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18/01/2015

Le retour du Capitaine Emmett

Le retour du capitaine Emmett

de

Elizabeth Speller

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"Ils se rassemblèrent dans l'obscurité bien avant l'arrivée du train dans la petite gare. Surtout des femmes: de jeunes mamans serrant des nourrissons bien emmaillotés, des vieilles emmitouflées dans des châles, des mères de famille d'âge mûr en manteau noir, accompagnées de grands enfants. Des hommes aussi, évidemment, certains tenant déjà leur chapeau à la main d'un air emprunté, et un petit groupe de soldats qui stationnait à une extrémité du quai près du chef de gare barbu. Les hommes étaient néanmoins surpassés en nombre par les femmes, comme c'était toujours le cas désormais."

Un matin d'août 1921, l'ancien officier Laurence Bartram reçoit une lettre de Mary Emmett, la sœur d'un de ses camarades d'enfance. Elle souhaiterait qu'il enquête sur la mort de ce dernier car elle ne croit pas à la théorie officielle du suicide.

En mémoire de son ami et en souvenir de l'attirance qu'il entretenait jadis pour Mary, Laurence accepte de relever le défi. Plusieurs pistes se présentent à lui et très vite, il se retrouve à interroger les personnes couchées sur le testament, tout comme les résidents et le personnel médical de l’hôpital psychiatrique où John était entré.

Mais il n'est pas le seul à mener des investigations...Quelqu'un le suit ou le précède et certains témoins clés tendent à disparaître.

Et si le capitaine Emmett avait succombé à une vengeance? Qui pourrait en être l'auteur? Et pour quelles raisons?

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J'avais remarqué depuis sa sortie ce roman en raison de sa très belle couverture. Et puis, récemment, je l'ai revu passer à la banque de prêt de la médiathèque où je travaille et j'ai cédé à la tentation.

Le héros, Laurence Bartram, est sorti avec les honneurs de la Grande Guerre. Mais il a perdu sa femme et son fils pendant ce conflit. Tournant le dos à son ancienne vie, il s'est donc installé à Londres et a entamé la rédaction d'un ouvrage sur l'histoire des églises.

Deux ans plus tard, ce train-train monotone est perturbé par l'arrivée d'une lettre. Une lettre d'une femme qu'il admirait pendant sa jeunesse et qui lui réclame de l'aide. Il accepte et se retrouve embarqué dans une dangereuse mission.

Dangereuse à maints égards car il n'est jamais évident de déterrer les secrets du passé. Personne ne sait jamais quelles conséquences un tel acte peut avoir et Laurence va souvent l'apprendre à ses dépens. Surtout qu'un meurtrier semble accompagner voire précéder chacun de ses pas...

En effet, l'intrigue prend vite un tour policier. A l'enquête sur un éventuel suicide se superpose celle sur des morts de plus en plus mystérieuses et dont les victimes paraissent avoir un lien.

On se perd dans les méandres de cette affaire et je dois avouer que je ne me doutais pas du tout de la solution.

De même, ce roman aborde la question des blessures du passé et du traumatisme de la guerre. Traumatisme des survivants. Traumatisme de ceux de l'arrière qui retrouvent les leurs changés par ce qu'ils ont vécu dans les tranchées. Traumatisme de certains actes...

Tous les protagonistes masculins qu'on croise au fil des chapitres, ont perdu quelque chose d'eux pendant ces quatre terribles années. Et l'auteur parvient, sans jamais sombrer dans le didactisme, à montrer toutes les blessures suscitées par ce conflit. Jusqu'à la folie...Cette dimension psychologique m'a vivement intéressée et je l'ai trouvée très bien traitée.

En revanche, j'ai regretté que la dimension amoureuse ne soit pas plus traitée dans cet ouvrage. Sans doute ai-je été induite en erreur par cette couverture avec une femme en train d'attendre des lettres. Certes, une intrigue se dessine entre notre héros et Mary. Mais elle n'occupe malheureusement que peu de pages...C'est dommage d'avoir fait ce choix narratif car je crois que le Retour du capitaine Emmet aurait gagné en souffle romanesque.

Bref, vous l'aurez compris: un livre intéressant tant du point de vue de son intrigue policière que de sa réflexion sur l'après-Guerre mais qui a manqué d'un petit quelque chose pour complètement m'embarquer...

Belfond, 2013, 379 pages

Billet dans le cadre du Challenge Première Guerre mondiale que j'organise

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03/01/2015

Retrouvailles avec Agatha pour une partie de bridge fatale

Cartes sur table

de

Agatha Christie

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"Mon cher Monsieur Poirot!

La voix était douce et ronronnante-une voix sans aucune spontanéité, dont on se servait délibérément comme d'un instrument.

Hercule Poirot se retourna.

Il s'inclina.

Il serra la main cérémonieusement tendue.

Il avait dans l’œil une lueur inhabituelle. On aurait dit que cette rencontre imprévue éveillait en lui des sentiments qu'il avait rarement l'occasion d'éprouver."

A une exposition sur des tabatières, Hercule Poirot croise Mr Shaitana, une connaissance. Ce dernier l'invite à un dîner un peu particulier où le détective aura l'occasion de partager son repas avec des criminels impunis.

Mais rien ne se passe comme prévu et, à l'issue de l'événement, leur hôte est retrouvé poignardé dans son fauteuil. Quatre personnes seulement pourraient avoir commis ce crime pendant une partie de bridge dans la même pièce.

Il va falloir toute la psychologie de Poirot, assisté du superintendant Battle et de la romancière Mrs Oliver pour démasquer le ou les coupables.

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Cela faisait longtemps que je n'avais pas parcouru d'Agatha Christie et quand j'ai vu passer cet ouvrage à la médiathèque, j'ai eu envie de le découvrir.

J'ai trouvé l'idée de départ originale. Imaginer cette réunion organisée par une sorte de Méphistophélès et qui a pour but de réunir les pièces de sa collection de meurtriers en présence d'autorités en matières criminelle (un policier, un détective, une auteure de romans policiers et un espion) s'est révélée plaisante.

Surtout quand ce chat s'est amusé à tendre des pièges à ses souris. Mais l'une d'entre elle s'est transformée en tigre et a tué celui qui menaçait de la démasquer.

Forcément, les quatre spécialistes du crime vont se lancer dans l'enquête. Une manière pour la romancière de mettre en avant quatre approches différentes.

Forcément, dans ce travail d'investigation, se distinguent le célèbre détective et le superintendant. Le premier par ses raisonnements psychologiques et ses questions déconcertantes sur le bridge et sur le contenu du salon et le second par son approche plus rationnelle des faits.

Néanmoins, on ne peut que saluer chaque intervention de Mrs Oliver. Une femme qui se prétend intuitive mais qui, pourtant, se lance dans des démarches qui tombent souvent à côté. Même si, quand ils mettent tous cartes sur tables, elle pourrait apporter des éléments capitaux...

Le ressort humoristique que j'aime tant dans les œuvres d'Agatha Christie est donc assuré par ce personnage féminin haut en couleurs (une sorte de double exagéré de sa créatrice?). Malheureusement, Ariane n'apparaît finalement que dans peu de scènes et par conséquent, j'ai regretté l'absence de cet humour si british pendant la plupart des chapitres.

En revanche, je dois saluer une nouvelle fois le talent déployé pour mener le lecteur de fausse piste en fausse piste. Je ne me doutais ni de la solution finale ni des rebondissements ultimes.

Bref, vous l'aurez compris: un livre policier qui ne figure certes pas parmi les meilleurs de cet écrivain prolifique mais qui fait passer un moment plaisant à l'heure du thé.

Le Livre de Poche, 220 pages

Billet dans le cadre du Challenge Agatha Christie

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11/11/2014

Je voulais te dire de Louisa Young

Je voulais te dire

de

Louisa Young

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"France, 7 juin 1917, 3h10 du matin

La nuit avait été tiède. Comme un parfum d'été. Plutôt calme.

Le fracas assourdissant des explosions fut si soudain, crevant l'épaisseur de l'air et de la terre, qu'il secoua tous les crânes ébranlés et les cervelles ébahies, chassant toute pensée résiduelle."

Après ce préambule autour de la guerre et de son impact sur tous les personnages principaux, retour à Londres au moment des fêtes de Noël 1907. Dans les jardins de Kensington, une boule de neige atteint le jeune Riley Purefoy et le fait tomber à la renverse sur une fine couche de glace qui se brise.

Après avoir été repêché par les Waveney, un famille de riches intellectuels, il est ramené chez eux. Très vite, il tisse des liens avec eux et fait la connaissance de Sir Alfred, un peintre qui évolue dans leur cercle social.

Ce dernier veut prendre le fils d'ouvrier comme modèle et bien vite, il l'accueille chez lui et lui permet de suivre des études secondaires.

A l'été 1914, Riley se rend compte de son attirance pour Nadine Waveney.

A l'été 1914, ces deux jeunes gens, en dépit de l'opposition de leurs proches, partagent un moment de complicité.

A l'été 1914, la guerre éclate et Riley s'engage.

Dans le fracas de la guerre et face à la fin du monde qu'ils connaissaient, Riley et Nadine vont-ils poursuivre leur relation?

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Cela faisait longtemps que j'avais remarqué ce titre mais je n'avais pas encore eu l'occasion de m'y plonger. Dans le cadre d'une LC pour le 11 novembre, j'ai pu réparer cette erreur.

Ce roman se découpe en trois parties distinctes: l'avant conflit, les trois premières années de la guerre et l'après juin 1917.

J'ai apprécié la phase d'apprentissage de Riley, celle où il fréquente le cercle des intellectuels londoniens et où on le voit croiser des célébrités tels que JM Barrie. Un moyen pour le lecteur d'en apprendre plus sur la vie artistique et sur l'atmosphère de la capitale anglaise juste avant la Première Guerre mondiale.

Malheureusement, cette présentation m'a semblé trop courte.

Parce que j'aurais aimé m'attarder plus longtemps sur Riley et Nadine (on en apprend pas assez sur le développement intellectuel de cette dernière. Ni sur ses qualités humaines. Difficile dès lors de s'attacher à elle et de comprendre ce qui va l'animer dans différentes situations plus tard dans le roman).

Parce que je n'ai pas compris les raisons profondes qui ont poussé Riley à s'engager. L'antagonisme des proches quant à sa relation avec Miss Waveney n'est pas assez présentée pour qu'on sente le poids qu'elle représente pour le jeune homme. Et "l'incident" avec le peintre ne semble pas assez grave pour motiver une telle décision.

Ensuite, on retrouve notre héros au combat.

A ce moment, j'ai été déstabilisée par l'introduction de trois autres personnages principaux. Au duo Riley-Nadine se rajoutent désormais Rose, Locke (le major de Riley) et sa femme Julia. Je peux comprendre l'intérêt de ses nouveau protagonistes, dans le sens où, au fil de l'intrigue, ils vont permettre à Louisa Young d'aborder des thématiques importantes (j'y reviendrai plus tard) Non, ce qui m'a gênée, c'est leur brutale entrée. Pourquoi ne pas avoir choisi de les décrire dès le préambule sur l'avant-guerre? On aurait pu alors assister à un entrelacement de leurs destins jusqu'à leur rencontre. Cela aurait même certainement plus donné de souffle au récit.

Même si je reste toujours assez dubitative sur le choix de plusieurs héros. Généralement, j'arrive à m'attacher à deux ou trois mais quand cela dépasse ce nombre, je trouve que, souvent, un déséquilibre se produit entre eux et que certains restent dans l'ombre ou constituent de simples faire-valoir.

Cela a été le cas, par exemple, pour Julia. Que ce soit dans la partie sur la guerre ou celle après juin 1917, on comprend rapidement que c'est une femme de bonne famille, élevée pour être un bel objet d'ornement mais on ne saisit pas tout ce qui peut motiver ses décisions. Certaines ellipses amplifient encore plus ce sentiment de passer à côté d'elle. Et que dire de son choix final? Il m'a paru complètement incongru.

J'ai été également déçue par le traitement de Rose, la cousine de Locke. De prime abord, elle nous est dépeinte comme une jeune femme laide et qui le sait. Cette affirmation n'a jamais été démentie tout au long du roman. Comme si le physique n'était pas affaire de regard. Comme si elle ne pouvait pas prétendre au bonheur. (contrairement à certains mutilés de guerre)

Chacun de ces cinq protagonistes, même s'ils ne sont pas toujours assez creusés, permet d'évoquer la guerre et ses conséquences. Solitude, négation de soi, sacrifice, manque, douleur, courage, abnégation, courage de repartir à zéro, nécessité d'oublier...constituent autant de sujets traités.

On s'intéresse également à la reconstruction des "gueules cassées". J'ai beaucoup aimé toute cette partie. L'auteur a réussi à la fois à montrer tous les progrès et les prouesses techniques réalisés pour permettre aux soldats de reprendre une vie à peu près normale et à insister sur les dommages psychologiques et la peur du regard des autres.

Cependant, malgré quelques scènes réussies, je dois avouer que je suis passée à côté de ce roman. Ni les personnages ni l'intrigue ne sont parvenus à complètement m'intéresser.

Bref, vous l'aurez compris: une lecture en demi-teinte pour moi et je ne pense pas que je me lancerai dans Ravages, la suite parue récemment.

Livre de Poche, 2014, 456 pages

Billet dans le cadre d'une LC avec Fanny, Fanny et Bianca et dans le cadre des challenges Un pavé par mois et Première Guerre mondiale

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