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des romans français - Page 10

  • La Femme au carnet rouge d'Antoine Laurain

    La Femme au carnet rouge

    par

    Antoine Laurain

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    "Le taxi l'avait déposée à l'angle du boulevard. Elle n'avait que cinquante mètres à faire pour revenir chez elle. La rue était éclairée par les réverbères qui coloraient les façades d'une lumière orange, et pourtant elle s'était méfiée, comme toujours en pleine nuit. Elle s'était retournée et n'avait vu personne."

    En rentrant chez elle, un soir, Laure se fait agresser et voler son sac à main. Victime d'un mauvais coup, elle est transportée dans le coma à l'hôpital.

    Le lendemain matin, alors que Laurent se rend dans sa librairie, il trouve un sac à mains. Il souhaite le confier au commissariat. Mais on lui conseille de revenir...Rentré chez lui, notre héros renverse la besace. Une foule d'objets se répand sur le sol. Parmi eux, un carnet rouge....

    Commence alors pour Laurent une quête de la mystérieuse propriétaire. Une quête qui va bouleverser sa vie....

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    Une de mes collègues m'a fortement conseillé ce roman. Aussi, je l'ai réservé à la médiathèque et je l'ai entamé le soir même de son arrivée. Et encore une fois, je me suis laissée happer par ce récit aux allures de conte moderne.

    Après avoir subi une attaque, Laure, à l'instar de la Belle au Bois dormant, se retrouve plongée dans le coma. Elle ne peut donc se douter qu'à l'instant précis de son arrivée à l'hôpital, Laurent vient de dénicher son sac dissimulé parmi des poubelles.

    Laurent constitue un héros bien englué dans ses habitudes. Il tient une librairie et tous les jours, observe la même routine. L'intrusion de cet objet dans son quotidien va perturber son existence et ses relations. Charmé par les mots déversés dans le carnet rouge, il va partir sur les traces de cette inconnue.

    J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre ses déambulations dans Paris. Et je me suis attachée à ce personnage si romantique. J'ai aimé sa fascination grandissante pour Laure, son goût des mots...

    Comme dans un conte, ce prince moderne doit affronter plusieurs épreuves et subir plusieurs revers avant de trouver la princesse.

    Mais son sens de la chevalerie ne va s’il pas l'empêcher justement de provoquer cette rencontre?

    "Comme l'écrit Patrick Modiano, que vous semblez aimer, dans Villa Triste : "Il y a des êtres mystérieux, toujours les mêmes, qui se tiennent en sentinelles à chaque carrefour de notre vie.""

    Cette intrigue qui met du baume au cœur est parfaitement servie par la rapidité du rythme. En effet, les chapitres courts et emplis de dialogues et de réflexions tantôt drôles tantôt émouvantes s'enchaînent.

    On espère, on s'interroge, on s'inquiète, on s'attendrit...

    Bref, vous l'aurez compris: je ne suis pas passée loin du coup de cœur et je vous conseille ce très joli ouvrage, surtout si vous êtes amateurs d'histoires qui font tout simplement du bien.

    Flammarion, 2014, 236 pages, 18 €

     

     

  • La Blancheur qu'on croyait éternelle

    La Blancheur qu'on croyait éternelle

    de

    Virginie Carton

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    "Lucien avait cherché un loueur de voitures de collection et réservé pour la journée une Ford Mustang année 1966. Le type avait dit que cela ne lui était pas arrivé depuis longtemps  qu'un homme entre comme ça lui louer une Mustang 66. A une époque, c'était la folie, il ne se passait pas une semaine sans qu'un dingue franchisse le pas de sa porte vêtu du trench de Trintignant avec le projet de se rendre à Deauville en Ford Mustang. "

    Deux destins entrecroisés. Celui de Lucien, 35 ans, pédiatre, grand fan de vieux films et de Trintignant et celui de Mathilde, 35 ans aussi, qui rêve de devenir chocolatière et se sent toujours décalée au milieu des autres. Deux solitaires qui n'ont pas su s'adapter aux rencontres amoureuses modernes. Deux belles personnes qui vivent dans le même immeuble et qui, malgré leurs nombreux points communs, ne se sont jamais adressés la parole.

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    Ce roman, j'avais très envie de le lire depuis que Bianca en avait si bien parlé sur son blog. Aussi, quand il est arrivé à la médiathèque où je travaille, je me suis précipitée dessus. Et bizarrement, j'ai pris mon temps avant de l'ouvrir. Comme si j'avais peur que l'intrigue ne soit pas à la hauteur du magnifique titre. Comme si je craignais de ne pas être touchée par le destin de Lucien et de Mathilde.

    Touchée, on peut pas dire que je l'ai été. Intéressée, oui. Attendrie aussi par ces deux protagonistes si inadaptés pour l'amour et les relations modernes.

    Pour narrer leur histoire, l'auteur a choisi une structure narrative articulée autour de l'enchaînement de leurs deux points de vue. Tour à tour, on suit donc les aventures de ce prince et de cette princesse charmantes, tous deux enfermés dans leur tour de solitude et qui attendent d'être délivrés par leur alter ego.

    Mais, comme dans tout conte qui se respecte, de nombreux obstacles vont de dresser devant eux. Et ils vont devoir affronter quelques épreuves avant leur rencontre...

    Néanmoins, l'hommage aux contes de notre enfance n'est pas le seul auquel se livre Virginie Carton. On s'aperçoit très vite qu'elle est éprise de chanson française et on s'amuse à retrouver les paroles de certains tubes dans le récit.

    De même, on sent bien qu'elle aime le cinéma. Un amour qu'elle partage avec son Lucien et sa Mathilde. Tous deux admirateurs de vieux films, de Romy Schneider et de Jean-Louis Trintignant. Cette empreinte cinématographique se retrouve également dans la construction de son intrigue. Elle a su créer des scènes fortes (la fête chez le voisin, les retrouvailles des Anciens, la journée à Deauville) et très vivantes. Et que dire de cet épilogue qui rappelle les génériques de fin des longs métrages?

    "On porte en soi des images de films, des chansons qui surgissent à des moments inattendus de nos vies, qui font de nous quelqu'un ayant appartenu à une époque. Il nous reste des empreintes de ces histoires qui nous ont marqués, de ce temps où nos vies étaient vierges et où l'on croyait la blancheur éternelle. On voulait que notre vie ressemble à ce moment-là, à cet instant parfait."

    Je me suis attachée à ces deux héros et à leurs péripéties. J'ai ri avec eux, partagé leurs instants de timidité, leurs maladresses.... J'ai aimé les voir évoluer dans leur enfance. J'ai guetté leur rencontre. Je me suis énervée contre les aléas du destin.

    Lucien, Mathilde et les autres permettent aussi de dresser un portrait des trentenaires et de leurs rapports amoureux. Un portait qui peut parfois faire peur et qui m'a plutôt rapproché du romantisme et de la timidité des deux protagonistes.

    Bref, vous l'aurez compris: même s'il n'a pas constitué un coup de cœur, j'ai passé un bon moment en compagnie de ce roman sensible, tendre et optimiste.

    Editions Stock, 2014, 221 pages, 18 €

    En bonus, je joins une chanson de Vincent Delerm que j'aime beaucoup et qui retranscrit si bien l'atmosphère de la ville de Deauville au début de cet ouvrage.


     

     

  • Les Croix de bois de Roland Dorgelès

    Les Croix de bois

    de

    Roland Dorgelès

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    "Les fleurs à cette époque de l'année, étaient déjà rares, pourtant on en avait trouvé pour décorer tous les fusils du renfort et la clique en tête entre deux haies muettes de curieux, le bataillon, fleuri comme un grand cimetière, avait traversé la ville à la débandade."

    Ainsi commence le roman Les Croix de Bois. Il tire son nom de toutes les croix, faites à la va-vite, que l'on pouvait trouver au-dessus des cadavres des soldats français et allemands.

    Rolend Dorgelès entend, avec cet ouvrage, rendre hommage à tous ces combattants de la Première Guerre mondiale. Et on le sent bien dès les premiers chapitres.

    En effet, on assiste à une succession de scènes toutes représentatives du front: l'arrivée des nouvelles recrues, la première nuit dans les tranchées, l'appel, les permissions....Autant de succédanés de ce que pouvait être la vie de ceux qui ont été appelés ou se sont engagés.

    A ces scènes de la vie quotidienne s'entremêlent des scènes de combat ou d'attente de l'ennemi.

    Des scènes qui nous parlent de l'absurdité des batailles et de la cacophonie des ordres.

    Des scènes qui nous disent tout de la peur des hommes et de la tristesse de voir leurs compagnons tomber.

    Des scènes inoubliables qui restent longtemps ancrées dans la mémoire et qui nous rappellent ce qu'a subi toute une génération.

    "Nous acceptons tout: les relèves sous la pluie, les nuits dans la boue, les jours sans pain, la fatigue surhumaine qui nous fait plus brutes que les bêtes, nous acceptons toutes les souffrances, mais laissez-nous vivre, rien que cela, vivre...Ou seulement le croire jusqu'au bout, espérer toujours, espérer quand même. Maintenant et à l'heure de notre mort, ainsi soit-il..."

    Adolescente, j'avais déjà lu ce roman mais je ne me souvenais pas de cette structure si particulière. Quand je l'ai repris pour cette lecture commune avec ma copinaute Céline, je dois avouer que j'ai été quelque peu désarçonnée par ce rythme et cette absence d'"intrigue".

    Puis, je me suis attachée à ce groupe de soldats, je me suis fondue dans leur bataillon, j'ai vécu leur quotidien, j'ai prié avec eux sur la colline...et je me suis laissée prendre par le style de Roland Dorgelès, par son humanité et par sa faculté à donner du souffle même aux situations les plus triviales.

    Ce qui donne encore plus de force à ce récit, c'est le sentiment de vécu qui se dégage de ces pages. On se rend bien compte que l'auteur a mis beaucoup de lui et de son expérience dans son œuvre.

    "Maintenant, on savoure la moindre joie, comme un dessert dont on est privé. Le bonheur est partout: c'est le gourbi où il ne pleut pas, une soupe bien chaude, la litière de paille sale où l'on se couche, l'histoire drôle qu'un copain raconte, une nuit sans corvée...[...] Pareil aux enfants pauvres, qui se construisent des palais avec des bouts de planche, le soldat fait du bonheur avec tout ce qui traîne."

    Ce sentiment de vécu amplifie d'ailleurs encore plus l'horreur de certaines séquences. Celle du tunnel creusé...Celle du soldat blessé qui appelle au secours et que tout le monde laisse mourir...Celle du cimetière...

    On ressort des Croix de Bois profondément choqués et émus. Avec la conviction de ce "plus jamais".

    Et je ne vous dis rien des pages finales qui prennent, au regard de l'histoire, une résonance particulière.

    Bref, vous l'aurez compris: je vous recommande vivement cette lecture.

    Le Livre de Poche, 288 pages, 5,10 €

    Billet dans le cadre d'une lecture commune avec Céline et du Challenge Première Guerre mondiale.

     

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