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05/01/2015

Swing à Berlin

Swing à Berlin

de

Christophe Lambert

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"Berlin, 1936,

Wilhelm Dussander terminait son solo au piano quand il vit les hommes en noir entrer dans le club. Ils étaient cinq, vêtus de gabardines, avec casquettes et chapeaux enfoncés jusqu'aux sourcils. Ils conversaient entre eux en inspectant les lieux du regard. Tous portaient le sinistre brassard de la SS."

A Berlin, en 1936, certains membres du groupe de jazz, les Musician Harmonists, sont arrêtés en raison de leurs opinions politiques ou de leur judaïcité.

Puis, l'action se déplace en 1942, toujours dans la capitale allemande. Afin de soutenir le moral de la population, Goebbels a décidé de diffuser de nouveaux programmes "qui feront la part belle aux "musiques de danse fortement rythmées" mais dans un esprit typiquement germanique".

Pour accomplir cette mission, il recrute Wilhelm Dussander qui a jadis appartenu aux Musician Harmonists. Cet ancien jazzman se voit donc contraint de sillonner le pays entier à la recherche de jeunes talents susceptibles d'interpréter de "la musique de danse fortement rythmée".

Mais, même s'il a toujours refusé de se mêler de politique, pourra t-'il conserver son indépendance et ne pas se laisser influencer par tout ce qu'il découvre, au fil des castings, des répétitions et des concerts?

 

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Les Goldene Sieben

J'avais entendu du bien de ce roman sur la blogosphère. De même, Claire, une de mes collègues, l'avait lu et beaucoup apprécié. Aussi, je n'ai pas hésité longtemps avant de me lancer et j'ai dévoré cet ouvrage.

Pour l'écrire, Christophe Lambert s'est fortement documenté sur la période et s'est inspiré des Goebbels bands (tels que les Goldene Sieben) mais aussi de récits biographiques.

J'ai été immédiatement bluffée par le prologue. Un groupe de jazz est en train de jouer dans un club et quelques SS entrent dans la salle et en bloquent les issues. On sent la tension monter parmi les musiciens, surtout que certains d'entre eux peuvent être menacés par ces soldats (en raison de leur religion ou de leur engagement politique). Malgré tout, comme si leur vie en dépendait, ils continuent leur morceau...Plus la peur les gagne, plus les fausses notes s'accumulent. Jusqu'à la fin et le début des affrontements. Un coup de feu est tiré et... fondu au noir. Le lecteur n'en saura pas plus sur le sort réservé aux Musician Harmonists.

Après un bond dans le temps de six ans, on retrouve leur leader Wilhelm Dussander chargé d'une mission de formation d'un groupe de jazz (même si officiellement, le jazz est considéré comme de la musique "nègre", on lui demande de créer un groupe capable de jouer ce type de musique rebaptisée pour l'occasion). Accompagné d'un membre du parti, il sillonne ainsi le pays afin de dénicher de futurs talents.

Une opération loin d'être facile, tant son niveau d'exigence est élevé. Ce qui engendre des difficultés avec son "censeur" (et quelques scènes très drôles)

Finalement, quatre jeunes gens sont recrutés. Quatre profils différents: l'un vient de la rue, l'autre se révèle totalement embrigadé dans les jeunesses hitlériennes et fidèles aux idéaux aryens...

Un peu à la manière du professeur du Cercle des poètes disparus, Wilhelm va les initier au jazz...Mais cette aventure pédagogique va forcément avoir des répercussions humaines. Petit à petit, ces jeunes gens s'ouvrent à une culture qu'ils ne connaissaient pas, se confient, se débarrassent de leurs préjugés, apprennent à réfléchir autrement, évoluent...

De plus, leur changement rejaillit sur leur enseignant. Alors qu'il ne s'était encore engagé qu'une fois (et je vous laisse découvrir comment), il va se questionner sur son comportement citoyen.

Et, alors qu'il considérait que la politique n'était pas l'affaire des musiciens, il va entrer progressivement en révolte. Révolte contre l'ordre établi. Révolte contre sa passivité. Révolte contre le sort réservé à ceux que les théories aryennes condamnent (les Juifs, les handicapés, les homosexuels...)

Cette thématique de l'engagement de l'artiste et de l'entrée en résistance m'a vraiment passionnée.

De même, j'ai beaucoup apprécié la description de l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. A la suite des musiciens, on sillonne ce pays, on côtoie plusieurs cercles de la société, plusieurs écoles de pensée également... Des couloirs du Ministère de la Propagande à l'imprimerie de Sophie et Hans Scholl, il y a évidemment tout un monde que le lecteur est amené à observer. Cette radioscopie m'a rappelé celle dans Seul à Berlin d'Hans Fallada (un roman très fort que je vous recommande si vous ne le connaissez pas encore et que l'auteur Christophe Lambert évoque justement dans sa postface).

J'aimerais également saluer l'écriture très cinématographique. Les scènes s'enchaînent, souvent fortes en émotions ou en tensions, et on est happés par le rythme. Et cette fin? Ah, cette fin, juste sublime, qui a failli me tirer quelques larmes...

Bref, vous l'aurez compris: j'ai été transportée par ce livre. Et je ne suis pas passée loin du coup de cœur (je crois que j'aurais aimé qu'il soit un tout petit peu plus long).

Bayard Jeunesse, 2012, 274 pages

En bonus, voici un extrait musical des Goldene Sieben.


 

 

22/08/2014

Sans elle d'Alma Brami

Sans elle

de

Alma Brami

 

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"Moi, je m'appelle Lea et je suis immortelle.

Immortelle, c'est quand on devrait mourir à un moment et qu'on n'est pas mort, après c'est fini, on a dépassé la mort, on l'a plantée, elle a pris quelqu'un d'autre à la place.

Je m'appelle Léa...Léa, c'est plein de couleurs, un peu rose, un peu vert, un peu bleu, mais tout pastel...Léa, c'est doux, c'est soyeux.

Je m'appelle Léa, je suis blanche comme du lait. Je m'appelle Léa et je ne peux plus mourir. Même si je voulais, même si je faisais tout pour, je ne peux plus."

A 10 ans et après avoir perdu son père dans l'année, Léa se retrouve confrontée à la mort de sa petite sœur, Solène, renversée par une voiture.

"Quand ma mort a pris Solène à ma place, j'ai arrêté de courir, j'ai dit à ma mort de me prendre comme prévu, et que c'était juste un jeu, mais ma mort, elle a dit que c'était trop tard, qu'on ne peut pas revenir en arrière et que j'aurais dû y penser avant."

Sans Solène "la plus belle, la plus douce", sa mère plonge dans le désespoir.

Sans Solène, Léa se sent bien seule.

Sans Solène, les jeux et les cadeaux n'ont plus le même goût.

Sans Solène, Léa se retrouve livrée à elle-même.

Sans Solène, elle doit faire l'apprentissage de l'âge adulte à vitesse accélérée.

Sans Solène, elle doit retrouver le chemin de l'espoir.

Mais, sans elle, est-ce que la vie peut retrouver ses habits de bonheur?

Dans ce premier roman, Alma Brami emprunte la voix d'une jeune fille de 10 ans, Léa, éprouvée par le deuil. D'une plume chirurgicale, elle nous parle de la nécessaire reconstruction qui survient après des drames familiaux de cette envergure.

Avec des mots à la fois simples et qui nous touchent en plein cœur, l'héroïne nous parle de sa culpabilité. Elle a réussi à échapper à cette voiture. Mais pas sa sœur. C'était elle, la grande, celle qui aurait dû protéger et elle n'a pu empêcher cette catastrophe.

Chez elle, sa mère s'est murée dans le silence de sa chambre. Dans cet appartement/mausolée de celle qui n'est plus, plus aucun son ne se fait entendre.

Pourtant, Léa tente de retrouver le fil du dialogue avec la seule qui lui reste. Mais ni les mots ni les pleurs ne peuvent rien changer. Alors, Léa trouve des moyens pour survivre. Apprend à s'habiller et à faire ses nattes toute seule. A aller toute seule à l'école. A voler des morceaux de pain à la cantine pour pouvoir manger le soir.

Elle lutte, lutte pour se débarrasser de ses peurs, de ses souvenirs à la fois doux et sombres qui lui donnent le cafard...

Mais Léa rêve aussi. A des ailes qui lui pousseraient dans le dos et lui permettraient de rejoindre son père et Solène.

On la suit au jour le jour dans ce combat surhumain. On la voit avancer, trébucher, refuser l'aide de ceux qui l'aiment profondément (Kevin et sa grand-mère)...On espère que tous ses efforts vont enfin payer...Et on guette d'éventuelles réactions de celle qui semble définitivement éteinte.

Ce roman, de moi-même, je n'aurais peut-être pas été vers lui. Mais, voilà, une de mes meilleures amies me l'a placé entre les mains. Et Léa m'a accompagnée pendant quelques 170 pages.

C'est là le tour de force d'Alma Brami. On ne peut que plonger dans ce monologue profondément poignant. Qui nous prend aux tripes. Qui nous fait réfléchir sur ceux qui comptent. Sur la vie, la mort, le deuil, l'espoir...

Bref, un roman autour d'un sujet essentiel et qui ne vous laissera pas indifférent.

Mercure de France, 2008, 176 pages (il existe aussi en version poche chez Folio)

 

 

 

 

22/06/2014

La Femme au carnet rouge d'Antoine Laurain

La Femme au carnet rouge

par

Antoine Laurain

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"Le taxi l'avait déposée à l'angle du boulevard. Elle n'avait que cinquante mètres à faire pour revenir chez elle. La rue était éclairée par les réverbères qui coloraient les façades d'une lumière orange, et pourtant elle s'était méfiée, comme toujours en pleine nuit. Elle s'était retournée et n'avait vu personne."

En rentrant chez elle, un soir, Laure se fait agresser et voler son sac à main. Victime d'un mauvais coup, elle est transportée dans le coma à l'hôpital.

Le lendemain matin, alors que Laurent se rend dans sa librairie, il trouve un sac à mains. Il souhaite le confier au commissariat. Mais on lui conseille de revenir...Rentré chez lui, notre héros renverse la besace. Une foule d'objets se répand sur le sol. Parmi eux, un carnet rouge....

Commence alors pour Laurent une quête de la mystérieuse propriétaire. Une quête qui va bouleverser sa vie....

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Une de mes collègues m'a fortement conseillé ce roman. Aussi, je l'ai réservé à la médiathèque et je l'ai entamé le soir même de son arrivée. Et encore une fois, je me suis laissée happer par ce récit aux allures de conte moderne.

Après avoir subi une attaque, Laure, à l'instar de la Belle au Bois dormant, se retrouve plongée dans le coma. Elle ne peut donc se douter qu'à l'instant précis de son arrivée à l'hôpital, Laurent vient de dénicher son sac dissimulé parmi des poubelles.

Laurent constitue un héros bien englué dans ses habitudes. Il tient une librairie et tous les jours, observe la même routine. L'intrusion de cet objet dans son quotidien va perturber son existence et ses relations. Charmé par les mots déversés dans le carnet rouge, il va partir sur les traces de cette inconnue.

J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre ses déambulations dans Paris. Et je me suis attachée à ce personnage si romantique. J'ai aimé sa fascination grandissante pour Laure, son goût des mots...

Comme dans un conte, ce prince moderne doit affronter plusieurs épreuves et subir plusieurs revers avant de trouver la princesse.

Mais son sens de la chevalerie ne va s’il pas l'empêcher justement de provoquer cette rencontre?

"Comme l'écrit Patrick Modiano, que vous semblez aimer, dans Villa Triste : "Il y a des êtres mystérieux, toujours les mêmes, qui se tiennent en sentinelles à chaque carrefour de notre vie.""

Cette intrigue qui met du baume au cœur est parfaitement servie par la rapidité du rythme. En effet, les chapitres courts et emplis de dialogues et de réflexions tantôt drôles tantôt émouvantes s'enchaînent.

On espère, on s'interroge, on s'inquiète, on s'attendrit...

Bref, vous l'aurez compris: je ne suis pas passée loin du coup de cœur et je vous conseille ce très joli ouvrage, surtout si vous êtes amateurs d'histoires qui font tout simplement du bien.

Flammarion, 2014, 236 pages, 18 €