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06/10/2015

Bérénice 34-44 d'Isabelle Stibbe

Bérénice 34-44

de

Bérénice Stibbe

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"Elle ne racontera pas les regards entendus, les sourires de connivence. "Il n y a pas de hasard", "C'était forcé", autant de formules attrapées au vol des centaines de fois, inaugurant la légende familiale selon laquelle l'appel du théâtre, qui fondit sur elle à six ans et qui dès lors ne la quitta plus, surgit de son prénom: Bérénice."

Depuis son plus jeune âge, Bérénice Kapelouchnik, dite Capel, est éblouie par le monde du théâtre. Elle rêve même d'embrasser la carrière de comédienne mais se heurte à la résistance de ses parents. Bravant leur interdit, elle passe le concours du Conservatoire à tout juste 15 ans. Reçue première, elle quitte le foyer familial pour vivre sa passion.

Des cours de Louis Jouvet à la scène de la Comédie française, il n y a qu'un pas....Et Bérénice de Lignières (le nom qu'elle s'est choisie) semble rencontrer tous les succès...

Mais l'Histoire va la rattraper...Et, en ces heures sombres d'Occupation, il faut bien savoir choisir son camp...

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Ce premier roman, je l'avais remarqué sur le blog de ma copinaute Bianca. Aussi, quand il est arrivé à la médiathèque, j'ai eu très envie de m'y plonger.

Dès les premières pages, j'ai été happée par l'intrigue.

Avec beaucoup de talent, Isabelle Stibbe retrace le parcours fictif d'une jeune femme dans l'univers théâtral. On la suit ainsi de ses premières auditions à ces premiers cours, de ses premières figurations à ces premiers rôles....Cette ascension fulgurante, elle la doit non seulement à sa beauté, mais à son talent. Et à son amour hors normes pour la scène.

"Écoute Comédie-française, fais que je sois engagée, tu es la seule, l'unique, pour toi je sacrifierai tout, jeunesse, famille, enfants, qu'importe si tu me permets d'accéder à toi, de faire partie des tiens."

Une religion du théâtre qui sert de fil conducteur à toute l'action de cet ouvrage. Rencontres, choix personnels, engagement: tout dépend des dieux de la comédie et de la tragédie.

On est forcément fascinés par ce jusqu'au boutisme, ce sacrifice perpétuel pour l'art, cet égoïsme aussi dans ses relations...

Car Bérénice ne laisse pas indifférent ceux qui l'entourent. De son père Maurice Capel au poète/avocat Alain Béron, en passant par Nathan Adelman, le compositeur, tous se brûlent à la flamme de ce papillon incandescent.

Sur sa trajectoire, notre héroïne croise également de grands noms tels que Louis Jouvet, Marie Bell, Véra Korène, Marc Allégret...

L'occasion pour notre auteur de brosser un tableau du monde artistique de cette période charnière. Et de nous montrer l'évolution de la Comédie-française lors de l'Occupation.

Car ce théâtre/refuge pour Bérénice peut se transformer en monstre. En effet, très vite, des questions se posent au sein de cette institution: faut-il accepter le diktat des Allemands, à savoir l'absence de Juifs dans les distributions? Doit-on renoncer à des grands noms pour ré-ouvrir?  Chacun doit faire ses choix.

Amour de la scène, engagement de l'artiste, attentisme, résistance, politiques d'exclusion des Juifs constituent donc autant de thématiques de ce roman dense, foisonnant, passionnant, en trois actes.

Trois actes où la tension dramatique ne cesse de monter...Grâce au déroulé de l'intrigue bien entendu mais grâce aussi au style d'Isabelle Stibbe. Elle se joue de son lecteur en annonçant parfois que Bérénice pourra raconter son histoire à ses enfants ou, au contraire, qu'elle ne pourra pas...Et le dénouement, forcément, surprend...

Bref, vous l'aurez compris: j'ai vraiment beaucoup aimé ce portrait de femme confrontée à la tourmente de la Seconde Guerre mondiale.

Le Livre de Poche, 2014, 355 pages

 

 

 

29/01/2015

Le Misanthrope à la Comédie française

Le Misanthrope à la Comédie française

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Mardi soir, pour mon anniversaire, j'ai été invitée par une de mes amies à la Comédie-française. Cela faisait quelques années que je ne m'y étais pas rendue (depuis le Don Juan interprété par Andrzej Seweryn) et j'attendais avec impatience ces retrouvailles (surtout avec une de mes pièces préférées).

Après avoir déambulé dans les couloirs de ce lieu mythique et admiré les bustes des dramaturges célèbres ou le fauteuil de Molière, nous nous sommes dirigées vers le deuxième balcon. Surprise: Loïc Corbery (dont je vous parlais récemment pour le très bon Pas son genre) était déjà assis sur scène. Dans le brouhaha du public qui s'installe. C'était la première fois que je ne voyais pas le rideau se lever. En effet, au bout de quelques sonneries, l'acte 1 a débuté.

Et j'ai passé une soirée magique.

Parce que, même si j'ai eu besoin d'un petit temps d'adaptation, je me suis laissée bercer par les vers de Molière.

Parce que cette pièce reste toujours d'une modernité incroyable.

Parce qu'elle est d'une richesse exceptionnelle. Comportement en société, hypocrisie, faux semblants...mais aussi passion, trahison, duplicité, coquetterie, amitié, jalousie, amour sincère constituent autant de thématiques que l'on retrouve au fil des actes.

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Parce que certaines scènes nous accompagnent longtemps, une fois les applaudissements terminés.

Parce que certaines répliques résonnent tout particulièrement en nous.

Parce que "Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur, on ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur".

Parce qu'on rit, qu'on espère, qu'on est surpris.

Parce que les comédiens se sont révélés excellents, Loïc Corbery en tête. J'avais imaginé un Alceste sérieux, tout le temps grave et extrêmement sage. Quelqu'un de vieux avant l'heure. Or, dans cette mise en scène, il se révèle, sans oublier pour autant sa nature de misanthrope, espiègle, passionné, tourmenté...Face à ce brillant interprète, j'ai aussi pris beaucoup de plaisir à suivre le jeu de Eric Génovèse (Philinte), de Florence Viala (Arsinoé), d' Adeline d'Hermy (Eliante) et de Serge Bagdassarian (Oronte). En revanche, je n'ai pas adhéré au choix de Célimène. J'ai trouvé que Georgia Scallet n'avait pas une voix qui portait assez, que la langue de Molière ne coulait pas dans sa bouche comme dans celle de ses comparses et qu'elle manquait de pétillance.

Parce que la mise en scène de Clément Hervieu-Léger m'a paru très bonne, de sa direction d'acteurs à la petite phrase musicale qui revient sans cesse et se fait de plus en plus lancinante jusqu'à conclure cette pièce (magnifique idée de l'utiliser pour rappeler le souvenir d'Alceste à Célimène et lui donner un ultime regret. Comme si...une dernière chance était possible). Et que dire de ces scènes d'aveux amoureux (l'adorable confession de Philinte à Eliante, les déchirements passionnés d'Alceste et de Célimène, le sonnet d'Oronte à Célimène alors qu' Alceste est caché derrière la porte)? Et de cette scène de révélation sur le comportement de coquette de Célimène? (comme une scène de procès où on ne voit que son dos tourné s'affaisser devant l'accumulation d'accusations)

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Parce que le décor m'a beaucoup plu et qu'il se dépouille au fil des scènes. Comme pour mieux symboliser la perte des dernières illusions d'Alceste et sa retraite dans le désert.

Bref, vous l'aurez compris: je ne saurais que vous recommander de vous rendre à la Comédie-française (même si je n'ai pas été convaincue par Célimène) si vous trouvez encore des places ou de vous replonger dans la lecture de ce chef d’œuvre de Molière