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07/11/2018

Concours pour le paradis de Clélia Renucci

Concours pour le paradis

de

Clélia Renucci

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"20 décembre 1577

Benedetto alerta son frère aussitôt qu'il apprit la nouvelle. Véronèse, enroulé dans ses draps de lin, ouvrit un œil méfiant.

-Le palais des Doges brûle? Comme tous les cinq ans! Pourquoi viens-tu me déranger pour si peu? Tiens, en parlant de feu, si tu pouvais ajouter quelques bûches dans la cheminée, je ne t'en voudrais pas..."

En ce 20 décembre 1577, le palais des Doges est ravagé par un incroyable incendie qui détruit notamment le Paradis, l'immense toile qui ornait la salle du Grand Conseil.

Dès 1578, une commission décide de commander un nouveau Paradis. Un concours est organisé entre le peintres vénitiens les plus célèbres. S'affrontent ainsi Véronèse, le Tintoret et Bassano. 

Pendant quelques quatorze années, cette toile va occuper tout un pan de leur création. Création qui va susciter chez eux bien des joies et des drames.

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Le Paradis

Ce roman de Clélia Renucci, je l'avais repéré dès sa sortie. Aussi, j'ai été ravie quand j'ai pu le recevoir grâce aux Matchs de la Rentrée littéraire, une opération organisée par Rakuten.

L'autrice nous plonge dans la Venise de la fin du 16ème siècle. Une Venise qui peine à garder sa suprématie militaire et maritime face aux Ottomans. Et qui subit la loi de l'Inquisition. Cependant, malgré ces menaces politiques et le poids de la religion, l'art occupe toujours une place de choix chez les gouvernants. En effet, suite à l'incendie de 1577, les Doges qui se succèdent entendent faire retrouver sa splendeur d'antan à la salle du Grand Conseil et font appel aux artistes de la Sérénissime les plus côtés.

L'occasion pour le lecteur d'entrer dans l'intimité de ces maîtres. A la suite des membres de la Commission, nous pénétrons dans l'atelier de Véronèse, du Tintoret et de Bassano. Trois hommes aux caractères, aux existences et aux styles bien différents. Véronèse, c'est la flamboyance, l'exubérance, un sens de la vie chevillé au corps. Le Tintoret, le génie calme. Bassano, l'envie de se faire un nom, au point que tout échec pourrait lui être fatal. Tous les trois représentent autant de facettes de l'artiste. Et la possibilité, par conséquent, pour Clélia Renucci de nous faire comprendre tout ce qui est à l’œuvre dans le processus créatif. C'est passionnant de voir les coulisses, d'assister à l'émergence de leurs créations et de comprendre les relations qu'ils entretiennent avec leurs mécènes et les dirigeants. De même, j'ai été très intéressée par tous les procédés techniques: les choix de couleurs, les fabrications du vernis...

Sans oublier les réflexions sur la toile elle-même. Car le Paradis occupe toutes les pensées, autant celles des peintres que celles des politiques, des familles et de nous lecteurs. Les rebondissements autour de ce tableau sont multiples: copies de croquis, choix abandonnés, esquisses remodelées, figures gommées ou retouchées. Au fil des pages, c'est comme si le Paradis prenait vie sous nos yeux ébahis. Au prix de nombreux efforts et de nombreux sacrifices. Au prix aussi du sang.

Un des autres atouts de ce roman réside également dans la description de la Venise du 16ème siècle. Chapitre après chapitre, les canaux, les ponts et les rues nous livrent tous leurs secrets. J'ai particulièrement apprécié les scènes de carnaval. Et cette séquence de fête avec Véronèse et Marco, un des fils du Tintoret, qui bien imprudemment se lie avec le rival de son père.

Les pages se tournent toutes seules, on remonte avec plaisir le temps et on en ressort avec une furieuse envie d'admirer des toiles de Véronèse, de Bassano et du Tintoret et bien entendu, de partir à Venise.

Néanmoins, je dois avouer que j'ai été un peu moins convaincue par certains personnages. Notamment ceux de la fille du doge et de l'inconnue du couvent. Je comprends leur intérêt par rapport à la narration mais j'aurais préféré qu'elles soient un peu plus creusées.

Bref, vous l'aurez compris: si vous aimez l'art et les romans autour de la création, Concours pour le paradis est fait pour vous! Plongez vous sans tarder dans cette fresque foisonnante!

Un grand merci à Priceminister pour cet envoi.

Albin Michel, 2018, 267 pages

 

 

 

 

 

14/07/2014

Chrysis de Jim Fergus

Chrysis

de

Jim Fergus

 

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"Au printemps 1916, Bogart Lambert dit "Bogey", un jeune homme de 17 ans, quitte le ranch familial dans le nord du Colorado sur un hongre gris pommelé qui portait le nom de Crazy Horse; il s'en allait en France rejoindre les rangs de la Légion étrangère pour combattre les Huns, les ennemis de la Grande Guerre."

Chrysis, le quatrième roman de Jim Fergus, s'attache au destin de deux héros d'exception: d'un côté, Bogart Lambert et de l'autre, Chrysis Jungbluth.

On les rencontre tous les deux à l'âge de dix-sept ans.

En 1916, Bogart Lambert est un jeune garçon persuadé qu'il est de son devoir d'aller combattre les Huns en hommage à ses ancêtres français. Il quitte donc son Colorado natal sur son cheval Crazy Horse. Et le voilà embarqué pour un long périple aux Etats-Unis. Un périple qui va l'emmener de l'autre côté de l'Océan dans les rangs de la Légion étrangère et lui conférer le rôle de courrier.

En 1925, Gabrielle Jungbluth est une jeune femme passionnée de peinture qui vient d'entrer en première année de la seule école consacrée à cet art et ouverte au sexe féminin. Elle apprend ainsi les différentes techniques. Mais son fort caractère et son esprit de résistance lui font immédiatement remettre en cause l'enseignement trop académique et trop "pudique" de Jacques Ferdinand Humbert, un octogénaire qui a formé certains Grands comme Braque.

Nous suivons donc ces protagonistes dans leurs années charnières, celles où on quitte l'adolescence pour entrer pleinement dans l'âge adulte. Celles de toutes les découvertes et de toutes les premières fois. Celles de l'éclosion et de la confirmation des talents. Celles des premières décisions.

 

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J'avais remarqué ce roman sur le blog de ma copinaute Céline. Mais, même si je l'avais noté et que le sujet m'intéressait beaucoup, je n'avais pas cherché à me le procurer. Et, la semaine dernière, j'ai été attirée par le titre et la couverture en farfouillant sur les rayonnages de ma médiathèque. Je l'ai ouvert ce matin et immédiatement dévoré.

Il s'agit de mon premier ouvrage de Jim Fergus. Et sans doute pas le dernier.

Celui-ci revêt une connotation particulière pour lui. Il s'est inspiré du tableau acheté pour sa compagne lors de la dernière année de sa vie. Un tableau qu'ils avaient remarqué ensemble dans une boutique de Nice lors de leur dernier voyage tous les deux en Europe et qu'il lui avait offert à leur dernier Noël ensemble.

"C'est à la fois la joie et la douleur de cette vie d'écriture: réveiller nos fantômes pour les amener sur ces pages où ils survivront à jamais"

 

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Cette oeuvre s'intitule Orgie et a été réalisée par une jeune artiste de dix-huit ans: Gabrielle "Chrysis"Jungbluth. Par conséquent, Jim Fergus est parti sur ses traces. De son lieu de naissance à son lieu de mort, il a tout arpenté et a choisi de nous narrer l'existence de cette femme de façon romancée.

Malgré le titre, quand on ouvre les premières pages, ce n'est pas Chrysis qui se présente à nous. Mais Bogey, de son vrai nom Bogart Lambert. Un jeune cow-boy expert en boxe et en maniement des armes qui a quitté son Colorado natal pour combattre les Huns. Le second héros de ce livre.

On suit son apprentissage de son départ de la maison natale à son arrivée à New York, de sa vie dans un bordel là-bas à son arrivée dans l'armée.

Engagé dans la Légion étrangère, il parvient à garder son cheval et devient "le courrier cow-boy". Celui qui livre les messages en dépit du danger et sous les rafales de balles de l'ennemi.

Mais le 11 novembre, son destin le guette près de Mons. Marqué par l'explosion d'un obus et par les blessures qui en découlent, Bogey tente de se reconstruire en Ecosse, puis à Paris.

A cette époque, dans les années 1925-1929, la capitale, et tout particulièrement son quartier de Montparnasse, constitue un lieu d'effervescence culturel. A chaque coin de rue et dans chaque café, il n'est pas rare de croiser quelqu'un qui prétend écrire, dessiner, peindre...Et ce qui prime dans ce Paris de l'après-guerre, c'est le sens de la fête, l'envie de croquer la vie à pleine dents et de se débarrasser de tous les carcans d'autrefois.

Malgré ses origines bourgeoises et l'éducation très stricte qu'elle a reçue, Gabrielle est très attirée par ce quartier de Montparnasse, son vivier artistique et son atmosphère bohème et profondément libre. Mais il va falloir du temps à notre héroïne, qui se rebaptise Chrysis après la lecture d'un roman sulfureux, pour pouvoir entrer dans ce monde et en faire partie.

Autant d'étapes auxquelles nous assistons. Gabrielle sort peu à peu de sa chrysalide et devient cette jeune artiste enthousiaste, pleine de vie et d'espoir, sensuelle, libérée dont elle n'osait rêver adolescente. Cependant, cette transformation ne se fait pas sans heurts. On a du mal encore à cette époque à accepter qu'une femme devienne artiste et qu'elle mène son existence comme bon lui semble.

Au fil de son évolution, Chrysis croise de nombreuses personnalités de ce Montparnasse de l'époque et fréquente des lieux réputés.

Et sur son chemin, comme vous vous en doutez, elle va également faire la rencontre de Bosey...

J'ai bien aimé la construction de cet ouvrage, fondée sur l'alternance de points de vue narratifs entre Bosey et Chrysis. De plus, le choix de ces deux héros m'a semblé tout à fait pertinent. Malgré les six ans qui les séparent, Bosey et Chrysis n'ont pas la même attitude face à la vie. A la solitude et au douloureux passé de l'un répondent l'insouciance et la gaieté de l'autre. Tout simplement car l'un a vécu la conflit sur le front, et l'autre l'a connu enfant à l'arrière...

A cette réflexion sur la Première Guerre mondiale et ses conséquences sur la vie des soldats s'ajoute une autre sur l'art, la condition d'artiste et la difficulté de s'affirmer en tant que femme dans ce milieu dans les années 20.

Deux thèmes forts de ce roman qui m'ont vivement intéressée. Tout comme, vous vous en doutez, la peinture de ce Paris des années folles, l'effervescence de Montparnasse...

Bref, vous l'aurez compris: j'ai passé un très bon moment en compagnie de ce roman sur l'éveil, l'amour, l'apprentissage, la liberté, l'art, la guerre et les années Folles.

Editions du Cherche-Midi, 279 pages, 2013