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22/07/2015

Le Secret de la manufacture des chaussettes inusables

Le Secret de la manufacture des chaussettes inusables

de

Annie Barrows

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« En 1938, l’année de mes douze ans, ma ville de Macedonia, en Virginie-Occidentale, célébra son cent-cinquantenaire-un terme que j’associai longtemps à une espèce d’oiseau. Notre école commémora l’événement comme elle le faisait toujours pour ces grandes occasions : à l’aide de tableaux vivants, un pour chaque moment clé de notre histoire »

Tout commence en 1938 en Virginie-Occidentale. Layla Beck, une jeune Américaine fortunée, a osé désobéir à son père, un sénateur, qui lui avait choisi un bon parti. Pour la punir, il l’a exilée à Macedonia afin qu’elle rédige un livre de commande sur cette petite bourgade, ses notables et sa manufacture de chaussettes, les Inusables Américaines.

Complètement déstabilisée par ce séjour forcé, notre héroïne éprouve quelques difficultés à s'habituer à sa nouvelle existence. Mais, heureusement, elle tombe, au fil des jours, sous le charme des propriétaires de sa pension, tous plus excentriques les uns que les autres. Et surtout sous celui de Felix, un jeune divorcé de 35 ans pour le moins ténébreux….

Lors de cet été pas comme les autres, Layla va découvrir de nombreux secrets et révéler des blessures enfouies.

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Comme beaucoup d’entre vous, je pense, j’avais passé un très bon moment en compagnie du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates. Aussi, je guettais avec impatience la sortie d’un nouvel opus et j’ai bondi sur celui-ci quand il est arrivé dans la médiathèque où je travaille.

 Dès les premières pages, on fait la connaissance de trois figures féminines : Layla Beck, une privilégiée de 18 ans qui s’est opposé à son père et doit désormais travailler pour subvenir à ses besoins ; Willa, une fille de douze ans, passionnée de littérature et qui passe son temps à épier son entourage et enfin, Jottie, la tante de Willa, marquée par une tragédie dans sa jeunesse et qui est restée auprès de son frère pour prendre soin de ses nièces et diriger une pension de famille.

Trois voix qui vont donc nous accompagner tout au long de ce pavé. Trois femmes à des âges différents de la vie et qui incarnent trois étapes: l’éveil et la perte de l’innocence, le premier amour et la volonté de se reconstruire et de s'affirmer.

Je suis généralement très fan de ce type de narration. Mais là, je dois avouer que j’ai moins accroché à la structure chorale. Peut-être car j’ai trouvé les transitions mal aménagées… Peut-être aussi car, parfois, je ne parvenais pas à saisir l’identité de la narratrice…

Par conséquent, je me demande si cet ouvrage n’aurait pas été plus réussi si on avait uniquement suivi une de ces protagonistes. Par exemple, Willa, ce qui aurait conféré à ce titre un aspect de récit initiatique plus prononcé (avec la perte de l'innocence consécutive à la découverte des mensonges des adultes, même les plus proches)

A ce bémol se superposent également quelques autres : la fin que je n’ai pas acceptée (je ne l’ai pas trouvée cohérente), quelques longueurs, sans doute générées par cette volonté de s’attarder sur ces trois destins et la trop grande quantité de thèmes brassés (deuil, trahisons, poids de la famille…)

Cependant, il faut reconnaître que ce livre offre une galerie de personnages assez savoureux, tels que les jumelles qui ne rejoignent leur mari que le week-end ou les notables de Macedonia qui participent au projet de Layla. De même, certaines situations se révèlent tour à tour prenantes ou assez drôles.

Dommage car, lors de ces fulgurances, le Secret de la manufacture des chaussettes inusables constitue une œuvre réussie, de la même facture que le Cercle littéraire d’amateurs d’épluchures de patates.

Bref, vous l’aurez compris : j’ai été déçue par ce second opus dans lequel je n’ai pas retrouvé les qualités indéniables de son prédécesseur.

Editions du Nil, 480 pages, 2015

Billet dans le cadre du challenge Un pavé par mois de Bianca.

 

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06/07/2015

Les Suprêmes d'Edward Kelsey Moore

Les Suprêmes

de

Edward Kelsey Moore

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"Je me réveillai en nage ce matin-là. J'avais dormi profondément, ma chemise de nuit me collait à la peau, le visage me picotait. Troisième fois cette semaine. 4h45 luisait au réveil posé sur la coiffeuse à l'autre bout de la chambre. J'entendais le ronronnement du climatiseur et sentais l'air me caresser les joues."

Dans une petite ville de l'Indiana, trois quinquas afro-américaines se retrouvent tous les dimanches après la messe chez Big Earl, un restaurant du coin.

Surnommées les "Suprêmes", Odette, Clarice et Barbara Jean sont amies depuis l'adolescence. Ainsi, elles ont traversé ensemble toutes les épreuves de la vie.

Mais quand le cancer frappe l'une d'entre elles, vient le temps des remises en question..Et si elles changeaient le cours de leur existence?

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Edward Kelsey Moore

Avant de commencer ce blog, j'avais été enchantée par ma découverte de la Couleur des sentiments. Je me souviens avoir eu beaucoup de mal à laisser de côté cet ouvrage.

Aussi, quand une de mes collègues m'a parlé des Suprêmes en me disant que c'était un roman dans la même lignée, je n'ai pas hésité.

Dès les premières pages, on fait la connaissance de trois femmes. Trois voix qui s'entremêlent et interpellent tour à tour le lecteur.

Vous savez comme j'apprécie la structure chorale dans un livre et j'ai trouvé qu'elle se justifiait totalement avec ce titre et permettait de mieux comprendre les ressorts de chacune des trois suprêmes.

Odette, l'intrépide née dans un sycomore, celle qui n'a pas sa langue dans sa poche, celle qui défend ceux qu'elle aime à tout prix, celle qui a un cœur énorme...

Clarice, celle qui a reçu la meilleure éducation, celle aussi qui a reproduit le schéma de sa mère en acceptant les infidélités de son époux adoré, celle qui veut toujours que ses amis soient tirés à quatre épingles et respectent les convenances, celle qui oublie en somme que parfois la vie dépasse les cadres fixés

Barbara Jean, la "bombe", celle qui a toujours été élevée dans l'idée de faire un riche mariage, celle qui noie ses malaises dans l'alcool, celle qui dissimule les plus lourds secrets

Ce qui lie ces trois personnages a priori si désaccordés, c'est une amitié profonde. De celle qu'on ne calcule pas et qui s'impose tout simplement à nous.

D'année en année, comme nous le découvrons, elles ont toujours été là l'une pour l'autre. Chacune à sa manière. Parfois en silence.

Les Suprêmes se révèlent donc un magnifique hymne à l'amitié. De celle qui dure. De celle qui peut tout affronter, même les pires noirceurs.

De plus, cette œuvre offre une réflexion sur l'amour. Grâce aux idylles des trois héroïnes, toutes les facettes de ce sentiment sont évoquées. Aussi bien la passion que l'amour fidèle et durable.

La problématique raciale est également abordée. Même si elle est moins prégnante que dans la Couleur des sentiments, on perçoit bien les affrontements interraciaux, les débordements possibles, la haine de certains et l'impossibilité pour un Blanc et une Noire de s'aimer.

Un des autres atouts de ce livre réside dans son côté profondément humoristique. Même si l'auteur parle de choses graves qui nous touchent tous à un moment de notre vie (décès de proches, maladie...), il ne joue jamais la carte du pathos. Forcément, certaines pages nous remuent...Très vite, d'autres nous amusent. Ne serait-ce que celles où Odette nous parle de ses discussions avec le fantôme de sa mère et celui d'Eleanor Roosevelt, toujours ivre.

Bref, vous l'aurez compris: j'ai vraiment beaucoup aimé cet ouvrage feel-good, je ne suis d'ailleurs pas passée loin du coup de cœur. J'espère d'ailleurs que vous vous assiérez bientôt autour d'une table avec les Suprêmes chez Big Earl.

Actes Sud, 2014, 315 pages

En bonus, je n'ai pas pu résister au plaisir de vous mettre un lien vers une chanson des Suprêmes.


 

 

 

25/06/2015

La Fille du train de Paula Hawkins

La Fille du train

de

Paula Hawkins

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"Elle est enterrée sous un bouleau argenté, en bas, près de l'ancienne voie ferrée, sa tombe indiquée par un cairn. Ce n'est guère plus qu'une pile de cailloux, au fond. Je ne voulais pas attirer l'attention sur sa dernière demeure, mais je ne pouvais pas la laisser disparaître. Ici, elle dormira en paix, personne ne viendra la déranger, rien que le chant des oiseaux et le grondement des trains qui passent."

Chaque jour, Rachel prend le train à 8h04 et à 17h56. Chaque jour, elle est assise à la même place et chaque jour, elle observe lors d'un arrêt une jolie maison. Elle aime imaginer le quotidien de ses deux locataires, un couple de jeunes trentenaires qu'elle a baptisé Jess et Jason.

Un matin, elle s'aperçoit que la femme, profitant de l'absence de son conjoint a invité un inconnu, vraisemblablement son amant.

Cette découverte la plonge dans un marasme d'émotions. Et lui rappelle de mauvais souvenirs. En effet, elle a aussi été victime de tromperie.

Puis, un soir, au journal télévisé, elle apprend la disparition de Jess alias Megan Hart.

Elle décide alors de mener sa propre enquête, au risque de convoquer ses vieux démons...

paula hawkins.jpg

J'avais entendu beaucoup de bien de ce polar anglais depuis sa sortie. Aussi, quand je l'ai vu passer à la médiathèque où je travaille, j'ai eu envie de m'y plonger.

Dès le début, le mystère est instauré, avec cette évocation par un meurtrier (femme ou homme, rien ne le dit) d'une tombe.

Ensuite, une voix retentit. Celle de Rachel. La fille du train. Depuis quatre ans, la vie de cette héroïne s'est transformée en un véritable enfer. Alcoolique, elle a perdu son mari et son travail. Elle vit sur son épargne mais part tous les matins à Londres pour faire croire à sa colocataire que tout se passe bien.

Un de ses plaisirs pendant ses trajets: regarder les maisons et rêver l'existence des habitants.

"Deux fois par jour, je bénéficie d'une fenêtre sur d'autres vies, l'espace d'un instant. Il y a quelque chose de réconfortant à imaginer la vie des inconnus, à l'abri chez eux. "

Elle adore notamment broder des histoires autour d'un couple: Jess et Jason. Un couple qu'elle définit comme modèle. Jusqu'au jour où le voile des apparences se déchire et où elle devine la liaison de Jess.

Et si ce passe-temps a priori anodin devenait une obsession? Et si Rachel décidait d'entrer dans le quotidien de ces époux?

Cela pourrait prendre une tout autre ampleur. Surtout que notre héroïne boit beaucoup et peut se montrer violente et souffrir d'amnésie.

A cette voix s'entremêle une autre: celle de Jess/Megan. Une trentenaire également paumée et qui n'aime pas au fond son existence de banlieusarde au foyer. Pour tromper son ennui, elle recourt à différents moyens: aller chez un psy ou prendre un amant.

De même, une autre voix se fait entendre: celle d'Anna qui a remplacé Rachel auprès de son mari. Au fil des pages, on suit son train-train, entre son bébé, son époux et ses crises de méfiance/peur vis-à-vis de Rachel l'envahissante.

Trois journaux intimes pour trois protagonistes féminins. Que le train, puis la mort vont d'une certaine façon réunir.

Cette structure narrative chorale m'a fortement plu. Chaque récit éclaire le puzzle d'un regard différent. Et nous permet de ne jamais nous ennuyer.

Un des autres atouts de cet ouvrage réside dans l'élaboration des personnages. Souvent, je regrette que, dans les romans policiers, les caractères soient empreints de trop de manichéisme.

Là, il n'en est aucunement question. Tous ne sont pas faits d'un bloc. Au contraire, ils présentent des aspects à la fois attachants et glauques.

Les pages se tournent toutes seules, on est happés par cette atmosphère trouble, par ces voyages incessants en train.

Train pour aller de Londres à la banlieue, train aussi pour retrouver le fil de sa vie ou celui de la mémoire.

Car, aux blancs des récits se superposent ceux de l'esprit de Rachel. Qui a oublié bien des événements de la soirée de la disparition de Megan.

On se doute bien que si des éléments lui reviennent, le mystère va se dissiper. La tension monte...Jusqu'à un dénouement que, malheureusement, j'avais quelque peu anticipé.

Bref, vous l'aurez compris: la Fille du train constitue un polar réussi et efficace. Alors, laissez vous embarquer dans le wagon de Rachel, Megan et Anna.

Sonatine, 2015, 378 pages

Billet dans le cadre du mois anglais de Titine, Lou et Cryssilda.

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