peut s'empêcher de sourire devant ses maladresses, ses hésitations...

Erica est une trentenaire qui ne parvient pas à se poser. Elle déménage sans cesse et ne travaille que comme remplaçante dans des écoles. Comme si elle ne parvenait ou ne voulait pas s'ancrer. Comme s'il lui manquait un bout de ses racines pour donner un sens à sa vie et se poser.

Dès les premières pages, on devine que ce séjour imposé dans le manoir familial par les clauses restrictives de l'héritage va donner la possibilité à ces deux sœurs de se retrouver et de régler enfin leurs comptes avec le passé.

En effet, ces quelques semaines vont servir de détonateur et déterrer tous les secrets enfouis: la disparition d'Henry, l'enfant inconnu sur la photo de Caroline...

J'ai aimé suivre cette enquête sur l'histoire des Calcott. Je me suis livrée à de nombreuses hypothèses. Pendant longtemps, j'ai cherché les liens entre les deux récits. Et, même si je n'ai pas été totalement étonnée par les révélations (notamment en raison des premières lignes), je ne les avais pas toutes anticipées.

Mais l'intérêt de ce roman à tiroirs réside aussi dans l'ambiance qui y règne. Katherine Webb rend un très bel hommage à la campagne anglaise. Si bien qu'une fois le livre refermé, on a envie de partir se reposer dans ce manoir et de marcher dans les prairies et forêts avoisinantes.

Bref, vous l'aurez compris: une fois encore, j'ai passé un bon moment et je vous recommande L'Héritage, si vous êtes fans comme moi de sagas familiales, de mystères et de destins croisés.

Editions Pocket, 2013, 523 pages, 8,10 €

Billet dans le cadre du mois anglais

 

l'héritage,katherine webb,pocket,roman à tiroirs,saga familiale,secrets enfouis,secrets de familles