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21/04/2015

Broadway Limited tome 1: Un dîner avec Cary Grant de Malika Ferdjoukh

Broadway Limited tome 1: Un dîner avec Cary Grant

de

Malika Ferdjoukh

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"La jeune fille ouvrit la porte au jeune homme. Un essaim de feuilles rouges s'engouffra aussitôt à l'intérieur de la maison tel un gang de sorcières à l'affût.

La jeune fille était brune et sans doute souriait-elle. Difficile d'en être sûr à cause de la sphère en bubble gum rose, d'un diamètre épanoui, qui lui poussait au milieu de la figure. Le jeune homme entendit un borborygme-peut-être un "oui"?"

Jocelyn Brouillard, 16 ans et demi, débarque à la pension Giboulée, à New York, par un soir d'automne 1948. Suite à un malentendu. Un contact en France qui lui a indiqué l'adresse alors que cet hôtel n'accueille que des jeunes filles venues tenter leur chance à Broadway.

Heureusement notre héros joue bien du piano...

Heureusement car ce talent va lui permettre de faire la connaissance de six jeunes femmes, toutes plus fascinantes les unes que les autres...

Heureusement car ces trois mois à la Pension Giboulée vont bouleverser tous ses repères...Et le faire petit à petit rentrer dans le monde adulte.

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Vous vous souvenez peut-être de mon enthousiasme quand j'avais découvert l'année dernière, au mois de juin, Quatre soeurs de Malika Ferdjoukh. J'avais plongé tête la première dans l'univers des soeurs Verdelaine et j'avais vraiment été très triste de quitter leur manoir breton et de ne plus suivre leurs destins.

Aussi, quand Emjy du très beau forum Whoopsy Daisy (si vous ne connaissez pas encore, n'hésitez pas à aller y faire un tour) m'a proposé de recevoir cet ouvrage en avant-première, je n'ai pas longtemps hésité.

Je l'ai emmené avec moi à la campagne pendant le week-end de Pâques et je l'ai savouré sur une chaise longue.

J'utilise à bon escient le terme de "savourer". Car c'est exactement ce que j'ai ressenti au fil des pages.

Dès le début, on retrouve la technique de la narration par trimestre. On glisse d'Halloween à Noël, périodes magiques s'il en est.

On accroche avec ce pauvre Jo accepté à contrecœur dans une pension féminine et qui est tout étourdi devant cet essaim de jeunes filles.

On assiste avec beaucoup d'intérêt à ses aventures, sa découverte du monde new yorkais, aux défis qu'il doit surmonter...Et à son évolution.

Roman d'apprentissage donc. Mais pas seulement. Roman choral aussi. Car Jo n'est pas le seul  pensionnaire qui retient notre attention.

En effet, comme, dans Quatre soeurs, Malika Ferdjoukh campe avec brio plusieurs personnages féminins. Chic, Hadley, Ursula...: elles sont toutes attirées par les lumières de Broadway.

Six voix...Six chemins de vie...Six façons de connaître les joies et les affres du succès ou de l'amour...

A chacune son identité. Et c'est bien là justement une des preuves du talent de cet auteur: leur conférer une tonalité propre et nous les rendre toutes attachantes sans en privilégier l'une par rapport à l'autre.

Le premier volet de ce diptyque nous permet également de nous immerger dans le New York de l'après-guerre. Empli de vitalité. De jazz. De danse. De rêves aussi. D'occasions manquées. De rencontres. De secondes chances.

De plus, j'ai été une nouvelle fois frappée par toutes les références implicites ou explicites au cinéma. On sent bien que Malika Ferdjoukh aime le septième art de cette époque. Certaines scènes (notamment celle sous la neige) m'ont fait penser à ces feel-good movies des années 1940-1950 que j'affectionne.

On tourne les pages, le sourire aux lèvres. On se sent bien comme dans un cocon. On voit les chapitres défiler. Et on sait déjà que les adieux avec tous ces êtres fictifs seront cruels.

Un dîner avec Cary Grant que je me ruerai sur le deuxième opus dès sa sortie?

Bref, vous l'aurez compris: ce roman a constitué un vrai coup de cœur. De ceux qui nous captent dès les premiers mots et qui nous tiennent prisonniers. De ceux qui nous accompagnent longtemps. De ceux qui font du bien. De ceux qu'on veut conseiller encore et encore. De ceux qu'on sait déjà qu'on les retrouvera un jour.

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Un  grand merci à Emjy et à l’École des Loisirs pour cet envoi!

Ecole des Loisirs, 2015, 592 pages

Billet dans le cadre du challenge Un pavé par mois de Bianca.

 

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16/09/2013

3000 façons de dire je t'aime

3000 façons de dire je t'aime

de

Marie-Aude Murail

 

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"Nous étions trois collégiens de cinquième et nous venions d'horizons si différents que rien ne nous destinait à nous dire un jour je t'aime"

Bastien, Neville et Chloé sont dans la même classe de 5ème. Grâce à Madame Plantié, leur professeur de français, ils assistent à une représentation de Don Juan. Marqué par ce spectacle, ils décident tous les trois de participer au club théâtre en 4ème et de monter Roméo & Juliette.

Puis, le destin les sépare et les remet en présence six ans plus tard lors du concours d'entrée au Conservatoire d'art dramatique de leur ville. Ils réussissent tous les trois à intégrer le cours de Monsieur Jeanson.

Commence alors pour eux une période de découvertes, de nouvelles expériences...

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Quand j'étais adolescente, je me souviens qu'une de mes meilleures amies vouait un culte à Marie-Aude Murail. Elle avait tout lu et guettait chacune de ses parutions. Malgré son enthousiasme, je n'avais jamais ouvert un de ses ouvrages.

Une erreur que j'ai réparée lors de ma deuxième année de travail à la médiathèque. Miss Charity venait de sortir et j'ai été immédiatement attirée par le sujet et par les aquarelles de Philippe Dumas. Lorsque je l'ai ouvert, j'ai lu la première phrase. Et je me suis trouvée emportée dans un monde merveilleux dont je n'ai pu m'échapper qu'une fois les derniers mots parcourus.

Depuis, j'ai rattrapé mon retard. Et j'ai même eu l'immense chance de recevoir cette grande dame de la littérature pour une journée de rencontre avec les classes et les adolescents.

Vous vous doutez donc bien que quand 3000 façons de dire je t'aime a été disponible en librairie, je n'ai pas résisté longtemps à la tentation.

J'ai adoré la phrase d'introduction. Tellement accrocheuse et tellement juste.

Cette fois-ci, la romancière s'est attachée à dépeindre le destin de trois adolescents: Bastien, Neville et Chloé.

Bastien est le fils des épiciers Vion. Il a été bercé par la télévision populaire dans sa jeunesse et ne supporte pas de fournir le moindre effort. Neville a été élevé par une mère célibataire asthmatique et femme de ménage qui l'a prénommé ainsi en raison d'un film BBC. Chloé vient d'une famille bourgeoise et sous la pression de ses parents, va tenter de réussir en classe préparatoire.

Ces trois héros vont intégrer la classe de M. Jeanson au conservatoire d'art dramatique de leur ville. Très vite, le vieux professeur va discerner qu'ils correspondent tous trois à des types dramatiques: Neville au héros romantique tourmenté, Chloé à la jeune première fragile et innocente et Bastien au valet de comédie. Il va également comprendre qu'ils ont besoin d'évoluer ensemble et qu'ils sont plus forts à trois.

C'est pour cette raison qu'il va les pousser à répéter en duo ou en trio. Chaque scène qu'il va leur donner éclaire un pan de leur vie et leur donne la force d'évoluer.

Le lecteur est ainsi invité à découvrir ou redécouvrir le répertoire classique. Chaque chapitre commence par une citation tirée d'une pièce et on assiste à des bouts de scène. Tout ceci est si savamment distillé qu'on ne peut que refermer le livre avec l'envie de se plonger dans Lorenzaccio, Phèdre...

Mais ce roman ne rend pas seulement hommage au monde du théâtre. Il dépeint également avec beaucoup de pudeur, de sensibilité et d'humour ce moment-chrysalide que nous traversons tous: le passage de l'adolescence à l'âge adulte.

De plus, Marie-Aude Murail se révèle encore une fois très percutante dans la présentation de chacun de ses protagonistes, de leur famille et de leur milieu. Chaque mot, chaque situation, chaque description sonnent juste et font mouche.

Seul bémol: j'ai regretté la fin que j'ai trouvé un peu trop accélérée.

Bref, vous l'aurez compris: ce roman qui met en scène un trio d'adolescents à la Jules et Jim m'a beaucoup plu. Je l'ai d'ailleurs dévoré en une soirée et j'espère que cette auteure de talent ne tardera pas à publier de nouveau.

Ecole des Loisirs, 2013, 262 pages, 16 euros

13/09/2012

La Guerre de Catherine de Julia Billet

La Guerre de Catherine

Julia Billet

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"Soleil au zénith, inutile d'insister. J'attendrai que la lumière file douce; à cette heure, je ne ferai rien de bon. L'heure de midi n'offre aucune ombre, aucune place aux demi-teintes ni aux clairs-obscurs"

C'est ainsi que commence le récit de Rachel, jeune adolescente de 14 ans, pensionnaire à la Maison des enfants de Sèvres et passionnée de photographie. Ses parents l'ont placée dans cet établissement aux méthodes d'enseignement révolutionnaires afin de la protéger des persécutions contre les Juifs.

Mais nous sommes en 1942 et celles-ci s'intensifient en zone occupée. La directrice de l'école, surnommée Goéland, prend donc la décision de faire appel à la résistance. Un réseau organise la fuite des enfants de confession hébraïque et change leur identité. Ainsi, notre héroïne devient Catherine Colin.

Avant de partir, la directrice lui confie une mission "Fais des photos, collecte des images et rapporte-nous tout cela à la fin de la guerre. Nous en aurons besoin". Catherine entame donc son périple sur les routes de France, munie de son Rolleiflex et de quelques rouleaux de film.

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Au début, je dois avouer que je n'avais pas spécialement envie de me plonger dans ce roman. Je me disais: encore une fiction sur la Seconde Guerre mondiale. Et puis...j'ai lu de très bonnes critiques dans des magazines et sur la toile. Et l'envie est née...

Le style a d'emblée retenu mon attention. Je n'avais encore jamais rien parcouru de l'oeuvre de Julia Billet et j'ai été séduite par sa petite musique. 

En voici un exemple "Je traverse le temps et la France dans une forme d'absence à moi-même et au monde qui m'entoure, et dans un mouvement extrêmement sensible à ce monde, dans un entre-deux qui me tient éloignée de mes émotions"

De même, le personnage principal m'a immédiatement plu. J'ai aimé son indépendance, son côté passionné, son sens du dévouement, son courage. Et surtout j'ai aimé la voir évoluer lors de ce voyage.  Pour la créer, l'auteure s'est inspirée d'ailleurs du destin de sa mère. Dans la postface, elle écrit en effet "Ma mère, de son vrai nom Tamo Cohen, a passé la guerre sous le nom de France Colin. Elle était passionnée de photo, a parcouru la France de lieu en lieu puis est revenue à la fin de la guerre à Sèvres".

Comme vous vous en doutez, la photographie constitue le fil conducteur de cette histoire. Elle nous permet de figer la guerre de l'héroïne. Cette dernière se considère comme "un passeur d'images venant révéler un monde que personne ne voit mais que l'appareil photo permet de déceler, puis de saisir, si on y est prêt". Elle immortalise ainsi tous les moments forts de sa fuite, tous les gens qu'elle a croisés, tous les endroits où elle a été. On ne voit aucun cliché mais on a l'impression pourtant de les regarder avec elle quand elle les développe.

De nombreux sentiments nous accompagnent aussi lors de notre lecture. On est bien sûrs bouleversés mais l'auteure a réussi à trouver le juste équilibre pour ne pas sombrer dans le pathos. On espère. On veut devenir photographes.On attend. On imagine. On a peur....

Je me suis également beaucoup intéressée au contexte historique développé dans ce roman. Comme je le rappelais plus haut, il existe déjà beaucoup de fictions autour de cette période. Mais même si Julia Billet déclare dans la postface avoir pris beaucoup de liberté, je trouve qu'elle a su apporter un éclairage différent.

Cela tient sans doute à l'importance accordée à la Maison des enfants de Sèvres. Personnellement, je ne connaissais pas du tout cette institution où le mime Marceau (alias Kangourou) a travaillé. Et cela m'a donné envie d'en savoir plus.

L'écrivaine a aussi su restituer  l'atmosphère de cette époque. La partie sur la Libération de Paris, vue par une adolescente de 17 ans, représente ainsi un des points forts de ce récit et  reste longtemps en mémoire.

Bref, vous l'aurez compris: ce roman m'a beaucoup touché et je vous le conseille vivement. 

Enfin, je tiens à signaler que ce billet marque mon entrée dans le challenge Histoire organisé par Lynnae.guerre de catherine,julia billet,ecole des loisirs,seconde guerre mondiale,maison de sèvres

Ecole des Loisirs, collection Medium, 2012, 14,80 €