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29/05/2014

La Ballade de Lila K. de Blandine Le Callet

La Ballade de Lila K.

de

Blandine Le Callet

 

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"Dans la vie, il y'a toujours un avant, un après, vous avez remarqué? Avec entre les deux, une cassure franche et nette, heureuse ou malheureuse-c'est une question de chance. Elle ne peut pas sourire à tout le monde, évidemment. Je suis sûre que personne n'y échappe."

Pour Lila, la rupture s'est produite quand des hommes l'ont arrachée à sa mère et l'ont emmenée dans un centre pédagogique.

Dans cette société futuriste de 2100 où chaque activité est encadrée, normée, épiée, elle a dû réapprendre les gestes du quotidien, le contact avec les autres...Elle a grandi, a été accompagnée par des tuteurs, est devenue savante...

Mais elle n'a jamais oublié son objectif principal: celui de retrouver sa mère.

Jusqu'au jour où...

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De Blandine Le Callet, je connaissais Une pièce montée, un roman que j'avais découvert à sa sortie et beaucoup apprécié et le premier tome de la bande dessinée Médée. Mais je ne m'étais jamais lancée dans La Ballade de Lila K., malgré les très bons échos que j'en avais eus. Aussi, quand ma copinaute Bianca m'a proposé cette LC, je n'ai pas hésité longtemps avant de me lancer.

J'ai commencé cet ouvrage hier soir et je l'ai achevé cet après-midi. Avec son style toujours aussi percutant, l'auteure m'a happée dans l'univers qu'elle a imaginé.

Dans cette société de 2100, il existe une forte scission entre l'intra-muros et la Zone, divisée en de nombreux districts réputés dangereux.

Dans cette société, chaque acte de la vie humaine est réglementé: le travail, la sexualité, la reproduction....

Dans cette société, des caméras surveillent et enregistrent en permanence tout.

Dans cette société, les livres sont perçus comme extrêmement dangereux. Les manipuler sans gants est réputé mortel et on tâche de les faire disparaître petit à petit pour les remplacer par des fichiers pour grammar books.

Dans cette société, Lila, profondément asociale et marquée par la séparation avec sa mère, tente de trouver sa place. On la suit ainsi de 4 à 21 ans.

Sur son chemin, elle croise plusieurs personnes: M. Kauffmann, Lucienne, Fernand, Justinien...et ce mystérieux "vous", destinataire de sa confession. Même si certaines rencontres vont se révéler plus déterminantes que d'autres, chacune va lui permettre de s'ancrer plus dans la vie et de se rapprocher des autres.

"On passe sa vie à se construire des barrières au-delà desquelles on s'interdit d'aller: derrière, il y'a tous les monstres qu'on s'est créés. On les croit terribles, invincibles, mais ce n'est pas vrai. Dès qu'on trouve le courage de les affronter, ils se révèlent bien plus faibles qu'on les imaginait. Ils perdent consistance, s'évaporent peu à peu. Au point qu'on se demande, pour finir, s'ils existaient vraiment."

Je me suis attachée à cette héroïne atypique, à son parcours hors du commun. J'ai aimé la voir évoluer, s'humaniser au contact de cette galerie de personnages secondaires réussis.

J'ai attendu ses retrouvailles avec sa mère, émue de la force des sentiments qu'elle éprouvait toujours pour elle au bout de quinze ans. J'ai guetté les explications qui justifiaient leur isolement.

Cependant, le destin de Lila n'a pas constitué le seul attrait de ce roman. En effet, je me suis particulièrement intéressée à la vie en 2100. Reprenant des thématiques chères aux œuvres de science-fiction, à l'instar de la surveillance des caméras ou de la dangerosité des livres (l'ombre de George Orwell et de Ray Bradbury n'était jamais loin), Blandine Le Callet a su créer un monde qui fait froid dans le dos.

Surtout qu'il ne paraît pas improbable. Je ne sais pas si cela tient au fait qu'elle utilise des lieux que nous connaissons déjà: Paris, la banlieue, la BNF à Tolbiac ou qu'elle accentue des phénomènes déjà en cours (les livres papier scannés et détruits...).

On sort de ces pages, un peu hagards et la tête pleine de réflexions sur le moyen d'éviter de telles dérives.

On sort également de ces pages profondément émus par cette intrigue qui sait si bien parler d'amour, d'amitié, de pardon, d'espoir, de deuil...et de vie.

"C'est cela sans doute, faire son deuil: accepter que le monde continue, inchangé, alors même qu'un être essentiel à sa marche en a été chassé. Accepter que les lignes restent droites et les couleurs intenses. Accepter l'évidence de sa propre survie."

Bref, vous l'aurez compris: j'ai adoré La Ballade de Lila K. Et je pense que cette lecture va continuer à m'accompagner pendant les prochains jours.

 

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Le Livre de Poche, 2012, 354 pages, 7,10 €

Billet dans le cadre d'une lecture commune avec Bianca et Yuko

Et pour finir, je vous mets en bonus un lien vers Summertime, cette magnifique chanson qui joue un rôle si important dans les souvenirs de Lila.


04/03/2014

Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig

Juste avant le bonheur

de

Agnès Ledig

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"Elle en a vu d'autres, Julie.

Elle aurait pu s'opposer, prendre le risque, perdre son travail, mais garder sa dignité.

Quelle dignité?

Ça fait belle lurette que ce bout de femme l'a perdue. Quand c'est une question de survie, on range au placard les grands idéaux qu'on s'était fabriqués gamine. Et on encaisse, on se tait, on laisse dire, on subit.

Et puis, elle a besoin de ce boulot. Vraiment. Ce connard de Chasson le sait. Directeur sans scrupules, capable de virer une caissière pour une erreur de dix euros. Alors cinquante! "

Julie, 20 ans, mère célibataire d'un enfant de trois ans peine à joindre chaque mois les deux bouts. Aussi, quand elle est accusée à tort d'avoir volé cinquante euros dans la caisse, elle fait le dos rond afin de ne pas perdre son poste.

Mais elle ne peut empêcher une larme de couler quand elle tient la caisse et s'occupe d'un client pas comme les autres.

En effet, elle ne le sait pas mais Paul, un homme d'affaires à la cinquantaine bien entamée et qui vient de se faire plaquer par sa femme, est ému par la tristesse de cette jeune femme.

Il décide de l'inviter au restaurant et de fil en aiguille, il l'emmène en vacances avec son fils en Bretagne.

Ce séjour va tout changer dans l'existence de ces trois vies brisées. Mais aucun d'eux n'imaginait ce qui les attendrait sur le chemin du retour...

 

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Je n'avais jamais entendu parler de ce roman avant qu'une lectrice de la médiathèque ne m'en dise le plus grand bien et me pousse à m'y plonger.

Juste avant le bonheur appartient à ce genre d'ouvrages simples mais qui provoquent une sensation de bien-être. Je l'apparente un peu aux œuvres de Lorraine Fouchet que j'ai eu l'occasion de découvrir l'année dernière: L'agence et la Mélodie des jours.

Il s'agit d'un livre choral qui met en scène plusieurs personnages: Julie, Paul et Jérôme. Quand on fait la connaissance de ces trois héros, tous ont subi de grandes épreuves dans leur existence.

Julie est tombée enceinte lors d'une soirée arrosée à 16 ans et s'est retrouvée à assumer toute seule son destin et celui de son fils Lulu. Les fins de mois sont toujours difficiles. Et Julie a depuis longtemps tiré un trait sur le Prince charmant.

"Difficile d'en sortir, quand on y croit dur comme fer, aux jolis contes de fées. Un jour, on se réveille en prenant conscience que la vie n'est pas si idyllique que ces histoires veulent bien le faire croire"

A l'inverse, Paul vient de se faire quitter par sa femme. Mais elle l'ennuyait et il est finalement assez satisfait de son sort. En revanche, il souhaiterait se réveiller de la torpeur où l'a plongé le décès de sa première épouse trente ans auparavant.

Quant à Jérôme, le fils trentenaire de Paul, il souffre de ne pas avoir pu empêcher le suicide de sa conjointe trois mois auparavant.

A priori, rien ne prédisposait Paul à rencontrer Julie. Mais un peu comme dans un conte de fées, tout s'est enchaîné pour les mettre face à face. Un peu comme dans un conte de fées aussi, Paul va se transformer en marraine bienfaitrice et emmener notre héroïne en vacances.

Cette dernière, sorte de princesse cynique, va réveiller Paul et Jérôme à la vie.

Cependant, comme dans tout conte de fées, après la parenthèse enchantée en Bretagne, les obstacles surgissent. Le roman bascule alors dans une tonalité plus grave, plus sombre...Néanmoins, subsistent toujours certaines lueurs d'espoir et l'apprentissage de Julie, Paul et Jérôme se poursuit. Avec comme unique horizon: le bonheur.

"La vie est légère comme une plume quand le souffle qui la porte est animé d'amour et de tendresse, alors, je veux bien me délester de quelques plumes..."

On tourne les pages. Et, tour à tour, on sourie, on rit, on est émus, on est bouleversés... Juste avant le bonheur nous touche profondément et nous rappelle l'importance de profiter de chaque instant.

Certes, on pourrait faire des reproches à ce livre: la simplicité du style, le rapprochement parfois trop facile de certains des personnages....Mais je me suis demandée si justement ces défauts ne contribuaient pas en partie à son charme. Par exemple, le langage épuré, sans fioritures, confère une plus grande sincérité aux monologues de Julie & co.

Bref, vous l'aurez compris: j'ai passé un très bon moment en compagnie de ce roman aux allures de conte moderne dont les défauts n'entachent pas la grande humanité. Parfois, on est juste heureux de parcourir ce genre de livre qui fait du bien.

Albin Michel, 2013, 342 pages, 19,50 €

Billet dans le cadre d'une lecture commune avec Céline

 

 

09/02/2014

L'Echange des princesses de Chantal Thomas

L’Échange des princesses

de

Chantal Thomas

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""La gueule de bois n'a jamais empêché les bonnes idées" se dit Philippe d'Orléans en fermant les yeux dans les forts parfums de son bain. S'il les ouvrait, il aurait le regard bloqué sur ce gros corps ventru, blanchâtre, flottant dans l'eau chaude; et cette bedaine de bête échouée, cette espèce de molle bonbonne gonflée par les nuits de débauche et de goinfrerie, sans lui gâcher complètement le plaisir et la bonne idée, l'affaiblirait"

En cet été 1721, le Régent Philippe d'Orléans vient de décider de demander en mariage l'infante d'Espagne pour le roi Louis XV et de proposer en échange la main de sa fille pour le futur roi d'Espagne.

Après de nombreuses tractations et l'ambassade de Saint-Simon, l'accord est conclu.

L'infante de 4 ans et la jeune princesse de 12 ans entament leur voyage et se croisent à la frontière franco-espagnole, sur la petite île de Bidassoa.

Mais rien dans cette alliance ne se déroule comme prévu.

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Je suis une grande fan de l’œuvre de Chantal Thomas. J'avais adoré les Adieux à la Reine et passé un très bon moment en compagnie du Testament d'Olympe.

Aussi, quand ce nouveau roman est sorti au moment de la rentrée littéraire, j'attendais avec impatience de pouvoir m'y plonger.

Dans cet ouvrage, elle traite d'un moment de l'histoire que je méconnaissais totalement. Pour moi, Louis XV n'avait pas eu de fiancée avant d'épouser en 1725 Marie Leszczynska.

C'est donc tout un pan de la Régence et du début du règne de Louis XV que j'ai découvert.

Comme d'habitude, l'auteure nous apprend beaucoup de choses sur les coulisses de ces arrangements politiques.On suit ainsi l'ambassade de Saint-Simon, le trajet des deux princesses, les conditions des accords (la date retenue pour la consommation de l'union, par exemple), la cérémonie de l'échange, les arrivées triomphales des cortèges...

Mais elle s'attarde également sur les us et coutumes de ces "Grands".

J'ai été notamment frappée par la vie à la Cour d'Espagne. Le couple, que formait Philippe V (petit-fils de Louis XIV) et sa seconde épouse Elizabeth Farnèse, vivait en grande majorité dans son lit. De même, parmi les divertissements proposés, on trouvait en bonne place les autodafés de l'Inquisition ou les messes à répétition.

Au contraire, en France, le Régent s'oubliait dans une vie de débauche. Quant au Roi, il était sans cesse supervisé par son gouverneur le maréchal Villeroy et craignait d'être empoisonné. Il se divertissait dans des mini-sièges organisés avec des acteurs pour lui apprendre les tactiques à adopter en cas de guerre.

De même, Chantal Thomas souligne les difficultés d'intégration des deux jeunes épousées et rappelle à quel point il ne faisait guère bon d'être femme au 18ème siècle.

Néanmoins, même si j'ai l'impression de m'être beaucoup instruite, je n'ai pas pris autant de plaisir à ma lecture que pour ses opus précédents.

Cela tient sans doute au choix narratif. Alors que dans les Adieux à la Reine, on suivait l'intrigue par les yeux de la lectrice de Marie-Antoinette et dans le Testament d'Olympe par ceux d'Olympe et de sa sœur, l'Echange des princesses ne reprend pas ce schéma.

Au contraire, ce roman oscille sans cesse entre deux modes: tantôt il prend le ton d'une chronique et se révèle factuel, tantôt il tente de retranscrire les pensées des deux jeunes femmes.

Et je n'ai pas trouvé ce fonctionnement très percutant. J'aurais aimé que le "je" soit sans cesse présent. Il aurait humanisé le récit et m'aurait permis de vraiment y prendre part. Là, je suis toujours restée en surface, malgré le destin tragique des princesses.

Bref, vous l'aurez compris: ce roman se révèle historiquement très fouillé mais il n'a pas suscité d'émotions chez moi.

Editions du Seuil, 2013, 333 pages, 20 €